Concertos Italiens Baroques. Elinor Frey. Rosa Barocca. Claude Lapalme, direction.

Posted in Leo, Sammartini, G.B., Tartini on 9 avril 2022 by René François Auclair

cover Elinor Frey Rosa Barocca Claude Lapalme - Early Italian Cello Concertos

Oeuvres de G.B.Sammartini, Vivaldi, Tartini et Leo.

Petit violoncelle Scheinlein, Nürnberg 1770.

Grand violoncelle K. Dennis d’après Stradivari, 2017.

Enregistré à Rozsa Center, Calgary en 2021.

Carl Talbot, ingénieur.

Analekta. 2022. AN 2 9163. 53m.

Appréciation : Superbe*****

Concerto en Do de G.B. Sammartini (petit violoncelle)

Larghetto du Concerto en La de Tartini (petit violoncelle)

Fuga du Concerto no.2de Leo (large violoncelle)

Elinor Frey, violoncelliste et docteure en musicologie, poursuit son exploration de la musique baroque en proposant des œuvres intéressantes de cette période. Ses recherches l’ont également menée à l’exécution sur différents instruments de la famille du violoncelle. Avant de prendre sa forme définitive vers la fin 18e siècle, le violoncelle a subi quelques transformations. Sur cet album, Dre Frey nous propose des œuvres italiennes sur un petit violoncelle et un large violoncelle, le premier étant un instrument hybride accordé de façon non conventionnelle.

Elle est accompagnée par l’ensemble Rosa Barocca de Calgary. Deux concertos ont été exécutés sur un petit violoncelle de 1770, soit ceux de Sammartini et Tartini. En lisant les notes du livret, elle explique avec beaucoup de détails le pourquoi et le comment de ses découvertes, thèses qui sont pour moi en dehors de mes champs de compétence, je l’avoue! Elle explique, par exemple, qu’il faut départager le petit violoncelle du violoncelle piccolo…une théorie qui va probablement faire jaser le milieu des musicologues de ce monde. Honnêtement, je m’y suis perdu un peu. Mais comme mélomane, ce disque m’a énormément plu. Chaque concerto est agréable à écouter, car l’Italie fait toujours du bien à entendre, bien sûr.

L’exécution qu’en fait Rosa Barocca est très soignée, légère et vive. Les cordes présentent des phrasés souples, d’une beauté indiscutable, résonnant dans un bel espace acoustique. Elles sont en complète fusion avec la soliste. Celle-ci est en plein centre de l’ensemble, d’une réelle présence scénique, légèrement en relief par rapport à l’orchestre. On ne rate rien du timbre des instruments utilisés, ni de la moindre note des passages virtuoses. J’avoue d’ailleurs que mes passages préférés sont ceux exécutés sur le petit violoncello. Sa sonorité riche est d’un grain raffiné et Mme Frey le possède entièrement en exploitant toute l’étendue de sa tessiture. Certains passages très aigus sont d’ailleurs d’une justesse éblouissante. J’aime beaucoup également le concerto à 5 mouvements de Leonardo Leo, le grand compositeur napolitain, dont les oeuvres sont des plus originales. Frey et Claude Lapalme signent, selon mon humble avis, l’une des meilleures interprétations que j’ai entendu.

L’émerveillement et l’émotion sont au rendez-vous sur cet album qui rend hommage à la beauté radieuse de l’Italie baroque. Eccellente! 

Bach, J.S. (1685-1750) Variations Goldberg. Jean Rondeau, clavecin.

Posted in Bach J.S. with tags on 27 mars 2022 by René François Auclair

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Clavecin Jonte Knif & Arno Pelto selon un modèle allemand.

Enregistré en 2021.

Erato/Warner. 2022. 190296508035. 104m.13s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Variation III canone alla unisono

Variation VI canone alla seconda

Variation XXI canone alla settima

Jean Rondeau nous invite à s’installer confortablement, à prendre place à l’intérieur de cette oeuvre magistrale qui défie le temps. Il propose 104 minutes et 13 secondes en dehors du monde, l’une des plus longues de la discographie, façonnée de doux balancements qui s’harmonisent au gré de la progression naturelle des choses. L’état constant de méditation qui se créer au fil de l’écoute est unique.

Le claveciniste recréé les Goldberg en jouant d’audace, en prenant le temps qu’il faut pour déposer chaque phrase de la manière la plus tendre qui soit, soumise à une impériale lenteur. La sonorité de l’instrument est d’une magnificence rare, s’épanouissant vers une réverbération large mais parfaitement contrôlée. Jean Rondeau signe ici l’une des interprétations les plus distinctives et personnelles des Variations Goldberg au clavecin. Admirable.

Chostakovitch, Dmitri (1906-75) Jazz Suites. Orchestre National d’Ukraine. Theodore Kuchar.

Posted in Chostakovitch with tags on 12 mars 2022 by René François Auclair

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Jazz Suites. National Symphony Orchestra of Ukraine. Theodore Kuchar. Brillant Classics.2006. 8480.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Waltz no.2

À mon avis, c’est le meilleur enregistrement de ces suites pour le jazz que le grand Chostakovitch a composé. À l’origine, ces pièces ont été créées en 1934 et 1938 dans le cadre d’un concours national à Leningrad pour rehausser le niveau de jazz en URSS. Par contre en 1956, le compositeur proposa une autre oeuvre similaire: Suite pour orchestre de variété no.1 qui réunit diverses pièces déjà existantes. Elle comporte huit mouvements, dont sa célèbre Valse no.2 qui a fait le tour du monde, grâce au cinéma (Eyes Wide Shut de Kubrick) et notamment dans plusieurs publicités.

L’instrumentation, riche et diversifiée, inclue deux pianos, deux saxophones altos, deux ténors, une guitare, un accordéon et une panoplie de percussions, dont un xylophone et un vibraphone!

La musique est joyeuse, amusante, pleine d’élan folklorique, mais dans le fond peu jazzée, si ce n’est que par son instrumentation. Ces pièces insouciantes et légères sont à l’opposé de ce que Chostakovitch a réellement vécu sous le régime de terreur de Staline. Le réalisme socialiste du régime stalinien a en effet fait beaucoup de mal aux artistes de cette époque. La dictature a forcé certains à s’exiler ou à être emprisonnés.

Aujourd’hui, l’horreur continue de s’imposer en Ukraine. Le choc a été brutal pour tous. On assiste impuissant à une autre dictature qui fait mal à son voisin. L’Ukraine est dévastée dans l’incompréhension. Ce peuple riche en culture, en musiciens, artistes, travailleurs, dont nous avons encore beaucoup à apprendre, nous ressemble tous.

Je dédie cette Valse no.2 à tous ceux qui veulent la paix, russes, ukrainiens et tous leurs voisins. Parfois, il ne reste que la musique à partager pour atténuer la souffrance.

Eberl, Anton (1765-1805) Sonates et Variations. Sayuri Nagoya, pianoforte.

Posted in Eberl on 27 février 2022 by René François Auclair

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Sonatine op.5 (1796). Grande Sonata op.27 (1805).

12 Variations sur un thème de Die Zauberflöte de Mozart.

Grande Sonata op.43 (1805). Sonata op.1 (1792).

Pianoforte Broadmann 1805.

Enregistré à l’Abbaye San Martino, Palerme en 2018.

Brilliant Classics. 2022. BC96509. 71m.

Appréciation: Superbe*****

Sonatine en Do majeur op.5

Andante con espressione de l’op.27

Andante-Allegro con spirito de l’op.43

Anton Eberl est né à Vienne en 1765. Ami de la famille Mozart, puis de Beethoven, il fut considéré comme un brillant concertiste. On disait à l’époque qu’il était un sérieux rival à Beethoven et parfois certaines de ses oeuvres étaient préférées du public. Eberl était un virtuose étonnant, comme en fait foi ces pièces saturées d’effets pyrotechniques. Elles exigent parfois du pianiste une implication très physique.

Comme mise en bouche, le disque débute par la Sonatine op.5, très charmante pièce que l’on pourrait confondre aisément à Mozart. Par la suite, on plonge dans des oeuvres de maturité très denses, parfois surchargées de défis techniques. Mais Eberl sait aussi être inspiré par un beau lyrisme qui annonce Schubert. L’Andante con expressione de l’opus 27 est un bel exemple où la musique se développe de manière progressive, grâce notamment par de beaux arpèges qui confèrent à la pièce grâce et fluidité.

La pièce de résistance demeure sans doute la Grande Sonate op.43 composée en 1805, l’année de la mort du compositeur. Véritable symphonie pour piano, cette oeuvre hors norme est de forme classique, digne de Haydn. L’ouverture lente, d’une noble grandeur, est suivie d’un grand mouvement de près d’un quart d’heure où il se passe beaucoup de choses. Drames, conflits, morceaux de bravoure et résolution triomphale!

Pour interpréter cette musique, un authentique pianoforte Broadmann de 1805 a été utilisé. De conception robuste, charnu dans les basses, brillant aux octaves supérieures, il possède assez de corps pour encaisser la musique de Eberl qui lui exige toutes ses capacités. La pianiste japonaise Sayuri Nagoya le martèle allègrement sans ménagement. Cette élève des pianofortistes Piet Kuijen et Bart van Oort, sait également articuler et mouvoir la musique. Son jeu est admirable en tous points. Les preneurs de son ont su éviter les raideurs parfois excessives des vieux pianos. La sonorité d’ensemble est réussie, en parfait équilibre entre l’espace des lieux et les résonances internes de l’instrument.

Jouer de la musique sur un piano historique est encore tout à fait pertinent. Une sorte de magie nostalgique fait son oeuvre quand il revit l’espace d’un instant. Tout comme Anton Eberl, il est l’un de ces témoins oubliés qui refont parfois surface, grâce aux talents de musiciens et d’artisans passionnés. Une précieuse redécouverte.

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