Bazzini, Antonio (1818-1897) Quatuors no.1 et 3 Quartetto Bazzini.

Posted in Bazzini on 10 novembre 2018 by rfauclair

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Quartetto no.3 en Mi bémol majeur op.76

Sur instruments d’époque italiens.

Lino Megni, Daniela Sangalli, violons.

Marta Pizio, alto. Fausto Solci, violoncelle.

Enregistré à Studio Venturini, Crémone, en avril 2016.

Tactus. 2018. TC 810202. 68m.18s. Appréciation: Superbe*****

 

Scherzo allegro vivo du quartetto no.1

Andante sostenuto du quartetto no.1

Andante quasi allegretto du quartetto no.3

Antonio Bazzini fut un violoniste reconnu en son temps. Après sa rencontre avec Paganini, il commença sa carrière à travers l’Europe. Il fit la connaissance de Schumann et Mendelssohn. Ensuite il se retira pour être professeur de contrepoint et de composition au Conservatoire de Milan. Il eut pour élèves un nombre important de nouveaux compositeurs, comme Puccini, Bossi, Mascagni, Catalani…Il fut donc un élément important dans l’essor de la musique italienne de la fin 19e siècle.

Il a composé six quatuors sur une période de trente ans. Ils ont déjà été enregistrés par le Quartetto di Venezia sur le label Dynamic. Ces oeuvres sont nées sous diverses influences, germaniques en particulier, mais possèdent quelque chose de lumineux et typique de l’Italie. L’écriture est claire, très lyrique, souvent structurée par un bon contrepoint solide et dynamique. Il y a l’omniprésence de Beethoven dont la force d’expression se fait encore sentir. Il y a aussi la fantaisie légère de Mendelssohn à certains endroits. Par contre, la complexité harmonique de Brahms semble y être exclue, ce qui fait de ces quartetti un corpus anachronique par rapport aux courants musicaux de cette époque.

Le Quartetto Bazzini est un groupe spécialement formé pour diffuser la musique de Bazzini qui demeure encore peu connue. La sonorité de leurs cordes est certes granuleuse et manque parfois de justesse. Les coups d’archet peuvent être cinglants et rageurs. Mais au final, ça demeure très vivant et palpitant. Leur jeu est impliqué à fond créant des contrastes vifs et colorés. On peut aimé ou pas. Les mouvements lents sont au contraire, chaleureux, introspectifs et vibrants. (admirable Andante sostenuto du no.1)

Il faut saluer la liberté des musiciens et la prise de risque qu’ils ont osé. Leur prestation est pour ainsi dire, sans compromis. La musique de Bazzini en sort gagnante selon moi et on apprécie chaque instant, même si elle demeure encore inclassable. On attend avec impatience les autres quatuors de ce compositeur qui mérite toute notre attention.

Bach, J.S.(1685-1750) Le Clavier bien tempéré. Livre I et II. Cédric Pescia.

Posted in Bach J.S. with tags on 6 novembre 2018 by rfauclair

61m7LNCGgML._SY355_Les 48 préludes et fugues bwv 846-893

Cédric Pescia, piano Steinway D

Enregistré en 2017 à Reitstadl, Newmarkt, Allemagne.

La Dolce Vita. 2018. LDV 38.1. 262m. 4 cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Préludes et fugues no.1 à 3 du Livre I 

Préludes et fugues no.7 à 9 du Livre II 

Fugues no.16 et 20 du Livre II 

« Ce qui m’intéresse, c’est la sincérité et la quête de la beauté. La beauté se découvre dans la dimension vocale de la musique vers laquelle je reviens toujours. Bach ne doit jamais cesser de chanter! »

Le pianiste franco-suisse (n.1976) présente un Clavier très libre de pensée, enrobé la plupart du temps d’une poésie schumanienne aussi près du coeur que d’esprit.

Parfois très rapide et dur avec la partition, puis d’une lenteur quasi organistique, ou d’une douceur voilée d’impressionnisme, Cédric Pescia alterne constamment les contrastes, les couleurs, les nuances, dans une mosaïque incroyablement variée.

Tous les états d’âme possible sont révélés au travers de ces deux grands recueils que Schumann considérait comme son « pain quotidien ». L’écoute de cette nouvelle version offre au mélomane une satisfaction complète et durable, à l’image de ce chef-d’oeuvre d’ingéniosité, d’intériorité et d’exubérance. C’est de la pure musique. Bach nous rejoint encore une fois et pour toujours.

 

 

Pachelbel, Johann (1653-1706) Canon en ré. Orchestre Jean-François Paillard.

Posted in Fasch, Pachelbel with tags on 3 novembre 2018 by rfauclair

61xmAiw9-TLPachelbel: Canon en ré. Deux suites pour cordes.

J.F.Fasch: Concerto pour trompette en ré. Deux sinfonias.

Maurice André, trompette.

Jean-François Paillard, direction.

Erato. 1968. 4509-98475-2. 53m.15s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Canon pour cordes et continuo (arr. J.F.Paillard)

Concerto pour trompette de J.F.Fasch (1688-1758)

C’est Jean-François Paillard qui a popularisé le canon de Palchelbel il y a 50 ans. C’est l’un des disques classiques le plus vendu de tous les temps. Un demi-siècle plus tard, le charme fait encore son oeuvre, malgré l’aspect hyper romantique de son interprétation.

En bonus, l’inimitable Maurice André à la trompette dans le célèbre concerto de Fasch. Un son clair d’une précision éblouissante a consacré le musicien français dans ce bon baroque plein d’aisance. C’est également lui qui nous a fait découvrir ce contemporain de J.S.Bach.

Comme le canon en forme de cycle perpétuel, cet album sera encore là dans plusieurs années. Peut-être y aura t’il encore des gens à l’aube du 22e siècle pour l’apprécier. On l’espère.

 

 

Lauridsen, Morten (n.1943) Light Eternal. Chamber Choir Europe. Nicol Matt.

Posted in Lauridsen, M. on 3 novembre 2018 by rfauclair

61Nj95ozYnL._SL1200_Lux Aeterna (1997)

Chansons des Roses, Nocturnes et autres pièces chorales.

Morten Johannes Lauridsen, piano.

I Virtuosi Italiani, Chamber Choir of Europe, Nicol Matt, direction.

Enregistré à Kufstein, Stadtsaal, Autriche en 2017.

Deutsche Grammophon. 2018. 002894835058. 80m.02s.

Appréciation: Superbe*****

Introitus 

Nata lux 

Dirait-on de R.M.Rilke (1875-1926) 

C’est probablement un des plus beaux Requiem de la musique contemporaine. Il est inspiré autant par la douceur de Fauré, le minimalisme de Pärt, la simplicité du chant grégorien et la polyphonie luxuriante des maîtres de la Renaissance.

Dès l’introitus de l’oeuvre, l’auditeur est invité à se recueillir, à s’ouvrir à cette liturgie millénaire qui a fasciné tant de compositeurs. C’est que la mort peut être d’une poésie sublime. Et quand nous lui offrons une si belle musique, elle prend la forme d’une invitation au voyage. Hommage aux défunts qui nous ont quitté ou prière pour notre monde présent en manque de paix, la musique de Lauridsen atteint son but de la plus belle façon.

Le compositeur américain d’origine danoise propose aussi quelques pièces chorales de son répertoire, dont des adaptations touchantes de poèmes français de Rainer Maria Rilke et quelques textes de Pablo Neruda.

L’équipe de la prestigieuse Deutsche Grammaphon a réussit un coup de maître en réunissant cet excellent choeur de 24 voix provenant de plusieurs pays d’Europe et d’Amérique. La direction de Nicol Matt excelle en tous points vues. Prise de son impeccable.

 

Dirait-on. Tiré des Chansons des Roses de Rilke.

Abandon entouré d’abandon, tendresse touchant aux tendresses…

C’est ton intérieur qui sans cesse, se caresse, dirait-on;

Dirait, dirait-on, dirait-on…

Se caresse en soi-même

Par son propre reflet éclairé, ainsi tu inventes le thème

Du Narcisse exaucé.

Dirait, dirait-on, dirait-on…

Strauss, R. (1864-1949) Les Quatre derniers Lieder. Jessye Norman. Kurt Masur.

Posted in Strauss R. with tags on 21 octobre 2018 by rfauclair

81HCkIxACgL._SL1400_Vier letzte Lieder

Orchesterlieder

Enregistré à Gerhardt Kirche, Leipzig en août 1982.

Orchestre du Gewandhaus de Leipzig. Kurt Masur, direction.

Philips/Decca. 1983. 475 8507. 46m.05s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Im Abendrot 

L’album est paru il y a 35 ans. Il est demeuré l’un des plus grands de l’histoire du disque. Jessye Norman est au sommet de son art. Elle a alors 37 ans. Elle est noire et américaine. Elle chante en allemand. Mais lorsqu’elle reprend les quatre derniers lieder, tout s’estompe, les frontières entre les humains s’évanouissent. C’est l’amour de la musique qui triomphe.

Im Abendrot est comme un crépuscule des dieux qui s’éteint doucement. Il nous transporte avec lui vers l’infini. Lorsque les alouettes se dessinent aux flûtes dans les dernières mesures, c’est le moment ultime de béatitude qui nous berce. Un instant de perfection. Kurt Masur a offert à ce poème une respiration symphonique d’une ampleur inégalée, d’une longueur ineffable. C’est la mort, transfigurée par la beauté. Indispensable.

 

Im Abendrot (Dans le rouge du couchant) de Joseph von Eichendorff (1788-1857)

A travers les peines et les joies,
nous avons marché, la main dans la main.
Maintenant nous nous reposons tous deux
dans le pays silencieux.

Autour de nous les vallées s’inclinent,
déjà le ciel s’assombrit.
Seules, deux alouettes s’élèvent,
rêvant dans l’air parfumé.

Viens-là et laisse les tournoyer.
Bientôt il sera l’heure de dormir.
Viens, que nous ne nous perdions pas
dans cette solitude.

Ô calme incommensurable du soir,
si profond dans le rouge du couchant !
Comme nous sommes las de marcher !
Est-ce peut-être ceci la mort ?

 

Brahms, J. (1833-1897) Les Sérénades. Gävle Symphony. Jaime Martin.

Posted in Brahms with tags on 14 octobre 2018 by rfauclair

71T0pqTQy8L._SL1200_Sérénades op.11 et op.16

Enregistré à Gävle Concert Hall, Suède en 2015.

Ondine. 2017. ODE 1291-2. 72m.33s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Allegro molto de la Sérénade op.16

Adagio non troppo de l’op.16

Menuetto 1-2 de l’op.16

Le Gävle Symphony Orchestra produit un son généreux, digne des plus grands ensembles. L’orchestre suédois, peu connu ici, a été fondé en 1912. Il possède donc une longue tradition musicale et mérite sûrement une meilleure place au disque. Le directeur artistique Jaime Martin, chef d’origine espagnol et flûtiste accompli, dirige l’ensemble de main de maître avec beaucoup de souffle et de verve. On s’étonne que ces oeuvres de jeunesse de Brahms aient été si peu enregistrées.

Sous cette récente gravure, on redécouvre l’art symphonique du jeune Brahms. Ces sérénades ont été composées entre 1857-59 alors qu’il n’avait pas atteint la trentaine. L’écriture est riche, d’une belle densité. Les sérénades de Brahms font l’effet d’une grande marche en pleine nature. Il y a tant de couleurs et de nuances qui embellissent ce parcours. C’est comme une ode dédiée à l’automne et à ses ravissements.

L’alternance continuelle entre les sections des cuivres, des bois et des cordes est admirablement bien équilibrée par Jaime Martin. Les cors, en particulier, sont d’une beauté sonore exquise de laquelle émerge les plus belles images. Une réussite à découvrir.

 

Couperin, François (1668-1733) L’Art de toucher le Clavecin. Olivier Fortin.

Posted in Couperin, F. on 6 octobre 2018 by rfauclair

61z50DI6U4L._SL1200_Pièces tirées de différents ordres.

Enregistré aux Écuries du Château Chaumont en 2017.

Clavecin Skowronceck, 1984 d’après Hemsch, surnommé N.Lefebvre 1755.

Alpha Classics. 2018. Alpha 408. 69m.59s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Premier prélude en do majeur

Les ombres errantes

Le Garnier et les Menuets croisés 

Le clavecin du facteur hollandais Skowroneck résonne magnifiquement, bien en chair, d’une profondeur et d’un médium sonore particulièrement sombre. La prise de son est heureusement bien balancée. Un soupçon de réverbération et une certaine distance de l’instrument sont dosés dans cet équilibre fragile, où tout peut s’écrouler en un instant. Car un clavecin mal enregistré peut devenir une expérience pénible. Ici, nous sommes dans une zone de confort d’une bienfaisance rare.

Olivier Fortin présente la musique de Couperin dans une ambiance feutrée et propice à l’introspection. Il semble avoir pris bien son temps pour penser son Couperin. Il a mûri chaque phrasés, chaque inflexions, d’une gestuelle semblable à de larges ondes. Elles s’épanouissent doucement comme à la surface de l’eau. Avec lui, rien ne presse. C’est la profondeur de l’expression qu’il recherche avant tout. C’est l’art de toucher le clavecin, mais c’est également l’art de composer les couleurs les plus diverses, les sons subtils de la lumière et de la pénombre, en les entrecroisant avec grâce et volupté.

La musique du maître baroque français est d’un naturel envoûtant. L’interpréter au piano fait perdre un peu de son âme, de cette poésie étincelante, de ces éclats lumineux qui font vaguer l’esprit vers quelques hauteurs mystérieuses. Sur son clavecin, Olivier Fortin a réussi tous ces aspects artistiques. Et finalement, il possède aussi l’Art de toucher le coeur. Un sommet.