Guided by Voices. Elinor Frey, violoncelle.

Posted in Ceccarelli, I., Streich, L. on 16 mars 2019 by rfauclair

an29262-elinor-frey-guided-by-voices-new-music-baroque-cello-768x768Scott Edward Godin (n.1970): Guided by voices.

Lisa Streich (n.1985): Miverva. Maxime Mckinley (n.1979): Cortile di Pilato.

Isaiah Ceccarelli (n.1978): With concord of sweet sounds.

Linda Catlin Smith (n.1956): Ricercar.

 

Ken Ueno (n.1970): Chimera.

Elinor Frey, violoncelle 4 cordes Karl Dennis, 2018. Violoncelle 5 cordes F.Beaulieu, 2012.

Melisande Mcnabney, clavecin (Cortile di Pilato de Mckinley)

Enregistré à Domaine Forget de Charlevoix, Québec en octobre 2018.

Analekta. 2019. AN 2 9162. 78m. Appréciation: Très Bien****

Minerva de Lisa Streich

With concord of sweet souds de Isaiah Ceccarelli

C’est un projet plutôt audacieux et improbable que propose Elinor Frey. Nouvelle Musique pour violoncelle baroque est avant tout une exploration inusitée du pouvoir des sons. Réservé à une poignée d’initiés qui s’intéressent à la musique contemporaine, ce disque iconoclaste est une curiosité auquel le grand public se retrouvera sans repère, au milieu de nul part. C’est plutôt une expérience des ondes sur le cerveau humain. Les sons produisent des images. Les sons sont des couleurs. Mystère. Dépouillement. Immobilité.

Pour le mélomane curieux en quête de nouveauté, de sonorités et d’atmosphères étranges, il sera servi. Parfois tourmenté, parfois captivé, l’auditeur qui veut bien entrer dans ce monde d’espace-temps fragmenté et imprévisible, pourra retrouver quelques réminiscences de la musique ancienne. Ésotérique, inclassable et hors du temps, ce disque présente une interprète absorbée et possédée par la musique. Elinor Frey fait voyager son violoncelle vers des zones encore inconnues. Il y a ici quelque chose de tout à fait libérateur. Intéressant? Émouvant? Cela dépend du point de vue. Chut, silence, elle joue…

Chopin (1810-1849). Concertos nos 1&2. Charles Richard-Hamelin. OSM. Kent Nagano.

Posted in Chopin on 23 février 2019 by rfauclair

717TyCygpHL._SL1200_Concertos pour piano op.11 et op.21

Orchestre Symphonique de Montréal.

Kent Nagano, direction.

Charles Richard-Hamelin, piano Steinway&Sons.

Enregistré live à la Maison Symphonique en 2018.

Analekta. 2019. AN 2 9146. 76m.26s.

Appréciation: Superbe*****

Allegro vivace du concerto no.2 op.21

Romance (Larghetto) du concerto no.1 op.11

Dès qu’on s’installe pour écouter ces deux artistes, la musique de Chopin devient une évidence. L’immersion est totale, satisfaisante. Le mélomane laissera tomber momentanément les comparaisons inévitables. Il les laissera derrière lui, le temps de savourer le moment présent. Les grands pianistes qui ont fait leur marque avec ces oeuvres de Chopin peuvent également prendre une pause, et écouter à leur tour. Car avouons-le, c’est magnifique.

Charles Richard-Hamelin et Kent Nagano proposent des tempos allongés, généreux en legato, respectueux et nobles. Le pianiste prend de belles et grandes respirations avec Chopin, qu’il connait déjà très bien. Un second prix à Varsovie en 2015 vaut parfois de l’or. Au-delà des considérations techniques, la richesse de son jeu se définirait comme la force tranquille d’une chaleur réconfortante. Avec lui, les yeux se ferment sur la musique. Et puis elle descend doucement vers le coeur. C’est ce qui arrive, entre autre, pendant la bien-aimée Romance du premier concerto. Moment de grâce.

Nagano sait se faire discret comme toujours, attentif et minutieux. Les lignes musicales sont chantantes et clairvoyantes. L’OSM est précis et fin, un peu en retrait du piano. Ce dernier est d’une présence impériale, avec un son tout plein, riche en résonances harmoniques. Cependant, on aime moins l’aspect un peu gris de l’orchestre qui semble manqué de lumière dans certains passages. Mis à part ce petit bémol, ce disque est une réussite. Du grand Chopin qui fait du bien à retrouver.

Inspirations. D’Anglebert, Forqueray, Rameau. Mélisande Mcnabney, clavecin.

Posted in D'Anglebert, Forqueray, Rameau on 12 février 2019 by rfauclair

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Oeuvres de Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691).

Antoine Forqueray (1671-1745).

Jean-Philippe Rameau (1683-1764).

Clavecin Keith Hill 1981 d’après Blanchet. (coll. Mireille Lagacé)

Enregistré à l’Église St-Alphonse de Rodriguez, Lanaudière, Québec en 2018.

Atma Classique. 2019. ACD22780. 66m.12s.

Appréciation: Très Bien****

D’Anglebert; Tombeau de Monsieur de Chambonnières

Forqueray; Jupiter

Rameau; Sarabande en la majeur

Mélisande Mcnabney possède un jeu richement ornementé, d’une improvisation intuitive, tout à fait approprié pour ce genre de répertoire. La claveciniste prend le temps de respirer cette musique, d’en suspendre délicatement le temps. Son D’Anglebert est très beau, méditatif, d’un geste gracieux et dansant. Mme Mcnabney semble avoir une affinité particulière pour cette période milieu 17e siècle. On souhaite déjà l’entendre se consacrer à un autre grand: le magnifique Jacques Champion de Chambionnères (1601-1672), dont D’Anglebert fut l’élève.

Avec Forqueray, musicien bouillonnant aux idées neuves, elle s’investit totalement en pulsions abruptes, acérées, telluriques. Son plaisir de jouer est contagieux. Jupiter est mordant et parfois terrifiant! Tandis que Rameau est rondement mené, autant cérébral que bien senti. Elle lui rend d’ailleurs hommage par quelques transcriptions réussies d’extraits de Platée et des Indes Galantes.

Dommage que, pour ce premier disque, la prise de son soit si proche. On est vraiment au coeur des résonances de l’instrument, d’une splendeur royale soit dit en passant. Mais on est également en plein milieu de ses moindres défauts et de ses tempéraments inégaux. Ni tout à fait juste, ou parfois franchement faux, l’instrument a probablement été très difficile à ajuster. Et l’oreille, elle, n’y arrive pas toujours…

Sans compromis, d’une acoustique audacieuse aux couleurs vives et contrastées, ce premier disque solo de la petite fille de Mireille Lagacé nous présente une musicienne sûre de son talent, libre et volontaire. Elle est déjà en pleine possession de ses moyens et de sa propre personnalité aux multiples facettes. On attend la suite, ou les Suites!

Chopin (1810-1849) Maurizio Pollini.

Posted in Chopin on 2 février 2019 by rfauclair

81ac06QQpHL._SL1200_Deux nocturnes op.55. Trois mazurkas op.56

Berceuse op.57. Sonate op. 58

Enregistré à Herkulesaal, Munich en 2018.

DG. 2019. 483 6475. 53m.32s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Nocturne op.55 no.1

Mazurka op.56 no.1

Berceuse op.57

Comme son disque précédent consacré à Chopin, Maurizio Pollini a choisi des pièces composées dans la même période. Les opus 55 à 58 ont été créés entre 1843 et 1844. Ce sont des oeuvres de maturité. La musique est riche, expressive dans la complexité, comme dans la simplicité. Chopin est d’une inépuisable créativité.

Pollini (n.1942) est en contrôle absolu, jamais agressif, martelant ou assommant. Le chant est toujours souligné de manière majestueuse. C’est du grand piano, complètement satisfaisant, contemplatif, miroitant d’éclats lumineux d’impressionnisme qui annonce Debussy. La Berceuse est un moment de grâce unique. On entend la voix de Pollini, fredonnant avec Chopin. C’est le chant d’un vieux sage. On écoute, on se sent réconforté. On apprend des choses tranquilles. Un disque splendide, magnifié d’une prise de son généreuse. Tout le piano est là, toutes les couleurs et les nuances. Disque de chevet.

Arnesen, Kim André (n.1980) Infinity. Choral Works. Kantorei. Joel Rinsema.

Posted in Arnesen on 5 janvier 2019 by rfauclair

71w6grzj7hl._sl1200_Oeuvres chorales composées entre 2010 et 2016.

Ensemble Kantorei.

John Gunther, saxophone soprano (Making or Breathing)

Alicia Rigshy, piano.

Enregistré à First Congregational Church, Denver en 2016.

Naxos. 2017. 8.573788. 66m.33s.

 

Appréciation: Superbe*****

Flight song

O Sacrum Convivium

Dormi Jesu

There we shall rest

Alors, c’est comme ça que l’on compose de la musique chorale au 21e siècle? La simplicité prend le dessus sur la complexité. L’effusion sentimentale englobe tout le reste. Des harmonies d’une naïveté désarmante, proche de la mièvrerie, et l’abandon de toutes formes d’atonalité semblent être la priorité chez le compositeur norvégien. Pourtant…

… ce disque paru il y a un an et que j’ai découvert tout récemment, s’est installé très doucement à l’intérieur. Après les fêtes de Noël et du jour de l’An, il est devenu pour moi une genre d’Épiphanie! Avec des titres évocateurs comme Child of Song, Dormi Jesu, Cradle Hymn, The Lamb, et Pie Jesu, la musique d’Arnesen semble appropriée à cette période de l’année. Les rois mages ont fait la découverte d’un enfant dans une crèche. La scène est toute simple. Rien d’extraordinaire après tout. Mais il y a ici la sérénité profonde que suggère la musique. Un foyer chaleureux et confortable. La sainte paix. C’est ça le pouvoir de la musique qui agit d’une manière bien mystérieuse sur le cerveau humain…Parfois, il faut tout simplement baisser les armes.

Arnesen a puisé chez d’autres compositeurs avant lui. Comment faire autrement en 2018? Il y a Allegri, Fauré, Barber, Pärt, Rutter, et bien entendu Eric Withacre dont Arnesen a imité allègrement les harmonies légèrement diffuses. Mais le compositeur sait émouvoir par ses mélodies touchantes qui bercent le coeur. Grâce à l’interprétation du choeur Kantorei, impeccable et d’une douceur magnifique, ce disque reviendra toujours, comme un cycle perpétuel. Bienfaisant et simplement beau.

Quayle, Matthew (n.1976) String Quartets. Avalon String Quartet.

Posted in Quayle on 15 décembre 2018 by rfauclair

71HYCKYXqlL._SL1200_String quartet no.1 (2005)

String quartet no.2 « Sweet Insanity » (2006)

String quartet no.3 (2016)

Enregistré à Boutell Memorial Concert Hall, Illinois.

Naxos. 2018. 8.559851. 54m.35s. Appréciation: Superbe*****

Scherzo presto du quartet no.1

Allegro du quartet no.1

Extraits du quartet no.3 

La musique de Matthew Quayle semble issue d’un Big Bang originel. Cet éclatement créateur se poursuit dans tous les sens, en s’éloignant sans cesse de son point d’origine. On se retrouve donc avec des milliers de particules musicales. C’est ici que le compositeur américain réussit à nous faire sauter sur plusieurs de ces parcelles de temps et de styles les plus diverses. C’est tout à fait fascinant.

L’esprit s’accroche brièvement sur chacune d’elles, le temps d’en percevoir l’essence et l’émotion fugace. Matthew Quayle semble avoir adapté ses compositions aux changements technologiques de l’écoute musicale du 21e siècle. Il a conçu son oeuvre comme une playlist hétéroclite. Ce sont tous de courts moments, atonals ou tonals, tantôt sentimentaux ou éclatés, modernes ou anciens. On s’y reconnait la plupart du temps, ou pas du tout. Mais une fois dans ce maelström de musique, impossible de s’en sortir.

Le Quartet Avalon exploite tous les moyens possibles de coups d’archet, de sons, de percussions et de bruits parfois bizarres pour nous connecter sur la musique de Quayle. Les musiciens ont réussi à nous captiver d’un bout à l’autre et nous faire découvrir ce créateur original de notre temps. Excellent.

Meda, Bianca Maria (1661-1733) Motets. Cappella Artemisia. Candace Smith.

Posted in Meda on 9 décembre 2018 by rfauclair

71o0tXx1msL._SL1200_Motetti a 1, 2, 3 e 4 voci con violini e senza (1691)

Cappella Artemisia, Candace Smith, direction.

Enregistré à Cristina della Fondazza, Bologna en 2017.

Brilliant Classics. 2018. 95736. 79m.04s.

Appréciation: Très Bien****

Jesus mi clementissime 

Volo vivere 

Spirate vos zeffiri 

Donna Bianca Maria Meda fut une bénédictine ayant vécu au monastère San Martino del Leano dans la petite ville de Pavia au nord de l’Italie. C’est là qu’elle composa, pour la congrégation des religieuses, de brillants motets qui furent publiés en 1691.

Ces motets sont pour une ou plusieurs voix féminines avec basse continue. Le choeur de quatre voix est de forme SAAA, c’est à dire d’une ligne de soprano complétée par trois différentes tessitures d’alto, dont une partie de quasi-ténor qui apporte une texture inusitée à certaines pièces. L’instrumatarium est ici composé de deux violons, un violoncelle, un basson, un dulcimer, une harpe, un théorbe, un clavecin et orgue.

La Cappella Artemisia interprète ces pièces sacrées avec une joie contagieuse. Les voix sont sympathiques et vibrantes d’enthousiasme, parfois inégales de niveau technique et de timbres très hétérogènes. Mais le tout fait sourire, car il s’y produit plutôt une ambiance d’un naturel candide et convivial. L’ensemble italien a laissé tomber l’aspect éthéré et extrêmement soigné de d’autres ensembles (comme Anonymus 4) pour prioriser une expression chaleureuse au lieu d’une technique trop glacée.

En écoutant ces oeuvres peu connues, on se met à imaginer une bande de nonnes joyeuses ayant un plaisir fou à chanter ces parties tout de même difficiles à exécuter. Le style de cette musique, très opératique, proche de Monteverdi, a de quoi réjouir, au lieu d’attrister. Ainsi, la pochette de présentation n’a rien à voir avec le contenu plutôt festif de cette musique.