Zemlinsky, Alexander (1871-1942) Vienna Radio Symphony. Susanna Mälkki.

Sinfonietta op. 23 (1934)

Six Maeterlink Songs op.13 (1913/24)

Der König Kandaules (1936) (direction Gerd Albrecht)

Petra Lang, mezzo-soprano (Lieder Maeterlink).

Siegfried Lorenz, baryton (Der König Kandaules).

ORF Vienna Radio Symphony Orchestra.

Susanna Mälkii, direction.

Enregistré en 2019 au Konzerthaus, Vienne.

Et en 1992 au Musikverein, Vienne (Der König Kaundaules)

Capriccio. 2020. C5377. 46m. Appréciation: Superbe******

Sinfonietta premier mouvement

Die drei schwestern op.13

Les trois sœurs ont voulu mourir
Elles ont mis leurs couronnes d’or
Et sont allées chercher leur mort.

S’en sont allées vers la forêt :
« Forêt, donnez-nous notre mort,
Voici nos trois couronnes d’or. »

La forêt se mit à sourire
Et leur donna douze baisers
Qui leur montrèrent l’avenir.

Les trois sœurs ont voulu mourir
S’en sont allées chercher la mer
Trois ans après la rencontrèrent.

« Ô mer donnez-nous notre mort
Voici nos trois couronnes d’or. »

Et la mer se mit à pleurer
Et leur donna trois cents baisers
Qui leur montrèrent le passé.

Les trois sœurs ont voulu mourir
S’en sont allées chercher la ville
La trouvèrent au milieu d’une île.

« Ô ville donnez-nous notre mort
Voici nos trois couronnes d’or. »

Et la ville s’ouvrant à l’instant
Les couvrit de baisers ardents
Qui leur montrèrent le présent.

Sie kam zum Schloss op.13

Elle est venue vers le palais
— Le soleil se levait à peine —
Elle est venue vers le palais
Les chevaliers se regardaient
Toutes les femmes se taisaient.

Elle s’arrêta devant la porte
— Le soleil se levait à peine —
Elle s’arrêta devant la porte
On entendit marcher la reine
Et son époux l’interrogeait.

Où allez-vous, où allez-vous ?
— Prenez garde, on y voit à peine —
Où allez-vous, où allez-vous ?
Quelqu’un vous attend-il là-bas ?
Mais elle ne répondait pas.

Elle descendit vers l’inconnue
— Prenez garde, on y voit à peine —
Elle descendit vers l’inconnue
L’inconnue embrassa la reine
Elles ne se dirent pas un mot
Et s’éloignèrent aussitôt.

Son époux pleurait sur le seuil
— Prenez garde, on y voit à peine —
Son époux pleurait sur le seuil
On entendait marcher la reine
On entendait tomber les feuilles. (Maurice Maeterlinck)

La visite récente de la cheffe finlandaise Susanna Mälkki à Montréal nous a intéressé au plus haut point. Malheureusement, le rendez-vous public à l’OSM fut à demi-réussi, gâché par la pandémie 2020. Cependant, on a pu apprécier quelques concerts grâce au web diffusion. La qualité d’enregistrement vidéo et audio fut excellente, gracieuseté de Médici TV. On a pu constater de Mme Mälkii une direction précise, élégante, d’une scrupuleuse attention aux détails sonores de l’orchestre. On a senti dans sa démarche une recherche constante de la perfection formelle. Elle est une candidate sérieuse pour remplacer Kent Nagano, qui fut directeur de l’OSM de 2006 à 2020. Elle s’exprime dans un français plus qu’honorable et possède une feuille de route très intéressante.

Susanna Mälkki est née en 1969 à Helsinki. Elle fut premier violoncelle à l’Orchestre de Göteborg. Ensuite elle étudia la direction d’orchestre à la prestigieuse Académie Sibélius. Leif Segerstam fut l’un de ses maîtres. Elle travailla également en collaboration avec Neemi Jarvi. À Lucerne, elle rencontra Pierre Boulez. Ce fut, selon une entrevue qu’elle accordait à France Musique, une rencontre très déterminante. Mme Mälkki a beaucoup dirigé de musique contemporaine. Elle se retrouva à la barre de plusieurs orchestres importants: Paris,Vienne, Berlin, Rotterdam, Cologne, Cincinnati, Los Angeles, San Francisco…et finalement Montréal.

C’est en fouillant dans la discographie de maestro Mälkii que je suis tombé sur ce disque Zemlinksy paru cette année. Alexandre Zemlinsky, compositeur d’origine juive, est né à Vienne en 1871. Brahms l’a encouragé au début de sa carrière. Il connaissait Mahler et Schoenberg, dont il entretenait l’amitié. Alors que la musique du début 20e siècle était faite de grands bouleversements, celle de Zemlinsky restait attachée au mode tonal. D’une première écoute, je dirais qu’elle est le prolongement du romantisme de Brahms avec cependant une densité harmonique nouvelle et très élaborée. La musique de Zemlinsky est considérée comme expressionniste, dans le sens qu’elle semble créer des images fortes, des actions dramatiques très sombres, parfois terrifiantes. En parallèle des différents courants de son temps, le compositeur viennois porte en lui une signature très personnelle.

Zemlinksy nous invite à sortir des sentiers battus du romantisme. On se retrouve dans une zone bouleversée qui reste encore à explorer. La Sinfonietta est ludique, énergique et forte en images. L’orchestration est riche, variée de plusieurs plans sonores. La partition y est complexe et généreuse, donnant plusieurs solos importants aux musiciens. Au cours de l’écoute, j’ai laissé tombé la recherche de ses influences, ou de ses similitudes avec d’autres compositeurs de son époque. J’y vois cependant un peu de ressemblance avec le danois Carl Nielsen, contemporain de Zemlinsky, mais qui demeure encore pour moi dans une catégorie à part, presque inclassable. La modernité de son oeuvre rejoint les préoccupations d’un 20e siècle en plein changement.

Les Six Chansons d’après des poèmes de Maurice Maeterlink sont intériorisés de poésie noire. Le poète belge a écrit ces lignes dans l’attente prémonitoire de sa propre mort. L’oeuvre d’une vingtaine de minutes est ici supportée par la voix incroyablement expressive de la mezzo-soprano Petra Lang. D’un timbre vibrant, aux couleurs sombres et transcendantes, la mezzo allemande personnifie avec conviction cette musique d’une étrange beauté. Cette voix nous emporte très loin dans des méandres méconnus, où l’on apprivoise avec fascination les ténèbres qui nous environnent de toute part.

Susanna Mälkii dirige les passages les plus difficiles de l’écriture de Zemlinsky avec une précision technique extrêmement relevée. Le tout reste cohérent, d’un dynamisme étonnant. Elle sait également être d’une grande sensibilité dans les Lieder, laissant à la voix toute la place pour s’épanouir. En complément, Capriccio a ajouté un enregistrement, avec le même ensemble sous la direction de Gerd Albrecht en 1992. La qualité sonore n’a pas pris une ride et les pièces s’enchaînent très bien aux morceaux plus récents sans que l’on s’aperçoive de la différence. Le prélude et le monologue tiré de König Kandaules sont impressionnants, d’une continuité originale à l’oeuvre de Wagner. Un excellent disque, malheureusement trop court, pour découvrir Alexandre Zemlinsky, créateur important du post-romantisme allemand.

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