Arnesen, Kim André (n.1980) Infinity. Choral Works. Kantorei. Joel Rinsema.

Posted in Arnesen on 5 janvier 2019 by rfauclair

71w6grzj7hl._sl1200_Oeuvres chorales composées entre 2010 et 2016.

Ensemble Kantorei.

John Gunther, saxophone soprano (Making or Breathing)

Alicia Rigshy, piano.

Enregistré à First Congregational Church, Denver en 2016.

Naxos. 2017. 8.573788. 66m.33s.

 

Appréciation: Superbe*****

Flight song

O Sacrum Convivium

Dormi Jesu

There we shall rest

Alors, c’est comme ça que l’on compose de la musique chorale au 21e siècle? La simplicité prend le dessus sur la complexité. L’effusion sentimentale englobe tout le reste. Des harmonies d’une naïveté désarmante, proche de la mièvrerie, et l’abandon de toutes formes d’atonalité semblent être la priorité chez le compositeur norvégien. Pourtant…

… ce disque paru il y a un an et que j’ai découvert tout récemment, s’est installé très doucement à l’intérieur. Après les fêtes de Noël et du jour de l’An, il est devenu pour moi une genre d’Épiphanie! Avec des titres évocateurs comme Child of Song, Dormi Jesu, Cradle Hymn, The Lamb, et Pie Jesu, la musique d’Arnesen semble appropriée à cette période de l’année. Les rois mages ont fait la découverte d’un enfant dans une crèche. La scène est toute simple. Rien d’extraordinaire après tout. Mais il y a ici la sérénité profonde que suggère la musique. Un foyer chaleureux et confortable. La sainte paix. C’est ça le pouvoir de la musique qui agit d’une manière bien mystérieuse sur le cerveau humain…Parfois, il faut tout simplement baisser les armes.

Arnesen a puisé chez d’autres compositeurs avant lui. Comment faire autrement en 2018? Il y a Allegri, Fauré, Barber, Pärt, Rutter, et bien entendu Eric Withacre dont Arnesen a imité allègrement les harmonies légèrement diffuses. Mais le compositeur sait émouvoir par ses mélodies touchantes qui bercent le coeur. Grâce à l’interprétation du choeur Kantorei, impeccable et d’une douceur magnifique, ce disque reviendra toujours, comme un cycle perpétuel. Bienfaisant et simplement beau.

Quayle, Matthew (n.1976) String Quartets. Avalon String Quartet.

Posted in Quayle on 15 décembre 2018 by rfauclair

71HYCKYXqlL._SL1200_String quartet no.1 (2005)

String quartet no.2 « Sweet Insanity » (2006)

String quartet no.3 (2016)

Enregistré à Boutell Memorial Concert Hall, Illinois.

Naxos. 2018. 8.559851. 54m.35s. Appréciation: Superbe*****

Scherzo presto du quartet no.1

Allegro du quartet no.1

Extraits du quartet no.3 

La musique de Matthew Quayle semble issue d’un Big Bang originel. Cet éclatement créateur se poursuit dans tous les sens, en s’éloignant sans cesse de son point d’origine. On se retrouve donc avec des milliers de particules musicales. C’est ici que le compositeur américain réussit à nous faire sauter sur plusieurs de ces parcelles de temps et de styles les plus diverses. C’est tout à fait fascinant.

L’esprit s’accroche brièvement sur chacune d’elles, le temps d’en percevoir l’essence et l’émotion fugace. Matthew Quayle semble avoir adapté ses compositions aux changements technologiques de l’écoute musicale du 21e siècle. Il a conçu son oeuvre comme une playlist hétéroclite. Ce sont tous de courts moments, atonals ou tonals, tantôt sentimentaux ou éclatés, modernes ou anciens. On s’y reconnait la plupart du temps, ou pas du tout. Mais une fois dans ce maelström de musique, impossible de s’en sortir.

Le Quartet Avalon exploite tous les moyens possibles de coups d’archet, de sons, de percussions et de bruits parfois bizarres pour nous connecter sur la musique de Quayle. Les musiciens ont réussi à nous captiver d’un bout à l’autre et nous faire découvrir ce créateur original de notre temps. Excellent.

Meda, Bianca Maria (1661-1733) Motets. Cappella Artemisia. Candace Smith.

Posted in Meda on 9 décembre 2018 by rfauclair

71o0tXx1msL._SL1200_Motetti a 1, 2, 3 e 4 voci con violini e senza (1691)

Cappella Artemisia, Candace Smith, direction.

Enregistré à Cristina della Fondazza, Bologna en 2017.

Brilliant Classics. 2018. 95736. 79m.04s.

Appréciation: Très Bien****

Jesus mi clementissime 

Volo vivere 

Spirate vos zeffiri 

Donna Bianca Maria Meda fut une bénédictine ayant vécu au monastère San Martino del Leano dans la petite ville de Pavia au nord de l’Italie. C’est là qu’elle composa, pour la congrégation des religieuses, de brillants motets qui furent publiés en 1691.

Ces motets sont pour une ou plusieurs voix féminines avec basse continue. Le choeur de quatre voix est de forme SAAA, c’est à dire d’une ligne de soprano complétée par trois différentes tessitures d’alto, dont une partie de quasi-ténor qui apporte une texture inusitée à certaines pièces. L’instrumatarium est ici composé de deux violons, un violoncelle, un basson, un dulcimer, une harpe, un théorbe, un clavecin et orgue.

La Cappella Artemisia interprète ces pièces sacrées avec une joie contagieuse. Les voix sont sympathiques et vibrantes d’enthousiasme, parfois inégales de niveau technique et de timbres très hétérogènes. Mais le tout fait sourire, car il s’y produit plutôt une ambiance d’un naturel candide et convivial. L’ensemble italien a laissé tomber l’aspect éthéré et extrêmement soigné de d’autres ensembles (comme Anonymus 4) pour prioriser une expression chaleureuse au lieu d’une technique trop glacée.

En écoutant ces oeuvres peu connues, on se met à imaginer une bande de nonnes joyeuses ayant un plaisir fou à chanter ces parties tout de même difficiles à exécuter. Le style de cette musique, très opératique, proche de Monteverdi, a de quoi réjouir, au lieu d’attrister. Ainsi, la pochette de présentation n’a rien à voir avec le contenu plutôt festif de cette musique.

Schelle, Johann (1648-1701) Cantates de Noël. Kölner Akademie. M.A.Willens.

Posted in Schelle on 2 décembre 2018 by rfauclair

Entwürfe cpo-Cover 09-2017_cover.inddCantates de l’Avent et Noël

Monika Mauch, Soprano I [Angelus)
Myriam Arbouz, Soprano II
Marian Dijkhuizen, Alto
Georg Poplutz, Tenor I [Evangelista]
Jakob Pilgram, Tenor II
Raimonds Spogis, Bass                                Concerto Palatino.
Kölner Akademie.

Michael Alexander Willens, direction.

Enregistré à Deutschlandfunk, Kammermusiksaal en 2017.

CPO. 2017. 555 155-2. 74m.34s. Appréciation: Superbe*****

Vom Himmel kam der Engel Schar 

Actus Musicus auf Weyh-Nachten (extrait)

Avant Bach et Kuhnau, il y eut Johann Schelle. Grand cantor de la ville de Leipzig, Schelle s’occupa, au même titre que Bach, de l’organisation et l’exécution de la musique religieuse de cette ville importante en Allemagne. Il eut, lui aussi, quelques problèmes avec l’autorité en place, le maire n’ayant jamais été en faveur de sa nomination. Schelle n’hésita pas à traduire les textes latins de la liturgie en allemand, ce qui était encore mal perçu à l’époque.

Les cantates de Johann Schelle pour l’Avent et Noël sont fastueuses, d’un éclat glorieux et magnifique. Elles sont tous en mode do majeur. Elles requièrent un ensemble de trompettes accompagné d’une timbale, des cornets, des trombones, hautbois, flûtes à bec, un petit ensemble de cordes et au continuo, la harpe, le théorbe et l’orgue.

Les cantates sont souvent chantées par paire de voix, qui se répondent continuellement en imitation. Les solistes sont également doublés par le choeur dans une écriture riche et savante. La musique de Schelle est à l’image de cette époque du pré-baroque. Elle est formée presque exclusivement d’une base harmonique simple et répétitive. Sur ce fond de rythme berçant et hypnotisant, Schelle a élaboré des mélismes vocaux très diversifiés qui demandent aux solistes une bonne maîtrise technique.

La cantate Actus Musicus auf Weyh-Nachten fut exécutée en 1683. C’est le morceau le plus consistant de ce disque magnifique. L’oeuvre met en scène Marie, les bergers et les anges. Elle contient des hymnes célèbres, dont le fameux Von Himmel hoch que Bach reprendra souvent par la suite. L’interprétation est une réussite totale, reproduisant les sons anciens de la grande tradition allemande. Un réel festin musical. Cette oeuvre devrait être jouée dans nos salles de concert précédent Noël. Le public du passé, comme celui d’aujourd’hui, a toujours eu besoin de ces couleurs éclatantes et du message pacifique de la Nativité.

 

Mozart, W.A. (1756-1791) Seong-Jin Cho. Yannick Nézet-Séguin.

Posted in Mozart on 1 décembre 2018 by rfauclair

712k2FdutLL._SL1200_Sonates k.281 et k.332

Concerto no.20 k.466 en ré mineur.

Orchestre de chambre d’Europe.

Yannick Nézet-Séguin, direction

Enregistré en 2018, Hamburg et Baden-Baden.

DG. 2018. 4835522. 63m.46s.

Appréciation: Bien***

Allegro assai k.466

Allegro de la sonate k.332

Adagio de la sonate k.332

Mozart est interprété par le gagnant du Concours Chopin 2015. Le pianiste coréen de 24 ans joue deux sonates juvéniles et le dramatique concerto k.466. Pour le mélomane, c’est le genre de produit incomplet qui pullule le marché discographique. Une carte de visite, ou d’affaire, que la grande maison Deutsche aime à promouvoir. On a déjà tout de Mozart. Pourquoi un de plus? Tant qu’à l’aimer, nous on préfère les intégrales!

C’est bien joué évidemment. Rien de vraiment nouveau, on s’entend. Le son du piano est très pur, très soigné. C’est du bon Mozart, en beaux habits tous neufs. Les sonates sont en évidence bien analysées. Un peu trop réfléchies, à bien y penser. La technique est indiscutable. Et l’émotion? Il faut alors s’installer près d’une Alicia de Larrocha pour tenter de comprendre le mystère de l’émotion. Qu’est-ce que c’est? Peut-être de petits détails anodins qui parsèment le clavier. Quelques imperfections de jeu, ni trop calculé, ni réellement prévu. En fait, c’est tout ce qui rend la musique vivante. Vous savez, celle qui réchauffe le plexus solaire? Celle qui rend les yeux mélancoliques ou fait rêver? Bien souvent, ça reste indéfinissable tout simplement.

Avec Monsieur Cho, la perfection devient un problème. Tout est trop clair, trop évident. Le concerto k.466 est d’une belle exécution sans tache avec un instrument très en évidence. Par contre, l’orchestre semble étrangement ailleurs, en retrait, comme dans un autre studio…Il s’y produit un son un peu sec, malingre, sans réelle profondeur.

Nézet-Séguin est survolté comme à son habitude. On reconnait bien ses manières. Cherchant constamment à renouveler chaque trait, chaque mesure de ce chef-d’oeuvre, il semble pourtant laisser au passage quelques parcelles de Mozart. Le drame du k.466 est finalement plus démonstratif que tragique.

Bref, c’est un disque Mozart juste bien. Dans son cas, ce n’est pas suffisant. Et parfois un 2e prix d’un concours serait mieux. C.R.Hamelin dans Mozart? N’importe quand!

Comparatif: Adagio sonate k.332 Alicia de Larrocha 

 

Telemann, G.P. (1681-1767) Der Messias. Ludger Rémy.

Posted in Telemann on 24 novembre 2018 by rfauclair

714TDwdnB3L._SY355_Der Messias TWV 6:4 pour 4 solistes et orchestre.

Partie TWV 44:42 pour 2 flûtes à bec, 2 hautbois, 2 violons et continuo.

Sonata TWV 44:11 pour deux violons, deux altos et continuo.

 

Concerto TWV 43:Es 1 pour cordes et continuo.

Veronika Winter, soprano. Marion Eckstein, alto. Jan Kobow, ténor. Klaus Mertens, basse.

Telemannisches Collegium Michaelstein. Ludger Rémy, direction.

Enregistré à l’église St-Barthélemy, Blankenburg, Allemagne en 2001.

CPO. 2003. CPO 999 847-2. 57m.36s. Appréciation: Superbe*****

Gott kam selber vom Himmel pour basse et alto.

Schönster unter den Menschen pour soprano et alto.

Concerto pour cordes en Mib majeur

Le Messie de Telemann n’a rien à voir avec celui de Handel qui est devenu un phénomène culturel au fil des années. Celui de Telemann a été écrit en 1759 pour quatre solistes et orchestre. Il ne dure qu’une trentaine de minutes et est chanté en allemand. Il est basé sur une série de poèmes de F.G. Klopstock (1724-1803). C’est une oeuvre intimiste, construite autour de réflexions mystiques et poétiques sur la vie du Christ.

Telemann a créé une musique qui suit de près le texte de Klopstock, en défilant de manière libre le récitatif, l’arioso, les duos et les intermèdes instrumentaux. Parfois on dirait un opéra baroque français. Le livret ne contient que la traduction anglaise des textes, et leur compréhension est plutôt difficile à saisir. Mais la musique de Telemann est si belle et l’interprétation si communicative qu’on n’a pas vraiment besoin de tout comprendre. La musique nous raconte par elle-même l’essentiel.

Le grand duo pour soprano et alto de Myriam et Déborah vaut tout le disque. C’est une pièce magnifique, du grand art baroque. Telemann, à 78 ans, savait encore surprendre par son inventivité à l’épreuve du temps.

Le regretté Ludger Rémy, décédé l’an dernier à 68 ans, grand spécialiste de Telemann, a su regrouper un fameux quatuor de solistes. Les voix sont parfaites, la sonorité d’ensemble est superbe. Selon moi, c’est l’une de ses meilleures productions au disque parmi ses nombreuses contributions à l’art vocal baroque allemand.

En complément, un excellent choix de pièces instrumentales qui, par leur caractère pastoral viennent agrémenter de belle manière ce Messie encore peu connu, mais d’un éclat unique.

 

 

Bach, J.S.(1685-1750) Les Brandebourgeois. Concerto Copenhagen.

Posted in Bach J.S. with tags on 17 novembre 2018 by rfauclair

71QmK7b376L._SL1203_Les six concertos brandebourgeois bwv 1046-1051

Concerto Copenhagen

Lars Ulrik Mortensen, clavecin et direction.

Enregistré à Eslöv Kirka, Suède en 2017.

CPO. 2018. CPO 555 158-2. 94m.26s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Concerto no.3 bwv 1048

Allegro du concerto no.5 bwv 1050 

Allegro du concerto no.6 bwv 1051 

Encore les brandebourgeois! Après de nombreuses écoutes de l’oeuvre jusqu’à n’en plus soif au courant des trente dernières années par l’amateur que je suis, voici qu’ils reviennent dans une version flambant neuve par les musiciens danois sous la direction du claveciniste et musicologue d’expérience Lars Ulrik Mortensen.

Quelques secondes d’écoute en mode « scan » ont été suffisantes pour une adhésion complète à ce nouvel enregistrement. Pourquoi? Parce qu’enfin ça respire! Les tempis ont été heureusement réajustés en mode relax, vers quelque chose de plus équilibré finalement.

Sur la tonne de versions existantes, il y a eu toutes sortes de parti pris esthétique historiquement informés ou pas du tout. Même Karajan les avait gravé dans une pâte sonore incroyablement épaisse avec ses Berliner. À l’autre extrême, plus près de nous, il y a le délirant Matthias Maute qui a imposé ses folles rapidités aux concertos. C’était trop!

Avec l’équipe danoise, on retrouve des brandebourgeois bien tempérés. Car Bach a besoin parfois d’espace pour bien s’exprimer. Mortensen offre ainsi de la place pour ses musiciens. Ils ont le temps de jouer, de résonner, de se faire valoir. Évidemment tout cela reste très baroque d’essence. Il y a du mordant, des accents bien placés, du rythme bien marqué.

Et c’est surtout le plaisir de Bach qui se remet à virevolter, à s’animer de la manière la plus rigoureuse possible, mais également au sein d’une irrésistible pulsation dont lui seul est le maître. C’est maintenant à nous, princes et princesses d’aujourd’hui, que ces oeuvres sont dédicacées.