Bach, J.S. (1685-1750) Variations Goldberg. Sachiko Kato, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 21 juillet 2018 by rfauclair

044747320229Enregistré à Klavierhauss Hall à New York en 2011.

Centaur Records. 2012. CRC 3202. 59m.15s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

 

Aria

Variations 21 à 24 

C’est en voguant sur le Naxos Music Library, immense océan de musique, que j’ai découvert cette île déserte dans le monde de la musique classique. Une pianiste méconnue, un label modeste, et une oeuvre bénie des dieux depuis toujours.

Il y a beaucoup de poésie dans le jeu de la pianiste américaine. Elle y met du relief, de la profondeur, la délicatesse et la rigueur, la modération et la vigueur, autant ce qui lui permet de varier le temps qui passe, d’exposer les voix entre elles de la manière la plus claire possible.

Ces Variations nous parlent de l’intérieur. La musicienne s’efface. Tout ce qui reste est la beauté du discours. Enregistrées dans des conditions idéales, ces Goldberg nous livrent quelques secrets cachés. Le temps s’estompe et on ne veut plus quitter ce lieu magnifique.

Danzi, F. (1763-1826) Quatuors avec basson op.40. Ensemble Island.

Posted in Danzi on 12 juillet 2018 by rfauclair

51ylDsrmTCL3 quatuors op. 40 (1813) interprétés sur instruments d’époque.

Jane Gower, basson. A. Lohmann, violon.

Galina Zinchenko, alto. Jennifer Morsches, violoncelle.

Enregistré à Oud Katholieke, Delft, Pays-Bas en 2002

Centaur. 2004. CRC 2708. 72m.29s. Appréciation: Très Bien****

Allegro du quartet en do majeur 

Polonaise du quartet en do majeur

D’une formule inusitée dans la musique de chambre, ces quatuors avec basson de Franz Danzi sont de bon goût, bien écrits et représentatifs d’un style souriant et vertueux. Composées en 1813, alors que Beethoven est en pleine gloire, ces oeuvres mineures sont délicieuses et rafraîchissantes à écouter. Cette musique optimiste cache bien la suite de revers de fortune et de destins malheureux qui ont accablé le compositeur. À la mort de sa femme en 1799, diva reconnue en son temps, il a cessé de composer tellement sa douleur fut grande. Il s’est ensuite remis au travail et a connu une période très féconde, dont font partie ces quatuors gorgés de santé et d’une belle énergie.

La goguenardise dont souffre parfois le basson est totalement exclue lorsqu’on entend avec quel talent Danzi a généreusement offert au soliste des envolées dignes de Mozart et Beethoven. La présence de l’instrument se transforme en un véritable plaisir de tous les instants.

Les cordes, agiles comme il se doit, lancent constamment des défis au bassoniste, brillamment relevés par Jane Gowen sur un instrument historique non spécifié dans le livret. Les trois autres musiciennes de l’ensemble ont chacune leur moment où elle peuvent également se faire valoir. C’est grâce à Danzi, habile compositeur, qui, à l’image du basson, a toujours vécu dans l’ombre des plus grands, mais dont on accepte spontanément sa personnalité bien sympathique.

Sammartini, G.B. (1700-1775) Trios pour 2 violons et basse continue. Sonate pour violoncelle.

Posted in Sammartini, G.B. on 8 juillet 2018 by rfauclair

61xdUaiLY7LTrios no.1, 3-5

Sonate no.3 pour violoncelle (attr. à Martin Berteau 1708-1771)

Roberto Noferini, Gianfranco Iannetta, violons baroques.

Andrea Noferini, violoncelle. Bruno Canino, clavecin.

Enregistré à la Salle Bartok Bernareggio, Milan en 2004.

Tactus. 2007. TC 704402. 48m.05s. Appréciation: Très Bien****

Trio no. 5 en sol mineur 

Allegro de la sonate no. 3 pour violoncelle 

Affettuoso du trio no.1 en sol majeur 

Giovanni Battista Sammartini est considéré comme un des fondateurs de la sinfonie. Son parcours musical comprend trois périodes distinctes: le baroque, le rococo (pré-classique) et le classique. Il a influencé des compositeurs importants comme Gluck, Boccherini, J.C.Bach et même le jeune Mozart.

Malgré sa production importante, il n’existe encore que peu d’enregistrements de son oeuvre. L’aspect embryonnaire de sa musique explique en partie le peu d’intérêt des mélomanes d’aujourd’hui. Mais ce fut un innovateur en son temps. Et son parcours demeure fascinant. En délaissant de plus en plus l’archaïsme du baroque vers une plus grande liberté d’expression, Sammartini propose une musique insouciante, axée sur le divertissement léger et spirituel. Avec lui aucun nuage à l’horizon. Il prépare le chemin pour d’autres créateurs qui sauront partager leurs états d’âme en profondeur.

Ses trios pour deux violons et basse continue sont d’une belle simplicité. Sammartini priorise la voix du premier violon par de belles fioritures. Le deuxième violon l’accompagne avec nonchalance en le rejoignant parfois dans les mêmes figurations, mais la plupart du temps il joue sa propre partie, peu développée mais bien distincte. Le violoncelle, lui, ne sert qu’à donner une pulsation régulière à l’ensemble pour lui donner un bel élan, libéré de tout contrepoint formel.

Dans un tel contexte, on ne peut vraiment pas faire une critique du jeu des musiciens! C’est tout simplement beau. Les timbres des instruments anciens conviennent tout à fait à ces oeuvres. Le clavecin du vénérable Bruno Canino (n.1935) reste discret et inventif en tout temps. La troisième sonate pour violoncelle provient en fait du compositeur français Martin Berteau (1708-1771), qui fut appelé par erreur San Martini. Sa sonate en sol majeur vaut qu’on s’y attarde, car son écriture est superbe.

 

Bach, J.S. Concertos pour violon et Partita bwv 1004. Daniel Lozakovich.

Posted in Bach J.S. with tags on 23 juin 2018 by rfauclair

61qlglEb2qL._SL1200_Concertos bwv 1041 et 1042

Partita bwv 1004

Daniel Lozakovich, violon Stradivarius 1713.

Orchestre de chambre de la Radio Bavaroise.

Enregistré à August Everding Saal, Musikschule Grünwald,
et Studio Teldex, Berlin en 2017.

DG. 2018. 002894799372. 63m.48s. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Concerto bwv 1041 en la mineur 

Chaconne bwv 1004 en ré mineur 

La première impression auditive est celle d’un bon vieux vinyle des années 60 que la vénérable Deutsche Grammophon a toujours produit avec soin. Les cordes sont vibrantes, bien définies et espacées dans un beau discours moderato rassurant et pleinement satisfaisant. Nous sommes en plein territoire des violons modernes, loin du style frénétique des baroqueux.

Et lorsque le soliste apparaît, tout se confirme. Nous avons ici un artiste d’exception. Un violon à l’archet généreux et souple qui transcende Bach. Comme si cet instrument était au main d’un grand disparu, la réincarnation inexplicable d’un musicien rare.

Ce jeune homme n’a que…17 ans! Daniel Lozakovich, né à Stockholm en 2001, a le don rare de tout faire disparaître autour de lui. La virtuosité fait place à la musique. Le respect est partout dans sa manière de jouer. Lorsqu’on lui demande quels sont ses modèles d’interprètes, c’est l’étonnement complet: Menuhin, Heifetz, Kagan, Szeryng…

La monumentale Chaconne pour violon seul est bouleversante, un grand moment de musique pure, désincarnée, métaphysique. Lozakovich prétend que « Bach nous rapproche de Dieu ». Je dirais que c’est plutôt lui et toutes les légendes du violon qui se penchent pour écouter ce mystère du 21e siècle.

Danzi, Franz (1763-1826) Concertos et Ouverture. Münchener Kammerorchester. Howard Griffiths.

Posted in Danzi on 22 juin 2018 by rfauclair

81oYAAX9R1L._SL1500_Concerto pour piano p.229 (1799)

Concerto pour violoncelle p.243 (1809)

Ouverture p.228

Nareh Arghamanyan, piano. Aurélien Pascal, violoncelle.

Enregistré à Kupferhaus Planegg, Allemagne en 2016.

Sony Music. 2018. 88985361082. 58m.42s. Appréciation: Très Bien****

Allegro du concerto pour piano

Larghetto du concerto pour violoncelle 

Allegretto du concerto pour violoncelle

On pourrait qualifié la musique de Franz Danzi comme le prolongement de celle de Mozart, et d’un avant-goût du grand Beethoven. Compositeur attachant, qui a beaucoup écrit pour les ensembles à vent, il est encore peu connu pour son oeuvre orchestrale.

Son concerto pour piano, le seul qu’il a écrit, est à si méprendre, un authentique Mozart. Le concerto pour violoncelle en mi mineur aurait pu avoir été écrit par un jeune Beethoven. L’oeuvre est superbe. Elle est en quelque sorte une première en ce début 19e siècle où les concertos pour violoncelle n’étaient pas chose courante. Elle contient tout de Beethoven, ses humeurs orageuses autant que son côté sentimental. L’écriture y est touffue de virtuosité et est originale par ses changements fréquents de tonalités. On aime moins le côté un peu prévisible des phrases musicales, encore dictées par les formes strictes de la période classique. Mais l’utilisation judicieuse des instruments à vent à de quoi réjouir grâce aux couleurs qu’ils ajoutent à l’ensemble. Au final, Danzi, n’est ni Mozart ou Beethoven, car il lui manque encore quelques éclairs d’un génie pur.

Howard Griffiths (n.1950) chef d’expérience qui dirige avec un savoir-faire historiquement bien informé, insuffle l’énergie et la musicalité nécessaire pour faire lever la musique de Danzi. Énergie que l’on retrouve aussi bien au coeur de ses solistes de haute qualité, dont la gagnante du Concours piano de Montréal 2008, Nareh Arghamanyan et l’excellent violoncelliste français Aurélien Pascal, disciple de Janos Starker entre autres. Un bon disque qui s’écoute sans peine. Du bonbon.

Demachi, Giuseppe (1732-1791) Musica da camera. Trigono Armonico.

Posted in Demachi, G. on 10 juin 2018 by rfauclair

81CL0H0z7uL._SL1200_Sonates en trio. Duetto pour violons.

Sonates pour violon et basse continue.

Maurizio Cadossi, Davide Bizzarri, violons baroques.

Fausto Solci, violoncelle. Claudia Ferroro, clavecin.

Enregistré à Chiesa di San Michele Arcangelo, Cremona en 2014.

Tactus. 2018. TC730401. 79m.50s. Appréciation: Superbe*****

Sonate en trio no.6

Andante de la sonate en trio no.7

Duetto en mib majeur

Exact contemporain de Haydn, Giuseppe Demachi offre une musique élégante et ensoleillée qui s’apparente à celle de G.B. Sammartini et Boccherini. Ce parfait inconnu, dont l’oeuvre est restée à l’état manuscrit, possède une signature bien originale au milieu d’un 18e siècle peuplé d’innombrables compositeurs qui ont adopté le style galant. 

Cet italien, violoniste virtuose dont le parcours musical reste encore incertain, a produit une musique qui mêle le classique aux formes anciennes du baroque comme en fait foi ses sonatas a tre et sonatas a violono a basso continuo. Il eut un certain succès lors de la publication de ses Trios en 1771. On se dit que les amateurs d’alors aimaient probablement encore les choses anciennes, nostalgiques de Corelli, Vivaldi et cie…

La musique de Demachi, est anachronique pour cette époque, mais séduisante à la fois par son expression noble et pure se rapprochant de la sonate d’église, sans virtuosité gratuite, et structurée par le respect des codes et des modes anciens. Une belle découverte, enregistrée ici en première mondiale par l’ensemble Trigono Armonico, un groupe de musiciens italiens dédiés à la musique ancienne. La qualité d’enregistrement et d’exécution est admirable en tous points.

 

Dowland, John (1563-1626) Lachrimae. Nigel North. Les Voix Humaines.

Posted in Dowland with tags on 20 mai 2018 by rfauclair

41K+RK5zaRLLes Sept Larmes (1604) pour luth et violes.

Pavanes, gaillardes et allemandes.

Nigel North, luth.

Mélissande Corriveau, dessus de viole. Felix Deak, ténor de viole.

Margaret Little, Suzie Napper et G. Sanchez-Guevara, basses de viole.

Enregistré à St-Augustin, Mirabel en juillet 2017.

Atma Classique. 2018. ACD2 2761. 56m. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Lachrimae antiqua 

Earle of essex gaillard 

Sir John Langston Pavan

 

Les Lachrimae de John Dowland, composés en 1604, annoncent d’une certaine façon le romantisme de Schubert. Deux siècles les séparent. Pourtant, il y a le même goût pour la poésie mélancolique, une affinité pour la solitude et la recherche d’apaisement au milieu des larmes. C’est un recueil magnifique, le plus connu de Dowland. Les Lachrimae sont en fait sept variations sur son air célèbre Flow my tears. Malgré son aspect lugubre, il y a dans cet art de la mélancolie, une part de lumière qui nous rejoint encore.

Enregistré plus d’une fois, ce cycle instrumental pour luth et consort de violes retrouve, avec Les Voix Humaines, un lien naturel, une connivence idéale avec ce répertoire ancien. On se demande pourquoi elles (M.Little et S.Napper) ont attendu si longtemps pour pouvoir les graver. Le temps a sûrement permis ici une collaboration inespérée: celle avec Nigel North, réputé luthiste britannique, qui a maintes fois visité l’univers de Dowland. Il y apporte son expertise précieuse et son jeu de luth légendaire fait de coulées riches en lyrisme et en souplesse.

Quant aux violes de l’ensemble, elles résonnent dans toute leur splendeur en symbiose avec la fragilité du luth dans une atmosphère à la fois vaste et recueillie. Elles sont expressives à souhait, rehaussées par le jeu finement décoratif du dessus de viole de Mélissande Corriveau. L’alternance entre les Larmes et les diverses danses apporte un mélange triste-heureux qui évite la monotonie pouvant s’installer en cours de route. En fait, grâce à leur sensibilité et leur connaissance, les musiciens se sont distanciés par rapport à d’autres versions qui paraissent aujourd’hui froides et austères. Ici, la beauté ténébreuse de cette musique nous enveloppe de toute part. On s’y réfugie à l’abri des maux qui terrassent notre siècle présent.