Handel et Porpora. Airs d’opéra. Julie Boulianne, mezzo-soprano. Clavecin en concert. Luc Beauséjour.

 

5108lFwi60LPorpora: Polifemo: Alto giove et Dolci freschi aurette.

La Festa d’Imeneo: Vaghi amori.

Handel: Serse: Se bramate d’amar, Ombra mai fu.

Alcina: Stà nell’Ircana pietrosa tana.

Ariodante: Scherza infida et Dopo notte, atra e funesta.

Ensemble Clavecin en concert.

Luc Beauséjour, clavecin et direction.

Analekta. 2014. an28764. 55m.45s.

Appréciation: Très Bien ****

Récitatif et Aria Ombra mai fu de Handel

« Douces et charmantes branches de mon cher platane, le destin vous sourit. Que le tonnerre, l’éclair et la tempête ne troublent jamais votre précieuse paix. Et le rapace vent du sud ne vienne pas non plus vous violenter! » « Jamais l’ombre d’aucun arbre, ne fut plus douce, plus précieuse, plus agréable. »

Dopo notte, atra e funesta d’Ariodante de Handel

« Après une nuit sombre et épouvantable, le soleil brille plus vivement dans le ciel et remplit la terre de joie. »

La rivalité du Royal Academy de Handel et l’Opéra de la Noblesse de Nicola Porpora (1686-1768) sert de propos à ce disque consacré à quelques airs de ces monstres sacrés de l’opéra baroque. À Londres, dans les années 1730, ces deux maisons d’opéra engloutirent des sommes colossales dans une farouche concurrence.

Dans cette guerre démente, il était plutôt difficile à l’équipe Porpora de gagner sur le grand Handel, dont les pulsations irrésistibles de sa musique et l’émotion incomparable de certains airs sont tirés de la plume d’un génie. Par contre, Porpora, proposait au public les plus grands castratti : Senesino et Farinelli, vedettes incontestées de cette époque. Porpora a tout de même produit une musique de qualité, dont un beau lyrisme annonçant la période classique.

Après avoir chanté sur plusieurs scènes internationales, dans des rôles variés et de différents genres, la mezzo-soprano Julie Boulianne s’offre une entrée fracassante dans le monde du baroque. C’est une révélation!

Au milieu d’une virtuosité jubilatoire et aérienne, sa musicalité est d’une aisance étonnante. Convaincante et théâtrale, elle sait rendre le texte vibrant et touche la cible. Nous recevons ses flèches en plein cœur! Du célèbre Ombra mai fu, en passant par le déchirant Scherza infida d’Ariodante…elle sait tirer les larmes. Et du même opéra de Handel, Doppo notte e funesta est tout simplement conquérant. De ce tour de force vocal, elle laisse échapper des rayons de pure joie!

Triée parmi les meilleurs musiciens baroques du grand Montréal, l’équipe de Luc Beauséjour, offre un accompagnement juste et dynamique. Seul bémol à cette belle réussite, le navrant livret qui ne contient aucun texte des airs. Sur le site Analekta.com, les paroles n’ont aucune traduction. Le manque de considération aux mélomanes par cette grande maison du disque est plutôt gênant. Prise de son correcte dans son ensemble, mais on aurait souhaité un traitement un peu plus charnu de la voix. Tout de même, un beau disque pour apprécier le bel canto de l’époque baroque.

 

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