Fiorillo, Federigo (1755-1823) Six Quatuors avec flûte. Ensemble à l’Antica.

Posted in Fiorillo on 7 janvier 2018 by rfauclair

61mxZymj+2LLuigi Lupo, copie d’un traverso de J.H.Grenser.

Rossella Croce, violon. Luca Ronconi, alto.

Rebecca Ferri, violoncelle.

Enregistré à Chiesa Parrocchiale di Ala trento, Italie, en 2004.

Tactus. 2006. TC750601. 72m.29s. Appréciation: Très Bien****

Allegro Moderato du Quartetto no.3 en sol majeur. 

Allegro/Larghetto/Minuetto du Quartetto no.5 en ré majeur 

Federigo Fiorillo est un compositeur né en Allemagne d’ascendance italienne. Il est un contemporain de Mozart. Excellent violoniste, il s’est retrouvé au côté de l’imprésario Salomon à Londres où il tenait le premier violon du Quartet portant le même nom. Il a donc exécuté quelques quatuors du célèbre Haydn, en visite en Angleterre.

Fiorillo a eu une certaine renommée en Europe. Il a vécu à Paris et a participé aux Concert Spirituel, alors très en vogue à l’époque. Mozart s’y retrouvera aussi à quelques occasions. Ces six quatuors avec flûte ont été composés vers 1788 et ont eu un certain succès, puisqu’ils ont été édités plus d’une fois.

En parallèle des quatuors de Mozart dans le même genre, ces pièces sont d’une égale valeur, de style galant, d’une légèreté bien agréable. Fiorillo propose une attachante et belle musique fluide qui s’écoule dans une insouciance bienheureuse (superbe Larghetto du 5e quatuor). Parfois il élabore généreusement quelques mouvements et nous surprend par des développements riches en émotions (Allegro moderato du 3e).

Le label italien Tactus s’est fait la spécialité de nous faire découvrir le répertoire de ces compositeurs méconnus. La plupart de leurs enregistrements sont fait avec soin. Ici, la présence de musiciens jouant sur des copies d’instruments d’époque est toujours appréciée. Les timbres savoureux du traverso et des cordes à l’ancienne fait toujours son effet. Authenticité, vivacité du jeu des interprètes, et voilà qu’on s’attache à ce Fiorillo, témoin d’une époque fait de divertissements intelligents et éclairés d’une lumière radieuse.

 

 

 

Sibelius, Jean (1865-1957) Les Symphonies. Helsinki Philharmonic. Paavo Berglund.

Posted in Sibelius with tags on 22 décembre 2017 by rfauclair

91jd980dtuL._SL1500_Les sept symphonies (1899-1924)

Poèmes symphoniques: Océanides, Finlandia, Tapiola, Kullervo…

Enregistré entre 1984-1987 au Culture Hall à Helsinki, Finlande.

Parlophone/Warner. 2017. 0190295869151. 5 cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Vivacissimo et Finale de la 2e symphonie op.43 

Allegro moderato de la 3e symphonie op.52 

Paavo Berglund (1929-2012), chef finlandais émérite, a probablement réussi sa plus belle et convaincante incursion dans l’oeuvre symphonique du grand Sibelius. On sent la connivence avec l’orchestre d’Helsinki, robuste et intense, et cette proximité avec le compositeur finlandais, dans une vision enracinée par la tradition et les valeurs de ce créateur singulier. Le chef dispose devant lui d’un orchestre aux sonorités rugueuses et vives. Il en exploite toute la charge émotive par une prestation engagée des musiciens qui semblent vivre, sans compromis, toute la musique de Sibelius.

Les symphonies de Sibelius sont remarquables en tous points. Autant au niveau de leurs formes imprévisibles que par la description d’une nature sauvage et impitoyable. Mais il y a aussi dans cette musique, un désespoir profond sur fond de guerre… Sibelius se tournera alors vers les forces de la nature pour s’y soustraire. Cette volonté se traduira par des hymnes triomphants et inspirés qui feront de lui un héros national (Finlandia op.26 et Finale de la 2e symphonie par exemple)

Sa musique, d’une grande richesse, nous invite à un périple étonnant au coeur de ce pays de glace et de forêts. Supportée par des progressions tonales déstabilisantes et imprévisibles, la musique de Sibelius s’éloigne des parcours déjà tracés. Parfois, au cours de ce pèlerinage, l’auditeur s’abandonne aux plus fortes images. Il s’arrête à l’improviste devant un paysage fait de grands espaces blancs, pour s’engager ensuite dans une lutte éprouvante contre les vents mordants du froid, pour enfin se retrouver dans la nuit devant la plus exaltante des aurores boréales. C’est le triomphe de l’esprit humain devant le grand inconnu. C’est un peu tout ça Sibelius… Le plus original compositeur et symphoniste du 20e siècle.

Corelli, A. (1653-1713) Les Concertos grosso op.6. The Avison Ensemble.

Posted in Corelli on 1 décembre 2017 by rfauclair

81cV77WJM0L._SL1400_Concertos op.6 no.1-12

The Avison Ensemble. Pavlo Beznosiuk, direction

Enregistré à St-Silas Martyr, Kentish Town, Londres en 2011.

Linn Records. 2012. CKD 411. 2cds. 129m.37s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Concerto op.6 no.7 en ré majeur

Concerto op.6 no.8 pour la nuit de Noël

Cet enregistrement des concertos de Corelli est une sorte d’aboutissement dans la pratique de la musique baroque. Des premiers essais des années 70 sur instruments d’époque jusqu’à aujourd’hui, ces concertos légendaires n’ont cessé d’être réinterprétés par toute sortes de manières et de styles. Des premiers grincements des cordes de La Petite Bande de Sigiswald Kuijken (H.M. 1977) jusqu’à cette prestation somptueuse de l’Avison Ensemble on a enfin atteint une plénitude du son et de style tout à fait magnifique.

La direction du violoniste Pavlo Beznosiuk est d’un juste équilibre, donnant le ton par des tempos modestes et chaleureux. À ces gestes nobles et emphatiques s’y greffe naturellement les accents tendres de la musique de Corelli. Car c’est sa véritable nature. Sa musique est tout simplement belle, et il suffit parfois de la jouer avec respect et amour.

 

 

 

Schubert. Szymanowski. Lucas Debargue.

Posted in Schubert, Szymanowski with tags on 28 novembre 2017 by rfauclair

81tRpTujgOL._SL1500_Schubert, F. (1797-1828) Sonates d.784 et d.664.

Szymanowski, K. (1882-1937) Sonate op. 21

Enregistré à La Grange au Lac, France en juillet 2017.

Sony Classical. 2017. 8985465632. 67m.45s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro giusto de la sonate d.784 de Schubert 

Allegro de la sonate d.664 de Schubert

Allegro assai op.21 de Szymanowski

Pianiste atypique, non seulement par son jeu libre et audacieux, mais également par un parcours non-conventionnel, Lucas Debargue (n.1990) nous arrive déjà avec son troisième disque.

Le Schubert qu’il propose est à cent lieux des grands pianistes du passé. Il aime prendre des risques, semble avoir l’intuition et le génie d’atteindre des zones que la partition gardait dans l’ombre. Ce sont des choses qui ne s’enseigne pas. Le papier ne suffira jamais à révéler réellement les intentions originales et l’état d’esprit du compositeur. En lisant les mesures tout en effaçant leur contour, en jouant subtilement sur les silences et le temps, Debargue nous révèle certains secrets cachés sur la page.

La sonate d.784 est si convaincante, si prenante, qu’on peut dorénavant la nommer « La Funèbre ». Car c’est ce qu’elle a toujours été. Mais seul Debargue semble l’avoir compris entièrement. Du début de la marche funèbre, en passant par le motif tragique d’un glas mortuaire jusqu’à l’hymne émouvant qui s’élève pour l’ami disparu, tout prend son sens. C’est de la poésie que plusieurs pianistes n’ont jamais saisi.

D’un toucher fait de murmures, de confessions intimes qui invitent à l’écoute la plus silencieuse qui soit, la musique de Schubert a t’elle trouvé ici son alter ego le plus près de ses aspirations? L’avenir nous le dira.

Pour l’instant, on peut s’attendre à tout, on peut rêver à d’autres Schubert ou rien du tout. Car ce genre de génie peut tout se permettre (impressionnant Szymanowski), ou simplement cesser d’être le pianiste qu’on s’attend de lui.

 

Bach, J.S.(1685-1750) Les Motets. Norwegian Soloist’s Choir. Grete Pedersen.

Posted in Bach J.S. with tags on 26 novembre 2017 by rfauclair

5014947-origpic-5a0ca5Motets bwv 225-230.

Motet bwv 118.

Det Norske Solistkor (Le Choeur de Solistes norvégiens).

Ensemble Allegria. Grete Pedersen, direction.

Enregistré à Ris Kirke, Oslo entre 2015 et 2017.

Bis Records. 2017. Bis-2251. 67m.39s.

 

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Komm, Jesu, komm bwv 229

Gute nacht tiré du motet Jesu mein freude bwv 227

Wie sich ein Vater erbarmet tité du motet Singet dem Herrn bwv 225

L’exécution des motets de Bach par les Solistes norvégiens est à classer parmi les meilleures de la discographie. En comparaison des plus inestimables interprétations (Herreweghe, Gardiner, Fasiolis…) celle de l’ensemble norvégien se distingue par une douceur et une chaleur d’expression rare.

La rhétorique que propose Grete Pedersen, c’est à dire l’art de chanter les textes sacrés, amène l’auditeur à une expérience proche de la béatitude. L’alternance entre les solistes et le choeur, le choix des timbres, la différenciation des voix et la beauté éthérée des sopranos en font tout simplement le plus beau disque Bach de l’année 2017.

Signalons l’excellence de la prise de son où solistes et choeur sont bien détachés en relief. Il y a quelque chose de sublime dans l’oeuvre de Bach. Lorsque ces motets, d’une perfection d’écriture inégalée, sont passés au travers d’une interprétation d’une telle qualité, on a parfois l’impression fascinante que nous ne sommes plus seul dans l’univers. Que nous participons à quelque chose qui nous dépasse. Écrite pour des services funèbres, cette musique sublime transcende l’esprit vers l’infini. Amen.

 

Schuster, Joseph (1748-1812) Les Six Quatuors à cordes, Padoue 1780.

Posted in Schuster on 19 novembre 2017 by rfauclair

81OEaBHdF3L._SL1200_Quartetto « Joseph Joachim » sur instruments d’époque.

Stéfano Montanari, Elisa Citterio, violons.

Francesco Lattuada, alto. Gaetano Nasillo, violoncelle.

Enregistré à Chiesa di S.Petro in Lucone, Italie en 2001.

Pan Classics. 2017. PC 10379. 59m.30s. Appréciation: Très Bien****

Non troppo andante espressivo du Quatuor no. 5 en Mib majeur

Tempo di menuetto du Quatuor no.5 en Mib majeur

Quatuor no. 6 en ré mineur

« Pas mauvais du tout »… C’est ce que Mozart déclara dans une lettre à sa soeur à propos du compositeur saxon Joseph Schuster en 1777. Mozart faisait rarement l’éloge de ses collègues musiciens à son époque. Cette petite allusion à Schuster a pourtant attiré l’attention des musicologues qui ont fouillé l’oeuvre de ce compositeur resté dans l’anonymat.

Dans le catalogue Köchel des oeuvres de Mozart, il y avait quatre quatuors apocryphes notés en appendice. On a découvert plus tard qu’ils provenaient d’une collection de six oeuvres écrites en 1780 par Schuster. Elles faisaient partie d’une commande d’un certain Marquis Don Joseph Ximenes qui vivait en Italie. Probablement, Mozart connaissait ces quatuors. Est-ce qu’ils furent l’élément déclencheur des grands quatuors dédiés à Haydn dont l’écriture se fit avec grande peine entre 1782-1785?

Une chose est certaine, on comprend pourquoi Mozart fut séduit par la musique de Schuster. Elle lui ressemble. L’écriture est vive et originale. Les harmonies sont riches et parfois dissonantes, en recherche de climats sombres et mélancoliques. Il y a un bon mélange de genre parfois étonnant, où Schuster fait autant usage de la complexité d’un contrepoint serré que par une invention lyrique digne des plus belles pages de Mozart.

L’interprétation du Quatuor Joseph Joachim, qui date déjà de 16 ans, est conçue d’un esthétisme très « lame de rasoir« , tranchant et clinique qui semble être abandonné de nos jours par les ensembles d’instruments anciens. Pourtant, la musicalité est présente, franche et imperturbable, avec une présentation des voix qui ne laisse aucun doute par leur clarté. Au final… »Pas mauvais du tout »!

 

Schieferlein (1704-1787) Sonates en trio. Pallade Musica.

Posted in Bach CPE, Schieferlein on 2 novembre 2017 by rfauclair

22729043_1473407972741520_4194450035103034167_nOtto Ernst Gregorius Schieferlein (1704-1787) 3 sonates en trio

G.P. Telemann (1681-1767): Sonate en trio twv 42:g7

C.P.E. Bach (1714-1788): Sonate en trio wq.150 (A.Thivierge, flûte baroque)

Tanya Laperrière, violon baroque. Elinor Frey, violoncelle.

Esteban La Rotta, luth, théorbe et guitare. Mélissande McNabney, clavecin.

Enregistré à St-Augustin de Mirabel en août 2016.

Atma Classique. 2017. acd2 2744. 64m.15s. Appréciation: Très Bien****

Allegro de la sonate no.2 en fa majeur

Menuet et trio de la sonate no.2 en fa majeur

Allegro de la sonate en trio wq.150 de C.P.E. Bach

Pallade Musica, jeune ensemble baroque de Montréal, a enregistré en première mondiale les trois sonates en trio de ce compositeur pratiquement inconnu. Ce qui a probablement attiré l’attention des musiciens sur ces vieux manuscrits, s’explique non seulement par la découverte d’une musique belle, savante et intéressante mais aussi par ses parties incroyablement relevées du violoncelle, que le compositeur a traité d’égale façon avec le violon.

Schieferlein était le copiste et assistant de Telemann et puis de C.P.E. Bach à Hambourg. Il fut également chanteur alto pendant plusieurs années. On ne sait à peu près rien d’autre. Il ne reste que ces trois sonates en trio, qui lui sont attribuées. C’est une musique calquée de près sur Vivaldi et celle de Telemann. Un bon mélange de genre, du bon baroque sans prétention d’où on appréciera des idées qui sortent de la routine, dont une prédilection pour d’heureux bariolages accordés aux deux voix principales.

Pallade Musica s’est appliqué à donner un son d’ensemble très délicat, fait de virtuosité légère et fluide à ces oeuvres agréables et stimulantes. On apprécie le naturel du violon de Tanya Laperrière, et la prestance d’Elinor Frey, toujours précise et rapide dans les passages les plus exigeants. On aurait aimé cependant un peu plus de folie et de laisser aller à certains endroits que la musique de Schieferlein semble demandée.

Choix esthétique assumé ou non, les musiciens ont réussi à nous charmer. À noter, la très belle réussite de la sonate en trio de C.P.E. Bach, dans une prise de son légèrement différente des autres pièces du disque, avec une belle aération entre les instruments.