Johannes-Passion bwv 245.
Christophe Prégardien, ténor.
Harry van der Kamp, basse.
Barbara Schlick, soprano.
René Jacobs, alto. Nicola van der Meel, ténor.
Max van Egmond, basse. Enregistré à Haarlem, Pays-Bas en 1987.
DHM. 1990. 77041-2-RG. 2cds. 122m19s. Appréciation: Sommet du Parnasse******
Herr, unser Herrsher (Seigneur notre maître, dont la gloire est partout magnificente!)
Erwäge, wie sein blutgefärbter Rücken (Vois ce dos ensanglanté, en toutes parts semblable au ciel!)
Zerfliese mein Herze (Déborde mon âme dans le flot des larmes)
Chorale Ach Herr (Ah! Seigneur, qu’à ta dernière heure ton ange bien-aimé porte ton âme)
Le 7 avril 1724 eut lieu la première de la Passion selon St-Jean à l’église St-Nicolas de Leipzig. Bach était alors Cantor depuis près d’un an à composer des cantates pour tous les dimanches et les jours fériés. Dans son contrat avec la ville il était spécifié qu’il présenterait une Passion à chaque Vendredi Saint. Cette journée était le plus grand évènement annuel du culte luthérien. Le Conseil de Leipzig avait auparavant bien indiqué à Bach d’éviter que les fidèles soient dérangés par de trop grands effets théâtraux.
Évidemment, Bach en fit à sa tête! Ce qu’il proposa en ce 7 avril, dépassa largement tout ce qui avait été fait auparavant. Le choc fut intense! On pense qu’il a ensuite été contraint par le Conseil d’apporter des modifications à sa Passion. La version de 1725 n’a plus du tout le même impact. Celle-ci exclue l’impressionnant choeur d’entrée Herr, unser Herrsher, et l’air pour ténor Vois, ce dos ensanglanté! dont les images étaient sûrement trop explicites pour la sensibilité du temps. Dans cet air extraordinaire, Bach décrit les flots de sang du Christ qui deviennent un arc-en-ciel de la grâce divine. La seconde partie de l’aria est formée par les mélismes du ténor qui décrivent littéralement un grand arc musical! Ce n’est qu’un exemple du génie figuratif de Bach.
La version de Sigiswald Kuijken apparaît maintenant moins dramatique que les interprétations plus récentes au disque. Sa vision est demeurée respectueuse et digne, traitée avec un savoir-faire qui souligne avant tout la beauté lyrique de l’oeuvre. Les choeurs s’expriment avec tendresse et privilégient une ambiance pieuse plutôt que les effets théâtraux. Les solistes, les meilleurs du temps, sont irréprochables dans ce style épuré qui s’est imposé avec naturel dans la redécouverte de la musique baroque. Une très belle version, qui malgré sa réserve, est demeurée une référence.
Extrait comparatif:
Herr, unser Herrsher. Concerto Köln/Choeur Radio-Bavaroise/Peter Dijkstra. BR Klassik. 2016.



