Bach, J.S. (1685-1750) Bach on the Rauwolf lute. Jacob Lindberg.

Posted in Bach J.S. with tags on 21 novembre 2021 by René François Auclair

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Prélude bwv 999. Fugue et Largo bwv 1005. Suite bwv 1007. Suite bwv 1006a. Sonata bwv 1001. Chaconne bwv 1004.

Luth Sixtus Rauwolf, Augsburg 1590, restauré en 1715.

Enregistré en 2020 à l’église Länna, Suède.

BIS Records. 2021. BIS-2552. 87m.57s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude de la Suite bwv 1007

Prélude de la Suite bwv 1006a

Chaconne de la partita bwv 1004

Le très estimé luthiste suédois Jacob Lindberg (n.1952) propose un album somme, tout consacré à Bach. La plupart des oeuvres choisies ont été transcrites par lui, sauf le Prélude bwv 999 et la Suite bwv 1006a qui sont demeurées à leur état d’origine.

L’instrument est un Sixtus Rauwolf, construit près d’un siècle avant Bach, très rare et soigneusement restauré au cours des années. Il possède neuf jeux de double cordes et deux cordes simples pour les notes supérieures. Le manche a été modifié en 1715 pour lui ajouter des jeux supplémentaires. Il est devenu ainsi un instrument mieux adapté pour jouer la musique plus élaborée du 18e siècle, comme celle du grand Jean-Sébastien.

La musique de Bach a cette profondeur d’expression unique, structurée sur une assise solide, complexe dans ses harmonies audacieuses, mais toujours au service des mélodies supérieures qui s’imprègnent facilement dans l’oreille et puis dans l’esprit. L’effet de sa musique sur l’âme demeure pour moi un mystère. Et la retrouver sur un simple luth lui confère un aspect poétique particulier et intime. C’est l’apologie de la solitude, le contact du moment présent, l’intériorisation de la musique en soi.

Jacob Lindberg fait dérouler le temps par un jeu calme et réfléchi, tout en maintenant la pulsation régulière d’une horloge. Grâce à cet élan d’ensemble relâché, le luthiste laisse de l’espace aux résonances propres à l’instrument. Le contact des doigts sur les cordes est net et franc, ce qui permet aux polyphonies d’être parfaitement lisibles. Les arpèges, parfois improvisés par le musicien, s’intègrent naturellement à la partition. Il y a ici un art consommé du jeu de luth gracieux, fait d’accords fragmentés et au style brisé. Lindberg réussi à faire couler ces oeuvres doucement tout en conservant leur pouvoir chantant, ce qui est un exploit en soi, puisqu’elles ont été composées avant tout pour le violon ou le violoncelle.

L’album culmine par la grande Chaconne, oeuvre phare de Bach, qui s’élance comme une plainte et puis se transforme en chant d’action de grâces magnifique. Lindberg et son précieux instrument deviennent alors un prisme d’où transcende la lumière. Sublime.

Chopin (1810-1849) Les 12 Études op.25 et 4 Scherzi. Beatrice Rana.

Posted in Chopin with tags on 13 novembre 2021 by René François Auclair

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12 Études op.25 (1835)

4 Scherzos op.20-31-39-et 54 (entre 1831-1842)

Enregistré au Teldex Studio, Berlin en 2020-2021.

Warner/Parlophone. 2021. 01902967764240. 75m.47s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Etude no.1 en la bémol

Études no.10, 11 et 12

La musicienne italienne fut la grande gagnante en 2011 du Concours International de Montréal à l’âge de 18 ans seulement. Dix ans plus tard et quelques disques à son actif, elle revient en force sous le label Warner Classics qui a racheté tout le catalogue EMI il y quelques années. Pour ce disque Chopin, la maison d’édition a déroulé le tapis rouge pour la pianiste autant dans la présentation exceptionnelle du livret que par la qualité d’enregistrement supervisée par les ingénieurs de la Teldex Studio à Berlin.

L’objet est beau, fait de carton rigide d’un superbe fini glacé (au diable le plastique!) qu’il fait bon de tenir entre les doigts. En plus, pour les maniaques, l’enregistrement est disponible en coffret double vinyle de haute qualité. On comprend pourquoi la Warner a mis le paquet. Beatrice Rana est une pianiste accomplie, qui a réussie à se démarquer parmi l’énorme bassin actuel de pianistes à travers la planète.

« Je perçois dans les Études une démarche unitaire: les morceaux sont liés entre eux par une ligne expressive. C’est comme un voyage » (Beatrice Rana).

Les Études débutent de manière plutôt agréable, raffinées et superbes, à l’image du Chopin que nous connaissons tous. Et puis elles se développent et deviennent de plus en plus difficiles, comme des exercices impossible à jouer, pleines de fureur et de passion désespérée. Tout le piano est mis à rude épreuve, dans un enchevêtrement harmonique et diaboliquement technique, d’où la ligne mélodique est à peine esquissée. Ces pièces ne sont définitivement pas pour tous, elles sont audacieuses, avant-gardistes et parfois terribles à écouter. Elles font tout de même partie de Chopin et démontrent l’imposante étendue de son talent de pianiste et de compositeur.

Beatrice Rana est tout simplement extraordinaire. Elle libère les Études par des vagues déferlantes de puissance à la limite du hors contrôle, par un jeu extrêmement délié et d’une rapidité d’articulation qui frôle la démence. Son jeu est autant sensible que virtuose, mais toujours cohérent et jamais de mauvais goût. La subtilité est omniprésente, même dans les passages les plus dramatiques où elle réussit à recréer des élans dynamiques renversants. Les 4 Scherzi qui complètent admirablement bien la première partie de ce récital, sont dans la même veine musicale. Imprévisibles et vertigineux, Beatrice les a mis sous son pouvoir. Pour elle, à 28 ans, ce disque est une consécration.

Bruckner, Anton (1824-1896) Symphonies 3-4-6-7-9. RSO Stuttgart. Roger Norrington.

Posted in Bruckner on 7 novembre 2021 by René François Auclair

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Symphonie no.3 « Wagner Symphonie » 1ère version 1873 (61m.02s)

Symphonie no.4  »Romantique » 1ère version 1874 (60m.33s)

Symphonie no.6 1879 (51m.41s)

Symphonie no.7 1883 (55m.11s)

Symphonie no.9 Version 1894 (51m.59s)

Enregistré  »Live » en 2007-2010 au Liederhall, Beethovensaal, Sttutgart.

SWR Music. 2021. SWR19528CD.

Appréciation: Superbe*****

Allegro moderato 7e Symphonie

On poursuit notre exploration des rééditions en format économique que la SWR a lancé cette année. Après le coffret Beethoven, paru l’an dernier, le label allemand nous a offert coup sur coup en 2021, Mozart, Haydn, Brahms et Bruckner, tous sous la direction de Sir Roger Norrington avec le RSO de Stuttgart. Évidemment à un prix aussi bas (environ $25 le coffret), je me suis procuré toute la série! L’autre raison de l’achat est la curiosité suscitée par le travail du chef britannique, connu pour ses recherches historiques en matière d’interprétation.

Ainsi, il a osé appliqué ses thèses historiquement bien informées à la musique de Bruckner. La discographie abondante de ses 9 symphonies, par les plus grands orchestres de la planète, nous a habitué à des expériences sonores gigantesques. Il en va de soi avec Bruckner, dont la vision mystique et grandiose ne demandent pas mieux que des orchestres bien fournis. Et personne ne viendra contredire cette façon très romantique d’aborder sa musique. Vibratos généreux et appuyés des cordes, soutenus par de larges sections de cuivres et de contrebasses, ces interprétations traditionnelles sont également soumises à des tempi très lents, à limite de la patience des auditeurs! Au sein de cette musique unique, on se retrouve parfois hors du temps, en face de forces cosmiques qui nous dépassent.

Norrington propose un retour aux sources avec Bruckner, comme l’avait fait avant lui les baroqueux. Il prétend, par exemple, que le vibrato n’a été adopté par les orchestres qu’à partir du début 20e siècle. Ainsi, la sonorité des cordes est très incisive et nette. Le chef a par ailleurs opté pour des tempos rapides. Ils sont audacieux, voire déstabilisants. Certains passages s’entendent comme un ensemble de chambre qui met en lumière les interventions solos des instruments. Les mouvements lents prennent une toute autre allure, allégée de leur langueur habituelle. Ces exécutions en format réduit semblent inévitablement ôtées une grande partie de la moelle interne des symphonies. L’indéniable puissance de la musique Bruckner a perdu ici son aura mystique que la tradition nous a imposé. Bruckner entendait t’il ses oeuvres de cette façon? On n’en est pas certain.

Le chef britannique a tout de même réussi à nous interroger, à réévaluer notre manière d’aborder cette musique. Il y a une liberté nouvelle dans cette façon moins religieuse, mais plus humaine de jouer la musique de Bruckner. Il y a une joie inusitée qui s’installe, l’aspect dansant des rythmes et la pureté du chant nous interpellent d’une nouvelle manière. Au final, cette interprétation originale est sûrement la plus moderne qui soit et rejoindra peut-être un nouveau public.

Comparatif: Extrait de l’Allegro moderato 7e Symphonie. Eugen Jochum/Berliner Philharmoniker. 1967.

Brahms, Johannes (1833-1897) Les Symphonies. Radio-Sinfonie Stuttgart. Sir Roger Norrington.

Posted in Brahms on 9 octobre 2021 by René François Auclair

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Les 4 Symphonies.

Radio-Sinfonieorchester Sttugart des SWR.

Direction: Sir Roger Norrington.

Enregistré à Liederhall, Beethovensaal, Stuttgart en 2005.

( cd bonus: A German Requiem, en 2014).

SWR. 2021. SWR19529CD. 3cds. 134m. (symphonies seulement).

Appréciation: Superbe*****

Allegro con brio de la 3e Symphonie op.90

Andante de la 3e Symphonie op.90

Poco Allegretto de la 3e Symphonie op.90

J’ai toujours associé les symphonies de Brahms à l’automne. Riches en couleurs, à la fois grandioses et d’une mélancolie émouvante, elles sont également d’une grande densité d’écriture. Comme un peintre, Brahms a superposé plusieurs couches sur une toile, en mélangeant d’une manière habile toutes les nuances possibles. Leur composition lui a exigé beaucoup de temps, et c’est souvent lors de longs séjours à la campagne qu’il a trouvé l’inspiration nécessaire. Brahms a un rapport contemplatif à la nature, autant par ses forces que par sa magnificence inaltérable. Ses quatre symphonies sont une apogée de la musique du 19e siècle, un idéal romantique d’une beauté naturelle dont on ne se lasse jamais.

Sir Roger Norrington propose une vision épurée de ces oeuvres magnifiques. Il a fait le choix esthétique du « pure tone » dans ses interprétations. Selon lui, les orchestres du temps de Brahms s’exécutaient sans vibrato et étaient de formation plutôt réduites. Avec le RSO Stuttgart, le chef britannique a également poussé cette audace interprétative de Bruckner jusqu’à Schönberg!

Dès la première écoute de cette version, on ne retrouve pas l’opulence sonore qui caractérise les grands orchestres traditionnels. Il n’y a ici aucune lourdeur de propos, la sonorité d’ensemble étant plutôt ténue. Les archets sont particulièrement lisses, sans cette profondeur à laquelle on est habitué. Par contre, les lignes mélodiques sont très chantantes. Elles louvoient et se balancent toute en souplesse de phrasé. Les instruments à vent se fusionnent de la même façon aux cordes. L’unité d’ensemble créé des mouvements gracieux, et parfois certaines pièces prennent l’aspect d’un véritable ballet (1er mouvement de la 3e!). Le chef a également disposé les premiers et seconds violons de chaque côté de la tribune. Leurs parties musicales sont ainsi mieux détachées.

Après quelques temps, j’ai finalement beaucoup apprécié cette interprétation. Elle est différente certes, mais possède des qualités indéniables, comme en fait foi la légèreté des rythmes, le ton allègre qui confère une transparence unique à la musique de Brahms. Il y a quelque chose de très pur qui apparaît au fil de l’écoute de ces chefs-d’oeuvre. Sans en dénaturer leur nature, Norrington a réussi son pari de leur donner une liberté nouvelle, d’un climat frais et lumineux comme une journée d’automne. (Coffret cd très abordable).