Bach, J.S. (1685-1750) Suites Françaises et Anglaises. Toccatas. Blandine Rannou.

Posted in Bach J.S. with tags on 19 février 2026 by René François Auclair

Suites Françaises bwv 812-817

Suites Anglaises bwv 806-811

Toccatas bwv 910-916

Clavecin A.Sidey d’après Ruckers-Hemsch (1636-1763)

Enregistré entre 2001-2005 à Paris et Bruxelles.

Zig-Zag/Outhere.2011.ZZT111002. 5cds. 5h25m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Suite Française no.3 en Si mineur

Suite Anglaise no.4 en Fa majeur

Toccata bwv 911 en Do mineur (Fugue)

Le clavecin, on l’aime ou pas du tout. Il peut parfois être astringent, grinçant pour les oreilles. Peu fréquentable des salles de concert, il garde encore la réputation d’être peu expressif. C’est pourtant sur ce médium à cordes pincées que Bach a composé ses plus admirables pièces pour clavier, mis à part son oeuvre pour orgue.

Primo, le choix de l’instrument est primordial, ses résonnances internes, son éclat lumineux. La prise de son est cruciale: il faut trouver le juste milieu pour le permettre de s’exprimer élégamment, sans agressivité. Le jeu de l’interprète est encore plus important. Il faut éviter la raideur mécanique, la verticalité et la rapidité d’une machine à écrire. Du gigantisme de Wanda Landowska jusqu’à la subtilité d’une Blandine Rannou, il y a eu une longue évolution. L’instrument a gagné en grâce. De nos jours, sa place est essentielle pour comprendre la musique des Bach, Couperin, Scarlatti ou Rameau.

Bach exige beaucoup, mais donne beaucoup en retour. Blandine Rannou est ici fabuleuse. Richesse sonore, pulsation souple, intériorisation prenante, elle joue autant sur la beauté que du drame bouleversant. On est doucement bercé ou aspiré dans un vortex puissant. Allemandes et Sarabandes sont particulièrement allongées, méditatives et mélancoliques à souhait. Le mouvement, l’être, l’esprit et l’âme, qu’importe comment cela se nomme, l’anima de la musique de Bach est entière. L’apothéose du clavecin.

Bach, J.S. (1685-1750) Oeuvres pour le luth. Evangelina Mascardi.

Posted in Bach J.S. with tags on 16 février 2026 by René François Auclair

Suites bwv 995-997

Partita bwv 1006a

Prélude/Fugue/Allegro bwv 998

Prélude bwv 999

Fugue bwv 1000

Luths baroques de 13 et 14 jeux par Cezar Mateus.

Enregistré à Montis Regalis Academy, Mondovi en 2020-2021.

Arcana. 2022. A529. 2 cds. 110m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Suite bwv 997 en do mineur

À son décès, un inventaire des biens de Bach fut documenté. En plus d’une belle collection de livres, un grand et petit pot de café et divers objets domestiques, une liste assez longue d’instruments fut dressée. Bach possédait 7 clavecins, dont deux luth-clavecins et un luth, dont personne ne doute qu’il savait très bien en jouer. Mais la plupart des oeuvres du catalogue bwv, que l’on croyait dédiées au luth, sont en fait écrites pour le luth-clavecin, instrument à clavier à cordes de boyaux dont la sonorité fragile rappelle le luth. Par ailleurs certains des amis luthistes de Bach, dont le célèbre Sylvius Leopold Weiss, avaient la maîtrise nécessaire pour exécuter ces oeuvres techniquement très difficiles, considérées à l’époque comme injouables au luth.

D’origine brésilienne, Evangelina Mascardi s’est imposée comme l’une des meilleures luthistes à ce jour. On l’a vu récemment sur les médias sociaux dans quelques vidéos où l’on a apprit à la connaître. Elle interprète la musique de Bach avec beaucoup de sensibilité. Son visage semble parfois communiquer toute la douleur inhérente à cet instrument dont Bach a parfois utilisé le caractère funèbre dans son oeuvre sacrée. On aime l’aspect coulant de son jeu, la délicatesse des ornements, la modération des tempos qui révèlent subtilement les danses. La splendide Suite bwv 997, oeuvre de la maturité, trouve en Mme Mascardi une interprète idéale. Une réussite exemplaire.

Bach, J.S. (1685-1750) Bach on the Lute. Nigel North.

Posted in Bach J.S. with tags on 14 février 2026 by René François Auclair

Transcriptions de Nigel North.

Sonates et Partitas bwv 1001-1006

Suites bwv 1007-1012.

Luth baroque à 13 jeux Neitzert d’après L.Widhalm.

Enregistré à St-Martins Church, East Woodhay entre 1993-96.

Linn Records. 2007. CKD 300. 4cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Partita bwv 1004 Allemande

Sonate bwv 1003 Fugue

Suite bwv 1010 (extraits)

Suite bwv 1012 (extraits)

C’est sans doute l’un des plus beaux coffrets consacrés au luth. Toutes les Sonates, Partitas et Suites solos sont transcrites avec un grand soin par ce maître du luth. L’enregistrement est somptueux: la musique transfigurée. Le jeu de Nigel North respire, détache les voix secondaires, approfondie la complexité des fugues avec sagesse et rigueur. De ce long processus de transcription des parties solos jusqu’à cet instrument intime, Nigel North a accompli un travail d’orfèvre. Bach aurait approuvé sans hésitation. L’esprit et la lettre sont respectés. Amen.

Bach, J.S. (1685-1750) Bach on the Rauwolf lute. Jacob Lindberg.

Posted in Bach J.S. with tags on 14 février 2026 by René François Auclair

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Prélude bwv 999. Fugue et Largo bwv 1005. Suite bwv 1007. Suite bwv 1006a. Sonata bwv 1001. Chaconne bwv 1004.

Luth Sixtus Rauwolf, Augsburg 1590, restauré en 1715.

Enregistré en 2020 à l’église Länna, Suède.

BIS Records. 2021. BIS-2552. 87m.57s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude de la Suite bwv 1007

Prélude de la Suite bwv 1006a

Chaconne de la partita bwv 1004

Le très estimé luthiste suédois Jacob Lindberg (n.1952) propose un album somme, tout consacré à Bach. La plupart des oeuvres choisies ont été transcrites par lui, sauf le Prélude bwv 999 et la Suite bwv 1006a qui sont demeurées à leur état d’origine.

L’instrument est un Sixtus Rauwolf, construit près d’un siècle avant Bach, très rare et soigneusement restauré au cours des années. Il possède neuf jeux de double cordes et deux cordes simples pour les notes supérieures. Le manche a été modifié en 1715 pour lui ajouter des jeux supplémentaires. Il est devenu ainsi un instrument mieux adapté pour jouer la musique plus élaborée du 18e siècle, comme celle du grand Jean-Sébastien.

La musique de Bach a cette profondeur d’expression unique, structurée sur une assise solide, complexe dans ses harmonies audacieuses, mais toujours au service des mélodies supérieures qui s’imprègnent facilement dans l’oreille et puis dans l’esprit. L’effet de sa musique sur l’âme demeure pour moi un mystère. Et la retrouver sur un simple luth lui confère un aspect poétique particulier et intime. C’est l’apologie de la solitude, le contact du moment présent, l’intériorisation de la musique en soi.

Jacob Lindberg fait dérouler le temps par un jeu calme et réfléchi, tout en maintenant la pulsation régulière d’une horloge. Grâce à cet élan d’ensemble relâché, le luthiste laisse de l’espace aux résonances propres à l’instrument. Le contact des doigts sur les cordes est net et franc, ce qui permet aux polyphonies d’être parfaitement lisibles. Les arpèges, parfois improvisés par le musicien, s’intègrent naturellement à la partition. Il y a ici un art consommé du jeu de luth gracieux, fait d’accords fragmentés et au style brisé. Lindberg réussi à faire couler ces oeuvres doucement tout en conservant leur pouvoir chantant, ce qui est un exploit en soi, puisqu’elles ont été composées avant tout pour le violon ou le violoncelle.

L’album culmine par la grande Chaconne, oeuvre phare de Bach, qui s’élance comme une plainte et puis se transforme en chant d’action de grâces magnifique. Lindberg et son précieux instrument deviennent alors un prisme d’où transcende la lumière. Sublime.