Bach, J.S. (1685-1750) Oeuvres pour luth o cembal. Sean Shibe, guitare.

Posted in Bach J.S. with tags on 24 mai 2020 by rfauclair

Suite en mi mineur bwv 996

Partita en do mineur bwv 997

Prélude, fugue, allegro bwv 998

Sean Shibe, guitare Bert Kwakkel Merula Special, 2008.

Enregistré à Crichton Collegiate Church, Midlothian.

Delphian. 2020. DCD34233. 46m.24s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude bvw 996

Prélude bwv 998

Gigue et Double bwv 997

J’ai entendu ces pièces des centaines de fois dans le passé. Et j’en ai pratiqué quelques-unes à la guitare en tant qu’amateur. Les retrouver ici par le guitariste écossais Sean Shibe c’est comme les redécouvrir pour la première fois. Son jeu est d’une grande douceur, nuancé et coulant comme une eau limpide, en modulation constante, improvisé de phrasés libres et gracieux.

La suite bwv 996 n’a jamais été aussi française de ton, raffinée et ornée de manière judicieuse. L’oeuvre de Bach pour le luth demeure succincte par rapport à son grand catalogue. Mais ce sont des pièces essentielles, d’une beauté intime inégalée. On espère maintenant que ces arrangements pour guitare de Sean Shibe auront une suite, car son interprétation est tout simplement magnifique.

Handel et Glück. Care Pupille. Samuel Marino, soprano.

Posted in Glück, Handel with tags on 23 mai 2020 by rfauclair

Oeuvres de Handel (1685-1759).

Oeuvres de Glück (1714-1787).

Orchestre du Festival Handel de Halle.

Michael Hofstetter, direction.

Enregistré à Volkspark, Halle en 2019.

Orfeo. 2020. C998201. 71m.36s.

 

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Non sarà poco de Atalanta de Handel

Già che morir degg’io de Antigono de Glück

Care pupille amate de Il Tigrane de Glück.

 

Samuel Marino est unique en son genre. Il chante en soprano! Phénomène très rare de nos jours, puisque tous les castrats ont disparu depuis longtemps, le chanteur, né en 1993 au Vénézuela, est tout à fait incroyable. C’est une révélation. Non seulement grâce à son registre aigu ( j’ai noté un contre-ré!) d’une justesse étonnante, mais également par sa projection vocale d’une maîtrise technique rare, le souffle expressif et passionné, et quoi d’autre? En fait, il est un mystère de la nature qui demeure sans réponse!

Devant un tel talent, c’est le pouvoir de la musique qui triomphe. Handel et Glück, grands maîtres du bel canto, ont ici un interprète idéal pour traduire l’émotion, le drame, le charme, et finalement la virtuosité la plus délirante qui soit. Incroyable et exceptionnel.

 

Schumann, Robert (1810-1856) Waldszenen, Nachtstücke, Humoreske. Zoltan Fejérvari.

Posted in Schumann on 26 avril 2020 by rfauclair

Scènes de la Forêt op.82 (1849)

Pièces de Nuit op.23 (1839)

Grande Humoresque op.20 (1839)

Enregistré à Domaine Forget, St-Irénée en 2018.

Atma. 2020. ACD2 2816. 65m.37s.

Appréciation: Très Bien****

L’Entrée, Fleurs Solitaires, Adieu tiré des Waldszenen op.82

Sehr lebhaft et Mit einigen Pomp de l’Humoresque op.20

Zum Beschluss (Résolution) de l’Humoresque op.20

Zoltan Fejérvari (n.1986) est un pianiste hongrois. Il est le grand lauréat de l’édition du Concours International de Montréal de 2017. J’avais assisté à l’une des sessions éliminatoires. Le pianiste a fait son entrée sur la scène de la Salle Bourgie, plutôt élancé, un grand aux cheveux bouclés. Il s’est mis à jouer du Lizst, et dès lors, on a perçu que quelque chose se passait autour du clavier. Son langage corporel était différent des autres concurrents. Il semblait très détendu, absorbé par la musique, s’exécutant avec aisance. Pour lui, transposé la musique se fait de manière naturelle. J’étais content d’apprendre par la suite qu’il avait gagné le Concours.

À l’écouter dans Schumann, il confirme ce que nous savions déjà. C’est un pianiste brillant, intelligent et très à l’écoute de la partition. En fait, il sait comment raconter une histoire. Avec Schumann, le musicien nous guide à travers ces Scènes de la Forêt et en trace finement les gravures comme à la plume d’encre, digne de Gustave Doré.

Son jeu est détaillé, d’une étonnante technique. Les mains du pianiste semblent détachées, complètement indépendantes, parfois même légèrement déphasées l’une de l’autre. Fejérvari peut ainsi se permettre des libertés subtiles, en révélant des images impressionnistes. Les Pièces de Nuit et la Grande Humoresque sont des oeuvres que l’on aime moins chez Schumann. Il faut bien prendre le temps d’en faire la lecture pour en apprécier leur contenu. Il faut souligner ici le travail d’écriture de Irène Brisson qui a élaboré le livret. Ces pages un peu abstraites sont ainsi mieux éclairées. Poésie et musique. Voilà l’essence de Schumann.

 

Bach, J.S. (1685-1750) Clavier bien Tempéré et Petits Préludes. Kenneth Gilbert.

Posted in Bach J.S. on 19 avril 2020 by rfauclair

Clavier Bien Tempéré Livre I et II (1722 et 1742)

Clavecin Couchet (1671) restauré par Blanchet/Taskin.

Enregistré au Musée de Chartres en 1983.

Archiv Produktion. 1984. 413 439-2. 4cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude et Fugue do dièse majeur (Livre I)

Prélude et Fugue ré mineur (Livre I)

Prélude et Fugue do dièse majeur (Livre II)

Prélude et Fugue mib majeur (Livre II)

 

Kenneth Gilbert (1931-2020) a marqué l’histoire interprétative de la musique ancienne au clavecin. Il a redonné une place de choix à ces vieux instruments de musée. C’est grâce à lui et autres pionniers musiciens (Kirkpatrick, Leonhardt, Curtis…) mais également aux artisans-facteurs d’instruments que l’on a redécouvert le clavecin en bonne et due forme. Les enregistrements consacrés à Bach avec Archiv au début des années 80 demeurent des références. Gilbert fut reconnu comme un grand pédagogue. Homme discret, il a eu pourtant une influence décisive sur beaucoup de musiciens.

Quarante-huit préludes et fugues en deux volumes, écrits à vingt ans d’intervalle, dans tous les tons majeurs et mineurs. C’est le grand chef-d’oeuvre de Bach pour le clavier. Un recueil mythique qui a influencé tant de pianistes et de compositeurs dans l’histoire de la musique. Mais c’est d’abord au clavecin que tout cela a commencé. L’instrument Jan Couchet d’Anvers de 1671 est magnifique. Il a d’ailleurs fait partie de la collection de Kenneth Gilbert. La clarté des voix est étincelante, le phrasé généreux. Aucune virtuosité frénétique dans le jeu du claveciniste canadien. C’est l’assurance et la noblesse d’âme au service du Cantor. La musicalité s’y déploie comme sous une voûte étoilée. La quintessence du clavecin. Essentiel.

 

Petits Préludes pour Wilhelm Friedmann Bach (1720)

Préludes et fugues diverses, Fantasia…

Clavecin Couchet 1671.

Enregistré au Musée du Cloître, Chartres en 1984.

Archiv Produktion. 1986. 447 278-2. 60m.38s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Sept Préludes bwv 933-939

Les petits préludes que Bach a écrit pour son fils aîné Wilhelm Friedmann sont de véritables bijoux. Joués sur un authentique clavecin Couchet de 1671, Kenneth Gilbert impose un phrasé régulier et rassurant à ces petits chefs-d’œuvre. Son style de jeu est soutenu de pulsations paisibles, réglé comme une horloge, mais d’une élégance somptueuse. L’instrument dégage une sonorité cristalline et aérienne, jamais agressive. À l’heure où le clavecin est souvent remplacé par le piano moderne, ce disque admirable fait figure d’exception. Élémentaire mais essentiel.

 

 

 

 

 

Telemann (1681-1767) Concertos et Ouverture. Vincent Lauzer. Mathieu Lussier.

Posted in Telemann on 18 avril 2020 by rfauclair

Concerto pour flûte à bec en do majeur, TWV 51:C1

Concerto pour flûte à bec et basson en fa majeur, TWV 52:F1

Ouverture en sol majeur TWV 55:G5 (premier enregistrement mondial)

Vincent Lauzer, flûte à bec.

Mathieu Lussier, basson et direction.

Arion Orchestre Baroque, Alexandre Weimann, direction.

Enregistré à St-Augustin de Mirabel en 2015 et 2019.

Atma. 2020. ACD2 2789. 56m.

Appréciation: Superbe*****

Allegretto du Concerto en do majeur

Tempo di Menuet du Concerto en do majeur 

Allegro du Double Concerto en fa majeur

Extrait de l’Ouverture (Suite) en sol majeur 

« Donne à chaque instrument ce qu’il aime, ainsi l’exécutant s’y livre avec goût et tu y prends plaisir… Ce qui a surtout entretenu mon ardeur au travail, c’est que j’eus le bonheur de connaître les musiciens les plus célèbres de diverses nations, dont l’habileté m’a chaque fois donné le goût d’apporter à la composition de mes morceaux force soin et réflexion, afin de gagner leur faveur et celle de leurs compatriotes. » Citations de Georges Philippe Telemann.

Voilà un disque tout à fait dans l’esprit de Telemann, le plus épicurien des compositeurs, le plus prolifique, et le plus habile à préparer les plats musicaux les plus variés qui soient. Telemann aimait les musiciens, et lui-même pratiquait un grand nombre d’instruments. C’est pourquoi il leur a donné les plus agréables musiques, et également, les plus difficiles à exécuter!

Vincent Lauzer est incroyable de virtuosité dans ces pièces de haute voltige. Lui seul peut atteindre cette rapidité digne d’un oiseau-mouche! Le Concerto en do majeur semble avoir été conçu pour lui. Le Tempo di Menuet est si jouissif, si éloquent, véritable tour de force de précision et de souffle, qu’il défie toutes lois de la physique!

Le Concerto pour basson et flûte est dans la même catégorie. C’est une musique un peu bouffonne, qui fait sourire, comme le stand-up d’un duo comique. Matthieu Lussier, bassoniste d’une expertise toujours appréciée, s’est synchronisé sans difficulté avec Vincent Lauzer. Le résultat est plus que réussi, et on en redemande encore.

L’Ouverture en sol majeur, bien exécutée comme toujours par Arion, est une oeuvre parmi tant d’autres de Telemann. On n’y découvre rien de vraiment nouveau. C’est bien beau, très baroque français, présenté comme une suite de petits amuse-gueules que l’on savoure un peu distraitement. C’est aussi ça les plaisirs de la vie. À consommer sans modération.

Marais, Marin (1656-1728) Badinages. Mélisande Corriveau. Eric Milnes.

Posted in Marais with tags on 11 avril 2020 by rfauclair

Pièces du Quatrième Livre (1717).

Mélisande Corriveau, basse de viole Barak Norman (1691).

Eric Milnes, clavecin Yves Beaupré (2016) selon un modèle flamand.

Enregistré à Église St-Augustin, Mirabel en juin 2019.

Atma Classique. 2020. ACD2 2785. 52m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude en ré majeur

Le Badinage

Fête Champêtre

Le grand Marin Marais, l’un des plus illustres compositeurs français, a écrit plus de 500 pièces pour la viole de gambe. Entre 1686 et 1725, il publia cinq livres consacrés à cet instrument unique. Les timbres délicats de la viole ont fait de l’instrument le médium parfait des confidences, de la solitude et du confinement. En ces temps de pandémie, se retrouver avec soi-même et une viole de gambe peut faire le plus grand bien!

L’instrument joué par Mme Corriveau est un magnifique Barak Norman construit à Londres en 1691. La violiste, fidèle collaboratrice de plusieurs ensembles baroques, s’est finalement offert la totale avec ce disque émotif, sensible, qui fascine autant qu’il réconforte. Son art, parfaitement maîtrisé, libre et intuitif, généreux en inflexions tendres et passionnées, est agrémenté par des ornements d’une finesse exquise. Les notes aiguës frémissantes, frottées d’un crin parfois imperceptible, portent en elles une indicible beauté. Eric Milnes, subtilement en retrait, met en valeur la musicienne par un clavecin aux intonations douces et réservées.

Le choix des pièces peut se voir comme un hommage aux plus grands violistes qui l’ont précédé. Il y a bien sûr Jordi Savall, encore omniprésent dans l’air de Tous les matins du Monde. Ces pièces familières semblent bien lointaines maintenant. Avouons-le sans ambages, Mélisande Corriveau a décroché ces vieux draps sombres que le très austère Savall avait imposé aux scènes du film. En dépoussiérant le répertoire, elle a instauré une fraîcheur nouvelle à l’oeuvre de Marais. La dernière pièce du disque, Les Voix Humaines n’est pas là pour rien. Certainement, ce choix délibéré est une salutation sincère et bien sentie d’une collègue envers ses amies musiciennes. Cet ensemble bien connu, fondé à même le génie de Marin Marais, fait encore chanter ses violes à travers le temps.

 

 

 

 

Schubert (1797-1828) Oeuvres pour piano Volume II. Mathieu Gaudet.

Posted in Schubert on 29 mars 2020 by rfauclair

Sonate en mi majeur d.459 (1816)

Mélodie hongroise en si mineur d.817 (1824)

Trois Klavierstücke d.946 (1828)

Mathieu Gaudet, piano Steinway.

Enregistré au Palais Montcalm, Québec en 2019

Analekta. 2020. AN 2 9182. 62m.50s.

Appréciation: Superbe*****

Allegro moderato Sonate d .459

Klavierstücke no.2 Allegretto (extrait)

Débuté l’an dernier, le projet intégral des oeuvres de Schubert regroupera douze disques sur une période de six ans. La musique de Schubert, présentée par Mathieu Gaudet, est traduite avec soin, stylisée de manière retenue, éclairée par une approche sensible des oeuvres. L’interprétation est limpide, parfois subtilement décorée, dessinée comme à l’aquarelle. Les notes, jouées avec l’art d’un impressionnisme rêveur, semble miroiter doucement à la surface d’une eau touchée par la lumière. C’est vraiment très beau.

Le pianiste évite tout contact brutal au clavier, et nous invite plutôt à l’introspection par des phrasés relâchés, détendus. L’acoustique d’ensemble est aérée, légèrement diffuse, propice à une écoute idéale. C’est Schubert que l’on accueille chez soi avec joie, bien enveloppé dans la poésie de l’instant présent, de sa mélancolie douce-amère, de son chant inimitable qui apaise et réconforte. Excellent.

Dvorak (1841-1904). Symphonie no.9. Copland (1900-90): Billy the Kid.

Posted in Copland, Dvorak with tags on 21 mars 2020 by rfauclair

Symphonie no.9 op.95 « Du Nouveau Monde ».

Aaron Copland: Billy the Kid.

National Symphony Orchestra.

Gianandrea Oseda, direction.

Enregistré à Concert Hall, JFK Center, Washington, en 2019.

NSO. 2020. NSO0001. 62m. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Adagio-Allegro molto

Largo

The Open Prairie de Copland

La Symphonie « en provenance du nouveau-monde » est la plus célèbre de Dvorak. Elle fut créée à Carnagie Hall à New-York en décembre 1893. Le succès fut foudroyant, et depuis ce temps, elle demeure à l’affiche partout sur la planète. Elle contient des motifs amérindiens et afro-américains, mais également d’une forte présence folklorique de la Bohème natale de Dvorak. C’est aussi une symphonie très enracinée par ses influences germaniques: Beethoven, Brahms, Wagner.

Le mandat de Dvorak à New-York, engagé comme professeur de composition au Conservatoire, était d’aider les américains à « trouver la voie vers la Terre Promise d’un nouvel art indépendant…bref, ils attendent de moi que je créé une musique nationale! » Sa neuvième symphonie fut donc écrite dans ce but. C’est une oeuvre ambitieuse, au souffle grandiose, mais dans un sens pas du tout américaine, puisque son contenu est plutôt inspirée par les esclaves noirs et les amérindiens qui ont été asservis par eux. Tout de même cette symphonie fut sans doute le tremplin nécessaire aux compositeurs américains à trouver leur propre voie.

Aaron Copland fut l’un d’eux, probablement le plus grand. En voulant se distancier du règne tout-puissant de l’Europe musicale austro-germanique, Copland créa un langage original, propre aux américains. Il puisa donc son inspiration dans les westerns! Son ballet Billy the Kid, qui retrace les aventures du hors-la-loi, est bourré d’images cinématographiques fort amusantes et stimulantes. C’est un chef-d’oeuvre en son genre, qui influença grandement le cinéma américain.

Le chef italien Gianandrea Noseda (n.1964), récemment nommé directeur musical du National Symphony Orchestra de Washington D.C., possède une longue liste de prestations publiques et d’enregistrements sur disque. Sa direction est ferme, d’un dynamisme impressionnant. Il a devant lui un orchestre puissant, d’une matière sonore riche et profonde, dont il soutire tout le potentiel dans une cohérence irréprochable. Son interprétation de la 9e symphonie vaut celle des plus grandes connues au disque.

En écoutant cette Nouveau Monde, je me suis mis à éprouver de nouvelles sensations, de nouvelles images fortes en émotions. Pourtant, je l’ai entendu plus d’une fois. Le premier mouvement m’a fait l’effet d’une grande aventure sur une mer déchaînée. Le vaisseau monte et descend les vagues avec fureur. Puis, il y a une accalmie, le chant d’une flûte apparaît, porteur d’un message plein d’espoir. On arrive finalement à bon port, sain et sauf. Le célèbre Largo qui suit, soutenu avec nostalgie par le cor anglais, est un hymne rempli de reconnaissance. Puis c’est la découverte de ce nouveau monde, florissant de vie, d’un paysage grandiose à perte de vue. Avec le Molto Vivace on entre dans un tourbillon de forces sauvages, en plein vent dans la plaine, au sein d’une danse rituelle imaginaire. Dvorak termine sa symphonie avec ce puissant Allegro con fuoco, volontairement slave, rythmé avec force. C’est le triomphe de ce voyage mémorable, dont il nous rappelle les thèmes du début l’aventure. La finale est saisissante, d’un souffle renversant. Le message de cette symphonie est celui du courage devant l’adversité. Un chef-d’oeuvre universel.

 

 

 

 

 

Bruckner, Anton (1824-1896) Symphonie II Version originale de 1872.

Posted in Bruckner with tags on 10 mars 2020 by rfauclair

Symphonie no.2 en do mineur, version 1872.

Édition William Carragan 2005.

Altomonte Orchester St-Florian.

Rémy Ballot, direction.

Enregistré en public à Stiftsbasikika St-Florian, Autriche en 2019.

 

Gramola Records. 2019. 99211. 2cds. 84m.5s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Extrait du Scherzo

Extrait de l’Adagio

Extrait du Finale 

C’est dans les archives de la Basilique St-Florian que le musicologue William Carragan découvrit, en 1990, les manuscrits originaux de 1872 de la deuxième symphonie. Jugée à l’époque beaucoup trop longue, il fut demandé à Bruckner de la réduire substantiellement pour éviter « d’épuiser le public ». La version originale fut donc mise de côté pendant plus d’un siècle. Carragan l’a reconstruite d’un bout à l’autre en respectant le plan initial du maître de St-Florian. Ainsi, le Scherzo retrouve sa place d’origine, après le premier mouvement, redonnant une structure plus appropriée à l’oeuvre. Le magnifique Adagio qui suit prend alors tout son sens. Il fait figure d’une longue pause méditative entre deux sections colossales, un repos complet avant de reprendre le sentier de cette grande odyssée humaine et spirituelle. Quant au Finale, il contient des passages magiques qu’on semble découvrir pour la première fois. À lui seul, ce mouvement est une véritable symphonie.

C’est en comparant le minutage de la première symphonie (1866) que l’on se rend compte à quel point Bruckner voulait produire une deuxième oeuvre beaucoup plus ambitieuse que l’on aurait cru. L’interprétation qu’en donne Rémy Ballot, d’un souffle continu et d’une grandiose lenteur de 84 minutes, est l’une des plus longues de l’histoire de la discographie. Si l’on veut bien tout laisser à l’entrée de cette Basilique, on se retrouvera hors du temps. L’esprit naviguera entre les thèmes immenses en forme de cycle perpétuel, en mouvements bâtis par de larges tensions qui se développent et se libèrent. C’est l’effet Bruckner, parfaitement réussit par l’Orchestre Altomonte.

Au sein d’une vaste acoustique bénie des dieux, le chef prend bien son temps pour faire planer l’ensemble. L’exécution est admirable, comme un hommage émouvant au grand Sergiu Celibidache, dont Rémy Ballot fut le disciple. Un moment mémorable où la deuxième symphonie reprend sa place définitive au côté des plus grandes.

 

 

Beethoven (1770-1827) Les Concertos pour piano. Stewart Goodyear.

Posted in Beethoven with tags on 1 mars 2020 by rfauclair

BBC National Orchestra of Wales.

Andrew Constantine, direction.

Enregistré en 2018 à Hoddinott Hall, Cardiff, Pays de Galles.

Orchid Classics. 2020. 100127. 3cds. 175m.14s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro con brio Concerto no.3 en do mineur op.37

Allegro Concerto no.5 en mib majeur op.73 Empereur

Né à Toronto en 1978, Stewart Goodyear a plongé dans l’univers Beethoven dès son enfance. « À trois ans, étant déjà très introverti, j’ai écouté toutes les sonates sur une table Mickey Mouse en une seule journée! » En 2010, il a conclu un marathon épuisant de 9 récitals des 32 sonates, défi qu’il s’était donné pour ses 32 ans! Son intégrale parue chez Marquis Classics a été très bien reçue par la critique. On parle d’un pianiste puissant, qui ne fait pas dans la dentelle. Pour l’avoir vu et entendu au Festival de Lanaudière, ce phénomène sur deux pattes est plutôt petit de taille, dans des habits qui semblaient un peu grand pour lui. Après le concert, j’ai échangé quelques mots polis avec lui. Il semblait perdu dans ses pensées, comme déconnecté de la réalité ambiante. Il était encore absorbé par la musique, dans son monde intérieur.

Pour les cinq concertos, qu’il maîtrisait déjà depuis longtemps, le pianiste canadien a attendu le moment propice pour les enregistrer. Il fallait trouver le chef et l’orchestre idéal pour ainsi traduire « la joie universelle et le plaisir de cette musique ». Il faut une fusion spéciale soliste/orchestre. Comme les trois derniers concertos sont de véritables symphonies avec piano, ils exigent un réel libre-échange de forces et d’expressions continues.

Andrew Constantine (n.1961) impose une direction explosive à son orchestre. Les contrastes sont virulents, les élans sont dynamisés avec panache, soutenus en profondeur par des contrebasses vives et des timbales impressionnantes. Le style d’ensemble va extrêmement bien avec la puissance percussive du jeu de Goodyear. Son piano est mis à rude épreuve. L’interprète livre une bataille sans merci à son instrument. Les oeuvres sont attaquées de front, sans ménagement. Parfois on est saisi par le terrible drame qui se déroule devant nous. C’est Beethoven qui frappe désespérément à la porte. Elle finit par se fracasser dans une lumière aveuglante. C’est la joie triomphante qui éclate. Un grand album Beethoven!