Posted in Bach J.S. with tags Les Sommets on 14 mars 2026 by René François Auclair
Six Suites bwv 812-817.
Mozart K.399 et K.574.
Piano Steinway Model D.
Enregistré à University Cardiff en 2015.
Delphian Records. 2015. DCD34166. 2cds. 114m16s.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Suite no.2 en Do mineur
Suite no.4 en Mib majeur
Suite no.5 en Sol majeur (extraits)
Le jeu du britannique Peter Hill est d’une grande humilité. Il y a cette réserve, cette sobriété du toucher. L’ivoire semble à peine effleuré, d’une infime sensibilité. L’instrument s’épanouie en délicatesse, offrant à la musique de Bach une intimité profonde. On imagine alors Bach sur son petit clavicorde, chez lui alors que toute la maisonnée est endormie. Il reste une chandelle tout près de l’instrument. La musique lui permet de s’évader un peu, le temps d’oublier ses tracas quotidiens. Bach était comme nous. Un humain qui ressentait parfois le besoin de se retrouver seul. La solitude vaut parfois de l’or. Cet album est l’exemple parfait du « moins c’est mieux ». Sublime.
Posted in Bach J.S. with tags Les Sommets on 13 mars 2026 by René François Auclair
Six Suites Anglaises bwv 806-811.
Enregistré à Fazioli Concert Hall en 2005.
Decca. 2005. 476 3127. 2cds. 143m13s
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Les Suites Anglaises sont des oeuvres que Bach a composées vers 1720. Différentes de la légèreté des Françaises, il a élaboré une musique plus dense et d’une gravité musicale prenante. Chaque suite débute par un Prélude assez imposant et souvent dans la forme du concerto. À l’écoute, elles sont parfois très noires. Est-ce l’une des raisons qui explique leur relative présence au disque? Les Anglaises ne sont certes pas l’oeuvre la plus populaire chez Bach. Pourtant, il y a bien sûr des moments de pur génie.
Suite no.3 en Sol mineur (extraits)
Suite no.5 en mi mineur (Prélude)
Suite no.6 en ré mineur (extraits)
Au piano, pas facile de trouver une version idéale. Il y a d’excellents pianistes qui ont abordé l’intégrale des suites. À commencer par l’iconoclaste Glenn Gould et son jeu extrêmement mécanique qui fini vite par lasser. Pourtant, il garde encore un réseau inconditionnel de fans acharnés! Chacun ses goûts. Pour ma part: NON. Le claveciniste Scott Ross s’était vertement opposé à lui: « Il n’a absolument rien compris. Rien du tout. » Avec le temps, les pianistes ont délié Bach de la motricité insensée de Gould. On pense ici à Zhu Xiao Mei, éminente perfectionniste de Bach. Sur le label Accentus, elle a livré récemment une excellente intégrale. Elle va très loin dans son analyse, décortique chaque voix, articule et nuance chaque passage. On loue sa dextérité fabuleuse, sa façon concise et concentrée de tout expliquer. On lui donne un 10/10 sans réserve. Mais…
…il y a aussi Andrea Bacchetti. En l’écoutant, j’ai perçu avant tout sa force tranquille. Il a su maintenir la musique de Bach sur un dynamisme modéré, et de ce fait, en libère pleinement toute la richesse interne du piano. Certes, il n’atteindra probablement jamais la technicité de Mei ou la concentration inhumaine d’un Gould. Et alors? Le jeu de Bacchetti repose sur le chant, la globalité des phrases plutôt que les détails. Son approche est réfléchie, d’un toucher souvent éclatant, parfois subtil, et faite d’ornements fort bien dessinés. En modérant les tempi, il a réussi à installer paisiblement la musique en soi. Pourquoi se précipiter avec Bach? L’expression prend parfois bien son temps. Le musicien italien semble avoir saisi tout ce qui en fait la force. Chaudement recommandé. (l’album est disponible en fichiers numériques seulement).
Posted in Bach J.S. on 13 mars 2026 by René François Auclair
Partitas nos.1-6 bwv 825-830.
Enregistré à Wyastone, UK en 2000.
Nimbus Records. 2001. NI 5673/4. 124m.
Appréciation: Superbe*****
Les six Partitas pour clavier comptent parmi les oeuvres les plus abouties du grand Sébastien. Écrites à partir de 1726, Bach les publia, à ses frais, à raison d’une partita par année jusqu’en 1731. L’oeuvre complète fut ensuite insérée au Clavierübung, grand cahier d’exercices, auquel l’auteur ajouta par la suite le fameux Concerto Italien et les Variations Goldberg. Les suites ont chacune leur caractère, dictées par leurs tonalités respectives. Les états d’âme les plus variés sont soulignés par une écriture qui rallie autant la science de Bach en pleine maturité, que d’une sensibilité annonçant l’ère de son célèbre fils, Carl Philip Emmanuel (1714-1788).
Partita no.3 en la mineurbwv 827
Partita no.4 en ré majeur bwv 828 (extraits)
Le biographe Forkel écrira en 1802 « …de notre temps, même un jeune artiste peut s’instruire à leur contact, tant ils sont brillants, agréables, expressifs, et toujours nouveaux ». Originalement conçues pour le clavecin, les Partitas demandent à l’interprète un niveau technique très élevé, comme en fait foi les redoutables gigues qui clos la majeure partie des suites. Personnellement, je les préfère au piano car elles bénéficient d’une plus grande palette de nuances. La version du britannique Bernard Roberts (1933-2013) est l’une de mes préférées. Quoique son jeu est un peu sage, il le picote allégrement de beaux trilles qui rappellent le clavecin. La rythmique est un peu raide, mais jamais monotone. De cette base confiante et structurée s’épanouie un toucher d’une belle délicatesse, attentive aux détails. Valorisée par une belle acoustique, la musique de Bach suit son cours sereinement. Cet artiste, qui n’impose rien de sa personne, force le respect.
Posted in Bach J.S. with tags Les Sommets on 12 mars 2026 by René François Auclair
Livre I (1722)
Livre II (1744)
Piano Fazioli 278
Enregistré au Temple Pierre Nicole, Paris en 2005.
Centaur. 2009. CRC3040/41/42/43. 265m10s
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Préludes et Fugues nos.1-3 Livre I
Préludes et Fugues nos.1-3 Livre II
Prélude et Fugue no.12 en fa mineur Livre II
Prélude et Fugue no.24 en si mineur Livre II
Le Clavier bien tempéré est le bien-aimé de tous. Clavecinistes, pianistes, mélomanes, musiciens, tous le connaissent. L’origine de sa composition fut didactique, mais aussi pour le plaisir deceux qui sont déjà rompus à cet art. Tous les grands pianistes et compositeurs l’on adopté et pratiqué sans relâche. Mozart, Beethoven, Chopin, Schumann, pour n’en nommer quelques uns. Le Clavier est beaucoup plus que des exercices. C’est l’âme et le fondement d’une musique universelle. Le cycle de l’ombre et la lumière. Le Yin et le Yang. Formes et structures; plaisir et poésie. Les deux groupes s’opposent tout en se complétant.
Pourquoi la version de Gianluca Luisi? Pour plusieurs raisons personnelles, bien entendu. Il y a tant de façon de jouer ces 96 pièces dans toutes les tonalités possibles. On peut la jouer de la manière la plus fonctionnelle qui soit, sans nuance, sans rien, et pourtant la musique de Bach reste ce qu’elle est: Parfaite. Le Clavier c’est la joie pure, le bonheur radieux, le recueillement ou la plainte. C’est la prière, le chant de l’âme solitaire. C’est un florilège de musique qui puise sa source dans l’immense inventivité du compositeur. Dans deux ou trois siècles, ces deux Livres seront encore là, et peut-être qu’au lieu de se faire la guerre, les humains vont pratiquer et écouter cette musique merveilleuse.
Alors pourquoi Luisi plus qu’un autre? Un superbe toucher, délicat ou d’une grande franchise. Clarté, limpidité, lyrisme: les états d’esprit sont nombreux en évitant l’agressivité et l’égocentrisme. Le musicien s’efface, laisse couler les choses. Le son est enveloppant comme une couverture bienveillante que l’on pose sur soi. Vient la nuit et ses songes, puis l’aurore s’installe à nouveau. La plus tendre des versions. Superbe piano Fazioli. Dona bis pacem.