The Handel Album. Philippe Jaroussky, contre-ténor. Ensemble Artatserse.

Posted in Handel on 17 octobre 2017 by rfauclair

71I-H9u-ibL._SL1215_Airs d’opéras italiens de Handel.

Philippe Jaroussy, contre-ténor et direction.

Ensemble Artaserse.

Enregistré à Notre-Dame-du Liban, Paris en 2017.

Erato. 2017. 0190295759667. 71m.58s.

Appréciation: Superbe*****

Flavio hwv 16 (1723): Rompo i lacci 

Amadigi di Gaula hwv 11 (1715): Sussurrate, onde vezzose

Flavio: Bel contento

À l’aube de la quarantaine, Jaroussky nous offre un album tout Handel. On parle déjà, d’une manière prémonitoire, d’un testament définitif, d’un legs important pour les années à venir sur l’art de l’interprétation du chant baroque. Handel l’a développé. Jaroussky l’a perfectionné.

Sa voix androgyne étonne toujours par une panoplie de couleurs et d’expressions. Il maîtrise la virtuosité la plus délirante qui soit, traitée triomphalement à l’image des personnages qu’il incarne. Sa voix, incroyablement affûtée pour les plus airs les plus redoutables, fait fi de toutes les difficultés techniques, provocant l’admiration la plus complète.

Cependant, le disque aurait bénéficié de quelques intermèdes musicaux. Car la voix haut-perchée du contre-ténor, malgré ses qualités indéniables, finit par lasser l’oreille. Des micros placés trop près de l’artiste peuvent sûrement expliquer une partie du phénomène.

Enfin, Jaroussky a bien pris soin de nous épargner les trop célèbres Ombra mai fu, ou Lascia ch’io pianga repris souvent ailleurs. Il a choisi dans l’immense catalogue du maître de véritables trésors lyriques. Ils exploitent autant le talent extraordinaire de son interprète que toutes les émotions humaines. On rit, on pleure, on s’émerveille. Tous les drames de la vie et ses triomphes dans un seul et unique disque. Gloria alle Handel!

 

 

 

 

Soirée à la Maison Bleue. Der Musikalische Garten. Sonates en trio.

Posted in Fils, Anton, Stamitz, C. on 15 octobre 2017 by rfauclair

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Sonates en trio de la collection Lukas Sarasin (1730-1802)

J.Stamitz, J.C.Bach, G.B.Sammartini,

A.Fils, G.Conti, G.Pugnani.

G.Echeveri Chamorro et K.Echeveri Klemm, violons baroques.

Annekatrin Beller, violoncelle. Daniela Niedhammer, clavecin et pianoforte.

Enregistré à la Kirche St.Pantaleon, canton Soleure, Suisse en 2015.

Ars Produktion. 2015. ARS 38185. 74m.18s. Appréciation: Superbe*****

Anton Fils (1733-1760): Sonate en ré majeur

Carl Stamitz (1745-1803): Allegro de la sonate en sol majeur

C’est dans la ville de Bâle en Suisse que les frères Sarasin firent fortune dans le commerce de la soie dans la deuxième moitié du 18e siècle. Ils firent construire deux hôtels, La Maison Blanche et La Maison Bleue. En plus d’y recevoir de nombreux dignitaires, comme l’empereur Joseph II, on y organisait des concerts et des spectacles visuels, allant du théâtre de marionnettes à des projections inusitées.

Lukas Sarasin était un mélomane passionné, violoniste et collectionneur de toutes sortes de musiques de son époque. On a répertorié plus de 1000 compositions, dont presque le quart sont des sonates en trio. De cette collection, l’ensemble suisse Musikalische Garten a choisit de véritables trésors, enregistrés pour la plupart en première mondiale.

La sonate en trio de cette période est beaucoup moins structurée et formelle que du temps du grand J.S. Bach. La forme est plus axée sur l’expression libre des sentiments, laissant de côté le contrepoint des trois voix distinctes. La plupart du temps, le deuxième violon et le violoncelle ne servent qu’à embellir la partie supérieure de la mélodie. Il y a aussi la recherche des effets de style propre à l’école de Mannheim, alors très à la mode: crescendos intenses, virtuosité et effets de masse orchestrale…

L’ensemble de chambre suisse, qui comprend quatre musiciens, font résonner de belle façon leurs instruments dans ces matières quasi-symphoniques. On apprécie la fièvre et la précision de leur jeu. Les timbres rustiques des instruments d’époque sont mis en valeur dans une acoustique irréprochable. Le disque permet de découvrir pour la première fois des oeuvres oubliées qui devaient faire le plus grand plaisir des convives et des musiciens de cette Maison Bleue, où il y eut tant de belles soirées. Superbe.

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Tchaikovski (1840-1893) Concerto pour violon et Variations Rococo. Nemanja Radulovic.

Posted in Tchaikovski with tags on 1 octobre 2017 by rfauclair

81InB55THcL._SL1210_Concerto op. 35 en ré majeur.

Variations sur un thème rococo op.33 pour alto, piano, orchestre à cordes. (arr. Yvan Cassar). Ensemble Double Sens.

Nemanja Radulovic, violon J.B. Vuillaume 1843.

Borusan Istanbul Philharmonic Orchestra.

Sascha Goetzel, direction. Enregistré à Istinye Borusan, Istanbul en 2016.

Deutsche Grammophon. 2017. 479 8089. 52m.09s.  Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro vivacissimo du concerto op.35

Variation no. 3 de l’opus 33 sur un thème Rococo

Variation no.4 de l’opus 33 sur un thème Rococo

Cet excellent disque réunit le jeune violoniste serbe (n.1985), le chef autrichien Goetzel et l’orchestre Philharmonique d’Istanbul, dans un programme tout Tchaivovski. La Deutsche Grammophon a réunit tout ce beau monde à Istanbul. Enregistrer de la musique occidentale dans la ville la plus cosmopolite de la planète, entre l’Europe et l’Asie, montre à quel point la musique peut être sans frontière.

Le jeune virtuose au look d’enfer, mis sous contrat récemment par la prestigieuse maison berlinoise, a choisit LE concerto des grandes occasions, le célèbre op. 35 où à peu près tous les violonistes de haut calibre ont osé s’y frotter.

Le jeu de Radulovic est aussi démesuré que sa chevelure proéminente! Le musicien veut briser délibérément les conventions du passé, autant par son apparence que par sa prestation endiablée d’une rock star. Pourtant, il y a une approche très sérieuse de la musique, maîtrisée d’une technique décoiffante et d’une expression unique. Avec lui, le monde des tziganes et de la musique classique se rencontrent dans un fracas réjouissant.

La prise de son donne une forte présence au violon devant un orchestre bien en chair au profil un peu brouillon mais d’une grande puissance. Le chef autrichien Sascha Goetzel s’est appliqué à bien marquer les contrastes et la dynamique d’ensemble. L’arrangement des variations rococo est vraiment réussi. L’alto, joué impeccablement par Radulovic, donne à cette oeuvre connue une dimension beaucoup plus légère.

 

 

 

Trios pour violon, violoncelle et harpe. Bareil-Tétreault-Milot.

Posted in Ibert, Renié on 25 septembre 2017 by rfauclair

2 9888_Ebauches_Cover_v2Jacques Ibert (1890-1962) Trio (1944).

Henriette Renié (1875-1956) Trio (1901). Danse des lutins pour harpe seule.

Johann Halvorsen (1864-1956) Passacaille pour violon et violoncelle d’après Handel.

Franz Schubert (1797-1828) Lob der Tränen. (arr.Bareil-Tétreault-Milot)

Antoine Bareil, violon Vuillaume. Stéphane Tétreault, violoncelle Stradivarius 1707.

Valérie Milot, harpe Lyon-Healy.

Enregistré à St-Augustin de Mirabel en mars 2017. Analekta. 2017. An2 9888. 64m.19s.

Appréciation: Superbe*****

Jacques Ibert:

Andante sostenuto

Scherzando con moto

Henriette Renié: Scherzo

Le disque présente une formation de chambre plutôt inusitée. Mais pourtant, ce genre de trio est fait pour aller ensemble. Les oeuvres de Ibert et Renié, rarement jouées ou enregistrées, sont une découverte. Elles représentent bien ce début du siècle français, où la présence de Debussy parfume encore l’air de cette période.

La musique est faite de nuances, s’étalant dans une sorte de brume un peu diffuse. Elle se dissipe parfois pour laisser place à une lumière plus franche où l’on discerne mieux les formes. Il va sans dire, nous sommes à l’ère du romantisme-impressionnisme. Il y a un vague à l’âme qui s’y profile par une sorte d’enchantement musical. Les impressions apparaissent, s’entrechoquent parfois ou s’éteignent lentement. Et l’auditeur se retrouve comme au beau milieu d’un après-midi d’été, saturé de chaleur. Le rêverie s’installe doucement, l’esprit divague…(merveilleux andante sostenuto de Jacques Ibert).

Le violon et le violoncelle entourent la harpe dans une mise en place très bien définie en acoustique. Le grain des instruments est particulièrement beau, et la harpe vient adoucir par ses textures les emportements des cordes. En fait, on a ici des artistes de haut calibre, impeccable de justesse et d’intonations. On connait bien Tétreault et Milot, mais Antoine Bareil surprend par une finesse d’expression rare. Cet enregistrement lui permet d’exposer un talent que nous n’avons pas eu la chance d’entendre souvent.

Les pièces de Halvorsen et Schubert viennent compléter le programme. Mais le coeur de celui-ci est la musique française, toujours élégante et raffinée. Chaudement recommandé.

 

 

Schubert, Franz (1797-1828) An Die Musik.

Posted in Schubert on 20 septembre 2017 by rfauclair

844_SchubertOeuvres de Schubert transcrites pour contrebasse.

Lieders, Sonate « Arpegionne »d.821, Sonatine d.384.

Joel Quarrington, contrebasse G.P.Maggini, 1630.

David Jalbert, piano.

Enregistré à Isabel Bader Theatre, Kingston, Ontario en déc. 2016.

Joel Quarrington. 2017. 60m.33s. Appréciation: Superbe*****

Du bist die Ruh d.776 (Tu es Paix)

Allegro Moderato de la sonate Arpegionne d.821

Lorsque l’on entend Joel Quarrington s’exécuter sur sa contrebasse, on oublie rapidement l’aspect lourdaud et un peu maladroit de l’instrument. Le lyrisme dont il fait preuve, sur un instrument de cette taille, tient du prodige, malgré les énormes difficultés techniques que l’on devine!

Le disque nous fait redécouvrir, grâce à la qualité d’interprétation, la voix de Schubert. Il y a la profondeur des sentiments, ce sens de l’indolence et du rêve. Le chant des lieder s’élève comme s’il prenait la place d’un baryton, vibrant et nuancé. L’Arpegionne, interprétée un octave complet en dessous du violoncelle, a gagné en expression étonnante. Ici, Quarrington nous emmène dans un espace fait de gravité prenante, un abysse poétique où les notes les plus basses viennent faire vibrer quelque chose en nous.

David Jalbert accompagne avec grâce le contrebassiste, par un jeu élégant et large. Les sonorités enveloppantes du piano et ses progressions lentes se marient parfaitement bien à la contrebasse. Un disque splendide. La révélation d’un grand instrument au coeur tendre.

 

 

 

 

 

Xianji Liu. Récital de guitare.

Posted in Albeniz, Scarlatti D., Tarrega on 9 septembre 2017 by rfauclair

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Enregistré au Rockaway Studios, Castellón de la Plana, Espagne, en 2017. Naxos. 2017. 8.573813. 60m.50s. Xianji Liu joue sur une guitare Dominique Field.

Appréciation: Superbe*****

 

 

 

Scarlatti: Sonate k.146 (arr.Brouwer)

Tarrega: Capricho arabe

Albeniz: Suite espanola op.47

L’interprétation du jeune musicien, premier chinois gagnant du Concours Tarrega en 2016, est tout simplement sensationnelle. Sa technique étonnante est aussi extraordinaire que la musicalité et l’inspiration qu’il confère à son médium. Très attentif aux sonorités voluptueuses de son instrument, dont il exploite avec merveille toutes les subtilités, ce guitariste, que je qualifie de phénomène rare, pourra s’acquitter facilement de tous les répertoires possibles écrits ou transcrits pour la guitare.

Par exemple, le capricho arabe de Tarrega est si beau, si bien maîtrisé et libre de toutes contraintes, qu’il procure un moment de grâce unique et enveloppant… Cette façon d’étoiler et d’allonger les notes comme pour les suspendre dans l’air, et de les exposer si furtivement à l’oreille est d’un embellissement rare, que seul quelques musiciens peuvent atteindre. Un disque aussi sensationnel que ce nouveau prodige, une de ces exceptions de la grande Chine et ses milliards d’individus…

The Classical Elements. Albert Tiu, piano.

Posted in De Falla, Debussy, Liszt, Ravel on 26 août 2017 by rfauclair

91IOZbxolIL._SL1500_Oeuvres de Debussy, Berio, Lizst, Ibert, Falla, Messiaen, Ravel, Rachmaninov, Scriabin…

Albert Tiu, piano Hamburg Steinway D.

Enregistré à Concert Hall Conservatory, Singapore en 2015. Centaur. 2016. CRC 3503. 79m.45s.

Appréciation: Superbe*****

 

Waldesrauschen (murmures de la fôret) de Franz Lizst

Le Vent dans les Plaines de Claude Debussy

Jeux d’eau de Maurice Ravel

Danza ritual del Fuego de Manuel de Falla

La Terre, Air, Eau et le Feu sont présentés dans ce programme fort bien pensé et conçu par le pianiste philippin Albert Tiu. Les quatre tableaux sont répartis en cinq courtes pièces, tous inspirées par l’impressionnisme, dont Debussy en est le noyau créatif le plus important.

Le disque nous fait découvrir toute l’étendue expressive du piano et ses capacités à traduire les sensations, les couleurs et les mouvements de la nature. La curiosité suscitée par la liste des compositeurs proposés, et la manière dont chacun interprète les éléments à sa façon, permettent une écoute toujours attentive. Les bruits et les impressions de la nature ont un effet captivant sur l’esprit, et cet enregistrement réussi à nous y plonger totalement.

Le piano est particulièrement beau, équilibré dans une prise de son exemplaire. La virtuosité contrôlée de Albert Tiu se tient à distance de tout effet superficiel ou grossier. Les doigtés particulièrement volatiles du musicien font des merveilles. C’est le genre de disque où l’on doit prendre son temps, s’arrêter pour rêver, divaguer, et profiter des bienfaits qu’il procure. La nature est transfigurée par la musique.