Schubert, Franz (1797-1828) Les dernières sonates. Paul Lewis, piano.

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Sonate d.958 en do mineur.(1828)

Sonate d.959 en la majeur.(1828)

Sonate d.960 en sib majeur.(1828)

Enregistré au Studio Teldex Berlin en 2002 et 2013.

Harmonia Mundi. 2014. hmc902165.66. 2cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse ******

Andantino de la sonate d.959

Rondo Allegretto de la sonate d.959

À propos des sonates de Schubert, Wilhelm Kempff écrit : « …il s’agit de confessions d’une âme très vulnérable, davantage encore de monologues, chuchotés souvent si doucement que le son se perd dans la salle… ».

C’est un Schubert souffrant qui aménagea chez son frère Ferdinand, le 1er septembre 1828. Quelques semaines plus tard, le 19 novembre, il mourut à l’âge de 31 ans. C’est dans cette courte période que trois grandes sonates furent composées. Il trouva la force de créer son adieu au monde dans un triptyque empreint à la fois de désespérance, de sanglots et de colères. Mais au final, la sérénité et le lyrisme d’une beauté indéfinissable triomphent toujours des tourments du compositeur.

Ce que Schubert a perçu et contemplé, probablement à travers une simple fenêtre de son modeste logis, d’un univers qui se dérobait de plus en plus à lui, demeure encore difficilement explicable par la seule raison. Ces hymnes de la fin d’une vie, écrits comme des fantaisies libres et ouvertes, sont le fruit d’un génie pur, passé au creuset de la souffrance et des ennuis d’une existence pas du tout facile. Ses derniers jours, il les finira dans la musique, se libérant du temporel vers l’infini.

C’est pourquoi on n’écoute jamais Schubert comme une musique divertissante, encore moins comme musique « de fond ». Il faut s’assoir près lui, et tendre l’oreille.  À la fin, on chante avec lui et l’on comprend pourquoi sa musique est si belle…

Le pianiste britannique Paul Lewis (n.1972) a pris le temps qu’il faut pour traduire Schubert en y apportant beaucoup de profondeur. Sa prestation force le respect. Ce qui impressionne avant tout, est la manière rassurante d’exposer chants et contre-chants dans une gestuelle large et pleinement satisfaisante. Les résonnances du piano sont habilement utilisées, étirant les notes pour en souligner le lyrisme, portées vers de très beaux pianissimos aux murmures envoûtants. Parfois l’instrument devient orchestre, comme si de formidables contrebasses prenaient possession des passages dramatiques. Les rythmes sont resserrés ou allongés au gré du musicien, souvent au sein même d’un mouvement. Lewis démontre ainsi une intuition musicale constante du texte. La musique devient tel un roman, et le pianiste se transforme en narrateur d’un drame qui nous bouleverse.

Lewis est à placer aux côtés des plus grands schubertiens. Sans doute la meilleure interprétation de la sonate d.959, tous pianistes confondus! Du très grand piano.

 

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