Solo. Valérie Milot. Transcriptions pour harpe.

Posted in Mahler, Paganini, Tarrega on 12 septembre 2020 by rfauclair

Caprice de Paganini. Ständchen de Schubert. Les Hébrides de Mendelssohn.

Nimrod de Elgar. Adagietto de Mahler. Recuerdos de la Alhambra de Tarrega.

Fugue bwv 1001 de Bach. Ah vous dirais-je maman de Bénigne Henry.

Valérie Milot, harpe Apollonia de Salvi.

Enregistré à Église St-Joseph Rivière des Prairies, Montréal, 2020.

Anémone 13. 2020. A13 001. 52m.53s.

Appréciation: Superbe*****

Caprice en la mineur de Paganini

Adagietto de la 5e symphonie de Mahler

Recuerdos de la Alhambra de Tarrega

Valérie Milot présente ses propres transcriptions d’oeuvres connues du répertoire classique. Sur les huit pièces proposées, Mme Milot a transposé à la harpe; Paganini, Schubert (à partir de Liszt), Mendelssohn, Elgar et Mahler. Les autres morceaux sont transcrits par Sylvain Blassel et Marcel Grandjany. L’unique pièce originale est faite de variations dédiées expressément pour l’instrument par Bénigne Henry sur Ah, vous dirais-je maman.

On pourrait parler de réductions, puisque que ce sont des oeuvres originalement écrites pour musique de chambre ou grand orchestre symphonique. Au contraire, ces transpositions révèlent les originaux d’une nouvelle manière. Il faut saluer ici le travail d’orfèvre de la musicienne. Elle a réussit à retranscrire presque toutes les partitions à la lettre, note pour note, en y ajoutant, bien sûr, quelques libertés propre au langage de la harpe. S’il faut en citer une, la transcription des Hébrides de Mendelssohn a quelque chose d’unique. On redécouvre cette pièce d’envergure, écrite à l’origine pour orchestre, mais qui pourtant reste expansive malgré la limitation à un seul instrument. Les visions de la grotte de Fingal, par Mendelssohn, sont préservées dans leur essence. On perçoit ici les mouvements des vagues sur la mer, redessinés grâce à des phrasés ondulatoires fort bien exécutés par la musicienne.

La harpe, « vieille comme l’humanité, qui a traversé les époques et les cultures » est l’instrument des dieux, des anges et princesses. Ses cordes pincées produisent des résonances éthérées, d’une douceur thérapeutique qu’on associe encore à un romantisme suranné. Ce n’est pas le cas ici. Valérie Milot propose de la vraie musique, complexe, élaborée, difficile à exécuter, qui demande de grandes habilités techniques. « Les heures de travail acharné et les sacrifices qui mènent à une carrière de musicien prennent subitement tout leur sens », dit elle à propos d’un récital particulier de sa carrière.

Il faut alors écouter le magnifique Recuerdos de Tarrega pour tenter de saisir ce que la maîtrise parfaite d’un instrument peut provoquer chez l’auditeur: la création de l’émotion. Dans ce morceau, la main gauche produit à la base des arpèges réguliers, en berçant le rythme, soutenant la mélodie de la droite. Cet aria, que les guitaristes connaissent fort bien, est étonnamment réussie sur la harpe. Elle apparaît comme d’infimes frottements sur la même corde, presque imperceptibles, comme des murmures à l’oreille. C’est le moment magique qui fait chanter les larmes. C’est la musique qui saisit le temps. C’est le mystère des sons qui fait fondre le coeur. Cet album est une merveille, non seulement parce que c’est beau, mais parce qu’il touche l’essentiel.

Whitacre, Eric (n.1970) The Sacred Veil. Los Angeles Master Chorale.

Posted in Whitacre on 1 septembre 2020 by rfauclair

Textes de Charles Anthony Silvestri.

Los Angeles Master Chorale.

Eric Whitacre, direction.

Enregistré à Musco Center for Arts en janvier 2020.

Signum Classics. 2020. SICCD630. 56m.40s.

Appréciation: Superbe*****

The Veil Opens

I’m afraid we find something

Child of Wonder

« Child of wonder, Child of sky. Time to end your voyage. Time do die. Silent slumber calls you, dark and deep. Child of soft surrender, Child of sleep »…

The Sacred Veil est l’histoire de la perte d’un être cher. Le poète Charles Anthony Silvestri a perdu son épouse en 2005 à la suite d’un cancer. Elle avait 36 ans. Elle laissa dans le deuil ses deux jeunes enfants et son mari, qui fut profondément affecté. Il a dû faire un long processus personnel pour retrouver un sens à sa vie. L’histoire peu paraître banale en surface, mais pour ceux qui la vivent de l’intérieur, on peine à vraiment comprendre l’ampleur du désarroi que la mort peut causer. La poésie, la spiritualité et la musique ont toujours servi à canaliser cette souffrance à travers les âges. La mort a produit souvent les plus beaux Requiem.

The Sacred Veil est né de la collaboration d’une amitié, celle du compositeur Eric Whitacre et de l’auteur. L’oeuvre est une lente procession en douze étapes. Chaque station est conçue pour suivre les derniers instants de la vie de sa femme, inspirés par ses nombreuses visites à l’hôpital et de ses entretiens avec elle. La lettre d’adieu qu’elle a laissé est également reproduite et mise en musique. Selon Silvestri, le voile sacré est l’infime séparation entre les vivants et les morts. C’est une figuration de la croyance que les défunts restent avec nous malgré leur absence physique. Il peut se définir aussi par la fragilité de nos existences qui peuvent « basculer dans l’éternité » à tout moment.

La musique de Whitacre est simple et respectueuse de la tradition chorale. Parfois à la limite d’une sentimentalité un peu facile, supportée par un piano et un violoncelle discrets et dépouillés, sa composition n’est pas conçue pour renouveler le genre. Mais on se laisse toucher, on s’abandonne totalement à la beauté paisible des incantations du magnifique choeur de 40 voix du Los Angeles Master Chorale. Les pièces les plus impressionnantes demeurent « I’m afraid » et « You rise, I fall ». Tandis que la première se présente comme le diagnostic froid et incompréhensible du médecin, l’autre est une image de l’âme qui rend son dernier souffle. La cacophonie et les glissandos du choeur sont extrêmement bien maîtrisés et procurent une sorte de vertige en spirale à la fois effrayant et exaltant.

L’oeuvre se termine dans la sérénité par le très beau « Child of Wonder », et reprend discrètement le motif original du premier mouvement pour fermer la boucle de ce périple spirituel. The Sacred Veil est un Requiem de notre temps. Des milliers de personnes nous ont quitté cette année, et d’autres vont suivre malheureusement. Cette musique peut nous servir en cette période difficile pour tous. C’est l’une des qualités que l’on reconnait à Eric Whitacre. Réunir les gens par la musique.

Dowland, John (1563-1626) A Fancy. Pièces pour luth. Bor Zuljan.

Posted in Dowland with tags on 29 août 2020 by rfauclair

18 pièces pour luth.

Luth à 8 choeurs de Jiri Cepelak, d’après Venere 1582.

Cordes de boyaux de Corde Drago.

Enregistré à l’Église St-Germain, Genève en 2020.

Ricercar. 2020. RIC 425. 65m.57s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Lachrimae

A Fantaisie

Farewell

L’interprétation de Bor Zuljan rejoint celle des plus grands luthistes de notre temps. Après Jakob Lindberg, Nigel North, Paul O’dette, Hopkinson Smith, qui ont tous visité l’oeuvre importante de Dowland, voici un artiste remarquable qui vient perpétuer l’art ancien du jeu de luth.

Associée à la mélancolie, aux passions tourmentées de l’âme humaine, jamais une oeuvre pour le luth ne nous a autant touché que celle de John Dowland. C’est un art bien délicat que de transmettre cette musique au travers d’un seul instrument à cordes, un peu fragile, à la sonorité vacillante comme la flamme d’une bougie dans le noir.

Bor Zuljan réussit à nous émouvoir dans cette ambiance de la solitude. Dans cet endroit retiré du monde, les notes semblent se mouvoir d’elles-mêmes. Lancées dans le silence, elles prennent leur envol et vivent, l’espace d’un instant, dans la réverbération. Le toucher de l’artiste est particulièrement nette, les doigtés exécutés avec soin. Le luth s’exprime ainsi tout en rondeur. Les polyphonies sous-jacentes à la mélodie sont bien détachées, et au travers de la complexité d’écriture de Dowland, le musicien réussit à créer de magnifiques ondulations. L’instrument devient un organisme vivant, une entité mouvante qui berce et réconforte.

C’est du grand art. Le plaisir de l’écoute ne s’estompe jamais. L’âme vogue sur ces flots de Lachrimae, et parfois se dissipe dans une lumière d’une beauté exquise. Un grand disque.

Schumann (1810-1856) Les Symphonies. Staatskapelle Dresden. Christian Thielemann.

Posted in Schumann with tags on 15 août 2020 by rfauclair

Symphonies no.1 à 4

Staatskapelle Dresden

Christian Thielemann, direction.

Enregistré à Suntory Hall, Tokyo en 2018.

Sony Classical. 2019. 19075943412. 2cds. 140m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Lebhaft 1er mouvement Symphonie no.3 Rhenish op.97

Scherzo molto vivace Symphonie no.1 Spring op.38

Finale Allegro molto vivace Symphonie no.2 op.61

L’album a été enregistré au Suntory Hall à Tokyo, magnifique salle construite en 1986 et entièrement financée par la compagnie Suntory, géant industriel de liqueurs alcoolisées. Cette salle de 2000 places est réputée pour son acoustique et sa spatialisation en forme de  »terrasses de vignes orientées vers le soleil ». Disons le tout de suite: l’enregistrement de cette coproduction allemande/japonaise est extraordinaire. Pour moi, la seule façon d’écouter cet album nécessite un système audio de haute-fidélité digne de ce nom. Sinon, on rate complètement l’expérience, rien de moins. Pour en reproduire dignement toute la grandeur, autant de la musique de Schumann que de la présence imposante de la Staatskapelle Dresden, il faut avoir les moyens de ses ambitions. La musique classique a besoin des meilleurs médiums technologiques qui soient. Dans ce cas, Écoutez ou n’écoutez rien du tout! Les audiophiles les plus scrupuleux seront ici comblés au-delà des attentes.

L’orchestre est somptueux, en grandeur nature, large et profond. Les cordes, jamais agressives, toutes en rondeurs souples et généreuses, remplissent tout l’espace à elles seules. Les contrebasses, génératrices de basses fréquences irrésistibles, semblent provenir d’un sol très profond, donnant parfois l’illusion que le plancher se dérobe sous nos pieds! L’étagement des instruments se perçoit facilement, les vents, les cuivres, les timbales, chacune des sections bien à sa place. Et bien sûr, on ne manque rien des timbres, des textures, des résonances qui se déplacent dans l’air, et se prolongent perceptiblement dans une réverbération contrôlée et juste. C’est du grand art de la sonorité maîtrisée, made in Japan, si l’on peut dire.

Christian Thielemann (n.1953) est un grand chef de style traditionnel, jadis assistant de Karajan, qui ne lésine pas sur les forces de son orchestre. Tout est superlatif, d’une impression massive, parfois un peu lourde, mais d’une puissance jamais prise en défaut. Tout ce que vous avez souhaité entendre d’un grand ensemble se retrouve ici, dirigé par un maestro à la hauteur de la réputation des anciens chefs que la tradition nous a imposé!

Ce que j’aime particulièrement de son interprétation est le travail sur les tempos qu’il fait sans cesse fluctuer pour bien traduire les impressions de la musique de Schumann. Véritable guide sur un sentier, il ralenti parfois l’allure pour qu’on l’on puisse admirer certains détails qui nous échappaient auparavant. Ce chef conduit sa troupe comme bon lui semble, énergise les phrases ou les suspend brièvement, contrôle la masse orchestrale ou l’assujettie à de délicates sonorités d’une beauté toute simple.

À propos de la deuxième symphonie op. 61, je crois que Thielemann a bien compris cette oeuvre particulière de Schumann. Écrite en 1845 après une grave dépression, Schumann avouera qu’il n’était pas très en forme au moment de la composition, sauf pour les deux derniers mouvements où  »il était un peu plus lui-même ». Cette symphonie est celle du combat désespéré de l’esprit sur la maladie, comme en fait foi quelques passages à vide, ses motifs répétés inlassablement, ou par les plaintes trop lancinantes de l’Adagio espressivo. Thielemann prend bien son temps pour en dévoiler toute la souffrance du compositeur, sans égard pour l’auditeur qui doit se résoudre à être patient pendant ces longues dix minutes! Mais au final, je n’ai jamais entendu une aussi convaincante résolution de la symphonie. La lumière apparaît enfin, et la coda grandiose est un moment de triomphe extraordinaire. Une arrivée au sommet bien méritée, après avoir vécu intensément les épreuves de Schumann. Celui-ci termine son chemin de croix dans une finale pleine d’espoir.

 

Bruch, Max (1838-1920) Les Symphonies et Ouvertures. Robert Trevino.

Posted in Bruch with tags on 9 août 2020 by rfauclair

Symphonie no. 1 op.28 (version originale 1868)

Symphonie no.2 op.36 (1870)

Symphonie no.3 op.51 (1882)

Oeuvres orchestrales tirées d’opéras.

Bamberger Symphoniker.

Robert Trevino, direction.

Enregistré à Joseph Keilberth Saal, Bamberg en 2019.

CPO. 2020. 555 252-2. 2cds. 149m.04s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Ouverture Loreley op.16 

Adagio ma non troppo de la Symphonie no.2

Intermezzo de la Symphonie no.1

La discographie des symphonies de Max Bruch est peu abondante. Pourtant, ce sont des oeuvres majeures du répertoire romantique. Sa musique symphonique est du même niveau que Mendelssohn, Schumann et du grand Brahms. Ce dernier connaissait et estimait les oeuvres de son compatriote, et ce, malgré quelques sarcasmes, probablement teintés de jalousie, envers son très beau Concerto pour Violon op.26, sa composition la plus connue.

Bruch est le grand négligé du 19e siècle, l’oublié injustifié de cette période. On parle souvent des grands « B » de la musique germanique. Bach, Beethoven, Brahms, Bruckner. Sans hésiter, on peut y ajouter le nom de Bruch. Sa musique est riche, émotive et lyrique à souhait, d’une magnifique inspiration. Elle est le reflet de la nature humaine, des passions et des idéaux du romantisme.

Robert Trevino (n. 1984) surclasse de manière décisive les interprétations connues au disque de Kurt Masur et James Conlon. Ce jeune chef américain a littéralement soufflé les musiciens du Bamberg Symphoniker par une direction pleine de panache et d’assurance. Leur prestation grandiose rejoint les paroles de Bruch qui décrivait ainsi son credo musical : « Je ne fait que ressentir et écrire la musique. Il n’y a pour moi rien d’autre que l’incessant flux et reflux des passions. » L’orchestre répond à merveille à ces grandes vagues symphoniques, mue par une sorte de plénitude sonore d’une rare homogénéité. L’Adagio ma non troppo de la 2e symphonie n’a jamais été aussi prenant. Son chant, triste et beau à faire pleurer, invite l’esprit à voyager à travers de vastes paysages. On voudrait que cela ne prenne jamais fin. C’est de la grande émotion issue d’un idéalisme rêveur qui célèbre la nature inaltérée, parfois impitoyable pour l’homme, mais immuablement d’une générosité sans borne. Ça pourrait définir, d’une certaine façon, le romantisme poétique du 19e siècle.

Cet enregistrement rend pleinement justice à l’art romantique de Bruch. Il faut écouter le remarquable Intermezzo de la symphonie no.1 que l’on découvre ici pour la première fois. Il a été réinséré entre l’Allegro maestoso et le Scherzo selon le plan original du compositeur. La symphonie a ainsi gagné en profondeur. Les Ouvertures des opéras Hermione, Loreley et Odysseus sont certes des oeuvres peu entendues, mais sont de grandes valeurs. Le disque présenté ici vient enrichir le répertoire et rétablir la réputation de Max Bruch, à laquelle est encore trop souvent associée son célébrissime Concerto pour Violon no.1 op. 26.

 

Bach, J.S. (1685-1750) Oeuvres pour luth o cembal. Sean Shibe, guitare.

Posted in Bach J.S. with tags on 24 mai 2020 by rfauclair

Suite en mi mineur bwv 996

Partita en do mineur bwv 997

Prélude, fugue, allegro bwv 998

Sean Shibe, guitare Bert Kwakkel Merula Special, 2008.

Enregistré à Crichton Collegiate Church, Midlothian.

Delphian. 2020. DCD34233. 46m.24s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude bvw 996

Prélude bwv 998

Gigue et Double bwv 997

J’ai entendu ces pièces des centaines de fois dans le passé. Et j’en ai pratiqué quelques-unes à la guitare en tant qu’amateur. Les retrouver ici par le guitariste écossais Sean Shibe c’est comme les redécouvrir pour la première fois. Son jeu est d’une grande douceur, nuancé et coulant comme une eau limpide, en modulation constante, improvisé de phrasés libres et gracieux.

La suite bwv 996 n’a jamais été aussi française de ton, raffinée et ornée de manière judicieuse. L’oeuvre de Bach pour le luth demeure succincte par rapport à son grand catalogue. Mais ce sont des pièces essentielles, d’une beauté intime inégalée. On espère maintenant que ces arrangements pour guitare de Sean Shibe auront une suite, car son interprétation est tout simplement magnifique.

Handel et Glück. Care Pupille. Samuel Marino, soprano.

Posted in Glück, Handel with tags on 23 mai 2020 by rfauclair

Oeuvres de Handel (1685-1759).

Oeuvres de Glück (1714-1787).

Orchestre du Festival Handel de Halle.

Michael Hofstetter, direction.

Enregistré à Volkspark, Halle en 2019.

Orfeo. 2020. C998201. 71m.36s.

 

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Non sarà poco de Atalanta de Handel

Già che morir degg’io de Antigono de Glück

Care pupille amate de Il Tigrane de Glück.

 

Samuel Marino est unique en son genre. Il chante en soprano! Phénomène très rare de nos jours, puisque tous les castrats ont disparu depuis longtemps, le chanteur, né en 1993 au Vénézuela, est tout à fait incroyable. C’est une révélation. Non seulement grâce à son registre aigu ( j’ai noté un contre-ré!) d’une justesse étonnante, mais également par sa projection vocale d’une maîtrise technique rare, le souffle expressif et passionné, et quoi d’autre? En fait, il est un mystère de la nature qui demeure sans réponse!

Devant un tel talent, c’est le pouvoir de la musique qui triomphe. Handel et Glück, grands maîtres du bel canto, ont ici un interprète idéal pour traduire l’émotion, le drame, le charme, et finalement la virtuosité la plus délirante qui soit. Incroyable et exceptionnel.

 

Schumann, Robert (1810-1856) Waldszenen, Nachtstücke, Humoreske. Zoltan Fejérvari.

Posted in Schumann on 26 avril 2020 by rfauclair

Scènes de la Forêt op.82 (1849)

Pièces de Nuit op.23 (1839)

Grande Humoresque op.20 (1839)

Enregistré à Domaine Forget, St-Irénée en 2018.

Atma. 2020. ACD2 2816. 65m.37s.

Appréciation: Très Bien****

L’Entrée, Fleurs Solitaires, Adieu tiré des Waldszenen op.82

Sehr lebhaft et Mit einigen Pomp de l’Humoresque op.20

Zum Beschluss (Résolution) de l’Humoresque op.20

Zoltan Fejérvari (n.1986) est un pianiste hongrois. Il est le grand lauréat de l’édition du Concours International de Montréal de 2017. J’avais assisté à l’une des sessions éliminatoires. Le pianiste a fait son entrée sur la scène de la Salle Bourgie, plutôt élancé, un grand aux cheveux bouclés. Il s’est mis à jouer du Lizst, et dès lors, on a perçu que quelque chose se passait autour du clavier. Son langage corporel était différent des autres concurrents. Il semblait très détendu, absorbé par la musique, s’exécutant avec aisance. Pour lui, transposé la musique se fait de manière naturelle. J’étais content d’apprendre par la suite qu’il avait gagné le Concours.

À l’écouter dans Schumann, il confirme ce que nous savions déjà. C’est un pianiste brillant, intelligent et très à l’écoute de la partition. En fait, il sait comment raconter une histoire. Avec Schumann, le musicien nous guide à travers ces Scènes de la Forêt et en trace finement les gravures comme à la plume d’encre, digne de Gustave Doré.

Son jeu est détaillé, d’une étonnante technique. Les mains du pianiste semblent détachées, complètement indépendantes, parfois même légèrement déphasées l’une de l’autre. Fejérvari peut ainsi se permettre des libertés subtiles, en révélant des images impressionnistes. Les Pièces de Nuit et la Grande Humoresque sont des oeuvres que l’on aime moins chez Schumann. Il faut bien prendre le temps d’en faire la lecture pour en apprécier leur contenu. Il faut souligner ici le travail d’écriture de Irène Brisson qui a élaboré le livret. Ces pages un peu abstraites sont ainsi mieux éclairées. Poésie et musique. Voilà l’essence de Schumann.

 

Bach, J.S. (1685-1750) Clavier bien Tempéré et Petits Préludes. Kenneth Gilbert.

Posted in Bach J.S. on 19 avril 2020 by rfauclair

Clavier Bien Tempéré Livre I et II (1722 et 1742)

Clavecin Couchet (1671) restauré par Blanchet/Taskin.

Enregistré au Musée de Chartres en 1983.

Archiv Produktion. 1984. 413 439-2. 4cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude et Fugue do dièse majeur (Livre I)

Prélude et Fugue ré mineur (Livre I)

Prélude et Fugue do dièse majeur (Livre II)

Prélude et Fugue mib majeur (Livre II)

 

Kenneth Gilbert (1931-2020) a marqué l’histoire interprétative de la musique ancienne au clavecin. Il a redonné une place de choix à ces vieux instruments de musée. C’est grâce à lui et autres pionniers musiciens (Kirkpatrick, Leonhardt, Curtis…) mais également aux artisans-facteurs d’instruments que l’on a redécouvert le clavecin en bonne et due forme. Les enregistrements consacrés à Bach avec Archiv au début des années 80 demeurent des références. Gilbert fut reconnu comme un grand pédagogue. Homme discret, il a eu pourtant une influence décisive sur beaucoup de musiciens.

Quarante-huit préludes et fugues en deux volumes, écrits à vingt ans d’intervalle, dans tous les tons majeurs et mineurs. C’est le grand chef-d’oeuvre de Bach pour le clavier. Un recueil mythique qui a influencé tant de pianistes et de compositeurs dans l’histoire de la musique. Mais c’est d’abord au clavecin que tout cela a commencé. L’instrument Jan Couchet d’Anvers de 1671 est magnifique. Il a d’ailleurs fait partie de la collection de Kenneth Gilbert. La clarté des voix est étincelante, le phrasé généreux. Aucune virtuosité frénétique dans le jeu du claveciniste canadien. C’est l’assurance et la noblesse d’âme au service du Cantor. La musicalité s’y déploie comme sous une voûte étoilée. La quintessence du clavecin. Essentiel.

 

Petits Préludes pour Wilhelm Friedmann Bach (1720)

Préludes et fugues diverses, Fantasia…

Clavecin Couchet 1671.

Enregistré au Musée du Cloître, Chartres en 1984.

Archiv Produktion. 1986. 447 278-2. 60m.38s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Sept Préludes bwv 933-939

Les petits préludes que Bach a écrit pour son fils aîné Wilhelm Friedmann sont de véritables bijoux. Joués sur un authentique clavecin Couchet de 1671, Kenneth Gilbert impose un phrasé régulier et rassurant à ces petits chefs-d’œuvre. Son style de jeu est soutenu de pulsations paisibles, réglé comme une horloge, mais d’une élégance somptueuse. L’instrument dégage une sonorité cristalline et aérienne, jamais agressive. À l’heure où le clavecin est souvent remplacé par le piano moderne, ce disque admirable fait figure d’exception. Élémentaire mais essentiel.

 

 

 

 

 

Telemann (1681-1767) Concertos et Ouverture. Vincent Lauzer. Mathieu Lussier.

Posted in Telemann on 18 avril 2020 by rfauclair

Concerto pour flûte à bec en do majeur, TWV 51:C1

Concerto pour flûte à bec et basson en fa majeur, TWV 52:F1

Ouverture en sol majeur TWV 55:G5 (premier enregistrement mondial)

Vincent Lauzer, flûte à bec.

Mathieu Lussier, basson et direction.

Arion Orchestre Baroque, Alexandre Weimann, direction.

Enregistré à St-Augustin de Mirabel en 2015 et 2019.

Atma. 2020. ACD2 2789. 56m.

Appréciation: Superbe*****

Allegretto du Concerto en do majeur

Tempo di Menuet du Concerto en do majeur 

Allegro du Double Concerto en fa majeur

Extrait de l’Ouverture (Suite) en sol majeur 

« Donne à chaque instrument ce qu’il aime, ainsi l’exécutant s’y livre avec goût et tu y prends plaisir… Ce qui a surtout entretenu mon ardeur au travail, c’est que j’eus le bonheur de connaître les musiciens les plus célèbres de diverses nations, dont l’habileté m’a chaque fois donné le goût d’apporter à la composition de mes morceaux force soin et réflexion, afin de gagner leur faveur et celle de leurs compatriotes. » Citations de Georges Philippe Telemann.

Voilà un disque tout à fait dans l’esprit de Telemann, le plus épicurien des compositeurs, le plus prolifique, et le plus habile à préparer les plats musicaux les plus variés qui soient. Telemann aimait les musiciens, et lui-même pratiquait un grand nombre d’instruments. C’est pourquoi il leur a donné les plus agréables musiques, et également, les plus difficiles à exécuter!

Vincent Lauzer est incroyable de virtuosité dans ces pièces de haute voltige. Lui seul peut atteindre cette rapidité digne d’un oiseau-mouche! Le Concerto en do majeur semble avoir été conçu pour lui. Le Tempo di Menuet est si jouissif, si éloquent, véritable tour de force de précision et de souffle, qu’il défie toutes lois de la physique!

Le Concerto pour basson et flûte est dans la même catégorie. C’est une musique un peu bouffonne, qui fait sourire, comme le stand-up d’un duo comique. Matthieu Lussier, bassoniste d’une expertise toujours appréciée, s’est synchronisé sans difficulté avec Vincent Lauzer. Le résultat est plus que réussi, et on en redemande encore.

L’Ouverture en sol majeur, bien exécutée comme toujours par Arion, est une oeuvre parmi tant d’autres de Telemann. On n’y découvre rien de vraiment nouveau. C’est bien beau, très baroque français, présenté comme une suite de petits amuse-gueules que l’on savoure un peu distraitement. C’est aussi ça les plaisirs de la vie. À consommer sans modération.