Brahms, Johannes (1833-1897) Les Symphonies. Radio-Sinfonie Stuttgart. Sir Roger Norrington.

Posted in Brahms on 9 octobre 2021 by René François Auclair

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Les 4 Symphonies.

Radio-Sinfonieorchester Sttugart des SWR.

Direction: Sir Roger Norrington.

Enregistré à Liederhall, Beethovensaal, Stuttgart en 2005.

( cd bonus: A German Requiem, en 2014).

SWR. 2021. SWR19529CD. 3cds. 134m. (symphonies seulement).

Appréciation: Superbe*****

Allegro con brio de la 3e Symphonie op.90

Andante de la 3e Symphonie op.90

Poco Allegretto de la 3e Symphonie op.90

J’ai toujours associé les symphonies de Brahms à l’automne. Riches en couleurs, à la fois grandioses et d’une mélancolie émouvante, elles sont également d’une grande densité d’écriture. Comme un peintre, Brahms a superposé plusieurs couches sur une toile, en mélangeant d’une manière habile toutes les nuances possibles. Leur composition lui a exigé beaucoup de temps, et c’est souvent lors de longs séjours à la campagne qu’il a trouvé l’inspiration nécessaire. Brahms a un rapport contemplatif à la nature, autant par ses forces que par sa magnificence inaltérable. Ses quatre symphonies sont une apogée de la musique du 19e siècle, un idéal romantique d’une beauté naturelle dont on ne se lasse jamais.

Sir Roger Norrington propose une vision épurée de ces oeuvres magnifiques. Il a fait le choix esthétique du « pure tone » dans ses interprétations. Selon lui, les orchestres du temps de Brahms s’exécutaient sans vibrato et étaient de formation plutôt réduites. Avec le RSO Stuttgart, le chef britannique a également poussé cette audace interprétative de Bruckner jusqu’à Schönberg!

Dès la première écoute de cette version, on ne retrouve pas l’opulence sonore qui caractérise les grands orchestres traditionnels. Il n’y a ici aucune lourdeur de propos, la sonorité d’ensemble étant plutôt ténue. Les archets sont particulièrement lisses, sans cette profondeur à laquelle on est habitué. Par contre, les lignes mélodiques sont très chantantes. Elles louvoient et se balancent toute en souplesse de phrasé. Les instruments à vent se fusionnent de la même façon aux cordes. L’unité d’ensemble créé des mouvements gracieux, et parfois certaines pièces prennent l’aspect d’un véritable ballet (1er mouvement de la 3e!). Le chef a également disposé les premiers et seconds violons de chaque côté de la tribune. Leurs parties musicales sont ainsi mieux détachées.

Après quelques temps, j’ai finalement beaucoup apprécié cette interprétation. Elle est différente certes, mais possède des qualités indéniables, comme en fait foi la légèreté des rythmes, le ton allègre qui confère une transparence unique à la musique de Brahms. Il y a quelque chose de très pur qui apparaît au fil de l’écoute de ces chefs-d’oeuvre. Sans en dénaturer leur nature, Norrington a réussi son pari de leur donner une liberté nouvelle, d’un climat frais et lumineux comme une journée d’automne. (Coffret cd très abordable).

Camino. Sean Shibe, guitare.

Posted in Mompou, Ravel, Satie with tags on 11 septembre 2021 by René François Auclair

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Anonymous; Díaz, Alirio; Falla, Manuel de; José, Antonio; Mompou, Federico; Poulenc, Francis; Ravel, Maurice; Satie, Erik.

Guitare Michael Gee, 2020.

Enregistré à Crichton Church, Écosse en 2020.

Pentatone. 2021. PTC5186870. 56m.20s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Gymnopédie et Gnossiennes de Satie

Pavane pour une infante défunte de Ravel

Suite Compostelana de Mompou (extrait)

Album post-pandémique, ce magnifique disque a pris naissance dans la solitude imposée par les circonstances de l’année 2020. Le guitariste écossais a puisé dans l’introspection pour nous livrer une merveille sonore et poétique, autant inspirée par l’impressionnisme français que par la musique espagnole début 20e siècle.

Éric Satie, Poulenc et Ravel sont mis en parallèle avec la musique hispanique de Falla et de Frederico Mompou (1893-1987). Ce dernier fait figure d’une véritable révélation, compositeur d’une grande richesse d’inspiration, que l’on découvre ici pour la première fois. Plusieurs pièces lui sont d’ailleurs consacrées.

Sean Shibe, qui signe sa première collaboration avec le label Pentatone, a créé de son instrument les sons les plus délicats et voluptueux qui soient, parfois d’une matière presque liquide. Baignée de lumière, ou tamisée d’un voile subtil, la musique nous enveloppe, puis s’installe au-dedans. Par la mélancolie et l’envoûtement, Sean Shibe fait sensation. Il nous fait découvrir un havre de paix intérieur que rien ne vient perturber.

Villa-Lobos, Heitor (1887-1959) Sonates pour Violon et Piano. Emmanuele Baldini. Pablo Rossi.

Posted in Villa-Lobos on 7 août 2021 by René François Auclair

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Sonate no.1 « Désespérance » (1912)

Sonate no.2 (1914)

Sonate no.3 (1920)

Enregistré à Westchester Studios, New-York en 2020.

Naxos. 2021. 8.574310. 53m.50s.

Appréciation: Superbe*****

Sonate no.1 « Désespérance »

Largo moderato Sonate no.2

Molto animato Sonate no.3

Je ne suis pas encore très familier avec la musique de Heitor Villa-Lobos. Son nom reste encore attaché à certaines oeuvres, comme ses célèbres Bachianas brasileiras. Il fut pourtant un compositeur prolifique qui a écrit dans presque tous les genres. Symphonies, concertos, ballets, musique chorale et opéras, musique de chambre… À ceci s’ajoute des oeuvres dédiées à la guitare, l’un des instruments qu’il jouait d’ailleurs très bien. Véritable héros national au Brésil, tout le monde connait son nom là-bas, amateurs de musique classique ou pas. Il a également marqué la vie musicale de son pays en étant impliqué dans l’apprentissage, la transmission de l’art et l’épanouissement des musiciens. On dit que son influence reste encore très vivante, même plus de 60 ans après sa mort.

Ses sonates pour violon et piano ont été composées entre 1912-1920 au début de sa carrière. C’est la première fois que je les entend. Le compositeur les a également intitulé Fantasia. Dès le début leur aspect rhapsodique peut nous déstabiliser. On ne sait vraiment pas où sont nos repères quand on aborde sa musique. Et puis, ça finit par s’installer, et on se laisse aller au gré de ce compositeur génial. Il y a un certain romantisme, mais c’est surtout à Debussy qu’il semble se rapprocher, tout en se gardant dans une zone bien à lui.

Une citation de Villa-Lobos nous met déjà sur la piste pour apprécier sa musique. Jeune homme, il déclara à propos de sa formation: « Je trouvais stupide de continuer d’imiter Beethoven. » En écoutant le début de sa sonate no.1 « Désespérance », Villa-Lobos nous fait entrer immédiatement dans lieu différent du genre de la sonate pour violon. Mélancolique, belle, et d’une harmonisation complexe, elle est également d’une imprévisibilité qui semble se libérée de tous cadres formels.

« Ma musique est naturelle comme une chute d’eau » dira t’il. Le Largo de sa deuxième sonate est d’une grande beauté, coulante en impressionnisme rêveur, qui nous embrasse de sa tristesse, langoureuse et tendre dans le déroulement du temps comme dans son chant. Piano et violon se complètent admirablement bien, l’un générant des figurations ondulatoires variées, tandis que l’autre y instaure des climats saturés de sensations. L’atmosphère paraît chargée d’humidité, l’ambiance est chaude, propice à l’indolence.

La modernité des pièces de Villa-Lobos nous apporte quelque chose de neuf et d’inattendu. Elle nous révèle un créateur hors-pair, d’un impressionnisme particulier. Le duo Baldini-Rossi, basé au Brésil, traduit cet art novateur et fascinant et touche parfois au sublime. Une réussite à découvrir.

Bruch, Max (1838-1920) Quintettes et Octuor posthumes. WDR Chamber Players.

Posted in Bruch with tags on 24 juillet 2021 by René François Auclair

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Quintette à cordes La mineur op.posthume (1918)

Octuor à cordes Sib majeur op.posthume (1920)

WDR Sinfonieorchester Chamber Players.

Enregistré à Philharmonie Köln en 2020.

Alpha. 2021. Alpha 743. 67m.39s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro du Quintette en La mineur

Adagio de l’Octuor en Si bémol majeur

Final du Quintette en Mi bémol majeur

Jusqu’à la toute fin de sa vie, Max Bruch est resté fidèle à lui-même. Décédé en 1920 à l’âge vénérable de 82 ans, son parcourt musical embrasse toute l’époque romantique. Il a rencontré les plus grands musiciens et compositeurs de son temps. Il fut connu par toute l’Europe, surtout grâce à son concerto pour violon op.26, qui est l’un des plus enregistré au disque. Il a composé plus de 200 oeuvres qui sont restées dans l’ombre pendant longtemps, éclipsées en particulier par le grand Johannes Brahms.

Toute cette belle époque est désormais loin derrière lui. Les temps ont changé, la première guerre mondiale fait rage, la musique moderne du 20e siècle fracasse les conventions. Bruch se tournera vers la nostalgie et fera ses adieux à ce monde qu’il ne reconnait plus.

Les deux quintettes et l’octuor posthumes n’ont été édités que récemment. Ces grandes pages étaient encore à l’état manuscrit, dormant dans une bibliothèque de la BBC et entre les mains de collectionneurs privés. Véritables chants du cygne, ces pièces sont riches en souvenirs pour le compositeur. Il reprendra quelques thèmes tirés d’oeuvres antérieures, dont le magnifique final de sa troisième symphonie de 1882, qu’il adaptera avec émotion au 4e mouvement du quintette en Mi bémol. Par ailleurs, la musique y est également d’une étonnante densité. Bruch a généré de puissants passages, incandescents et virtuoses, en particulier au premier violon, instrument auquel il resta toujours attaché.

Sur ces feuillets oubliés par le temps, les traces des derniers sentiments du compositeur sont révélées avec force et conviction par les musiciens de Cologne du WDR Chamber Players. La chaleur de leur interprétation est irradiante. Elle nous met en relation profonde avec ces opus ultimes de Max Bruch, le dernier des grands romantiques.