Kozeluch, Leopold (1747-1818) L’intégrale des sonates. Jenny Soonjin Kim, pianoforte.

Posted in Kozeluch on 16 janvier 2022 by René François Auclair

Les 50 sonates (1780-après 1810)

Pianoforte Michael Walker 1987 d’après A.Walter 1795.

Enregistré entre 2013-2018 à Kresge Chapel et Studio LMP, Claremont, CA.

Brillant Classics. 2020. 95984. 12 cds.

Appréciation: Très Bien****

Allegro molto Sonate no.1 en fa

Cantabile Sonate no.1 en fa

Rondeau Sonate no.1 en fa

Sonata no.50 en mi mineur

Leopold Kozeluch est un compositeur tchèque né un peu avant Mozart. Son oeuvre pour le clavier est volumineuse, comme en témoigne ses cinquante sonates, composées sur une période de 30 ans. Sa musique est de grande qualité, séduisante et bourrée d’idées réjouissantes. À mesure que progresse son écriture dans le temps, plus il se distancie de Mozart et se rapproche d’un autre grand: Beethoven.

Ainsi, on parcourt différents styles à mesure que l’on découvre ce coffret de 12 cds. Du style galant agréable et lumineux jusqu’aux portes du romantisme, sa musique s’est élaborée de plus en plus près des sentiments et des aspirations humaines. Kozeluch demeure un jalon important de cette période. On apprécie sa prolifique créativité en parallèle à celle de Mozart qui lui ressemble beaucoup. En écoutant les pièces tardives de Kozeluch, qui lui a survécu de 27 ans, on peut imaginer ce qu’aurait pu être le portrait musical de Mozart de cette période.

La pianiste californienne Jenny Soonjin Kim, professeur à l’Université Claremont, joue sur une copie d’instrument d’Anton Walter de 1795, instrument tout à fait convenable pour cette période. Sensible et énergique, elle sait aussi bien faire chanter son pianoforte que d’en tirer de formidables tressaillements. Il y a autant de moments magiques que de passages irrésistibles. Le plaisir ne s’estompe jamais malgré une prise de son irrégulière, un peu distante ou très près de l’instrument. Ce coffret est une alternative plus que satisfaisante à Mozart.

Bach, J.S. (1685-1750) Les Suites Françaises. Gianluca Luisi, piano.

Posted in Bach J.S. on 8 janvier 2022 by René François Auclair

Bach - French Suites, BWV 812-817

Les Six Suites Françaises. (1722-1725)

Enregistré à Saletta acustica Pove del, 2018

Piano Steinway D-274

OnClassical. 2018. OC18050B. 79m.50s

Appréciation: Superbe*****

Suite no.5 en sol majeur

L’approche du pianiste italien, à la fois vive et subtile, est à l’image de ces suites de Bach  »dans le style français ». Le toucher est délicat, tout en en poésie, décoré de fins ornements, inspirés par le jeu des clavecinistes. Les sarabandes, d’une mélancolie précieuse, recèlent sans doute les plus beaux moments de ce parcourt tranquille et lumineux.

Par ailleurs, Luisi encadre bien tout le reste, utilisant peu de rubato, conférant aux pièces animées une solide pulsation rythmique. Certains passages peuvent paraître ainsi un peu linéaire. Mais ce tracé bien défini peut se voir également par le respect du style alla Bach. Après tout, c’est bien ce génie que l’on entend, toujours solidement structuré à sa base. Parfois, il vaut mieux s’éclipser devant la musique et lui laisser toute la place. Et Gianluca Luisi le réussit fort bien.

Ci-dessous, l’oeuvre complète, sans montage, interprétée de mémoire par le pianiste. Impressionnant.

Of All Joys. Attaca Quartet.

Posted in Allegri, Glass, Pärt with tags on 18 décembre 2021 by René François Auclair

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Oeuvres de Pärt, Marenzio, Dowland, Gibbons, Glass, Allegri, Bennet.

Amy Schroeder, Domenic Salerni, violons.

Nathan Schram, alto. Andrew Yee, violoncelle.

Enregistré à Sauder Concert Hall, Goshen, IN en 2021.

Sony. 2021. 19439936062. 63m.12s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Flow my tears de John Dowland (1563-1626)

Miserere de Allegri (1582-1652)

Fratres de Arvo Pärt (n.1935)

L’album est né de la privation des liens sociaux pendant la pandémie 2020. Après des mois d’absence, les musiciens se sont finalement retrouvés avec joie à faire de la musique. « Entre les prises d’enregistrement, nous devions nous arrêter pour essuyer quelques larmes, tellement nous étions émus par la musique. » dira le violoncelliste Andrew Yee.

Pourtant, le choix des pièces de ce disque est loin d’être joyeux. Of All Joys provient d’une strophe du célèbre Flow my Tears de John Dowland (1563-1626). Ce chant mélancolique relate la perte des jours heureux, le désespoir et l’isolement que vit le poète dans la résignation la plus totale.  »Mes larmes, mes soupirs, mes gémissements, et mes jours fatigués, que toutes les joies m’ont privés!  »

C’est dans cet état d’esprit que les musiciens du Attaca Quartet nous invite. Le dépouillement est total, apprivoisant le silence et l’immobilité du temps présent. Les pièces sont reliées par des créateurs d’aussi loin que la Renaissance jusqu’à nos jours modernes. Arvo Pärt et Philip Glass rejoignent à leur façon la pureté de la musique ancienne, les mêmes motivations spirituelles d’un consort de Orlando Gibbons ou du sublime Miserere de Gregorio Allegri. Cette pièce célèbre, originalement écrite pour ensemble vocal, est ici traduite et adaptée par les cordes d’un simple quatuor. L’effet est saisissant, inédit. Il est le coeur de cet album exceptionnel.

Il faut se fermer à tous les sons et les bruits du monde, s’isoler dans le silence pour vraiment apprécier. Et la joie va imperceptiblement se joindre à cette réunion des sens et de l’esprit.

Bach, J.S. (1685-1750) Bach on the Rauwolf lute. Jacob Lindberg.

Posted in Bach J.S. with tags on 21 novembre 2021 by René François Auclair

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Prélude bwv 999. Fugue et Largo bwv 1005. Suite bwv 1007. Suite bwv 1006a. Sonata bwv 1001. Chaconne bwv 1004.

Luth Sixtus Rauwolf, Augsburg 1590, restauré en 1715.

Enregistré en 2020 à l’église Länna, Suède.

BIS Records. 2021. BIS-2552. 87m.57s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude de la Suite bwv 1007

Prélude de la Suite bwv 1006a

Chaconne de la partita bwv 1004

Le très estimé luthiste suédois Jacob Lindberg (n.1952) propose un album somme, tout consacré à Bach. La plupart des oeuvres choisies ont été transcrites par lui, sauf le Prélude bwv 999 et la Suite bwv 1006a qui sont demeurées à leur état d’origine.

L’instrument est un Sixtus Rauwolf, construit près d’un siècle avant Bach, très rare et soigneusement restauré au cours des années. Il possède neuf jeux de double cordes et deux cordes simples pour les notes supérieures. Le manche a été modifié en 1715 pour lui ajouter des jeux supplémentaires. Il est devenu ainsi un instrument mieux adapté pour jouer la musique plus élaborée du 18e siècle, comme celle du grand Jean-Sébastien.

La musique de Bach a cette profondeur d’expression unique, structurée sur une assise solide, complexe dans ses harmonies audacieuses, mais toujours au service des mélodies supérieures qui s’imprègnent facilement dans l’oreille et puis dans l’esprit. L’effet de sa musique sur l’âme demeure pour moi un mystère. Et la retrouver sur un simple luth lui confère un aspect poétique particulier et intime. C’est l’apologie de la solitude, le contact du moment présent, l’intériorisation de la musique en soi.

Jacob Lindberg fait dérouler le temps par un jeu calme et réfléchi, tout en maintenant la pulsation régulière d’une horloge. Grâce à cet élan d’ensemble relâché, le luthiste laisse de l’espace aux résonances propres à l’instrument. Le contact des doigts sur les cordes est net et franc, ce qui permet aux polyphonies d’être parfaitement lisibles. Les arpèges, parfois improvisés par le musicien, s’intègrent naturellement à la partition. Il y a ici un art consommé du jeu de luth gracieux, fait d’accords fragmentés et au style brisé. Lindberg réussi à faire couler ces oeuvres doucement tout en conservant leur pouvoir chantant, ce qui est un exploit en soi, puisqu’elles ont été composées avant tout pour le violon ou le violoncelle.

L’album culmine par la grande Chaconne, oeuvre phare de Bach, qui s’élance comme une plainte et puis se transforme en chant d’action de grâces magnifique. Lindberg et son précieux instrument deviennent alors un prisme d’où transcende la lumière. Sublime.