Concerto pour Orchestre à CordesSymphonie pour Cordes (extraits)
Grazyna Bacewicz est l’un des esprits les plus distinctifs de la musique du 20e siècle, rien de moins. À son époque on reconnaissait sans équivoque son talent extraordinaire. Sa musique est forte, virile, et d’une implacable logique. On pourrait la comparer aux pairs de son temps, à son compatriote polonais Szymanowski, puis Bartok ou à Shostakovich par exemple. Mais mettons les comparaisons de côté. Il suffit de lancer le disque pour se faire happer par la vivacité de ses idées originales. « S’il n’y a pas de structure, qu’importe le style, tout va s’écrouler » disait elle. Elle refusait toutes formes d’étiquettes à son oeuvre, étant constamment ouverte aux changements durant sa carrière.
Sa musique est palpitante grâce notamment à ses formes très précises. L’audace du modernisme est bien présent, mais reste encore très enraciné dans un genre de néo-classicisme fulgurant. L’aspect minéral et robuste de ses créations n’en contiennent pas moins des passages tout à fait ludiques. Son puissant Concerto pour Orchestre à cordes demeure une de ses oeuvres les plus connues. D’emblée très bachienne, on perçoit dans son écriture des traits d’archets syncopés proche du folklore polonais. Elle même excellente violoniste, elle utilise tout l’arsenal des techniques propres à celui-ci pour en diversifier son langage. Bacewicz, d’une certaine façon, reprend les formes d’antan et les catapulte au 20e siècle. Interprétation engageante de la Capella Bygostientis. Excellente prise de son. À découvrir.
Posted in Bach J.L. on 25 Mai 2026 by René François Auclair
Premier enregistrement mondial.
Enregistré à Himmelfahrtskirche München-Sendling entre 2022 et 2025.
Ricercar. 2026. RIC482. 4cds. 5h19m.
Appréciation: Superbe*****
Johann Ludwig Bach est un cousin éloigné du grand Bach de Leipzig. En 1726, ce dernier recopia avec soin 18 de ses cantates pour être exécutées à St-Thomas et St-Nicolas. Ce sont des oeuvres d’une grande beauté. Mélodieuse et sensible, l’écriture de Johann Ludwig préconise la simplicité et le recueillement plutôt que la complexité relative de son célèbre cousin. Tout en étant très figurative par rapport aux textes, sa musique est d’un flot continuel inspiré qui respecte des éléments du baroque archaïsant du 17e siècle. De ce florilège de pièces, il y a des moments de pure extase, notamment dans le traitement des chorals luthériens qui sont enrichis d’une splendide palette de couleurs orchestrale.
Ja, mir hast du Arbeit gemacht JLB5 (extraits)Ich aber ging für dir über JLB16 (extraits) Ich will meinen Geist in euch geben JLB7 (extraits)
La direction de Johanna Soller est d’une noblesse d’âme prenante. Le geste est ample et somptueux. On comprend alors pourquoi Jean-Sébastien avait en haute estime ces oeuvres particulièrement belles. Les solistes sont tous d’une grande qualité et chantent avec humilité cette poésie sacrée qui nous interpelle encore. Superbe prise de son. Coup de coeur.
Posted in Bach J.S. with tags Les Sommets on 31 mars 2026 by René François Auclair
Les Cantates bwv 1-199.
Concentus Musicus (Vienne)
Leonhardt-Consort (Amsterdam)
Enregistré entre 1971-1989.
Teldec. 1994. 4509-91765-2. 60cds.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Erfreut euch, ihr Herzen bwv 66 (extraits) Leonhardt
« Que les coeurs se réjouissent, que les maux et les peines s’enfuient »
Ein feste Burg ist unser Gott bwv 80 (extraits) Harnoncourt
« C’est un rempart que notre Dieu, il est pour nous arme et défense ».
Herr, gehe nicht ins Gericht bwv 105 (extraits) Harnoncourt
« Seigneur, n’entre pas en jugement avec ton serviteur, car nul vivant n’est justifié devant toi. »
Gott Zeit ist die allerbeste Zeit bwv 106. Leonhardt
« Le règne de Dieu est le meilleur de tous. C’est en lui que nous avons le mouvement et l’être, aussi longtemps qu’il le veut. »
Pendant qu’ Harnoncourt accentue, Leonhardt articule! Ça pourrait résumer les styles de ces pionniers du baroque qui ont été les premiers à compléter l’intégrale des cantates sacrées. Ce projet dit historiquementauthentique a nécessité près de 20 ans de travail et est encore vue comme la Bible référentielle de ces oeuvres. Malgré la qualité inégale de la production, ce coffret légendaire possède une grande valeur historique et musicologique. Débuté en 1971, les premiers enregistrements manquaient certes de finition, les instruments originaux n’étant pas encore au point et les rythmes étaient plutôt à la traîne. Par la suite, les exécutions se sont passablement améliorées avec l’arrivée de nouveaux musiciens, surtout dans l’entourage de Gustav Leonhardt. Ce dernier fit également appel au chef de choeur Philippe Herreweghe qui débutait alors sa carrière. Leonhardt a atteint une sorte d’aura mystique indéfinissable, tandis que Harnoncourt est resté investi à provoquer les états d’âme en profondeur. Leurs approches différentes se complètent cependant admirablement bien.
Les sopranos garçons demeurent le maillon faible, tant du côté d’Harnoncourt que de Leonhardt. Leurs voix fragiles ne sont pas à la hauteur des défis techniques de Bach. Pourtant, quelques garçons y sont parvenus avec une étonnante maîtrise et nous ont donné des moments inoubliables. (Sebastian Hennig et Marcus Klein en particulier).
Pour les autres solistes, trois noms à retenir: Paul Esswood, Kurt Equiluz, vibrants et engagés, et le superbe baryton Max van Egmond à l’articulation d’une clarté irréprochable. Tout au long de cette aventure ils sont restés dans une classe à part et ont cristallisé pour toujours des pièces qui leur appartiennent désormais. René Jacobs s’est également illustré avec sa voix particulière, tranchante, parfois maniérée, mais toujours d’une grande justesse d’émotion.
Parlons maintenant du travail inlassable de Bach. En tout, il aurait composé 300 cantates au cours de sa vie, mais une centaine de celles-ci furent perdues. La majorité furent écrites à Leipzig entre 1723-1727 où le Cantor devait en présenter une à tous les dimanches et pour d’autres fêtes. La diversité et l’originalité de l’oeuvre entière force l’admiration, et on se demande comment il y est parvenu malgré son emploi du temps très chargé. Bach a toujours donné le meilleur de lui-même. Il a souligné et mis en musique toutes les émotions, les images et les symboles rattachés à presque chacune des phrases des textes proposés. Un génie comme lui ne bâclait jamais le travail! L’intégrale Teldec, qui éditait à l’époque les microsillons au fur et à mesure (avec les partitions!), nous permettait de découvrir, pour la première fois, de véritables trésors qui avaient été longtemps enfouis. Mais qu’est-ce que nous enseignent ces sermons en musique? En bref, quand tout va mal, que la souffrance ou l’angoisse s’en prennent à nous, la joie et la paix finissent toujours par triompher. Il suffit de garder espoir et ne jamais lâcher. Comme chaque cantate se ferme sur un simple choral , ça finit toujours bien. Danke schön Herr Bach!
Posted in Bach J.S. with tags Les Sommets on 30 mars 2026 by René François Auclair
48 Cantates de Bach.
La Chapelle Royale.
Collegium Vocale de Gand.
Enregistré entre 1987 et 2007.
HM. 2023. HMX 2904070.86. 17 cds.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Liebster Gott, wenn werd ich sterben bwv 8 (extraits)
Die Elenden sollen essen bwv 75 (extraits)
Vergnügte Ruh bwv 170 & Widerstehe doch der Sünde bwv 54 (Andreas Scholl) extraits
Harmonia Mundi a récemment réunit les enregistrements des cantates que Philippe Herreweghe a gravés entre 1987-2007. Le chef belge est reconnu pour le soin indéfectible qu’il offre à la musique de Bach. La transparence et l’intonation du CollegiumVocale sont parfaitement en phase avec les mots et la musique du Cantor. Le superbe choeur mixte de Gand est le point central de cette anthologie d’une grande beauté. Ce fut également de belles années pour les solistes réunis autour de cette production lumineuse, dont la basse Peter Kooy fut l’un de ses piliers. Au sein d’excellents musiciens, mentionnons la participation du hautboïste baroque Marcel Ponseele, fidèle collaborateur de l’ensemble. En continuité de l’intégrale Teldec Harnoncourt/Leonhardt, le chef s’est distingué par un traitement raffiné autant vocal qu’instrumental. L’esprit s’élève, chante et danse les merveilles de la musique de Bach. Sublime.
Il faut également posséder l’album que Herreweghe et son équipe ont enregistré en 1990 pour Virgin Veritas. Il contient 6 cantates (bwv 39-73-93-105-107-131) qui ne se retrouvent pas dans le coffret de Harmonia Mundi. On a aussi les meilleurs solistes du temps comme Barbara Schlick, Agnès Mellon, Gérard Lesne, Howard Crook et bien entendu Peter Kooy. Un absolu dans l’interprétation de ces chefs-d’oeuvre de la musique sacrée, d’une richesse musicale incomparable.