Bach J.S. (1685-1750) Inventions et Sinfonias. Evgeni Koroliov, piano.

Posted in Bach J.S. on 16 mars 2026 by René François Auclair

15 Inventions à 2 voix bwv 772-786.

15 Sinfonias à 3 voix bwv 787-801.

Enregistré à HR Sendesaal, Francfort en 1999.

Hänssler. 1999. HAEN92106. 53m.

Appréciation: Très Bien****

« Pour ceux qui aiment le clavier, et tout particulièrement pour ceux avides de s’instruire, une méthode claire pour arriver à jouer proprement deux voix, puis après avoir progressé, à exécuter correctement trois parties obligéeset surtout d’acquérir une manière de jouer chantante et en outre d’obtenir un fort avant-goût de la composition ». JS Bach.

Inventions à deux voix (7 pièces)

Sinfonias à trois voix (7 pièces)

Bach le compositeur, le musicien et le pédagogue. Selon les témoignages, il fut très apprécié de ses élèves. Méthodique, patient, compréhensif, il se savait exigeant et perfectionniste. Mais pour les médiocres, il ne perdait pas son temps. Par contre, quand il voyait un élève perdre patience sur de longs exercices de doigtés, « il poussait la bonté au point d’écrire de petits morceaux dans lesquels ces exercices se trouvaient encastrés » C.Ph.E.Bach. Voilà un portrait du Bach enseignant. Pour lui, la transmission du savoir était une priorité. Les Inventions et Sinfonias sont la base de son enseignement. Ensuite il proposera son fameux Clavier bien tempéré, toujours dans un but pédagogique, qui va pousser encore plus loin les claviéristes. « J’ai beaucoup travaillé, ceux qui s’appliqueront comme moi pourrons faire la même chose. »

Le pianiste russe Evgeni Koroliov est reconnu comme l’un des grands interprètes de Bach. Lorsqu’on l’entend aborder ces pièces plutôt faciles, on aime ce toucher nuancé, la transparence des voix et le pouvoir chantant de son jeu. Simple, agréable et pourtant si riche. La musique se déroule et mesure le temps. Le moment est serein et parfait. Rien ne viendra perturber cet instant. Plus qu’une leçon de piano, une initiation à l’art de toucher le clavier et le coeur.

Bach, J.S. (1685-1750) Les Suites Françaises. Peter Hill, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 14 mars 2026 by René François Auclair

Six Suites bwv 812-817.

Mozart K.399 et K.574.

Piano Steinway Model D.

Enregistré à University Cardiff en 2015.

Delphian Records. 2015. DCD34166. 2cds. 114m16s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Suite no.2 en Do mineur

Suite no.4 en Mib majeur

Suite no.5 en Sol majeur (extraits)

Le jeu du britannique Peter Hill est d’une grande douceur. Il y a cette réserve, cette sobriété du toucher. L’ivoire semble à peine effleuré, d’une infime sensibilité. L’instrument s’épanouit en délicatesse, offrant à la musique de Bach une intimité profonde. On imagine alors Bach sur son petit clavicorde chez lui, alors que toute la maisonnée est endormie. Une chandelle est allumée tout près de l’instrument. La musique lui permet de s’évader un peu, le temps d’oublier ses tracas quotidiens. Bach était comme nous. La solitude vaut parfois de l’or. Cet album est l’exemple parfait du « moins c’est mieux ». Sublime.

Bach, J.S. (1685-1750) Les Suites Anglaises. Andrea Bacchetti, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 13 mars 2026 by René François Auclair

Six Suites Anglaises bwv 806-811.

Enregistré à Fazioli Concert Hall en 2005.

Decca. 2005. 476 3127. 2cds. 143m13s

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Les Suites Anglaises sont des oeuvres que Bach a composées vers 1720. Différentes de la légèreté des Françaises, il a élaboré une musique plus dense et d’une gravité musicale prenante. Chaque suite débute par un Prélude assez imposant et souvent dans la forme du concerto. À l’écoute, elles sont parfois très noires. Est-ce l’une des raisons qui explique leur relative présence au disque? Les Anglaises ne sont certes pas l’oeuvre la plus populaire chez Bach. Pourtant, il y a bien sûr des moments de pur génie.

Suite no.3 en Sol mineur (extraits)

Suite no.5 en mi mineur (Prélude)

Suite no.6 en ré mineur (extraits)

Au piano, pas facile de trouver une version idéale. Il y a d’excellents pianistes qui ont abordé l’intégrale des suites. À commencer par l’iconoclaste Glenn Gould et son jeu extrêmement mécanique qui fini vite par lasser. Pourtant, il garde encore un réseau inconditionnel de fans acharnés! Chacun ses goûts. Pour ma part: NON. Le claveciniste Scott Ross s’était vertement opposé à lui: « Il n’a absolument rien compris. Rien du tout. » Avec le temps, les pianistes ont délié Bach de la motricité insensée de Gould. On pense ici à Zhu Xiao Mei, éminente perfectionniste de Bach. Sur le label Accentus, elle a livré récemment une excellente intégrale. Elle va très loin dans son analyse, décortique chaque voix, articule et nuance chaque passage. On loue sa dextérité fabuleuse, sa façon concise et concentrée de tout expliquer. On lui donne un 10/10 sans réserve. Mais…

…il y a aussi Andrea Bacchetti. En l’écoutant, j’ai perçu avant tout sa force tranquille. Il a su maintenir la musique de Bach sur un dynamisme modéré, et de ce fait, en libère pleinement toute la richesse interne du piano. Certes, il n’atteindra probablement jamais la technicité de Mei ou la concentration inhumaine d’un Gould. Et alors? Le jeu de Bacchetti repose sur le chant, la globalité des phrases plutôt que les détails. Son approche est réfléchie, d’un toucher souvent éclatant, parfois subtil, et faite d’ornements fort bien dessinés. En modérant les tempi, il a réussi à installer paisiblement la musique en soi. Pourquoi se précipiter avec Bach? L’expression prend parfois bien son temps. Le musicien italien semble avoir saisi tout ce qui en fait la force. Chaudement recommandé. (l’album est disponible en fichiers numériques seulement).

Prélude no.3 par Glenn Gould

Prélude no.3 par Zhu Xiao Mei

Bach, J.S. (1685-1750) Les Partitas pour Clavier. Bernard Roberts.

Posted in Bach J.S. on 13 mars 2026 by René François Auclair

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Partitas nos.1-6 bwv 825-830.

Enregistré à Wyastone, UK en 2000.

Nimbus Records. 2001. NI 5673/4. 124m.

Appréciation: Superbe*****

Les six Partitas pour clavier comptent parmi les oeuvres les plus abouties du grand Sébastien. Écrites à partir de 1726, Bach les publia, à ses frais, à raison d’une partita par année jusqu’en 1731. L’oeuvre complète fut ensuite insérée au Clavierübung, grand cahier d’exercices, auquel l’auteur ajouta par la suite le fameux Concerto Italien et les Variations Goldberg. Les suites ont chacune leur caractère, dictées par leurs tonalités respectives. Les états d’âme les plus variés sont soulignés par une écriture qui rallie autant la science de Bach en pleine maturité, que d’une sensibilité annonçant l’ère de son célèbre fils, Carl Philip Emmanuel (1714-1788).

Partita no.3 en la mineur bwv 827

Partita no.4 en ré majeur bwv 828 (extraits)

Le biographe Forkel écrira en 1802 « …de notre temps, même un jeune artiste peut s’instruire à leur contact, tant ils sont brillants, agréables, expressifs, et toujours nouveaux ». Originalement conçues pour le clavecin, les Partitas demandent à l’interprète un niveau technique très élevé, comme en fait foi les redoutables gigues qui clos la majeure partie des suites. Personnellement, je les préfère au piano car elles bénéficient d’une plus grande palette de nuances. La version du britannique Bernard Roberts (1933-2013) est l’une de mes préférées. Quoique son jeu est un peu sage, il le picote allégrement de beaux trilles qui rappellent le clavecin. La rythmique est un peu raide, mais jamais monotone. De cette base confiante et structurée s’épanouie un toucher d’une belle délicatesse, attentive aux détails. Valorisée par une belle acoustique, la musique de Bach suit son cours sereinement. Cet artiste, qui n’impose rien de sa personne, force le respect.

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