Tapeo. Musiques Espagnoles. Duo Crozman/Chiu.

Posted in Albeniz, Cassado, Granados on 27 février 2021 by René François Auclair

 

Cassado, Falla, Ravel, Turina, Granados, Ginastera, Ponce, Guerrero.

Cameron Crozman, violoncelle Joannes Guillami, Barcelone 1769.

Philip Chiu, piano.

Enregistré au Domaine Forget, Québec en 2020.

Atma Classique. 2021. ACD2 2820. 51m.

Appréciation: Superbe*****

Requiebros de Gaspar Cassado

Intermezzo de Enrique Granados

Asturias de Isaac Albéniz

« Je suis tombé amoureux de l’Espagne à l’instant même où j’ai mis les pieds dans un bar à tapas » écrit Cameron Crozman. Ce voyage fut le point de départ de cet album magnifique, gorgé de soleil et d’amour, qui réchauffe le coeur autant qu’il l’envoûte.

Le son du violoncelle, fabriqué à Barcelone en 1769, est splendide. Crozman exploite toutes les qualités de l’instrument par un jeu très attentif à ses sonorités. Le musicien canadien réussit à nous émerveiller par toutes sortes de coloris propres à la musique espagnole. Philip Chiu, excellent chambriste, présente un piano en amplitude large et sonore. Il a créé de beaux climats impressionnistes en complémentarité avec le chant du violoncelle. Toutes les pièces choisies sont captivantes, rythmées ou d’une langueur émouvante. Le fameux Asturias d’Albéniz, arrangé par Crozman, est surprenant. L’intermezzo de Granados fut pour moi une belle découverte. C’est une pièce passionnante qui m’a conquis totalement par son aspect transcendant.

La prise de son est en symbiose avec les deux musiciens, équilibrée et généreuse. On écoute avec un plaisir constant les deux instruments dont la présence est tangible. La présentation générale est de qualité exceptionnelle. Un album réussi qu’on revisitera souvent. Longue vie au Duo Crozman/Chiu. Gracias!

Vandini, Antonio (1691-1778) Oeuvres complètes. Elinor Frey, violoncelle.

Posted in Vandini on 13 février 2021 by René François Auclair

Les Six Sonates pour violoncelle.

Concerto en ré majeur.

Elinor Frey, violoncelle Karl Dennis, 2017 d’après Stradivarius 1708.

Patxi Montero, contrebasse, viole de gambe.

Marc Vanscheeuwijck, violoncelle. Federica Bianchi, clavecin.

Enregistré à Sala della Carità, Padoue, Italie en 2019.

Passacaille. 2021. PAS1079. 51m.18s. Appréciation: Très Bien****

Sonata en do majeur no.1

Sonata en Si bémol majeur no.3 

Les oeuvres de Vandini se comptent du bout des doigts. Elles ne sont apparues que récemment dans le milieu du disque classique. La montréalaise Elinor Frey est la troisième musicienne à ce jour à les avoir enregistrées. Il y a eu auparavant deux violoncellistes italiens qui les ont proposés. Antonio Mostacci sur un violoncelle 5 cordes (Tactus TC 692202) et Francesco Galligioni (Dynamic CDS7890). Il faudra faire preuve d’indulgence par rapport à la justesse des instruments. Dans les trois cas, il semble que certaines tonalités ont été plutôt difficiles à accorder. La musique de Vandini exige du musicien de jouer souvent dans la tessiture élevée du violoncelle. Une oreille sensible s’en rendra compte. 

On accueille les pièces de Vandini comme si on les connaissait depuis toujours. Un beau lyrisme parsème ces courtes pages. Les idées musicales se défilent sans contrainte et accrochent le coeur au passage. On s’attache facilement à ce modeste recueil de sonates. Le fait de savoir qu’elles sont les seules qui nous soient parvenues du compositeur leur donne un cachet précieux.

Elinor Frey interprète la musique de Vandini avec sobriété et finesse. Rien d’extravagant ou d’enflammé dans son jeu. Une belle lecture subtile et intériorisée confère à cette musique un sentiment paisible. Elle utilise la technique ancienne de la position de la main sous l’archet. Celle-ci fait vibrer les cordes avec douceur, le crin semblant parfois être à peine frotté. Ainsi la voix de l’instrument semble fragilisée, à l’aspect d’une viole de gambe. Pendant le discours musical, il y a cette impression que l’on écoute les paroles d’une confidence dans le secret. La 3e Sonate en Si bémol est certainement la plus belle, d’une sensibilité touchante. Mention spéciale à la claveciniste Federica Bianchi qui a créé de délicates décorations à la basse continue. 

Bach, J.S. (1685-1750) Sonates et Partitas. Leila Schayegh, violon baroque.

Posted in Bach J.S. with tags on 6 février 2021 by René François Auclair

 

Sonates et Partitas bwv 1001-1006

Violon Guarnerius, Crémone 1675

Enregistré en sept. 2019 et janv. 2020

Salle de Musique, La Chaux-des-Fonds, Suisse.

Glossa. 2021. GCD 924205. 130 m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Preludio de la Partita bwv 1006

Extrait de la Chaconne de la Partita bwv 1004

Gigue de la Partita bwv 1004

Allons droit au but et disons le simplement. Cette interprétation magistrale de la violoniste suisse est d’une rare perfection. Laissons de côté momentanément toute tentative de comparer ce qui a été fait dans un passé lointain ou récent. 

Effaçons de nos mémoires les grands noms du violon, les différentes approches traditionnelles ou baroques. Profitons plutôt du moment présent. Il ne reste que la sublime musique de Bach, les notes qui s’élèvent dans le silence et la réverbération qui les transportent. C’est le discours intérieur de l’esprit qui s’illumine dans une sorte de danse polyphonique des sons.

Dans cette ambiance éthérée, la technique de l’exécution se dissout dans l’espace-temps. L’instrument se transcende et la musicienne n’est plus là. C’est le triomphe de l’esprit sur la matière. 

Ceci n’est pas un disque ou des fichiers numériques. Ceci est la magie des ondes qui atteint les neurones et les font vibrer. Le confinement devient alors une porte ouverte. L’année 2021 et tout le reste n’existe plus. C’est l’effet Bach qui poursuit son oeuvre et fait que ces lignes soient écrites pour tenter d’en expliquer l’essence.

 

 

 

Mokranjac, Vasilije (1923-1984) Piano Works. Vladimir Gligoric.

Posted in Mokranjac on 30 janvier 2021 by René François Auclair

Menuetto (1944). Fragments (1956). Six Dances (1957).

Etudes (1952). Intimiate Voices (1973). Suite Echoes (1973).

Six Preludes (1975-84).

Vladimir Gligoric, piano.

Enregistré à Hans-Rosbaud Studio, Baden-Baden en 2017.

CPO. 2020. 555 221-2. 60m.12s. Appréciation: Superbe*****

Menuetto

Six Dances

Suite Echoes

J’ai écouté ce disque d’un seul trait, fasciné et envoûté, découvrant pour la première fois la musique de ce compositeur serbe. Ce sont, pour la plupart, de courtes pièces s’enchaînant l’une à l’autre. Les plages du disque respectent la chronologie des oeuvres proposées. Ainsi, on découvre la progression de son parcourt musical qui s’étend sur quatre décennies. Du néo-impressionnisme, dans lequel il a incrusté des éléments folkloriques, jusqu’au langage moderne de sa dernière période, au demeurant très personnel et mystique, la musique de Vasilije Mokranjac nous parle d’une manière indéfectible. Véritable miroir de sa personnalité introspective, son oeuvre unique est reconnue depuis longtemps en Serbie.

L’interprétation du pianiste serbe Vladimir Gligoric (n.1979) est indiscutable. D’un style sensible et translucide ou d’une puissante projection sonore, le pianiste ouvre littéralement son instrument à toutes les couleurs possibles. La Suite Echoes est impressionnante. Les figurations d’un cymbalum slave qui parsèment la partition sont particulièrement spectaculaires. En douze minutes, l’auteur nous fait passer par différents états. La pièce culmine dans un passage terrifiant de désespérance. Il est suivie par sa résolution paisible qui nous fait entrer dans un genre de rituel sacré. Après le chaos, le motif initial de l’écho reprend sa place dans la lumière et la sérénité. À découvrir absolument.