Bach, J.S. (1685-1750) Les Partitas pour Clavier. Bernard Roberts.

Posted in Bach J.S. on 13 mars 2026 by René François Auclair

81XYxh97LCL._AC_SL1401_

Partitas nos.1-6 bwv 825-830.

Enregistré à Wyastone, UK en 2000.

Nimbus Records. 2001. NI 5673/4. 124m.

Appréciation: Superbe*****

Les six Partitas pour clavier comptent parmi les oeuvres les plus abouties du grand Sébastien. Écrites à partir de 1726, Bach les publia, à ses frais, à raison d’une partita par année jusqu’en 1731. L’oeuvre complète fut ensuite insérée au Clavierübung, grand cahier d’exercices, auquel l’auteur ajouta par la suite le fameux Concerto Italien et les Variations Goldberg. Les suites ont chacune leur caractère, dictées par leurs tonalités respectives. Les états d’âme les plus variés sont soulignés par une écriture qui rallie autant la science de Bach en pleine maturité, que d’une sensibilité annonçant l’ère de son célèbre fils, Carl Philip Emmanuel (1714-1788).

Partita no.3 en la mineur bwv 827

Partita no.4 en ré majeur bwv 828 (extraits)

Le biographe Forkel écrira en 1802 « …de notre temps, même un jeune artiste peut s’instruire à leur contact, tant ils sont brillants, agréables, expressifs, et toujours nouveaux ». Originalement conçues pour le clavecin, les Partitas demandent à l’interprète un niveau technique très élevé, comme en fait foi les redoutables gigues qui clos la majeure partie des suites. Personnellement, je les préfère au piano car elles bénéficient d’une plus grande palette de nuances. La version du britannique Bernard Roberts (1933-2013) est l’une de mes préférées. Quoique son jeu est un peu sage, il le picote allégrement de beaux trilles qui rappellent le clavecin. La rythmique est un peu raide, mais jamais monotone. De cette base confiante et structurée s’épanouie un toucher d’une belle délicatesse, attentive aux détails. Valorisée par une belle acoustique, la musique de Bach suit son cours sereinement. Cet artiste, qui n’impose rien de sa personne, force le respect.

Roberts-Bernard-05

Bach, J.S. (1685-1750) Le Clavier bien tempéré Livre I et II. Gianluca Luisi, piano

Posted in Bach J.S. with tags on 12 mars 2026 by René François Auclair

Livre I (1722)

Livre II (1744)

Piano Fazioli 278

Enregistré au Temple Pierre Nicole, Paris en 2005.

Centaur. 2009. CRC3040/41/42/43. 265m10s

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Préludes et Fugues nos.1-3 Livre I

Préludes et Fugues nos.1-3 Livre II

Prélude et Fugue no.12 en fa mineur Livre II

Prélude et Fugue no.24 en si mineur Livre II

Le Clavier bien tempéré est bien-aimé de tous. Clavecinistes, pianistes, mélomanes, musiciens, tous la connaissent. L’origine de sa composition fut didactique, mais aussi pour le plaisir de ceux qui sont déjà rompus à cet art. Tous les grands pianistes et compositeurs l’on adopté et pratiqué sans relâche. Mozart, Beethoven, Chopin, Schumann, pour n’en nommer quelques uns. Le Clavier est beaucoup plus que des exercices. C’est l’âme et les fondements d’une musique universelle. Le cycle de l’ombre et la lumière. Le Yin et le Yang. Formes et structures; plaisir et poésie. Les deux groupes s’opposent tout en se complétant.

Pourquoi la version de Gianluca Luisi? Pour plusieurs raisons personnelles, bien entendu. Il y a tant de façon de jouer ces 96 pièces dans toutes les tonalités possibles. On peut la jouer de la manière la plus fonctionnelle qui soit, sans nuance, sans rien, et la musique de Bach va tout de même bien s’en sortir. Le Clavier c’est la joie pure, le bonheur radieux, le recueillement, la plainte. C’est la prière, le chant de l’âme solitaire. C’est un florilège de musique qui puise sa source dans l’immense inventivité du compositeur. Dans deux ou trois siècles, ces deux Livres seront encore là, et peut-être qu’au lieu de se faire la guerre, les humains vont pratiquer et écouter cette musique merveilleuse.

Alors pourquoi Luisi plus qu’un autre? Un superbe toucher, délicat ou d’une grande franchise. Clarté, limpidité, lyrisme: les états d’esprit sont nombreux en évitant l’agressivité et l’égocentrisme. Le musicien s’efface, laisse couler les choses. Le son est enveloppant comme une couverture bienveillante que l’on repose sur soi. Vient la nuit et ses songes, puis l’aurore s’installe à nouveau. La plus tendre de toutes les versions. Superbe piano Fazioli. Dona bis pacem.

Bach, J.S. (1685-1750) L’Offrande Musicale. Il Gardellino.

Posted in Bach J.S. on 6 mars 2026 by René François Auclair

Offrande Musicale bwv 1079.

Variations Canoniques bwv 769.

Jan de Winne, flûte baroque.

Sophie Gent, Tuomo Suni: violon baroque.

Vittorio Ghielmi, Rodney Prada: viole de gambe.

Lorenzo Ghielmi, clavecin et pianoforte, orgue.

Enregistré à Cremone, Italie en 2012.

Passacaille. 2014. PAS1000. 64m.25s

Appréciation: Superbe*****

Thema/Ricercar 3 voci/Canons (extraits)

Sonate pour flûte, violon et bc (Largo et Allegro)

Ricercar a 6 voci (clavecin)

Le 7 mai 1747, le vieux Bach, accompagné de son fils Wilhelm, se rendit à Postdam pour visiter son fils Carl Philippe Emmanuel à la cour du Roi Frédéric. C’est là que Bach essaya quelques pianofortes (probablement des Silbermann). Sous l’empressement du Roi, grand amateur de musique, Bach improvisa sur le champs une fugue à 6 voix sur un motif qui se prêtait bien à cet exercice, que le compositeur a choisi pour l’occasion. Les témoignages rapportent que « toutes les personnes présentes en furent émerveillées ». Selon les récits ultérieurs de Carl Philippe et Wilhelm, ce n’est que plus tard en soirée que Bach invita le Roi à lui soumettre le fameux thème qui servira à L’Offrande Musicale que nous connaissons. De retour à Leipzig, Bach travailla minutieusement le thème royal en lui offrant un Ricercar à six voix, une de ses plus grandes compositions. Des Canons et une Sonate en Trio furent également élaborés sur le même motif.

Le sujet de Frédéric le Grand est vraiment superbe. Lui-même flûtiste et compositeur, on croit que le roi en est vraiment l’auteur. Le début du thème est ascendant, puis redescend en demi-tons chromatiques qui lui donnent un affect sinistre et prenant. Bach va faire dialoguer tout autour des contrepoints savants. C’est la force de son génie. Élaborer la complexité tout en étant harmonieux. Quant à la Sonate en Trio pour flûte et violon, qui contient également le thème royal, elle reflète le style sensible et galant de cette période. Pour terminer laissons Bach s’expliquer en toute modestie: « Je pris donc la résolution de me consacrer totalement à ce thème royal, digne en tout points de la plus grande attention, afin de le faire connaître au reste du monde. Je suis arrivé à mes fins, en tout cas dans les limites de mes modestes possibilités… » Oui bien sûr Jean-Sébastien, personne n’en doute! 🙂

Bach, J.S. (1685-1750) L’Offrande Musicale. Ensemble Sonnerie.

Posted in Bach J.S. on 6 mars 2026 by René François Auclair

L’Offrande Musicale bwv 1079.

Monica Hugget, violon. Sarah Cunningham, viole de gambe.

Gary Cooper, clavecin. Wilbert Hazelzet, flûte.

Paul Goodwin, hautbois, (amore&da caccia).

Pavlo Beznosiuk, violon, alto et viole ténor.

Frances Eustache, basson.

Enregistré à St-Bartholomew’s Church, Orford en 1994.

Virgin Classics. 1996. 724354513923. 71m41s.

Appréciation: Superbe*****

Thema Regium canon perpetuus

Ricercar a 6 (flûte, violon, hautbois da caccia, viole ténor, basson, viole de gambe

Ce splendide disque de L’Offrande Musicale vaut surtout pour sa transcription du fameux Ricercar à 6 voix, un des sommets du contrepoint de JS Bach. « C’est pour notre plaisir, comme pour celui des auditeurs accoutumés aux versions pour orchestre, cordes ou sextuor à vent, que nous avons choisi de profiter de la richesse et de la couleur des instruments de l’époque de Bach en interprétant cette pièce étonnante. » Sarah Cunningham.

Dans le manuscrit d’origine, Bach a écrit le Ricercar sur 6 portées séparées, sans indication d’une instrumentation spécifique. Cette pièce intemporelle, soigneusement élaborée, est d’une beauté à la fois austère et lumineuse. Comment la décrire? La course lente et inexorable des astres, l’harmonie des sphères? L’équilibre et la continuité de toute chose? La Fugue est comme le cycle perpétuel de l’univers qui se meut sans égard pour nos petites personnes. Rien ne peut l’arrêter. L’infini n’a pas de destin. Nous, oui.