Mozart (1756-1791) Concertos no.22 et 24. Charles Richard-Hamelin. Les Violons du Roy.

Posted in Mozart with tags on 25 janvier 2020 by rfauclair

Concerto pour piano no.22 k.482 en mib majeur (1785)

Concerto pour piano no.24 k.491 en do mineur (1786)

Charles Richard-Hamelin, piano.

Les Violons du Roy, Jonathan Cohen, direction.

Enregistré au Palais Montcalm, Québec, en juillet 2019.

Analekta. 2020. AN 2 9147. 64m.35s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro du Concerto no.22

Enfin, du sang neuf pour Mozart! Dès l’ouverture du concerto en mi bémol, on est saisit par le souffle nouveau des Violons du Roy. Les lignes mélodiques sont sinueuses, expressives, traitées à la baroque sans vibrato. Mozart est ici irrésistible et exaltant, porté par une rythmique noble, évitant les emportements frénétiques. Le lyrisme est à la fois tendre et dynamique. Mais ce qui étonne le plus est la section des vents, d’une souplesse de phrasé magnifique, comme si on les découvrait pour la première fois. Jonathan Cohen, expert en musique ancienne, a modelé son orchestre, et a eu exactement le son qu’il voulait. Le travail des plans sonores est admirable, dont il faut souligner ici la prise de son qui a tout capté dans un équilibre exemplaire.

Charles Richard-Hamelin, égal à lui-même, confiant, propose du Mozart bien solide, sans maniérisme. Son instrument est chantant, voluptueux. Il invite et conduit l’auditeur à s’élever avec lui. Le mystère Mozart est là, quelque part en hauteur. La sonorité est riche et pleine, somptueuse. Ses propres cadences qu’il a créé sont justes. Elles s’installent naturellement au sein de la partition originale. Elles ajoutent un élément de nouveauté à l’ensemble, d’une poésie quasi-beethovénienne. Et Chopin n’est pas bien loin lui non plus! Un seul bémol, la brièveté des cadences nous laissent un peu sur notre faim. On en voulait plus!

Prise de son généreuse, très large en acoustique. Présence du piano tangible, très sonore. Un grand Mozart, chaudement recommandé. On espère maintenant tous les autres concertos avec la même équipe!

 

Ries, Ferdinand (1784-1838) Quatuors à cordes. Schuppanzigh-Quartett.

Posted in Ries on 15 décembre 2019 by rfauclair

Quatuors composés entre 1805-1827.

Schuppanzigh-Quartett (instruments d’époque).

Enregistré entre 2004-2016 par la Deutschlandfunk.

CPO. 777014/227/305-2. 3cds. 52m./60m./75m.

Appréciation: Superbe*****

Allegro du Quartet Woo37 (1827)

Larghetto con moto du Quartet Woo48 (1824)

Air russe du Quartet op.70 no.1 (1816)

Finale du Quartet op.126 no.2 (1824)

« Dans le quatuor, l’expression de toute idée musicale se limite à ses éléments les plus strictement nécessaires, les quatre voix, avec lesquelles elle ne peut capter l’attention que par son contenu même… » (Carl Maria von Weber).

Voilà une définition qui résume bien le quatuor à cordes. Une réduction à l’essentiel de la musique. On peut le comparer à quatre personnages discutant ensemble de manière intelligente, tout en s’écoutant les uns les autres. Cette forme d’art complexe, rigide et exigeante, c’est surtout à Haydn que l’on doit d’en avoir fixé les règles de base. Il a voué presque toute sa vie au genre. Beethoven a trimé dur pour créer ses propres quatuors, comme en témoigne les nombreuses esquisses inachevées et les ratures sur les manuscrits originaux. Quant à Mozart, pourtant habitué à travailler très rapidement, il s’est retrouvé souvent bloqué devant la difficulté de la tache. « Ce fut un long et dur labeur » dira t’il des quatuors dédiés à Haydn.

Le quatuor à cordes révèle bien souvent les motivations les plus personnelles du compositeur. En dehors des goûts du public, ces oeuvres sont souvent exécutées dans un espace intime par le compositeur lui-même qui en assume une des parties. La plupart du temps, des amis proches du musicien se joignent à lui. Ce fut le cas de Ferdinand Ries, élève et ami de Beethoven qui le fréquenta pendant quelques années à Vienne. Ries était un excellent violoniste et compositeur. Il fut cependant complètement éclipsé par le géant Beethoven. Ces oeuvres ne furent que peu publiées de son vivant. On dit qu’à la fin de sa vie il demeura amer de cette situation.

Depuis quelques années, la maison de disque CPO s’est consacrée à nous le faire redécouvrir par un nombre appréciable d’enregistrements. La musique de Ries est à la croisée des chemins. Un mélange classique/romantique. Une première impression de ses quatuors nous fait évidemment penser à Haydn et au jeune Beethoven. Mais la richesse et l’inventivité que Ries a apporté à ses quatuors force l’admiration. Très méticuleux et exigeant dans son travail, (il n’a d’ailleurs publié qu’une dizaine de quatuors sur les 26 qu’il a créé), sa musique étonne par sa densité, tissée très serrée, tout en demeurant accessible et harmonieuse. Le cerveau est fortement stimulé, autant que le coeur qui en ressent toutes les passions!

Après plusieurs écoutes, l’auditeur se surprend à découvrir sans cesse de nouveaux éléments à la musique de Ries. Composés entre 1805 et 1827, les quatuors proposés ici par le Schuppanzigh-Quartett sont interprétés sur instruments d’époque avec une précision remarquable. Les instrumentistes ont accompli, à tous égards, une réussite exemplaire et totalement satisfaisante. On espère d’autres volumes du même ensemble, car Ferdinand Ries le mérite amplement.

 

 

Tessarini, Carlo (1690-1766?) Sonates pour violon et Sonates en trio.

Posted in Tessarini on 14 décembre 2019 by rfauclair

Six sonates pour violon op.14 (1748)

Six sonates en trio op.9 (1737)

Valerio Losito et Paolo Perrone, violons baroques.

Carlo Calegari, contrebasse. Diego Leveric, archiluth.

Federico del Sordo, clavecin.

Enregistré à Église de la Visitation, Rome en 2018.

Brilliant Classics. 2019. 95861. 2cds. 48m.52s./57m.42s.

Appréciation: Superbe*****

Sonate op.14 no.1

Sonate op.14 no.3

Sonate en trio op.9 no.5

Voilà un album des plus agréables qui nous présente un compositeur encore méconnu de l’époque baroque. Carlo Tessarini fut un brillant violoniste qui voyagea beaucoup à travers l’Europe. Né à Rimini au tournant du 18e siècle, Tessarini était l’un de ces innombrables musiciens italiens dont on admirait la technique virtuose. À la fin de sa vie il s’installa en Hollande où il mourut autour de 1766. Il représente de belle façon l’après-Vivaldi en proposant une musique au souffle nouveau qui se situe juste avant le style galant. L’expression est simple, d’une beauté rayonnante, sans être extravagante. La musique est d’une fluidité constante qui évite les pièges de la répétition. Fait que l’on retrouve souvent chez Vivaldi par exemple.

Le violon de Valerio Losito est juste et beau. D’un timbre séduisant, le violoniste italien possède un coup d’archet ultra léger qui permet à la musique de prendre son envol avec aisance. Il est accompagné d’une basse continue experte et créative. L’archiluth de Diego Leveric est particulièrement remarquable. Ses parties obligées sont très bien écrites. Elles apportent une poésie touchante à certains adagios. Par ailleurs, son accompagnement permet également de belles relances rythmiques. Chose plutôt inusitée, on a choisit une contrebasse qui apporte une profondeur particulière à la basse continue.

Aucun ennui ne s’est installé pendant l’écoute de ces deux disques. L’album est une réussite, grâce à l’interprétation, du choix varié de l’accompagnement, et de l’acoustique expansive qui permet aux sons de s’épanouir avec douceur. Mais c’est surtout grâce à l’art de Tessarini qui a su doser la clarté d’une écriture savante au bonheur simple d’une écoute sans souci. Chaudement recommandé.

 

Scarlatti, Domenico (1685-1757) 52 Sonates. Lucas Debargue.

Posted in Scarlatti D. with tags on 9 décembre 2019 by rfauclair

52 sonates.

Lucas Debargue, piano Bösendorfer.

Enregistré à Jesus-Kirche de Berlin en 2018.

Sony Classical. 2019. 19075944462. 4 cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

« Chaque sonate célèbre le miracle de l’harmonie tonale. On y trouve des éléments baroques, préclassiques et classiques, mais la légitimité de ces termes pâlit devant l’intemporalité des pièces, où l’équilibre entre rigueur formelle et invention débridée atteint quasi systématiquement la perfection. »(Lucas Debargue).

Sous les doigts de Lucas Debargue, il y a une inventivité précieuse à tous les instants. Son interprétation est à l’image de la musique de Scarlatti, pétillante, faite d’imprévisibilité et d’un foissonement d’idées surprenantes. Ce parcours de 52 sonates, la plupart présentées en dyptique de mêmes tonalités, s’écoute avec un plaisir constant. On entre dans un espace de couleurs et d’émotions en kaléidoscope. La verve du propos, le soulignement subtil des états d’âme les plus diverses, voilà l’art de Lucas Debargue. Celui-ci ne cessera jamais de nous surprendre. Cet album est d’une joie absolue, un véritable coffre aux trésors rempli de merveilles.

Sonate K.443 en ré majeur

Sonate K.27 en si mineur

Sonate K.491 en ré majeur 

 

Karlsons, Juris (n.1948) Oeuvres chorales sacrées. Latvian Radio Choir. Sigvards Klava.

Posted in Karlsons, Juris with tags on 1 décembre 2019 by rfauclair

Oremus (2018).

Adoratio (2010) pour choeur et orchestre.

La lagrime dell’anima (2013).

Ora pro nobis (2019).

Sinfonietta Riga. Latvian Radio Choir.

Sigvards Klava, direction.

Enregistré à St-John’s Church, Riga entre 2014 et 2019.

Ondine. 2019. ODE 1342-2. 65m.30s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Ora pro nobis

Adoratio (extrait début et fin)

Juris Karlsons est un compositeur de la Lettonie. Ce petit pays de l’Europe du nord est situé entre la Lituanie et l’Estonie sur le bord la mer Baltique. Sa population est de seulement 2 millions d’habitants. Selon les statistiques, 50% des lettons auraient accès à l’éducation musicale dès l’enfance. Cela fait beaucoup de personnes qui connaissent et pratiquent la musique! Les gens participent activement à toutes sortes de festivals à travers le pays. Karlsons demeure jusqu’à ce jour, l’un de ses compositeurs les plus connus.

Ce disque admirable présente quelques oeuvres sacrées de Karlsons. La première impression est celle de la pureté des sons, autant par l’interprétation chorale et orchestrale, qui est ici d’une sublime perfection. Adoratio est l’oeuvre la plus substantielle de l’album. C’est une symphonie pour choeur et orchestre. Elle débute par un lento instrumental auquel s’ajoute au fur et à mesure le choeur, en différentes strates harmoniques fascinantes.

Puis un récitant déclame fortement des mots de la liturgie auquel répondent, comme des fidèles, les voix entremêlées du choeur au-dessus des cordes. Il en résulte un climat étrange, extatique. On est en présence de différentes influences, du chant grégorien et de la renaissance en passant par Ligeti, Pärt, Schnittke, liés ensemble par une sorte de magie inexplicable. Le point culminant de l’oeuvre est un clash de percussions démentielles, comme si on se retrouvait tout à coup devant un grand vide cosmique. L’effet est terrifiant. C’est un vertige musical que j’ai rarement éprouvé.

Après ce climax imposant, les sonorités du début de l’oeuvre reviennent doucement dans une ambiance sereine, se réconciliant au Grand Tout, digne des plus belles oeuvres symphoniques de Mahler. Adoratio est certainement une des plus puissantes compositions du post-modernisme qu’il m’a été donné d’entendre. Un chef-d’oeuvre d’aujourd’hui qui se poursuivra vers le futur incertain de nos civilisations.

 

Bach et Buxtehude. La Rencontre de Lübeck. Vincent Boucher.

Posted in Bach J.S., Buxtehude on 23 novembre 2019 by rfauclair

Dietrich Buxtehude (1637-1707): Prélude, fugue, chaconne buxwv 137. Prélude buxwv 149. Nun komm Heiden Heiland buxwv 211. Passacaille buxwv 161.

Jean-Sébastien Bach (1685-1750): Toccata bwv 564. Prélude et fugue bwv 535. Nun komm Heiden Heiland, bwv 659. Passacaille bwv 582.

Vincent Boucher, Orgue Beckerath 1960, restauré en 2012.

Enregistré à Oratoire St-Joseph, Montréal en 2017 et 2019.

Atma Classique. 2019. ACD2 2777. 62m.15s.

Appréciation: Superbe*****

Prélude-fugue-chaconne en do de Buxtehude

Toccata-adagio-fugue en do bwv 564 de Bach

Lorsqu’on découvre le Prélude-fugue-chaconne de Buxtehude, on comprend pourquoi le jeune Bach de 20 ans a parcouru 400 km à pied pour le rencontrer! C’est une musique pleine de passion qui fuse de toute part comme les nombreuses flèches d’églises qui percent le ciel de la ville hanséatique. Bach y demeura finalement plus de trois mois et ramena avec lui de précieuses copies de cette musique flamboyante.

De retour à Arnstadt, Bach n’en fait qu’à sa tête à son poste d’organiste. Les fidèles sont choqués par ses libertés fantasques et ses « …curieuses variations mêlées d’accord étranges… » (Bach. Paule du Bouchet. Gaillimard). Aujourd’hui, l’oeuvre de Bach à l’orgue demeure encore la plus appréciée. À l’Oratoire St-Joseph, c’est toujours Bach qui attire le plus grand nombre de mélomanes lors des concerts organisés. C’est dans ce vaste lieu que Vincent Boucher a enregistré cet album très bien réalisé.

Le choix du programme permet de faire un parallèle intéressant entre le vieux maître et le nouveau génie de Bach. Les pièces s’alternent entre les deux compositeurs dans les mêmes tonalités comme dans leurs formes: chorals, préludes, passacailles…Au final, on apprécie autant la luminosité de Buxtehude que les grandes architectures de Bach.

Vincent Boucher, véritable gardien de la grande tradition de l’orgue à Montréal, est un musicien complet, sensible et doué d’une grande connaissance des textes musicaux. Son jeu pourrait être qualifié de respectueux, mais animé d’un feu intérieur à la fois maîtrisé et passionné. L’articulation est toujours claire, très attentive et adaptée à l’immense acoustique de l’Oratoire. Les tempos sont modérés, mais d’une grandiose respiration. La prise de son est étonnamment réussie. Elle transmet autant la proximité de l’instrument que la réverbération spectaculaire de l’endroit. Superbe*****.

 

Tchaikovski (1840-1893) Daniel Lozakovich. National Philharmonic Orchestra of Russia.

Posted in Tchaikovski with tags on 9 novembre 2019 by rfauclair

Concerto pour violon op.35

Lensky’s Aria tiré d’Onegin

None but the lonely heart op.6 no.6

Melodie, Souvenir d’un lieu cher op.42

Valse sentimentale op.56 no.6

Meditation op.42. Valse-Sherzo op.34

Daniel Lozakovich, violons Stradivarius ex-Baron Rotshchild et Le Reynier (1727)

Stanislav Soloviev, piano.

National Philhamornic Orchestra of Russia.

Vladimir Spivakov, direction. DG. 2019. 483 6086. 66m. 30s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro moderato du Concerto op.35

Lensky’s Aria tiré d’Onégin Acte 2

Mélodie Souvenir d’un lieu cher op.42

Daniel Lozakovich est né en 2001 de parents biélorusse et kirghiz. Il n’a donc que 18 ans. C’est son deuxième album, le premier étant consacré à Bach, qui nous avait grandement impressionné. Maintenant, on le retrouve dans un programme tout Tchaïkovski, secondé par une équipe entièrement russe. L’opus 35 était inévitable pour le jeune violoniste. Véritable casse-gueule pour qui ose l’attaquer, Lozakovich, lui, n’en fait qu’une bouchée!

Ce musicien d’exception joue déjà comme une vieille âme. Son violon est d’une justesse inouïe, vibrant, intense, d’une fluidité aérienne et d’une grande inspiration poétique. Il s’y dégage une musicalité incontestable, la preuve que le violoniste sait de quoi il parle. Il connait déjà le langage des grands et comment s’y prendre pour susciter l’émotion.

L’accompagnement de l’orchestre est juste, sans trop prendre de place, d’une belle efficacité. La prise de son, tout à fait convaincante et claire, est comme celle des vieux jours de la Deutsche Grammophon. C’est large, extrêmement bien défini. On entend même, à l’occasion, la respiration du musicien! L’air ambiant est palpable, et la musique est reproduite dans toute sa splendeur. À écouter absolument sur une grande chaîne audio!