Campagnoli, B. (1751-1827) Quatuors avec flûte traversière. Ensemble Il Demetrio.

Posted in Campagnoli on 15 septembre 2018 by rfauclair

81ualEzuuFL._SL1200_6 quatuors avec flûte.

Gabriele Formenti, flûte Tardino à six clés d’après Grenser, 1763.

Maurizio Schiavo, violon Pistoni d’après Guarneri, 1735.

Mauro Righini, alto Zanoli, Vérone, 1749.

Antonio Papetti, violoncelle anonyme français, début 19e siècle.

Enregistré à Bartok Studio, Bernareggio, Italie en 2017.

Brilliant Classics. 2018. 95399. 68m.41s. Appréciation: Très Bien****

Allegro con variazioni du quatuor no.3 

Allegro espressivo du quatuor no.4

Andante graziozo du quatuor no.4 

Pourquoi parler de ce disque modeste et sans prétention? Peut-être par ce que c’est tout simplement ravissant. Ces quatuors s’écoutent par coeur. Il y a ceux de Mozart qui sont de petits chefs-d’oeuvre. Ceux de Campagnoli, écrits fin 18e siècle, sont faits dans le même moule. Les formules galantes de cette musique souriante ne servent qu’à embellir le temps qui passe. C’est aussi pour le plaisir d’entendre le son velouté de la flûte traversière accompagné sagement par un trio à cordes. J’ai toujours aimé cette rondeur délicate du traverso, que je préfère au métallique de la flûte moderne. Bien entendu, ce répertoire ancien convient beaucoup mieux à l’instrument de bois.

L’interprétation est savoureuse. Les chambristes italiens offrent une belle prestation, simple et détaillée. Les sonorités champêtres des instruments sont bien captées. Campagnoli revit l’espace d’un instant. Et on se remet à rêver à ce monde révolu et sans souci. C’est l’un des mystères de la musique qui fait voyager sans se déplacer, qu’importe quelle soit modeste ou grande.

Bartolomeo_Campagnoli_1778

 

 

Linpinski, K.J. (1790-1861) Trios pour cordes op.8 et op.12.

Posted in Lipinski on 10 septembre 2018 by rfauclair

71m40rEh1TL._SL1200_Trio en sol mineur op.8 (1814)

Trio en la majeur op.12 (1818-26)

Voytek Proniewicz, violon solo.

Adam Roszkowski, violon. Jan Roszkowski, violoncelle.

Enregistré à Lutoslawski Concert Studio, Cracovie en 2017.

Naxos. 2018. 8.573776. 73m.57s. Appréciation: Superbe*****

Moderato du trio op.8 

Adagio du trio op.8

Boléro du trio op.8

Karol Josef Lipinski fut l’un des plus grands violonistes du 19e siècle romantique. Il fut considéré l’égal du célèbre Paganini. Lorsqu’on demanda à ce dernier qui fut le meilleur violoniste du temps, celui-ci répondit: « Le meilleur, je ne sais pas. Mais le deuxième est certainement Lipinski! »

Le musicien polonais possède un style qui diffère du grand italien. Il y a du lyrisme à profusion, encore très classique et viennois dans son essence. On ressent également une connexion à son propre terroir, très engagé en vibrations folkloriques d’un pathétisme prenant. La virtuosité est omniprésente, grandiloquente, et plusieurs pièces sont d’authentiques morceaux de bravoure dont l’étonnant Boléro du trio op.8 qui dure près de 20 minutes!

Lipinski a donné au violon tout ce qu’il lui est possible pour émouvoir, surprendre, et renverser l’auditeur. Les musiciens polonais que l’on présente ici sont tout à fait à la hauteur du projet. Le premier violon, Voytek Proniewicsz est sensationnel. Son exécution est celle d’un grand virtuose. Il est complètement absorbé dans la musique, très à l’écoute de sa propre sonorité, parfois délicate ou d’une profondeur enivrante. Le charme et la démesure. Chaudement recommandé.

Vandini, A. (1691-1778) Sonates pour violoncelle et continuo. Bologna Baroque.

Posted in Vandini on 6 septembre 2018 by rfauclair

81ROQbSCVtL._SL1500_Six sonates pour violoncelle et continuo.

Antonio Mostacci, violoncelle piccolo à 5 cordes G.F Leonporri, 1750.

Antonio Manzo, violoncelle. Paolo Poti, clavecin.

Enregistré à l’Oratoire de la Sainte Croix à Rome, sept. 2016

Tactus. 2018. TC 692202. 56m.31s. Appréciation: Moyen**

Largo-Allegro-Menuet de la sonate en Sib majeur

Grave de la sonate en Sib majeur

Dommage que l’instrument ancien sonne faux. Le musicien italien a beau y mettre toute son expertise, rien n’y fait. En dépit de cette expérience malheureuse, force est de reconnaître que la musique d’Antonio Vandini mérite qu’on s’y donne la peine. Plus baroque et authentique que ça, tu meurs…

Pourtant ses adagios sont beaux à faire pleurer, aux grand lyrisme sensible et expressif, beaucoup plus expansifs que ceux de Vivaldi. Ses allegros intenses et débridés utilisent toute l’étendue de l’instrument et donnent à l’artiste de beaux défis techniques. L’éminent musicologue Charles Burney (1726-1814) disait de Vandini « qu’il jouait d’une telle façon, que son instrument semblait parlé ». Grand ami du fabuleux violoniste Tartini, Vandini était autant réputé que lui. Mais il n’est resté qu’une poignée de ses d’oeuvres, dont ces six sonates, peu enregistrées.

Mais on se lasse vite du vieil instrument de 1750 à la sonorité âpre et tranchante. On espère que d’autres musiciens s’y mettront. Tiens pourquoi pas une spécialiste des cinq cordes comme Elinor Frey par exemple? On le souhaite vivement.

Bach, J.S. Six Evolutions. Yo-Yo Ma.

Posted in Bach J.S. with tags on 2 septembre 2018 by rfauclair

61MGb7QhNxL._SL1200_Suites pour violoncelle bwv 1007-1012

Enregistré à Mechanics Hall, Worcester, MA en 2017

Sony Classical. 2018. 19075854652. 133m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Allemande no.4 bwv 1010

Allemande no.6 bwv 1012

Gigue no.6 bwv bwv 1012

Yo-Yo Ma (n.1955) n’est plus à présenter à qui que ce soit. C’est un artiste complet, engagé, ouvert et extrêmement doué. On n’est pas surpris d’une troisième intégrale de Bach en son nom. C’est un musicien qui a beaucoup évolué. Une comparaison rapide de son premier enregistrement de Bach et celui d’aujourd’hui montre à quel point tout est différent maintenant.

Je n’étais pas particulièrement motivé à reprendre encore les Suites, puisqu’il existe déjà des tonnes de versions au disque. J’ai commencé l’écoute de ce nouvel album par la 6e, ma préférée. C’est la plus radieuse de tout le corpus. Du Prélude à la Gigue finale, impossible de m’en sortir. J’étais complètement absorbé par la musique de Bach.

Si Bach est un fleuve ou une rivière, puisque son nom se traduit ainsi, le violoncelle de Yo-Yo Ma devient autre chose. Il est tout simplement musique. Il s’évanouit dans une immatérialité inexplicable… Nous sommes à des années-lumière des interprétations romantiques et robustes des légendes de l’instrument où le médium prenait toute la place. Maintenant, c’est la perfection des lignes, tracées soigneusement comme une calligraphie. La musique s’élève au-dessus du terrestre et nous interpelle en même temps à l’intérieur. Quelque chose s’ouvre en soi.

Yo-Yo Ma a dépouillé son jeu avec le temps. Les notes sont légères, dansantes, aériennes. La virtuosité est d’une finesse inouïe, inventive à toutes les mesures. Tout coule de source. Comme Bach, son instrument devient une rivière finalement. Indispensable.

Graun, J.G. (1703-1771) Trios. Ensemble Les Récréations.

Posted in Graun, J.G. on 19 août 2018 by rfauclair

71Bc8b8UVmL._SL1500_Trio pour deux violons et continuo en do mineur

Quatro avec viole de gambe en sol mineur

Trio pour clavecin et alto en do mineur

Trio pour deux violons et continuo en Sol majeur

Enregistré à l’église St-Joseph en Frasne-le-Château en 2010

Raumklang. 2012. RK2008. 70m.29s.

Appréciation: Superbe*****

Adagio du trio en do mineur 

Piu tosto allegro du quatro en sol mineur

Allegro ma non troppo  pour alto et clavecin en do mineur

Allegro du trio en sol majeur

Johann Gottlieb Graun était un musicien réputé en son temps. Avec son frère Carl Hendrich, il a fait partie de l’orchestre de la cour royale de Frédéric de Prusse au milieu du 18e siècle. À l’instar de son frère qui a composé surtout pour l’opéra, Johann Gottlieb a beaucoup écrit de musique instrumentale. On a retrouvé de lui une quantité formidable de manuscrits, dont plus de 130 trios! Sa réputation de violoniste virtuose était telle que J.S.Bach n’hésita pas à lui confier son fils Wilhelm Friedmann pour l’apprentissage de l’instrument.

La musique de J.G. Graun est à classer dans la période tardive du baroque. Il y a beaucoup de sensibilité dans sa manière de composer. Les harmonies complexes des voix supérieures sont souvent traitées avec une pleine recherche d’effets émotifs. Il y a ici la présence d’une musique d’une qualité surprenante qui rejoint celle du grand Bach. Les deux violons sont en dialogue constant, s’enlaçant ou s’éloignant l’un de l’autre furtivement pour ensuite se réunifier à nouveau. L’atmosphère est chargée d’un noble pathos où l’auditeur n’a jamais l’impression d’être enfermé dans un contrepoint trop savant. Graun a donné à ces pages la liberté et la fluidité d’une musique qui est beaucoup plus qu’un simple divertissement. Comme disait son collègue C.P.E. Bach: « Il faut toucher le coeur avant tout. »

Les musiciens s’exécutent au sein d’une vaste réverbération qui dissout un peu le langage musical. Mais l’évanescence de cette acoustique apporte également une aspect quasi-mystique à l’ensemble. Il est relevé par un art du violon extrêmement raffiné. Il y a plusieurs morceaux dignes de mention sur ce disque unique. Comme cette rare sonate pour alto et clavecin, longue élaboration de pur empfindsamkeit, qui semble à elle seule, annoncer la fin de cette grande période de la musique ancienne. Captivant.

 

Bach, J.S. (1685-1750) Variations Goldberg. Sachiko Kato, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 21 juillet 2018 by rfauclair

044747320229Enregistré à Klavierhauss Hall à New York en 2011.

Centaur Records. 2012. CRC 3202. 59m.15s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

 

Aria

Variations 21 à 24 

C’est en voguant sur le Naxos Music Library, immense océan de musique, que j’ai découvert cette île déserte dans le monde de la musique classique. Une pianiste méconnue, un label modeste, et une oeuvre bénie des dieux depuis toujours.

Il y a beaucoup de poésie dans le jeu de la pianiste américaine. Elle y met du relief, de la profondeur, la délicatesse et la rigueur, la modération et la vigueur, autant ce qui lui permet de varier le temps qui passe, d’exposer les voix entre elles de la manière la plus claire possible.

Ces Variations nous parlent de l’intérieur. La musicienne s’efface. Tout ce qui reste est la beauté du discours. Enregistrées dans des conditions idéales, ces Goldberg nous livrent quelques secrets cachés. Le temps s’estompe et on ne veut plus quitter ce lieu magnifique.

Danzi, F. (1763-1826) Quatuors avec basson op.40. Ensemble Island.

Posted in Danzi on 12 juillet 2018 by rfauclair

51ylDsrmTCL3 quatuors op. 40 (1813) interprétés sur instruments d’époque.

Jane Gower, basson. A. Lohmann, violon.

Galina Zinchenko, alto. Jennifer Morsches, violoncelle.

Enregistré à Oud Katholieke, Delft, Pays-Bas en 2002

Centaur. 2004. CRC 2708. 72m.29s. Appréciation: Très Bien****

Allegro du quartet en do majeur 

Polonaise du quartet en do majeur

D’une formule inusitée dans la musique de chambre, ces quatuors avec basson de Franz Danzi sont de bon goût, bien écrits et représentatifs d’un style souriant et vertueux. Composées en 1813, alors que Beethoven est en pleine gloire, ces oeuvres mineures sont délicieuses et rafraîchissantes à écouter. Cette musique optimiste cache bien la suite de revers de fortune et de destins malheureux qui ont accablé le compositeur. À la mort de sa femme en 1799, diva reconnue en son temps, il a cessé de composer tellement sa douleur fut grande. Il s’est ensuite remis au travail et a connu une période très féconde, dont font partie ces quatuors gorgés de santé et d’une belle énergie.

La goguenardise dont souffre parfois le basson est totalement exclue lorsqu’on entend avec quel talent Danzi a généreusement offert au soliste des envolées dignes de Mozart et Beethoven. La présence de l’instrument se transforme en un véritable plaisir de tous les instants.

Les cordes, agiles comme il se doit, lancent constamment des défis au bassoniste, brillamment relevés par Jane Gowen sur un instrument historique non spécifié dans le livret. Les trois autres musiciennes de l’ensemble ont chacune leur moment où elle peuvent également se faire valoir. C’est grâce à Danzi, habile compositeur, qui, à l’image du basson, a toujours vécu dans l’ombre des plus grands, mais dont on accepte spontanément sa personnalité bien sympathique.