Bach, J.S. (1685-1750) L’Art de la Fugue. Zhu Xiao‐Mei, piano.

L’Art de la Fugue bwv 1080.

Piano Steinway grand modèle D274.

Enregistré à Mendelssohn Saal, Leipzig en 2014.

Accentus. 2014. ACC30308. 72m48s

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Contrapunctus I et extraits

Contrapunctus XIV (inachevé) 

LArt de la Fugue est perçue comme une oeuvre opaque, monotone, sévère, mathématique. Visiblement Bach s’est voué à laisser à la postérité un domaine qu’il maîtrisait parfaitement: la Fugue. Étude, essai, testament, mais qu’est-ce que c’est? Ce Ré mineur lancinant d’un bout à l’autre, ce labyrinthe sans fin de toutes les possibilités d’un thème et ses contre-sujets, recto, verso, augmentés, diminués… Mais qui diable ça intéresse? Impossible pour le public de tenir pendant plus d’une heure dans ce cours de science abstraite. L’oeuvre est avant tout didactique et n’a surtout pas été conçue pour plaire.

On se demande encore pourquoi certains musiciens osent s’y aventurer. Ou s’y perdre. Zhu Xiao-Mei se raconte: Je n’ai jamais autant souffert à travailler une oeuvre. J’avais mal partout, aux mains, aux épaules. Travailler cette oeuvre m’a pris un temps fou. L’Art de la Fugue est une oeuvre parfois décourageantemais à la manière d’un aimant vous ne pouvez vous en détacher. Il y a un paradoxe avec cette oeuvre. La jouer vous donne l’impression d’entrer dans un état d’équilibre parfait.

Comme disait Leonard Cohen: C’est par les fissures qu’entre la lumière. L’oeuvre de Bach fascine, malgré la douleur, la tristesse sans fin de son thème. Il s’y produit un profond recueillement, puis un détachement de toute émotion. Il y a les notes qui s’entrecroisent, se détachent, ce recyclent dans leur intemporalité. Ce n’est plus de la musique baroque. C’est l’essence de l’être qui se dissout vers l’éternité. Puis arrive cette dernière fugue inachevée…et le silence qui suit, assourdissant. Tout nous échappe. C’est la fin, ou la continuité. Bach aurait pu poursuivre sans fin. Mystère.

Laisser un commentaire