Corelli, A. (1653-1713) Les Concertos grosso op.6. The Avison Ensemble.

Posted in Corelli on 1 décembre 2017 by rfauclair

81cV77WJM0L._SL1400_Concertos op.6 no.1-12

The Avison Ensemble. Pavlo Beznosiuk, direction

Enregistré à St-Silas Martyr, Kentish Town, Londres en 2011.

Linn Records. 2012. CKD 411. 2cds. 129m.37s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Concerto op.6 no.7 en ré majeur

Concerto op.6 no.8 pour la nuit de Noël

Cet enregistrement des concertos de Corelli est une sorte d’aboutissement dans la pratique de la musique baroque. Des premiers essais des années 70 sur instruments d’époque jusqu’à aujourd’hui, ces concertos légendaires n’ont cessé d’être réinterprétés par toute sortes de manières et de styles. Des premiers grincements des cordes de La Petite Bande de Sigiswald Kuijken (H.M. 1977) jusqu’à cette prestation somptueuse de l’Avison Ensemble on a enfin atteint une plénitude du son et de style tout à fait magnifique.

La direction du violoniste Pavlo Beznosiuk est d’un juste équilibre, donnant le ton par des tempos modestes et chaleureux. À ces gestes nobles et emphatiques s’y greffe naturellement les accents tendres de la musique de Corelli. Car c’est sa véritable nature. Sa musique est tout simplement belle, et il suffit parfois de la jouer avec respect et amour.

 

 

 

Schubert. Szymanowski. Lucas Debargue.

Posted in Schubert, Szymanowski with tags on 28 novembre 2017 by rfauclair

81tRpTujgOL._SL1500_Schubert, F. (1797-1828) Sonates d.784 et d.664.

Szymanowski, K. (1882-1937) Sonate op. 21

Enregistré à La Grange au Lac, France en juillet 2017.

Sony Classical. 2017. 8985465632. 67m.45s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro giusto de la sonate d.784 de Schubert 

Allegro de la sonate d.664 de Schubert

Allegro assai op.21 de Szymanowski

Pianiste atypique, non seulement par son jeu libre et audacieux, mais également par un parcours non-conventionnel, Lucas Debargue (n.1990) nous arrive déjà avec son troisième disque.

Le Schubert qu’il propose est à cent lieux des grands pianistes du passé. Il aime prendre des risques, semble avoir l’intuition et le génie d’atteindre des zones que la partition gardait dans l’ombre. Ce sont des choses qui ne s’enseigne pas. Le papier ne suffira jamais à révéler réellement les intentions originales et l’état d’esprit du compositeur. En lisant les mesures tout en effaçant leur contour, en jouant subtilement sur les silences et le temps, Debargue nous révèle certains secrets cachés sur la page.

La sonate d.784 est si convaincante, si prenante, qu’on peut dorénavant la nommer « La Funèbre ». Car c’est ce qu’elle a toujours été. Mais seul Debargue semble l’avoir compris entièrement. Du début de la marche funèbre, en passant par le motif tragique d’un glas mortuaire jusqu’à l’hymne émouvant qui s’élève pour l’ami disparu, tout prend son sens. C’est de la poésie que plusieurs pianistes n’ont jamais saisi.

D’un toucher fait de murmures, de confessions intimes qui invitent à l’écoute la plus silencieuse qui soit, la musique de Schubert a t’elle trouvé ici son alter ego le plus près de ses aspirations? L’avenir nous le dira.

Pour l’instant, on peut s’attendre à tout, on peut rêver à d’autres Schubert ou rien du tout. Car ce genre de génie peut tout se permettre (impressionnant Szymanowski), ou simplement cesser d’être le pianiste qu’on s’attend de lui.

 

Bach, J.S.(1685-1750) Les Motets. Norwegian Soloist’s Choir. Grete Pedersen.

Posted in Bach J.S. with tags on 26 novembre 2017 by rfauclair

5014947-origpic-5a0ca5Motets bwv 225-230.

Motet bwv 118.

Det Norske Solistkor (Le Choeur de Solistes norvégiens).

Ensemble Allegria. Grete Pedersen, direction.

Enregistré à Ris Kirke, Oslo entre 2015 et 2017.

Bis Records. 2017. Bis-2251. 67m.39s.

 

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Komm, Jesu, komm bwv 229

Gute nacht tiré du motet Jesu mein freude bwv 227

Wie sich ein Vater erbarmet tité du motet Singet dem Herrn bwv 225

L’exécution des motets de Bach par les Solistes norvégiens est à classer parmi les meilleures de la discographie. En comparaison des plus inestimables interprétations (Herreweghe, Gardiner, Fasiolis…) celle de l’ensemble norvégien se distingue par une douceur et une chaleur d’expression rare.

La rhétorique que propose Grete Pedersen, c’est à dire l’art de chanter les textes sacrés, amène l’auditeur à une expérience proche de la béatitude. L’alternance entre les solistes et le choeur, le choix des timbres, la différenciation des voix et la beauté éthérée des sopranos en font tout simplement le plus beau disque Bach de l’année 2017.

Signalons l’excellence de la prise de son où solistes et choeur sont bien détachés en relief. Il y a quelque chose de sublime dans l’oeuvre de Bach. Lorsque ces motets, d’une perfection d’écriture inégalée, sont passés au travers d’une interprétation d’une telle qualité, on a parfois l’impression fascinante que nous ne sommes plus seul dans l’univers. Que nous participons à quelque chose qui nous dépasse. Écrite pour des services funèbres, cette musique sublime transcende l’esprit vers l’infini. Amen.

 

Schuster, Joseph (1748-1812) Les Six Quatuors à cordes, Padoue 1780.

Posted in Schuster on 19 novembre 2017 by rfauclair

81OEaBHdF3L._SL1200_Quartetto « Joseph Joachim » sur instruments d’époque.

Stéfano Montanari, Elisa Citterio, violons.

Francesco Lattuada, alto. Gaetano Nasillo, violoncelle.

Enregistré à Chiesa di S.Petro in Lucone, Italie en 2001.

Pan Classics. 2017. PC 10379. 59m.30s. Appréciation: Très Bien****

Non troppo andante espressivo du Quatuor no. 5 en Mib majeur

Tempo di menuetto du Quatuor no.5 en Mib majeur

Quatuor no. 6 en ré mineur

« Pas mauvais du tout »… C’est ce que Mozart déclara dans une lettre à sa soeur à propos du compositeur saxon Joseph Schuster en 1777. Mozart faisait rarement l’éloge de ses collègues musiciens à son époque. Cette petite allusion à Schuster a pourtant attiré l’attention des musicologues qui ont fouillé l’oeuvre de ce compositeur resté dans l’anonymat.

Dans le catalogue Köchel des oeuvres de Mozart, il y avait quatre quatuors apocryphes notés en appendice. On a découvert plus tard qu’ils provenaient d’une collection de six oeuvres écrites en 1780 par Schuster. Elles faisaient partie d’une commande d’un certain Marquis Don Joseph Ximenes qui vivait en Italie. Probablement, Mozart connaissait ces quatuors. Est-ce qu’ils furent l’élément déclencheur des grands quatuors dédiés à Haydn dont l’écriture se fit avec grande peine entre 1782-1785?

Une chose est certaine, on comprend pourquoi Mozart fut séduit par la musique de Schuster. Elle lui ressemble. L’écriture est vive et originale. Les harmonies sont riches et parfois dissonantes, en recherche de climats sombres et mélancoliques. Il y a un bon mélange de genre parfois étonnant, où Schuster fait autant usage de la complexité d’un contrepoint serré que par une invention lyrique digne des plus belles pages de Mozart.

L’interprétation du Quatuor Joseph Joachim, qui date déjà de 16 ans, est conçue d’un esthétisme très « lame de rasoir« , tranchant et clinique qui semble être abandonné de nos jours par les ensembles d’instruments anciens. Pourtant, la musicalité est présente, franche et imperturbable, avec une présentation des voix qui ne laisse aucun doute par leur clarté. Au final… »Pas mauvais du tout »!

 

Schieferlein (1704-1787) Sonates en trio. Pallade Musica.

Posted in Bach CPE, Schieferlein on 2 novembre 2017 by rfauclair

22729043_1473407972741520_4194450035103034167_nOtto Ernst Gregorius Schieferlein (1704-1787) 3 sonates en trio

G.P. Telemann (1681-1767): Sonate en trio twv 42:g7

C.P.E. Bach (1714-1788): Sonate en trio wq.150 (A.Thivierge, flûte baroque)

Tanya Laperrière, violon baroque. Elinor Frey, violoncelle.

Esteban La Rotta, luth, théorbe et guitare. Mélissande McNabney, clavecin.

Enregistré à St-Augustin de Mirabel en août 2016.

Atma Classique. 2017. acd2 2744. 64m.15s. Appréciation: Très Bien****

Allegro de la sonate no.2 en fa majeur

Menuet et trio de la sonate no.2 en fa majeur

Allegro de la sonate en trio wq.150 de C.P.E. Bach

Pallade Musica, jeune ensemble baroque de Montréal, a enregistré en première mondiale les trois sonates en trio de ce compositeur pratiquement inconnu. Ce qui a probablement attiré l’attention des musiciens sur ces vieux manuscrits, s’explique non seulement par la découverte d’une musique belle, savante et intéressante mais aussi par ses parties incroyablement relevées du violoncelle, que le compositeur a traité d’égale façon avec le violon.

Schieferlein était le copiste et assistant de Telemann et puis de C.P.E. Bach à Hambourg. Il fut également chanteur alto pendant plusieurs années. On ne sait à peu près rien d’autre. Il ne reste que ces trois sonates en trio, qui lui sont attribuées. C’est une musique calquée de près sur Vivaldi et celle de Telemann. Un bon mélange de genre, du bon baroque sans prétention d’où on appréciera des idées qui sortent de la routine, dont une prédilection pour d’heureux bariolages accordés aux deux voix principales.

Pallade Musica s’est appliqué à donner un son d’ensemble très délicat, fait de virtuosité légère et fluide à ces oeuvres agréables et stimulantes. On apprécie le naturel du violon de Tanya Laperrière, et la prestance d’Elinor Frey, toujours précise et rapide dans les passages les plus exigeants. On aurait aimé cependant un peu plus de folie et de laisser aller à certains endroits que la musique de Schieferlein semble demandée.

Choix esthétique assumé ou non, les musiciens ont réussi à nous charmer. À noter, la très belle réussite de la sonate en trio de C.P.E. Bach, dans une prise de son légèrement différente des autres pièces du disque, avec une belle aération entre les instruments.

 

 

 

 

The Handel Album. Philippe Jaroussky, contre-ténor. Ensemble Artatserse.

Posted in Handel on 17 octobre 2017 by rfauclair

71I-H9u-ibL._SL1215_Airs d’opéras italiens de Handel.

Philippe Jaroussy, contre-ténor et direction.

Ensemble Artaserse.

Enregistré à Notre-Dame-du Liban, Paris en 2017.

Erato. 2017. 0190295759667. 71m.58s.

Appréciation: Superbe*****

Flavio hwv 16 (1723): Rompo i lacci 

Amadigi di Gaula hwv 11 (1715): Sussurrate, onde vezzose

Flavio: Bel contento

À l’aube de la quarantaine, Jaroussky nous offre un album tout Handel. On parle déjà, d’une manière prémonitoire, d’un testament définitif, d’un legs important pour les années à venir sur l’art de l’interprétation du chant baroque. Handel l’a développé. Jaroussky l’a perfectionné.

Sa voix androgyne étonne toujours par une panoplie de couleurs et d’expressions. Il maîtrise la virtuosité la plus délirante qui soit, traitée triomphalement à l’image des personnages qu’il incarne. Sa voix, incroyablement affûtée pour les plus airs les plus redoutables, fait fi de toutes les difficultés techniques, provocant l’admiration la plus complète.

Cependant, le disque aurait bénéficié de quelques intermèdes musicaux. Car la voix haut-perchée du contre-ténor, malgré ses qualités indéniables, finit par lasser l’oreille. Des micros placés trop près de l’artiste peuvent sûrement expliquer une partie du phénomène.

Enfin, Jaroussky a bien pris soin de nous épargner les trop célèbres Ombra mai fu, ou Lascia ch’io pianga repris souvent ailleurs. Il a choisi dans l’immense catalogue du maître de véritables trésors lyriques. Ils exploitent autant le talent extraordinaire de son interprète que toutes les émotions humaines. On rit, on pleure, on s’émerveille. Tous les drames de la vie et ses triomphes dans un seul et unique disque. Gloria alle Handel!

 

 

 

 

Soirée à la Maison Bleue. Der Musikalische Garten. Sonates en trio.

Posted in Fils, Anton, Stamitz, C. on 15 octobre 2017 by rfauclair

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Sonates en trio de la collection Lukas Sarasin (1730-1802)

J.Stamitz, J.C.Bach, G.B.Sammartini,

A.Fils, G.Conti, G.Pugnani.

G.Echeveri Chamorro et K.Echeveri Klemm, violons baroques.

Annekatrin Beller, violoncelle. Daniela Niedhammer, clavecin et pianoforte.

Enregistré à la Kirche St.Pantaleon, canton Soleure, Suisse en 2015.

Ars Produktion. 2015. ARS 38185. 74m.18s. Appréciation: Superbe*****

Anton Fils (1733-1760): Sonate en ré majeur

Carl Stamitz (1745-1803): Allegro de la sonate en sol majeur

C’est dans la ville de Bâle en Suisse que les frères Sarasin firent fortune dans le commerce de la soie dans la deuxième moitié du 18e siècle. Ils firent construire deux hôtels, La Maison Blanche et La Maison Bleue. En plus d’y recevoir de nombreux dignitaires, comme l’empereur Joseph II, on y organisait des concerts et des spectacles visuels, allant du théâtre de marionnettes à des projections inusitées.

Lukas Sarasin était un mélomane passionné, violoniste et collectionneur de toutes sortes de musiques de son époque. On a répertorié plus de 1000 compositions, dont presque le quart sont des sonates en trio. De cette collection, l’ensemble suisse Musikalische Garten a choisit de véritables trésors, enregistrés pour la plupart en première mondiale.

La sonate en trio de cette période est beaucoup moins structurée et formelle que du temps du grand J.S. Bach. La forme est plus axée sur l’expression libre des sentiments, laissant de côté le contrepoint des trois voix distinctes. La plupart du temps, le deuxième violon et le violoncelle ne servent qu’à embellir la partie supérieure de la mélodie. Il y a aussi la recherche des effets de style propre à l’école de Mannheim, alors très à la mode: crescendos intenses, virtuosité et effets de masse orchestrale…

L’ensemble de chambre suisse, qui comprend quatre musiciens, font résonner de belle façon leurs instruments dans ces matières quasi-symphoniques. On apprécie la fièvre et la précision de leur jeu. Les timbres rustiques des instruments d’époque sont mis en valeur dans une acoustique irréprochable. Le disque permet de découvrir pour la première fois des oeuvres oubliées qui devaient faire le plus grand plaisir des convives et des musiciens de cette Maison Bleue, où il y eut tant de belles soirées. Superbe.

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