Demachi, Giuseppe (1732-1791) Musica da camera. Trigono Armonico.

Posted in Demachi, G. on 10 juin 2018 by rfauclair

81CL0H0z7uL._SL1200_Sonates en trio. Duetto pour violons.

Sonates pour violon et basse continue.

Maurizio Cadossi, Davide Bizzarri, violons baroques.

Fausto Solci, violoncelle. Claudia Ferroro, clavecin.

Enregistré à Chiesa di San Michele Arcangelo, Cremona en 2014.

Tactus. 2018. TC730401. 79m.50s. Appréciation: Superbe*****

Sonate en trio no.6

Andante de la sonate en trio no.7

Duetto en mib majeur

Exact contemporain de Haydn, Giuseppe Demachi offre une musique élégante et ensoleillée qui s’apparente à celle de G.B. Sammartini et Boccherini. Ce parfait inconnu, dont l’oeuvre est restée à l’état manuscrit, possède une signature bien originale au milieu d’un 18e siècle peuplé d’innombrables compositeurs qui ont adopté le style galant. 

Cet italien, violoniste virtuose dont le parcours musical reste encore incertain, a produit une musique qui mêle le classique aux formes anciennes du baroque comme en fait foi ses sonatas a tre et sonatas a violono a basso continuo. Il eut un certain succès lors de la publication de ses Trios en 1771. On se dit que les amateurs d’alors aimaient probablement encore les choses anciennes, nostalgiques de Corelli, Vivaldi et cie…

La musique de Demachi, est anachronique pour cette époque, mais séduisante à la fois par son expression noble et pure se rapprochant de la sonate d’église, sans virtuosité gratuite, et structurée par le respect des codes et des modes anciens. Une belle découverte, enregistrée ici en première mondiale par l’ensemble Trigono Armonico, un groupe de musiciens italiens dédiés à la musique ancienne. La qualité d’enregistrement et d’exécution est admirable en tous points.

 

Dowland, John (1563-1626) Lachrimae. Nigel North. Les Voix Humaines.

Posted in Dowland with tags on 20 mai 2018 by rfauclair

41K+RK5zaRLLes Sept Larmes (1604) pour luth et violes.

Pavanes, gaillardes et allemandes.

Nigel North, luth.

Mélissande Corriveau, dessus de viole. Felix Deak, ténor de viole.

Margaret Little, Suzie Napper et G. Sanchez-Guevara, basses de viole.

Enregistré à St-Augustin, Mirabel en juillet 2017.

Atma Classique. 2018. ACD2 2761. 56m. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Lachrimae antiqua 

Earle of essex gaillard 

Sir John Langston Pavan

 

Les Lachrimae de John Dowland, composés en 1604, annoncent d’une certaine façon le romantisme de Schubert. Deux siècles les séparent. Pourtant, il y a le même goût pour la poésie mélancolique, une affinité pour la solitude et la recherche d’apaisement au milieu des larmes. C’est un recueil magnifique, le plus connu de Dowland. Les Lachrimae sont en fait sept variations sur son air célèbre Flow my tears. Malgré son aspect lugubre, il y a dans cet art de la mélancolie, une part de lumière qui nous rejoint encore.

Enregistré plus d’une fois, ce cycle instrumental pour luth et consort de violes retrouve, avec Les Voix Humaines, un lien naturel, une connivence idéale avec ce répertoire ancien. On se demande pourquoi elles (M.Little et S.Napper) ont attendu si longtemps pour pouvoir les graver. Le temps a sûrement permis ici une collaboration inespérée: celle avec Nigel North, réputé luthiste britannique, qui a maintes fois visité l’univers de Dowland. Il y apporte son expertise précieuse et son jeu de luth légendaire fait de coulées riches en lyrisme et en souplesse.

Quant aux violes de l’ensemble, elles résonnent dans toute leur splendeur en symbiose avec la fragilité du luth dans une atmosphère à la fois vaste et recueillie. Elles sont expressives à souhait, rehaussées par le jeu finement décoratif du dessus de viole de Mélissande Corriveau. L’alternance entre les Larmes et les diverses danses apporte un mélange triste-heureux qui évite la monotonie pouvant s’installer en cours de route. En fait, grâce à leur sensibilité et leur connaissance, les musiciens se sont distanciés par rapport à d’autres versions qui paraissent aujourd’hui froides et austères. Ici, la beauté ténébreuse de cette musique nous enveloppe de toute part. On s’y réfugie à l’abri des maux qui terrassent notre siècle présent.

 

 

 

Bach, J.S. (1685-1750) Matthäus-Passion. La Petite Bande. Sigiswald Kuijken.

Posted in Bach J.S. with tags on 1 avril 2018 by rfauclair

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Évangéliste: Christoph Genz, ténor.

Jésus: Jan Van der Crabben, basse.

Ensemble La Petite Bande. S. Kuijken, direction.

Enregistré à Predikherenkerk, Leuven, Pays-Bas en 2009.

Challenge Classics. 2010. CC72357. 3cds. 157m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Venez, ô vous, mes filles et lamentez vous avec moi! 

Prends pitié, mon Dieu, prends pitié de mes larmes 

Nous nous asseyons en pleurant et implorons sur ta tombe. Repose en paix! 

Sigiswald Kuijken (n.1944) offre une vision intimiste de la grande St-Matthieu de Bach. Ayant déjà collaboré avec Gustav Leonhardt à l’enregistrement légendaire de 1989 sur Harmonia Mundi, le violoniste et chef d’orchestre y revient avec de nouvelles idées sur l’exécution à l’ancienne de la grande Passion.

Il a réduit l’effectif vocal à seulement huit chanteurs, répartis en deux choeurs. Ce sont, bien entendu, d’excellentes voix, choisies expressément pour leur qualité. Se basant sur les recherches connues en la matière, Kuijken défend cette approche avec conviction. On sait qu’en son temps, Bach n’avait que quelques solistes à sa disposition. Ils prenaient part autant aux parties de ripieno qu’aux solos. Et on croit que le cantor de Leipzig devait se résoudre à n’exécuter ses grandes passions qu’avec de modestes et regrettables moyens…

Ici, l’interprétation chambriste de la Passion, n’enlève absolument rien à la grandeur d’âme qui s’y trouve. Grâce à ce dépouillement, je dirais que la poésie funèbre de ce chef-d’oeuvre n’a jamais paru aussi évidente. Au coeur de cette ode sur la mort et l’amour, il nous reste l’essentiel. Celui d’un contact vibrant et bouleversant sur une histoire qui fascine toujours.

La prise de son est d’une douceur incomparable, large et profonde. Tous les solistes y prenent place à tour de rôle dans une ambiance faite d’introspection. Magnifique.

Stanford, C.V. (1852-1924) Les Symphonies. Ulster Orchestra. Vernon Handley.

Posted in Stanford on 25 mars 2018 by rfauclair

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Ulster Orchestra. Vernon Handley.

Enregistré à Ulster Hall, Belfast entre 1986-1991

Chandos. 1994. Chan 9279-82. 4 cds.

Appréciation: Superbe*****

 

Adagio espressivo Love and Death de la 6e symphonie

Finale de la 3e symphonie Irish 

L’œuvre symphonique de Sir Charles Villiers Stanford a été complètement oubliée pendant plusieurs décennies. Ce n’est qu’en 1986 que Chandos a entrepris d’enregistrer l’ensemble des sept. Ces œuvres écrites entre 1876 et 1911, sont toutes imprégnées d’un certain classicisme, tant par la forme que par leur contenu. D’origine irlandaise, Stanford a cependant inclus dans ces symphonies des motifs typiques de son pays.

D’ailleurs, sa troisième symphonie Irish, eut un succès retentissant à son époque. Composée en 1887, elle fut souvent interprétée par les plus grands chefs. Même Gustav Malher en dirigea deux exécutions avec le New York Philharmonique en 1910! Alors que la musique de cette période subissait de grands bouleversements harmoniques, le conservatisme de Stanford a de quoi étonner. Ses thèmes nobles et chantants sont plaisants à entendre. Ils peuvent évoquer de grands paysages bucoliques de la campagne anglaise. En cela, il rejoint d’une certaine façon l’esprit de Robert Schumann par la description des états d’âme devant une nature idyllique.

D’une écriture raffinée, sa musique est souvent construite autour d’un sujet poétique central (poèmes de Milton) ou à la mémoire d’un personnage du milieu artistique (le peintre G.F.Watts.) Ses deux premières symphonies contiennent plusieurs éléments se référant à Beethoven et Brahms. Mais à partir de la troisième et jusqu’à sa dernière, il semble que Stanford n’a pas vraiment évolué musicalement. En fait sa septième symphonie écrite en 1911 est la moins mémorable.

Malgré tout, grâce à l’interprétation inspirée du Ulster Orchestra, l’œuvre de Stanford reprend vie. Vernon Handley a réussi a redonné un souffle nouveau à ce compositeur qui mérite toute notre attention. La prise de son des ingénieurs Chandos, réputée par sa qualité légendaire, est superbe d’équilibre, large et profonde et rend admirablement bien la musique suave et chaleureuse de Stanford.

Parry, Charles Hubert (1848-1918) Les Symphonies. London Philharmonic.

Posted in Parry, C.H. on 24 mars 2018 by rfauclair

51zAm-0ypPLSymphonies no.1-5. Variations symphoniques.

The London Philharmonic

Matthias Bamert, direction

Enregistré à St-Jude Church, Londres entre 1990-1992.

Chandos. 1992. CHAN 9120-22.3 cds.

Appréciation: Très Bien****

Andante sostenuto- allegro moderato de la symphonie no.2 Cambridge 

Andante de la symphonie no.2 Cambridge 

Sir Charles Hubert Parry est considéré comme un élément important du renouveau de la musique anglaise durant l’ère victorienne. Avec la présence de compositeurs comme Elgar et Stanford, la musique de cette période essayait tant bien que mal de s’affirmer par rapport au romantisme allemand.

La musique symphonique de Parry, largement influencée par les modèles romantiques, n’en possède pas moins un parfum typiquement anglais. Très brahmsien dans son essence, Parry n’en atteint pourtant pas le génie: celui qui accroche et captive. Est-ce pour ces raisons que ses oeuvres sont restées dans l’oubli pendant près d’un siècle? Peut-être sont elles tout simplement arrivées trop tard, marquées par un conservatisme qui n’intéressait plus personne. En général, ce sont les mouvements lents de ses symphonies qui impressionnent. L’auteur de l’hymne national Jerusalem, est à son mieux dans de grandes mélodies chorales où la noblesse et la grandeur d’âme s’imposent avec force. Il faut plusieurs écoutes pour en apprécier vraiment le contenu général. C’est une écriture riche, bien conçue, qui respecte les codes de la symphonie romantique. Une belle alternative à Brahms, je dirais.

Le London Philharmonic produit une sonorité somptueuse et en sont les interprètes idéales pour ces œuvres méconnues. À la limite d’un certain sentimentalisme, les symphonies de Parry sont agréables à écouter, mais malheureusement encore absentes de nos salles de concert.

Clair de Lune. Debussy, Fauré, Ravel. Menahem Pressler.

Posted in Debussy with tags on 18 mars 2018 by rfauclair

61eQ5VWR2WL._SL1200_Oeuvres de Debussy.

Bacarolle no.6 de Fauré.

Pavane et Oiseaux tristes de Ravel.

Enregistré à la Salle Rémy Pflifim, Paris en 2017.

Deutsche Grammophon. 2018. 4798756. 66m.51s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Arabesque no.1 

Clair de lune 

La plus que lente 

Cette année est le centième anniversaire de la mort de Claude Debussy (1862-1918). Pour l’occasion, la DG a invité le gagnant du prix Debussy de 1946, nul autre que Menahem Pressler. Le pianiste est en lien direct avec Debussy puisqu’il a côtoyé ceux qu’ils l’ont connu et joué ses oeuvres au tournant du 20e siècle.

À 95 ans, Menahem Pressler propose un voyage nostalgique sous le signe du dépouillement et de la sérénité. Ici, le temps n’a plus d’importance. Il y a dans son jeu une délicatesse particulière, une fragmentation du discours presque improvisée.

Il y a parfois ces subtiles teintes bleutées de jazz dont le musicien semble l’un des seuls à reconnaître dans Debussy. Il s’y dégage une aura et un état d’esprit proche de la vénération. Sous ses vieilles mains, il y a mille et un souvenirs… Il y aurait tant à dire sur la vie de cet homme généreux. Mais une seule phrase suffit à décrire ce disque merveilleux. C’est si beau…

 

 

Bruckner (1824-1896) Les Symphonies. Orchestre Métropolitain de Montréal. Yannick Nézet-Séguin.

Posted in Bruckner on 4 mars 2018 by rfauclair

71URK4J-UTL._SY355_Les neuf symphonies.

Enregistrements: no.7-8-9 à Eglise St-Nom-de-Jésus, Montréal entre 2006-2009/ no.4 à St-Ferdinand, Laval en 2011/ no. 1-2-3-5-6 à La Maison Symphonique entre 2012-2017.

Atma Classique. 2018. ACD2 2451. 10 cds.

Appréciation: Superbe*****

 

Andante de la 7e symphonie 

Scherzo de la 7e symphonie 

Grande respiration d’ensemble, dynamique renversante, adagios très intériorisés, recueillis et solennels; la vision de Yannick Nézet-Séguin rejoint celle des plus grands. Il a transformé à lui seul un orchestre qui a toujours vécu dans l’ombre de l’autre à Montréal.

Douze ans plus tard,  cette grande aventure se termine avec ce coffret des plus respectables. L’Orchestre Métropolitain peut maintenant être fier de faire partie de la grande chaîne de montagnes de l’univers discographique de Bruckner.

Bien sûr, à l’intérieur d’un cycle de cette importance, la notion de perfection et de version définitive est à proscrire. Nézet-Séguin va toujours y revenir, vu son jeune âge. D’autres vénérables chefs ont pris le temps nécessaire pour mûrir ces symphonies et les redécouvrir à leur façon. (Jochum, Wand, et Barenboim…trois intégrales pour lui!).

Pour débuter ce grand cycle, Nézet-Séguin a choisi les trois derniers monstres sacrés que sont les dernières symphonies. Ces oeuvres ont alors été enregistrées à l’Église du Saint-Nom-de-Jésus. C’est en ce vaste lieu que le chef, alors au début de la trentaine, en a étonné plusieurs. L’esprit du grand maestro Carlo Maria Giulini semblait  plané au-dessus des musiciens. Les adagios sont d’une lenteur audacieuse, en moments divins pleinement assumés. Il allonge le sens mélodique des phrases le plus loin possible, comme à bout de bras, et semble y mettre tout son amour à chaque silence, à chaque climax. C’est de l’émotion pure, mêlant le mysticisme contemplatif à une affection presque sensuelle…

Pour moi, ce triptyque demeure la plus belle réussite du Métropolitain. Tandis qu’à la Maison Symphonique, il semble que les ingénieurs du son n’ont pas encore réussi à apprivoiser l’espace acoustique. La sonorité d’ensemble demeure un peu terne, d’une grisaille brumeuse pas toujours bien définie. Le Métropolitain laisse percevoir ici quelques faiblesses par des phrasés un peu secs, un manque de souffle dans certains passages…

Mais ce que l’on retient de cette intégrale, c’est le pouvoir hautement émotif de la direction de Nézet-Séguin. Il offre à Bruckner une nouvelle allure, lui conférant une image plus humaine, plus près de nos sentiments. Un Bruckner amoureux? Pourquoi pas. C’est ce qui définit, je crois, ce cycle des autres versions dites définitives. Superbe.

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