Bach, J.S. (1685-1750) La Passion selon St-Jean. La Petite Bande. Sigiswald Kuijken.

Posted in Bach J.S. with tags on 24 mars 2026 by René François Auclair

Johannes-Passion bwv 245.

Christophe Prégardien, ténor.

Harry van der Kamp, basse.

Barbara Schlick, soprano.

René Jacobs, alto. Nicola van der Meel, ténor.

Max van Egmond, basse. Enregistré à Haarlem, Pays-Bas en 1987.

DHM. 1990. 77041-2-RG. 2cds. 122m19s. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Herr, unser Herrsher (Seigneur notre maître, dont la gloire est partout magnificente!)

Erwäge, wie sein blutgefärbter Rücken (Vois ce dos ensanglanté, en toutes parts semblable au ciel!)

Zerfliese mein Herze (Déborde mon âme dans le flot des larmes)

Chorale Ach Herr (Ah! Seigneur, qu’à ta dernière heure ton ange bien-aimé porte ton âme)

Le 7 avril 1724 eut lieu la première de la Passion selon St-Jean à l’église St-Nicolas de Leipzig. Bach était alors Cantor depuis près d’un an à composer des cantates pour tous les dimanches et les jours fériés. Dans son contrat avec la ville il était spécifié qu’il présenterait une Passion à chaque Vendredi Saint. Cette journée était le plus grand évènement annuel du culte luthérien. Le Conseil de Leipzig avait auparavant bien indiqué à Bach d’éviter que les fidèles soient dérangés par de trop grands effets théâtraux.

Évidemment, Bach en fit à sa tête! Ce qu’il proposa en ce 7 avril, dépassa largement tout ce qui avait été fait auparavant. Le choc fut intense! On pense qu’il a ensuite été contraint par le Conseil d’apporter des modifications à sa Passion. La version de 1725 n’a plus du tout le même impact. Celle-ci exclue l’impressionnant choeur d’entrée Herr, unser Herrsher, et l’air pour ténor Vois, ce dos ensanglanté! dont les images étaient sûrement trop explicites pour la sensibilité du temps. Dans cet air extraordinaire, Bach décrit les flots de sang du Christ qui deviennent un arc-en-ciel de la grâce divine. La seconde partie de l’aria est formée par les mélismes du ténor qui décrivent littéralement un grand arc musical! Ce n’est qu’un exemple du génie figuratif de Bach.

La version de Sigiswald Kuijken apparaît maintenant moins dramatique que les interprétations plus récentes au disque. Sa vision est demeurée respectueuse et digne, traitée avec un savoir-faire qui souligne avant tout la beauté lyrique de l’oeuvre. Les choeurs s’expriment avec tendresse et privilégient une ambiance pieuse plutôt que les effets théâtraux. Les solistes, les meilleurs du temps, sont irréprochables dans ce style épuré qui s’est imposé avec naturel dans la redécouverte de la musique baroque. Une très belle version, qui malgré sa réserve, est demeurée une référence.

Extrait comparatif:

Herr, unser Herrsher. Concerto Köln/Choeur Radio-Bavaroise/Peter Dijkstra. BR Klassik. 2016.

Bach, J.S. (1685-1750) Passion selon St-Matthieu. Gustav Leonhardt.

Posted in Bach J.S. with tags on 24 mars 2026 by René François Auclair

Matthäus-Passion bwv 244.

Christian Fliegner, Maximilien Kiener, sopranos enfants.

Christophe Prégardien, ténor (évangéliste)

Max van Egmond, basse (Jésus)

René Jacobs, alto. Klaus Mertens, basse.

Tölzer Knabenchor. La Petite Bande. Enregistré à Doopsgezinde Kerke, Harlem en 1989.

DHM. 1990. 7848-2-RC. 3cds. 172m22s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Kommt, ihr Töchter!

« Venez mes soeurs, partagez mes larmes. C’est lui! -Qui? Le fiancé. Voyez! -Quoi? L’Agneau divin. »

Récitatif et Ich will bei meinem Jesu wachen 

« Je veux veiller avec Jésus. -Ainsi s’endorment nos remords. La détresse de son âme me sauve de la mort; Sa tristesse est pour ma joie ».

Récitatif et Können Tränen meiner Wangen

« Si ni mes plaintes, ni mes larmes, ne vous touchent, oh prenez donc mon coeur! »

Arioso et Wir stezen uns mit Tränen

« Nous nous asseyons en pleurant et te crions dans ton tombeau. Repose en paix, repose en paix! »

La Grande Passion de Bach a été exécutée le Vendredi Saint 15 avril 1729 à St-Thomas de Leipzig, et probablement en 1727 selon certains musicologues. C’est son oeuvre la plus ambitieuse. Elle a nécessité deux choeurs, deux orchestres, une dizaine de solistes et un petit choeur de sopranos. L’oeuvre, qui contient 68 numéros savamment agencés, fait alterner des chorals luthériens, des textes de l’Évangile, et des poèmes de Picander, le tout minutieusement mis en musique par Bach. Pour l’exécution, les deux choeurs et orchestres furent séparés dans l’église, Bach tenant compte de l’espace acoustique pour adapter sa musique. Ainsi, les effets de dialogues, questions/réponses du texte, devaient être impressionnants pour les auditeurs sur place. Au disque, plutôt difficile de reproduire tout ça…Quoique René Jacobs ait tenté une nouvelle approche, plus ou moins convaincante. (Harmonia Mundi.2014).

La Saint-Matthieu est une oeuvre monumentale. Bien qu’elle soit ancrée dans la tradition chrétienne, elle continue de fasciner, d’émouvoir en profondeur tous ceux qui l’entendent. L’architecture est fabuleuse, la musique sublime. L’histoire du Christ est transcendée par l’art vocal et instrumental de Bach. On s’y met à y croire tellement c’est convaincant. Personnellement, elle fait encore partie de mon rituel de Pâques, comme pour marquer le temps entre l’hiver et le printemps. Après la mort, le renouveau. Après les ténèbres, la lumière. Ce n’est pas juste le récit de Jésus, mais un passage vers autre chose. Il y a une part de mystère dans cette musique qui engendre la beauté et la réflexion.

Gustav Leonhardt, avec ses musiciens et chanteurs, ont offert à cette Passion une crédibilité et une historicité peu commune. Il y a ce choix très authentique de reproduire le son baroque du 18e siècle. Les instruments anciens, superbes de timbres et de textures, les choeurs allégés et souples, les solistes rompus à ce style, tout est fait et appliqué avec un grand savoir-faire. Le choix de solistes garçons sopranos reste discutable, même s’il est historiquement valide. Pourtant, grâce à leur talent fragile, il se passe quelque chose d’unique, certains airs se dévoilent comme dans une ambiance irréelle. Leonhardt, très attentif aux détails, n’a pas son pareil pour révéler les symboles, les codes spirituelles de cette musique. Sous sa direction, l’oeuvre devient une grande Ode funèbre qui fait bercer l’âme. Magnifique.

Extrait comparatif: Exemple de l’évolution des interprétations de la St-Matthieu.

Philharmonia Choir. Otto Klemperer. EMI 1962.

O Mensch, bewein dein Sünde


Bach, J.S. (1685-1750) L’Oratorio de Noël. Collegium Vocale Gent. Philippe Herreweghe.

Posted in Bach J.S. with tags on 23 mars 2026 by René François Auclair

Oratorio de Noël bwv 248.

Barbara Schlick, soprano.

Michael Chance, alto. Howard Crook, ténor.

Peter Kooy, basse.

Enregistré à Mindersbroederskerk, Ghent en 1989.

Virgin/Erato. 2011. 2cds. 149m42s. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Cantate Jauchzet, frohlocket (extraits)

C’est toujours à mon coeur la plus belle des versions. Je l’écoute à chaque période de Noël avec la nostalgie d’un enfant. Les couleurs, les timbres chatoyants, la vivacité des rythmes et l’éclat instrumental, tout y est. Herreweghe a trouvé le ton juste grâce à la virtuosité incomparable du Collegium Vocale et la finesse de leurs vocalises d’une absolue maîtrise.

Les solistes sont tout aussi merveilleux. Barbara Schlick, Michael Chance, Howard Crook et l’infatigable Peter Kooy, ont tous leur moment de gloire, qui leur appartient désormais. Reste à parler de cette oeuvre indispensable. Bach, c’est la quête de la perfection formelle, de l’harmonie et de la mélodie. Six cantates, six façon de raconter la Nativité. Lui seul pouvait rendre cette oeuvre vivante et aussi variée, infusée de couleurs et de joie. Une merveille.

Bach, J.S. (1685-1750) Magnificat bwv 243. Arion Orchestre Baroque. Alexander Weimann.

Posted in Bach J.S. on 23 mars 2026 by René François Auclair

Magnificat bwv 243 en ré majeur.

Avec 4 Laudes bwv 243a.

Johann Kuhnau: Wie schön leuchtet pour 5 voix.

Johanna Winkel, Johannette Zomer, sopranos.

James Lang, alto. Zachary Wilder, ténor.

Matthew Brook, basse. Enregistré à St-Augustin Mirabel en 2015.

Atma. 2016. ACD2 2727. 49m. Appréciation: Superbe*****

Magnificat bwv 243 (extraits)

L’ensemble Arion et leur chef invité Alexander Weimann ont eu la brillante idée d’inclure les 4 laudes (motets) originaux de la version de 1723. Le Magnificat, souvent joué dans le temps de Noël, bénéficie ainsi d’un surplus de couleurs pastorales, et devient beaucoup plus en phase avec la Nativité.

On adore les cinq voix solistes qui exécutent les parties chorales de l’oeuvre. Cette façon semble convenir parfaitement à l’écriture polyphonique qui parait souvent confuse avec un choeur traditionnel. L’économie des moyens utilisée est, dans ce cas, d’une admirable transparence. Les timbres des chanteurs sont parfaitement mises de l’avant par une prise de son exemplaire. La présence des voix et la ferveur de l’interprétation font de ce Magnificat un coup de coeur assuré.

En complément, la belle cantate « Comme brille l’étoile du matin » du cantor Johann Kuhnau (1660-1722). Elle a été écrite pour une fête de Noël à Leipzig, un choix judicieux pour accompagner le Magnificat de Bach. Ce dernier deviendra à son tour le cantor de la ville en 1723 et perpétuera la grande tradition de la musique germanique jusqu’à une apogée que personne ensuite n’a réussie à atteindre. Soli Deo Gloria.