Bach, J.S. (1685-1750) L’Offrande Musicale. Il Gardellino.

Posted in Bach J.S. on 6 mars 2026 by René François Auclair

Offrande Musicale bwv 1079.

Variations Canoniques bwv 769.

Jan de Winne, flûte baroque.

Sophie Gent, Tuomo Suni: violon baroque.

Vittorio Ghielmi, Rodney Prada: viole de gambe.

Lorenzo Ghielmi, clavecin et pianoforte, orgue.

Enregistré à Cremone, Italie en 2012.

Passacaille. 2014. PAS1000. 64m.25s

Appréciation: Superbe*****

Thema/Ricercar 3 voci/Canons (extraits)

Sonate pour flûte, violon et bc (Largo et Allegro)

Ricercar a 6 voci (clavecin)

Le 7 mai 1747, le vieux Bach, accompagné de son fils Wilhelm, se rendit à Postdam pour visiter son fils Carl Philippe Emmanuel à la cour du Roi Frédéric. C’est là que Bach essaya quelques pianofortes (probablement des Silbermann). Sous l’empressement du Roi, grand amateur de musique, Bach improvisa sur le champs une fugue à 6 voix sur un motif qui se prêtait bien à cet exercice, que le compositeur a choisi pour l’occasion. Les témoignages rapportent que « toutes les personnes présentes en furent émerveillées ». Selon les récits ultérieurs de Carl Philippe et Wilhelm, ce n’est que plus tard en soirée que Bach invita le Roi à lui soumettre le fameux thème qui servira à L’Offrande Musicale que nous connaissons. De retour à Leipzig, Bach travailla minutieusement le thème royal en lui offrant un Ricercar à six voix, une de ses plus grandes compositions. Des Canons et une Sonate en Trio furent également élaborés sur le même motif.

Le sujet de Frédéric le Grand est vraiment superbe. Lui-même flûtiste et compositeur, on croit que le roi en est vraiment l’auteur. Le début du thème est ascendant, puis redescend en demi-tons chromatiques qui lui donnent un affect sinistre et prenant. Bach va faire dialoguer tout autour des contrepoints savants. C’est la force de son génie. Élaborer la complexité tout en étant harmonieux. Quant à la Sonate en Trio pour flûte et violon, qui contient également le thème royal, elle reflète le style sensible et galant de cette période. Pour terminer laissons Bach s’expliquer en toute modestie: « Je pris donc la résolution de me consacrer totalement à ce thème royal, digne en tout points de la plus grande attention, afin de le faire connaître au reste du monde. Je suis arrivé à mes fins, en tout cas dans les limites de mes modestes possibilités… » Oui bien sûr Jean-Sébastien, personne n’en doute! 🙂

Bach, J.S. (1685-1750) L’Art de la Fugue. Zhu Xiao‐Mei, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 5 mars 2026 by René François Auclair

L’Art de la Fugue bwv 1080.

Piano Steinway grand modèle D274.

Enregistré à Mendelssohn Saal, Leipzig en 2014.

Accentus. 2014. ACC30308. 72m48s

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Contrapunctus I et extraits

Contrapunctus XIV (inachevé) 

LArt de la Fugue est perçue comme une oeuvre opaque, monotone, sévère, mathématique. Visiblement Bach s’est voué à laisser à la postérité un domaine qu’il maîtrisait parfaitement: la Fugue. Étude, essai, testament, mais qu’est-ce que c’est? Ce Ré mineur lancinant d’un bout à l’autre, ce labyrinthe sans fin de toutes les possibilités d’un thème et ses contre-sujets, recto, verso, augmentés, diminués… Mais qui diable ça intéresse? Impossible pour le public de tenir pendant plus d’une heure dans ce cours de science abstraite. L’oeuvre est avant tout didactique et n’a surtout pas été conçue pour plaire.

On se demande encore pourquoi certains musiciens osent s’y aventurer. Ou s’y perdre. Zhu Xiao-Mei se raconte: Je n’ai jamais autant souffert à travailler une oeuvre. J’avais mal partout, aux mains, aux épaules. Travailler cette oeuvre m’a pris un temps fou. L’Art de la Fugue est une oeuvre parfois décourageantemais à la manière d’un aimant vous ne pouvez vous en détacher. Il y a un paradoxe avec cette oeuvre. La jouer vous donne l’impression d’entrer dans un état d’équilibre parfait.

Comme disait Leonard Cohen: C’est par les fissures qu’entre la lumière. L’oeuvre de Bach fascine, malgré la douleur, la tristesse sans fin de son thème. Il s’y produit un profond recueillement, puis un détachement de toute émotion. Il y a les notes qui s’entrecroisent, se détachent, ce recyclent dans leur intemporalité. Ce n’est plus de la musique baroque. C’est l’essence de l’être qui se dissout vers l’éternité. Puis arrive cette dernière fugue inachevée…et le silence qui suit, assourdissant. Tout nous échappe. C’est la fin, ou la continuité. Bach aurait pu poursuivre sans fin. Mystère.

Bach, J.S. (1685-1750) Les Variations Goldberg. Tatiana Nikolayeva, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 4 mars 2026 by René François Auclair

Aria et 30 variations bwv 988.

Prélude de la Partita no.5

Jesu, Joy of Man’s Desiring bwv 147.

Enregistré live St-John’s Smith Square en 1986.

BBC. 2007. BBCL4228-2. 71m22s (Goldberg)

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Aria et Variations I à XII

Variation XIII à 2 Clav

Jesu bleibet meine Freude

 

Si je devais choisir une seule parmi la myriade des versions des Goldberg, c’est bien celle-ci. La pianiste russe a été imprégnée toute sa vie par cette oeuvre monumentale. Elle s’assoit au piano, et libérée de la partition, en réinvente à chaque fois le langage. Son instrument devient celui d’un orchestre aux multiples plans sonores, ou celui d’un orgue au plein jeu conquérant jusqu’à la plus infime nuance. L’Aria débute comme en suspension, avec ses légers retards, sa mouvance, son imprévisibilité. La pianiste prélude comme bon lui semble, comme si elle nous parlait librement. Le don de la parole. Le verbe et la musique. Sublime.

Bach, J.S. (1685-1750) Les Variations Goldberg. Sachiko Kato, piano.

Posted in Bach J.S. on 4 mars 2026 by René François Auclair

Variations Goldberg bwv 988.

Enregistré à Klavierhaus Hall, New York en 2011.

Centaur. 2012. CRC3202. 59m12s

Appréciation: Superbe*****

Il y a tant d’interprétations des Variations Goldberg. Au clavecin, piano, orgue, sans compter les transcriptions pour musique de chambre. Leur date de composition se situe vers 1740, au crépuscule de la vie du génie Bach. Tout a été dit sur cette oeuvre mémorable. Avant l’Art de la Fugue, Bach a créé l’Art de la Variation.

Aria/9 Canons/Quodlibet/Aria

La pianiste new-yorkaise Sachiko Kato a longtemps hésité avant d’aborder ce monument musical du clavier. Puis est arrivé le 11 septembre 2001 où son monde s’est écroulé. Petit à petit elle s’est remise à travailler les pièces. « Dans un monde si violent et chaotique, mon coeur aspirait pour l’Ordre, l’Équilibre et la Symétrie. Et c’est précisément ces qualités que possèdent les Goldberg. Pourquoi s’en faire à propos du future? Peut-être devrions-nous faire ce que nous aimons le plus et vivre pleinement le moment présent. » Les Variations servent un peu à ça. Se connecter au moment et admirer ce qui se passe au fur et à mesure.

Pourquoi cette version plus qu’une autre? J’y suis arrivé un peu au hasard, comme si j’avais découvert une île déserte. Le label Centaur est modeste. L’artiste peu connue. Et pourtant, tous les trésors s’y trouvent. C’est juste magnifique. Et le bien que cela procure est au-delà des mots.