Archive for the Nouveautés 2015 Category

Wagner, Richard (1813-1883). Airs d’opéras. Evgeny Nikitin. Philharmonique de Liège.

Posted in Nouveautés 2015, Wagner with tags on 18 décembre 2015 by rfauclair

81rDVgg33FL._SL1400_Ouverture du Vaisseau fantôme. Die Frist ist um, Acte 1.

Lohengrin: Prélude act 111. Introduction et Acte 11, scène 1.

Tannnhaüser: Lied an den Abenstern, Acte 111, scène 2.

Götterdämmerung: Marche funèbre de Siegfried.

Die Walküre: Wotans Abschied. Acte 111, scène 3.

Michaela Schuster, mezzo-soprano. Orchestre Philharmonique Royal de Liège.

Christian Arming, direction. Naïve. 2015. v5413. 72m.27s.

Appréciation: Sommet du Parnasse ******

Marche funèbre de Siegfried 

Étoile du soir, tiré de Tannhäuser 

Les adieux de Wotan, tiré de Walkyrie.

Evgeny Nikitin (n.1973) dit l’homme tatoué, est une véritable révélation dans ces extraits d’opéras de Wagner. Des déclamations sombres du capitaine damné du Vaisseau fantôme, aux tendres complaintes du Tannhäuser, jusqu’aux adieux de Wotan, il y a ici l’émergence d’un artiste d’exception. Sa voix claire et puissante combinée à une tessiture impressionnante permet au baryton russe d’enfiler les rôles avec aisance, de s’en accaparer et nous emporter avec lui. Il y a également l’impression d’assister à quelque chose d’unique, de mémorable…comme à l’opéra. La métaphysique, le spirituel et quoi d’autre…Le grand frisson que tout mélomane recherche comme le Saint-Graal!

Le choix des pièces, rarement entendues isolément, nous permet de découvrir de véritables « tubes« . Coup de maître judicieux d’explorer brièvement l’art de Wagner, tant vocal qu’orchestral, il y a de fortes surprises au programme. L’air extrait du Tannhäser fait penser à Verdi (!). Le long dialogue entre Friedrich et Ortrud (superbe mezzo Schuster) du Lohengrin s’écoute avec un intérêt constant, et le temps semble s’arrêter. Les adieux de Wotan, préfigurant les derniers lieder de Richard Strauss, est un moment béni des dieux…C’est le pouvoir magique de la musique de Wagner.

L’orchestre royal de Liège est digne de mention. Grâce à une sonorité large et profonde, il est mouvant, organique et vivant. Il est un véritable témoin de l’action scénique, y prenant part entièrement et rend justice, en un sens, aux intentions originales de Wagner dans l’art total. Le chef autrichien, très en demande à l’opéra, en est le principe actif, le déclencheur du grandiose, comme du merveilleux. Un disque qui sera combler autant le néophyte que les plus ardents passionnés de Wagner. L’extase, rien de moins. (n.b.textes des extraits traduit en français.)

Bach, J.S. (1685-1750) Les Cantates-Anniversaire. Bach Collegium Japan. M.Suzuki.

Posted in Bach J.S., Nouveautés 2015 on 15 décembre 2015 by rfauclair

8164-uKC6VL._SL1417_Cantate bwv 213 Lasst uns Sorgen.

Cantate bwv 214 Tönet, ihr Pauken!

Joanne Lunn, soprano. Robin Blaze, contre-ténor.

Makoto Sakurada, ténor. Dominik Wörner, basse.

Bach Collegium Japan. Masaaki Suzuki, direction.

Enregistré à Saltama Arts Theater Concert Hall, Japon en sept/oct.2014.

Bis Records. 2015. Bis-2161. 73m.17s. Appréciation: Superbe*****

Lasst uns Sorgen bwv 213

Schlafe, mein Liebster bwv 213 (Joanne Lunn, soprano).

Auf meinen Flügen bwv 213 ( Makoto Sakurada, ténor).

Chorus final bwv 214.

Écrites en 1733 pour les anniversaires du jeune prince de Saxe Christian Friedrich et la reine de Pologne Marie Josèphe, ces cantates nous sont familières car leurs parties ont été reprises dans l’Oratorio de Noël. Ainsi, peut-on écouter ce disque comme une alternative au temps de la Nativité. Il est réjouissant d’entendre ces pièces dans le désordre et dans leurs arrangements originaux.

On adore le son, les voix, l’orchestre, l’animation, la jubilation des choeurs. Toujours d’une précision infaillible, léger et volubile, le Bach Collegium Japan a atteint depuis longtemps, des standards de perfection quasi-inégalés. Les solistes, toujours choisis pour leur pureté de timbre, sont à la hauteur de tout passage difficile à exécuter. Les couleurs, les ambiances pastorales et festives sont un régal pour l’oreille et l’esprit.

Pour tout mélomane passionné de Bach, précisons que l’ensemble japonais semble avoir presque terminé l’enregistrement de toute l’oeuvre vocale du cantor. Après avoir achevé en 2013 le projet en 55 cds des cantates sacrées, on peut enfin espérer voir apparaître le grand coffret tant attendu de toutes les cantates…Mentionnons que les sacrées ont été distribuées seulement au Japon dans une édition limitée, mais offertes évidemment à un prix astronomique…

 

 

Bach, J.S. (1685-1750) Les Variations Goldberg. Alexandre Tharaud.

Posted in Bach J.S., Nouveautés 2015 on 13 décembre 2015 by rfauclair

71TGFuLis1L._SL1429_Piano Steinway D.

Enregistré au Conserv.D.Milhaud, Aix-Provence.

Erato/Warner Classics. 2015. CD: 75m.13m. DVD: 62m.

Appréciation: Bien ***

 

Variations 4-5-6 

Analysée à outrance, décortiquée, revue et corrigée, cette oeuvre ne cesse d’être ré-interprétée à chaque génération de pianistes. L’interprétation de Tharaud est brillante comme on s’y attendait. Mais après plusieurs écoutes, pourquoi ne nous ne sommes pas encore convaincu? On reste mitigé. Une exécution sans faille n’est évidemment pas suffisante.

C’est digitalement rapide, très linéaire et quoi encore? Peut-être le problème se situe à un autre niveau. Notre attention est constamment fixée sur l’exécution, et il n’y a rien d’autre pour le regard à contempler…À la limite de l’expéditif et d’une technicité presque clinique, la poésie ne s’opère que rarement. Et puis, il y a tellement de versions à notre main, que bien vite, après quelques minutes avec Tharaud, on regarde ailleurs. Tiens, pourquoi ne pas écouter du clavecin pour faire changement…(merveilleuse Céline Frisch sur Alpha).

 

Chostakovitch, Dimitri (1906-1975) Concertos pour piano. Anna Vinnitskaya.

Posted in Chostakovitch, Nouveautés 2015 on 27 novembre 2015 by rfauclair

914tMB+GNzL._SL1500_Concerto pour piano et trompette op.35 (1933)

Concerto op.102 (1957)

Concertino pour deux pianos op.94

Tarantella pour deux pianos.

Anna Vinnitskaya et Ivan Rudin, pianos. Kremerata Baltica.

Enregistré à Dresde en sept.2014. Alpha/Outhere. 2015. Alpha 203. 50m.

Appréciation: Superbe *****

Allegro du concerto op.102

Andante du concerto op.102

Tarentella pour deux pianos.

Lors d’une scène du récent film Bridge of Spies de Steven Spielberg, un espion russe des années 50 écoute la radio en prison… C’est l’Andante d’un concerto de Chostakovitch, l’opus 102, composé pour le 19e anniversaire de son fils Maxime. La surprise est de taille, car la musique, d’un lyrisme mélancolique prenant, semble à des années-lumière de l’univers troublé du compositeur. Musicien à la fois suspecté et utilisé par le régime stalinien, Chostakovitch a vécut longtemps dans le mensonge et la terreur…

Mais ce disque splendide envoie un tout autre message. Celui d’un homme plein d’humour, qui se livre dans une musique insouciante et légère. Il y a bien entendu, quelques sarcasmes moqueurs des formes classiques du concerto, puisant parfois dans Beethoven ou Tchaïkovsky, entre autres. Mais cette manière très 20e siècle de traiter la musique est stimulante, grâce notamment à l’emploi du caractère percussif du piano.

L’interprétation est de haute qualité, tant par l’orchestre que par l’excellente pianiste russe Vinnitskaya, véritable initiatrice de ce projet. On aimerait entendre plus souvent ces oeuvres en concert! Chostakovitch est un créateur près de chacun de nous. Décédé il y a à peine 40 ans, il fait partie de nos univers contemporains. Belle découverte.

 

Saint-Saëns, Camille (1835-1921) Les Concertos pour violon. Andrew Wan. OSM.

Posted in Nouveautés 2015, Saint-Saëns on 7 novembre 2015 by rfauclair

51xa1ZhIbdLConcerto op.20 en la majeur.

Concerto op.58 en do majeur.

Concerto op.61 en si mineur.

Enregistré « live » à la Maison Symphonique, nov.2014.

Andrew Wan, violon Bergonzi 1744. OSM, Kent Nagano.

Analekta. 2015. AN2 8770. 74m.06s.

Appréciation: Superbe *****

Andantino quasi allegretto op.61

Molto moderato/Allegro non troppo op.61

On l’a tous remarqué aux concerts de l’OSM. Petit de taille avec un air d’éternel collégien à lunettes. Mais la chaise la plus prestigieuse de l’orchestre lui appartient. C’est lui le « concertmaster » depuis 2008. À l’âge de 24 ans, il fut choisi en vue de remplacer le vénérable Richard Roberts qui est au sein de l’OSM depuis une trentaine d’années. Nagano a déclaré que Wan « possède toutes ces qualités qui ne peuvent s’enseigner… » C’est tout dire.

Si l’on peut décrire Andrew Wan en un seul mot… Présence! À l’avoir entendu en récital ou en concert, on le sent continuellement habité par la musique. Il en est tout investi, physiquement et mentalement. Son langage corporel en dit long sur son engagement envers la musique. Tout son être semble vibré de cordes invisibles en fusion avec son formidable instrument Bergonzi 1744. Ce qu’il en extrait? Des sonorités extraverties et conquérantes. C’est également l’art de captiver tout un auditoire par une musicalité vibrante.

Les trois concertos de Saint-Saëns lui vont à merveille. Musique française ouverte sur différentes influences, en marge des formes rigoureuses de l’ère austro-allemande, l’oeuvre de Saint-Saëns est plus libre d’inspiration, fraîche et pétillante. Faite de virtuosités aériennes dont Wan se délecte avec une facilité déconcertante, cette triade pour violon et orchestre s’envole souvent très haut. Et enfin, la prise de son semble avoir gagné en présence elle aussi! Ça respire beaucoup et c’est parfaitement bien dosé entre le solo et l’orchestre. L’équipe d’ingénieurs a définitivement apprivoisé l’ambiance de la Maison Symphonique et le résultat est sensationnel. Un triomphe!

Mahler, Gustav (1860-1911) Symphonie no.10. Version restaurée de Deryck Cooke.

Posted in Mahler, Nouveautés 2015 on 21 octobre 2015 by rfauclair

81A72jk40vL._SL1425_Orchestre Métropolitain.

Yannick Nézet-Séguin, direction.

Enregistré à la Maison Symphonique, Montréal, oct.2014.

Atma Classique. 2015. ACD2 2711. 79m.06s.

 

Appréciation: Très Bien ****

Finale (extrait) 

Il est convenu que Mahler a composé neuf symphonies. La 10e, dont seul le premier mouvement fut entièrement terminé, a toujours été considérée à l’extérieur du canon de son oeuvre. Plus maintenant. Le musicologue Deryck Cooke (1919-1976) a soigneusement complété l’instrumentation des autres mouvements à partir des nombreuses esquisses laissées par Mahler. Force est de constater que son esprit est bien vivant au travers cette oeuvre ultime. Cependant, Cooke tient à préciser que le matériel sur lequel il a travaillé, reste une ébauche. Mahler n’aura pas eu le temps d’y apporter tout son génie…À l’écoute, il reste toujours un doute. Est-ce vraiment ses dernières volontés?

L’Orchestre Métropolitain s’est donné la tâche d’y offrir une de leur plus belle prestation jusqu’à ce jour. Ils ont accompli un travail remarquable, grâce à leur dynamique chef qui en a traduit autant la complexité que l’expression d’une grande humanité. Il y a ici une beauté étrange et tourmentée, mais aussi une ferveur tendre et compatissante. Yannick Nézet-Séguin s’est visiblement beaucoup investi dans ce projet. Sa foi et sa volonté d’y retranscrire ce testament musical nous permet de replonger dans l’univers de Mahler. Tous les grands thèmes mahlériens s’y retrouvent. Ses malheurs, sa souffrance et sa rédemption finale. Pourtant, l’impression d’inachevé persiste…et cette dernière oeuvre ne semble pas vraiment se démarquer des autres symphonies.

Mais il reste heureusement le dernier mouvement. Véritable hymne à l’amour d’une grande beauté, résumant à lui seul toute la vie musicale du compositeur, cette pièce est aussi exaltante que le grandiose « Ce que me dit l’amour » de la 3e symphonie. Indéfectible et universel.

 

 

Bach, J.S. (1685-1750) Les Suites pour violoncelle selon A.Magdalena. Matt Haimovitz.

Posted in Bach J.S., Nouveautés 2015 on 10 octobre 2015 by rfauclair

91EH3w9W6+L._SL1500_Les Six Suites pour violoncelle bwv 1007-1012.

Violoncelle Goffriller 1710. (Suites no.1-5)

Violoncelle piccolo 5 cordes de G.N.Köllmer 18e siècle. (Suite no.6)

Diapason la=415 hz.

Enregistré à Academy of Arts and Letters, New York, avril 2015.

Pentatone/Oxingale Series. 2015. PTC 5186 555. 2cds. 134m.10s. Appréciation: Superbe*****

Courante de la 5e suite

Gigue de la 5e suite

Prélude de la 6e suite

Gigue de la 6e suite

C’est la deuxième fois que Matt Haimovitz enregistre les fameuses suites. Quinze ans plus tard, il dira lui-même qu’il ne se reconnait plus dans la première version. Les temps changent et les gens évoluent, ainsi que les musiciens comme Haimovitz. Après avoir longtemps mûri ces pièces, en écoutant plusieurs disques et différents styles d’interprétation, il a décidé de se concentrer uniquement sur la copie soignée de belle façon par Anna Magdalena Bach, deuxième épouse du cantor. Rassurons-nous tout de suite. Oui, elle a été musicienne. Non, elle n’a pas composé les suites de son époux…

En fait, la curiosité et l’ouverture d’esprit de Haimovitz vis à vis le manuscrit lui a permis de déceler certaines indications musicales que les autres éditions ne laissaient pas entendre. Le violoncelliste prétend que ces pages se rapprochent le plus de l’original. Ces indications, bien que mineures, suggèrent au musicien des phrasés et des arpèges bien précis de l’archet sur les cordes…Bien sûr, ces motivations restent un peu évasives pour le simple auditeur. Au final, il n’y a pas de réelles découvertes, mais une spéculation bien intuitive de la musique. Ne serait-ce alors qu’un prétexte à une nouvelle façon de faire du Bach? Tout est possible avec ce surdoué du violoncelle.

On a plutôt ici les Suites de Bach selon Haimovitz! Son jeu flamboyant est à la limite de défigurer la musique de façon presque brutale. Sonorités rugueuses et minérales, attaques fulgurantes, accélérations intempestives, rien n’est à son épreuve pour transformer ces suites en quelque chose de nouveau. Les libertés qu’il prend sont parfois discutables mais tout de même captivantes. Il n’y a pratiquement rien d’éthéré ou de méditatif dans cette formidable performance. Version provocante et audacieuse, celle-ci fera jaser pendant longtemps. Stimulant ou renversant? On en redemande!