Archive for the Nouveautés 2014 Category

Chostakovitch, Dimitri (1906-1975) Les Concertos pour violon. Christian Tetzlaff.

Posted in Chostakovitch, Nouveautés 2014 with tags on 6 décembre 2015 by rfauclair

7171MIpOR2L._SL1000_Concerto op.77 (1947)

Concerto op.129 (1967)

Helsinki Philharmonic.

John Storgards, direction.

 

 

Enregistré en nov.2013 au Helsinki Center, Finlande.

Ondine. 2014. ODE 1239-2. 68m.23s.

Appréciation: Sommet du Parnasse ******

Passacaille du concerto no.1 op.77

Burlesque du concerto no.1 op.77

Nous ne pouvons pas passer sous silence ce disque apparu en fin septembre 2014. Un grand disque, que nous avons pris le temps d’apprivoiser…Et ce n’est qu’en de rares occasions que nous le retrouverons, comme pour nous préserver, à cause notamment du grand impact dramatique qu’il produit sur l’auditeur…

La musique de Chostakovitch s’écoute comme un film de guerre! Il faut savoir en décoder le langage, formidable en effusion de sarcasmes désespérés, de folies sauvages dans un siècle tourmenté. Elle est définitivement axée sur le présent, à mille lieux des salons bourgeois et du romantisme confortable du siècle précédent. C’est plutôt sur un sentier jonché de cadavres que Chostakovitch puise son inspiration. Artistes, travailleurs, intellectuels, tous liquidés par des politiques insensées, inhumaines, diaboliques…

Chostakovitch a payé cher de sa santé mentale et physique. Insomnies, maladies, crises cardiaques…pourtant il n’a cessé d’écrire et de condamner, à ses dépends, cette folie humaine. Il en ri souvent comme pour s’en guérir (étonnant Burlesque op.77). Exclamations grotesques et virulentes, ces concertos pour violon, dédiés au légendaire David Oistrach, sont aussi un hommage aux hommes de son temps, en particulier aux innombrables juifs dont il sympathise la perte. Nous en reconnaissons parfois les allusions par le rôle qu’il donne à l’instrument, véritable témoin d’un génocide qui nous atteint encore.

En parallèle de ce discours, il y a une vérité bouleversante, un fond de Requiem émouvant et contemplatif (Passacaille). Souvent, Tetzlaff nous transporte à la limite de l’impossible, au bord d’un précipice vertigineux. L’art de Chostakovitch est ici complètement déchaîné. Désormais, plus personne ne saurait le taire. Tetzlaff laboure ces champs de l’horreur par une violence indescriptible. Mais au travers de ces sillons, la beauté apparaît heureusement. Un sommet.

 

Daquin, Louis-Claude (1694-1772). Livre de Noëls. Vincent Boucher, orgue Beckerath.

Posted in Daquin, Nouveautés 2014 on 5 décembre 2014 by rfauclair

81Iw8IV-1cL__SL1425_Livre de Noëls.

Orgue Beckerath 1960.

Restauré par Juget-Sinclair 2012.

Enregistré en juillet 2014 à l’Oratoire St-Joseph, Montréal.

Atma. 2014. ACD2 2703. 69m.58s.

Appréciation: Très bien ****

À la venue de Noël

Quand Dieu naquit à Noël

Ô Dieu de clémence

L’orgue Beckerath (1960) de l’Oratoire St-Joseph a été complètement restauré en 2011-2012. Ces travaux sont presque passés inaperçus pendant que l’on construisait le très médiatisé Casavant de la Maison Symphonique. Ayant peu servi à l’enregistrement pendant des années, l’imposant instrument allemand de 5811 tuyaux sert ici de médium aux petits Noëls de Daquin (1694-1772). On y découvre, avec joie, des splendeurs de sonorités autant dans les grands registres que dans les plus délicates intonations. Soulignons la qualité de la prise de son extrêmement bien réalisée dans cet environnement des plus grandiose. Car heureusement les colossales structures en béton de l’Oratoire ne viennent jamais perturber la beauté d’ensemble!

Vincent Boucher a choisi des timbres des plus séduisants dans la panoplie des 78 jeux que l’orgue met à sa disposition. Pourtant, malgré toute la variété qu’on peut y mettre, avouons que cette musique finit par lasser. Ces airs familiers, presque toujours traités en variations par Daquin, demeurent au final que de charmantes pastorales. Il y manque sûrement une pointe d’exubérance, de ce caractère « bouillant » reconnu du compositeur, que l’on ne ressent pas ici. Un peu plus de contrastes entre flamboyance et contemplation aurait fait toute la différence.

Handel, G.F. (1685-1759) Le Messie. Le Concert d’Astrée. Emmanuelle Haïm.

Posted in Handel, Nouveautés 2014 on 5 décembre 2014 by rfauclair

 

COVER%20MESSIAH%20HD%20cropLucy Crowe, soprano. Tim Mead, contre-ténor. Andrew Staples, ténor. Christopher Purves, basse.

Le Concert et Chœur d’Astrée. Emmanuelle Haïm, direction.

Version 1752 Covent Garden Theater.

Enregistré en déc.2013 à l’Opéra de Lille.

Erato/Warner. 2014. 0825646240555. 2cds. 135m.28s.

Appréciation: Superbe *****

For unto us a child is born 

He shall feed his flock

Lift up your heads

Halleluja!

Le Messie, c’est avant tout une belle histoire qu’on aime se faire raconter. Tout ceci a commencé avec le librettiste Charles Jennens (1700-1773) qui a ardemment proposé l’œuvre à Handel. Tiré des Saintes Écritures, cet assemblage de versets bibliques est l’histoire d’un personnage unique. Que l’on soit croyant ou non, ce parcours singulier du Christ en trois actes suscite encore aujourd’hui la fascination, dans ce qu’on appelait déjà à l’époque une musique « à la fois divertissante et exaltante ».

Emmanuelle Haïm a choisi d’excellents collaborateurs, pour proposer, encore une fois (!), une autre gravure de cette œuvre entendue des milliers de fois. Les chanteurs et les membres du chœur sont tous anglais. Elle s’est ainsi adjointe l’expertise d’un consultant pour le chœur, David Clegg, qui a fait partie des Sixteen de Harry Christophers. Car après tout, The Messiah demeure ancré dans une tradition très britannique. Ce choix bienheureux de la chef française est plus que souhaitable. Ainsi, la prononciation et l’intonation des voix sont toujours justes et crédibles. Cette vraisemblance se ressent aussi bien dans l’orchestre qui suit les moindres directives de la chef. Elle a donné aux instruments une voix bien distincte, comme un personnage faisant partie de l’action théâtrale. Les cordes sont fébriles, sensibles et précises. Elles accompagnent admirablement bien les différents intervenants. Les solistes improvisent parfois de belles libertés quant à leur parties vocales, mais sans jamais outrepasser le bon goût.

En bref, Haïm et son équipe, ont su nous captiver dans ce récit que l’on connait par cœur, ce qui est un exploit en soi.Le résultat d’ensemble est très vivant, dans une sonorité bien aérée. On apprécie aussi le relief apporté aux chœur, d’où l’on perçoit sans difficulté les quatre groupes de chanteurs dans l’espace. Une très belle réussite. Alléluia!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

The Wonder of Christmas. Elora Festival Singers. Noel Edison.

Posted in Nouveautés 2014 on 5 décembre 2014 by rfauclair

81RTjyHE6vL__SL1429_Œuvres traditionnelles de Noël.

Œuvres de B.Britten, S.Thompson, R.H.Young,

H.Skempton, M.Sirett, J.Tavener, J.Rutter, P.Halley.

Michael Bloss, orgue.

Elora Festival Singers. Noel Edison, direction.

Enregistré en mai 2014 à l’église St-John à Elora, Ontario.

Naxos.2014.8.573421. 59m.20s. Appréciation: Superbe *****

My dancing days (traditionnel, arr.B.Chilcott (n.1955))

The Holly and the Ivy de Stuart Thompson (n.1969)

Who is He in Yonder stall de Robert H.Young (n.1923)

C’est dans la charmante ville d’Elora, en Ontario, que ce chœur fut fondé en 1979 par Noel Edison. Depuis, cet ensemble reconnu et acclamé, a enregistré quelques disques de grande qualité, dont The Mystery of Christmas (Naxos) paru en 1997. Aujourd’hui, il ne reste pratiquement aucun membre de la formation originale. Mais le soin impeccable et la chaleur de l’interprétation sont demeurés intactes. Parmi les inévitables et inutiles disques de Noël qui envahissent le marché, en voici un qui mérite toute notre attention.

La tradition et l’esprit de cette fête, avant tout religieuse, sont ici parfaitement préservés. On apprécie particulièrement les richesses harmoniques, parfois audacieuses, des arrangements modernes des Carols. Ils ne viennent, en aucun cas, dénaturer leur essence. Au contraire, cela leur apporte une fraîcheur et un renouveau stimulant. Parmi les airs familiers que l’on redécouvre, quelques pièces moins connues de compositeurs contemporains apportent une belle variété à l’ensemble. En écoutant ces musiques, on se rend compte à quel point la voix humaine possède un si grand pouvoir d’évocation. Un disque qui éveille en nous la plus belle nostalgie, mais aussi la fascination qu’un tel répertoire réussit encore à nous émouvoir. Une merveille.

Beethoven, L.V. (1770-1827) Les Sonates pour piano. Mari Kodama.

Posted in Beethoven, Nouveautés 2014 on 26 novembre 2014 by rfauclair

71DPimHnLxL__SX522_

Enregistré entre 2003 et 2013.

Pentatone. 2014. PTC 5186490. 9cds.

Appréciation: Très bien ****

 

 

Sonate op.28 « Pastorale » premier mouvement.

Sonate op.53 « Waldstein » Rondo final

Sonate op.101, premier mouvement.

Au tour de l’épouse de Kent Nagano d’offrir une intégrale Beethoven. Après les symphonies, les sonates du compositeur font partie du canon pianistique que tous connaissent par cœur. Enregistré avec soin sur une période de 10 ans auprès de l’équipe néerlandaise, dans presque toujours les mêmes conditions, ce coffret somptueux impressionne tant par la présentation que par la qualité artistique générale.

Cependant il n’y aura pas ici d’éloges dithyrambiques. Malgré toutes ses qualités, Kodama effleure l’âme de Beethoven avec retenue. Le regard posé et réfléchi qu’elle porte sur son oeuvre, d’où l’on perçoit l’influence d’Alfred Brendel, plaira sûrement à ceux qui ne veulent pas être dérangé. Conception très soignée certes, mais déficiente en passion et en audace, cette méticuleuse et rigoureuse exécution, reste au final, très sage.

Tout de même, de cette sagesse, on appréciera quelques sonates isolées, quelques mouvements enrobés d’un réconfort touchant. On pense à la Pastorale op.28, d’une grande beauté, ou des sonates de la maturité que l’on redécouvre avec un regard tendre et compatissant. À défaut de causer un choc,cette intégrale nous amène plutôt vers l’intérieur.Un havre de paix, dans lequel on peut se reposer…

Debussy, Claude (1862-1918) Musique de chambre. Trio Stradivari.

Posted in Debussy, Nouveautés 2014 on 23 novembre 2014 by rfauclair

810YDtk7v+L__SX522_Trio pour piano en sol.

Sonate pour violon en sol mineur.

Sonate pour violoncelle en ré mineur.

Intermezzo et Scherzo pour violoncelle et piano.

La fille aux cheveux de lin (tr.A Hartmann 1910).

Arabesque (tr. A.Choisnel 1907). Romance. Rêverie (tr. F.Ronchini 1912).

Trio Stradivari: F.Guglielmo, violon. Luigi Puxeddu, violoncelle. J.Violante, piano.

Enregistré en fév.2012 à la Villa San Fermo, Italie.

Brilliant Classics. 2014. 94766. 75m.48s

Appréciation: Superbe *****

Scherzo-Intermezzo du trio avec piano

Première Arabesque pour violon et piano

Rêverie pour violoncelle et piano

Voilà un fort beau disque qui nous présente Debussy sous un éclairage différent. Connu surtout par l’avant-gardisme de sa musique, Debussy proposait un nouveau langage à son époque, encore très influencée par le romantisme. Mais il se prêta lui-même à cette tendance plus d’une fois, créant de belles pièces mélodiques, qui ont été grandement appréciées par le public d’alors. C’est pourquoi nous ne sommes pas étonnés de retrouver quelques transcriptions de ses contemporains. Ces arrangements passent ici très bien aux travers des timbres du violon et le violoncelle.

La sonate pour violoncelle (1915) et la sonate pour violon (1917), œuvres phares de la fin de sa vie, possèdent cet impressionnisme exotique qui évoque quelques rêveries, éléments typiquement debussystes dont on apprécie toujours les images qui en découlent. Elles sont interprétées avec classe et élégance par les musiciens italiens. Prise de son équilibrée et chaleureuse.

Bach, J.S. (1685-1750) Les Suites Orchestrales. Academy of Ancient Music. Richard Eggar.

Posted in Bach J.S., Nouveautés 2014 on 8 novembre 2014 by rfauclair

714Zw-lX3gL__SX522_Suites pour orchestre bwv 1066-1069

Academy of Ancient Music

Pavlo Beznosiuk, premier violon.

Rachel Brown, flûte traversière baroque.

Richard Eggar, clavecin et direction.

Enregistré à Bury St-Edmunds, U.K. en fév.2013

AAM Records.2014. aam003. 91m.09s. 2cds

Appréciation: Très Bien****

Bourée 1-2 bwv 1066

Polonaise et double bwv 1067

Bourée bwv 1068

Menuet 1-2 bwv 1069

Fondé en 1973 par le regretté Christopher Hogwood, cet orchestre d’instruments d’époque a marqué toute une génération d’amateurs de musique ancienne. Hogwood a donné une nouvelle vie à ces antiquités qui dormaient dans les musées. Par un esthétisme très soigné, le chef britannique a élevé cet ensemble à un niveau supérieur et a permis à la musique ancienne de retrouver une noblesse, une beauté sonore inégalée. Le claveciniste Richard Eggar poursuit depuis 2006, la direction de l’AAM.

Il choisit ici la formule d’un instrument par partie, ce qui confère à ces célèbres suites, un aspect plus intime. Mais pourtant, il n’y manque pas de souffle ni de grandeur. La prise de son, très détaillée, nous permet d’entendre chaque instrument. Les cordes sont enregistrées de près, très bien dessinées par rapport aux trompettes, qui ne viennent jamais perturbées leur discours. Les hautbois se démarquent par de beaux timbres chatoyants, placés vers la droite avec l’excellent basson, dont on ne manque aucune note!

Ce qui étonne avant tout par cette version (parmi des centaines!), est le choix de ralentir les tempos de manière évidente. Il faut alors réajuster notre écoute plutôt familière à des courses échevelées et frénétiquement virtuoses. Eggar propose plutôt une conception classique et modérée, pour bien souligner les danses de chaque pièce. En écoutant, on peut facilement s’imaginer l’animation d’une salle de bal quelque peu rustique. Ou s’y voir aux modestes concerts du Café Zimmerman à Leipzig. Bach y présentait sûrement ses propres suites pour le simple divertissement de la clientèle par quelques musiciens amateurs.

Cette lecture n’est pas sans défaut. Les gestes sont un peu maladroits, soulignés par quelques instruments un peu faux, ou une flûte parfois à bout de souffle qui peine à suivre… Mais pourtant, le charme un peu vieillot de ce disque fait son effet, et on en apprécie chaque minute…et chaque note! Excellente prise de son.