Brahms, J. (1833-1897) Les Sérénades. Gävle Symphony. Jaime Martin.

Posted in Brahms with tags on 14 octobre 2018 by rfauclair

71T0pqTQy8L._SL1200_Sérénades op.11 et op.16

Enregistré à Gävle Concert Hall, Suède en 2015.

Ondine. 2017. ODE 1291-2. 72m.33s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Allegro molto de la Sérénade op.16

Adagio non troppo de l’op.16

Menuetto 1-2 de l’op.16

Le Gävle Symphony Orchestra produit un son généreux, digne des plus grands ensembles. L’orchestre suédois, peu connu ici, a été fondé en 1912. Il possède donc une longue tradition musicale et mérite sûrement une meilleure place au disque. Le directeur artistique Jaime Martin, chef d’origine espagnol et flûtiste accompli, dirige l’ensemble de main de maître avec beaucoup de souffle et de verve. On s’étonne que ces oeuvres de jeunesse de Brahms aient été si peu enregistrées.

Sous cette récente gravure, on redécouvre l’art symphonique du jeune Brahms. Ces sérénades ont été composées entre 1857-59 alors qu’il n’avait pas atteint la trentaine. L’écriture est riche, d’une belle densité. Les sérénades de Brahms font l’effet d’une grande marche en pleine nature. Il y a tant de couleurs et de nuances qui embellissent ce parcours. C’est comme une ode dédiée à l’automne et à ses ravissements.

L’alternance continuelle entre les sections des cuivres, des bois et des cordes est admirablement bien équilibrée par Jaime Martin. Les cors, en particulier, sont d’une beauté sonore exquise de laquelle émerge les plus belles images. Une réussite à découvrir.

 

Couperin, François (1668-1733) L’Art de toucher le Clavecin. Olivier Fortin.

Posted in Couperin, F. on 6 octobre 2018 by rfauclair

61z50DI6U4L._SL1200_Pièces tirées de différents ordres.

Enregistré aux Écuries du Château Chaumont en 2017.

Clavecin Skowronceck, 1984 d’après Hemsch, surnommé N.Lefebvre 1755.

Alpha Classics. 2018. Alpha 408. 69m.59s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Premier prélude en do majeur

Les ombres errantes

Le Garnier et les Menuets croisés 

Le clavecin du facteur hollandais Skowroneck résonne magnifiquement, bien en chair, d’une profondeur et d’un médium sonore particulièrement sombre. La prise de son est heureusement bien balancée. Un soupçon de réverbération et une certaine distance de l’instrument sont dosés dans cet équilibre fragile, où tout peut s’écrouler en un instant. Car un clavecin mal enregistré peut devenir une expérience pénible. Ici, nous sommes dans une zone de confort d’une bienfaisance rare.

Olivier Fortin présente la musique de Couperin dans une ambiance feutrée et propice à l’introspection. Il semble avoir pris bien son temps pour penser son Couperin. Il a mûri chaque phrasés, chaque inflexions, d’une gestuelle semblable à de larges ondes. Elles s’épanouissent doucement comme à la surface de l’eau. Avec lui, rien ne presse. C’est la profondeur de l’expression qu’il recherche avant tout. C’est l’art de toucher le clavecin, mais c’est également l’art de composer les couleurs les plus diverses, les sons subtils de la lumière et de la pénombre, en les entrecroisant avec grâce et volupté.

La musique du maître baroque français est d’un naturel envoûtant. L’interpréter au piano fait perdre un peu de son âme, de cette poésie étincelante, de ces éclats lumineux qui font vaguer l’esprit vers quelques hauteurs mystérieuses. Sur son clavecin, Olivier Fortin a réussi tous ces aspects artistiques. Et finalement, il possède aussi l’Art de toucher le coeur. Un sommet.

Galuppi, Baldassare (1706-1785) Concertos pour cordes. Ensemble Stil Moderno.

Posted in Galuppi on 3 octobre 2018 by rfauclair

710GqgaZEcL._SL1000_Sept concertos « a quattro »

Ensemble Stil Moderno.

Enregistré à Saint-Antonio, Milan en 2014.

Brilliant Classics. 2015. 94648. 60m.24s.

Appréciation: Superbe*****

 

Concerto quinto en Sib majeur

Concerto quarto en Mib majeur

Ce ne sont ni des concertos, ni tout à fait des quatuors. Ces oeuvres sont aussi appelées des sinfonias à 4… Les musicologues ne savent pas pour quelle occasion elles ont été conçues, ni leur date de composition. Il n’ont jamais retrouvé les manuscrits originaux. Seulement quelques copies transcrites à la vitesse, comme si on voulait les emporter en voyage à la dernière minute…

Dans l’imposant catalogue de Galuppi, ces pièces font figure d’exception. Ce sont de petits trésors du baroque finissant, très rarement joués et enregistrés. Leur musique s’éloigne de Vivaldi autant dans la forme que dans leur contenu. Elles sont pleines d’idées neuves et sont parfois inclassables dans leur style. On est comme entre deux zones, entre le baroque et le classique.

Les sept concerti a quattro sont interprétés ici par 2 violons, alto et violoncelle. Il y a également un orgue qui vient agrémenter la basse continue. Finalement, ce sont peut-être des sonatas da chiesa? Elles ont pu servir à l’office religieux. En tout cas, elles ont sûrement beaucoup voyagé comme leur auteur. Galuppi a vécu à Londres, St-Petersburg, Vienne, Berlin et puis est revenu à Venise où il a écrit ses célèbres sonates pour clavier. En écoutant ses concerti, on peut s’imaginer au sein d’une salle somptueuse ou d’une chapelle. Peut-être le tsar Pierre de Russie et Catherine la Grande les ont entendus. Ils étaient de grands amateurs de musique italienne, et Galuppi a été à leur service pendant quelques années.

Les musiciens de Stil Moderno interprètent ces pièces de manière minimaliste. Un jeu précis, sans artifice et respectueux. C’est épuré et noble. Un beau trésor signé Galuppi que l’on apprécie énormément. Magnifique acoustique, vaste et transparente.

Glass et Handel. Anthony Roth Costanzo. Les Violons du Roy. Jonathan Cohen.

Posted in Glass, Handel with tags on 1 octobre 2018 by rfauclair

614u5BEB1YL._SL1210_Oeuvres de Phillip Glass (n.1937) et G.F.Handel (1685-1759)

Les Violons du Roy, direction Jonathan Cohen.

Enregistré au Palais Montcalm, Québec.

Decca Gold/Universal Music. 2018. 00028948171903. 61m.53s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Liquid days de Philip Glass

Stille amare tiré de Tolomeo de Handel

Hymn to the Sun (Akhnaten) de Philip Glass

Dès son apparition sur la scène de la Maison Symphonique, Anthony Roth Costanzo avait déjà le public dans sa poche. Souriant, petit de taille, fébrile et communicatif, il parlait aux spectateurs dans un français plus que respectable. Et lorsqu’il s’est mis à chanter, le contre-ténor américain nous a conquis pour de bon. Le volume sonore qui s’échappe de ce petit bonhomme est celui d’un grand!

Avec les Violons du Roy dirigé par Jonathan Cohen, nouveau directeur artistique, Costanzo venait présenter le tout nouvel enregistrement de leur collaboration. Pourquoi réunir Glass et Handel? Selon ses propres mots: « Handel m’a défini. Glass m’a transformé. » Leurs musiques, séparées par les siècles, se rejoignent pourtant par plusieurs aspects formels. La répétition des motifs simples et efficaces, l’amour de la voix humaine et la création de l’émotion pure sont communes aux deux compositeurs.

C’est là que Costanzo nous chavire. Il nous emporte avec lui dans l’univers mythologique de Handel et ses personnages, puis vers l’imaginaire mystique de Philip Glass, à la fois contemporain et intemporel. Ce balancement continuel dans le temps fait de ce disque une expérience nouvelle, inusitée, d’un alliage artistique unique.

La voix et la présence scénique de Costanzo sont conquérantes. Le contre-ténor vibre et vit toute cette musique. Il s’en accapare et en créé une chose qui lui appartient entièrement. Son timbre particulier nous fait penser au regretté Klaus Nomi, iconoclaste et inclassable individu de la scène allemande des années 80. Cependant, Costanzo possède la technique et le contrôle vocal des plus grands contre-ténors. À 36 ans, il est déjà en pleine maturité, et on s’étonne que ce soit seulement son premier disque.

Désormais, Les Violons du Roy ne peuvent plus être seulement classés dans le 18e siècle où Bernard Labadie les avait souvent confinés. Maintenant, les portes sont grandes ouvertes pour explorer tous les genres. Ce passage leur réussit très bien. On le discerne de belle façon dans l’extrait de l’opéra Akhnaten de Philip Glass. Dans cette pièce étonnante, Jonathan Cohen révèle subtilement des textures apparentées aux cordes baroques. Le mélange de genre fonctionne admirablement bien. Ce disque sera une révélation pour plusieurs.

Beethoven, L.V. (1770-1827) Sonates op.30 pour violon et piano. Andrew Wan. Charles Richard-Hamelin.

Posted in Beethoven with tags on 29 septembre 2018 by rfauclair

71+jOIPbMxL._SL1200_Sonates op.30 no.1-2-3

Andrew Wan, violon Bergonzi 1744

Charles Richard-Hamelin, piano Steinway & Sons.

Enregistré à l’Église St-Augustin de Mirabel en 2018.

Analekta. 2018. AN 2 8794. 67m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Adagio molto espressivo de la sonate op.30 no.1

Scherzo de la sonate op.30 no.2 

Allegro vivace de la sonate op.30 no.3

Avant même de découvrir le disque, je savais déjà que c’était la paire idéale pour interpréter les sonates pour violon de Beethoven, dont c’est ici le premier volume. Pour débuter ce projet, les trois sonates op.30 composées en 1802. Encore très inspirées par Haydn et Mozart, ces oeuvres esquissent un visage plutôt serein de Beethoven. Elles sont d’une beauté charmante, vivantes et primesautières. Les grandes pages pour cette formation de chambre apparaîtront un peu plus tard…

Mais la présence d’Andrew Wan et Charles Richard-Hamelin est d’une telle évidence, que cette musique, qui paraît encore bien jeune, se révèle dans toute sa splendeur. Sous d’autres mains, cela tombe souvent dans la banalité.

Heureusement d’Andrew Wan est un musicien exceptionnel. D’une présence indiscutable, le violoniste produit une sonorité d’une beauté enivrante. Il est une révélation de tous les instants. Chacune de ses interventions est prodigieuse, musicale, parfaite. Le concertmaster de l’OSM est enfin mis en pleine lumière. On connaissait déjà son talent, maintenant on l’entend pour vrai.

Charles Richard-Hamelin, c’est la somptuosité de phrasés amples, mesurés à grands traits, d’une puissance tranquille, impériale. Son Beethoven est aussi réussi et convaincant que son Chopin, qui lui a donné une reconnaissance internationale.

Les deux artistes sont en fusion continuelle. Le duo bénéficie d’une prise de son exemplaire, parfaitement équilibrée. On a déjà hâte d’entendre le Printemps et la Kreutzer! Bonté divine que c’est beau…

 

Paisiello, G. (1740-1816) Quatuors avec flûte op.23. Ensemble Il Demetrio.

Posted in Paisiello on 23 septembre 2018 by rfauclair

61PwUTRWPGL6 quatuors avec flûte op.23

Gabriele Formenti, flûte Tardino à 6 clés d’après Grenser, 1763.

Elisa Bestetti, violon italien anonyme, 18e siècle.

Maurizio Schiavo, alto E.Gorr, Crémone, d’après Maggini, 1610.

Antonio Papetti, violoncelle français anomyme, début 19e siècle.

Enregistré à Bartok Studio, Bernareggio, Italie en 2015.

Brillant Classics. 2017. 95268. 50m.32s. Appréciation: Très Bien****

Allegro spirituoso du quatuor no.3

Andante et Rondo du quatuor no.5

Giovanni Paisiello a eu une carrière exceptionnelle. Ce napolitain d’origine se retrouva à St-Petersburgh au service de Catherine de Russie. Puis il fut le compositeur préféré de Napoléon Bonaparte en France. Ses opéras étaient très connus. Mozart appréciait beaucoup sa musique, et s’inspira de lui pour créer Le Nozze di Figaro. Quand Paisiello regagna finalement l’Italie, il fut accueilli dans la gloire.

Ses petits quatuors avec flûte sont plaisants, d’un agréable lyrisme italien. C’est de la musique toute simple, bien ficelée, chantante comme à l’opéra. L’Ensemble Il Demetrio s’y plait en offrant de belles sonorités pures et charmantes. C’est tout à fait joli, et on se met facilement à siffloter ces airs gracieux avec les musiciens italiens.

PaiselloVigeeLeBrun

 

Campagnoli, B. (1751-1827) Quatuors avec flûte traversière. Ensemble Il Demetrio.

Posted in Campagnoli on 15 septembre 2018 by rfauclair

81ualEzuuFL._SL1200_6 quatuors avec flûte.

Gabriele Formenti, flûte Tardino à six clés d’après Grenser, 1763.

Maurizio Schiavo, violon Pistoni d’après Guarneri, 1735.

Mauro Righini, alto Zanoli, Vérone, 1749.

Antonio Papetti, violoncelle anonyme français, début 19e siècle.

Enregistré à Bartok Studio, Bernareggio, Italie en 2017.

Brilliant Classics. 2018. 95399. 68m.41s. Appréciation: Très Bien****

Allegro con variazioni du quatuor no.3 

Allegro espressivo du quatuor no.4

Andante graziozo du quatuor no.4 

Pourquoi parler de ce disque modeste et sans prétention? Peut-être par ce que c’est tout simplement ravissant. Ces quatuors s’écoutent par coeur. Il y a ceux de Mozart qui sont de petits chefs-d’oeuvre. Ceux de Campagnoli, écrits fin 18e siècle, sont faits dans le même moule. Les formules galantes de cette musique souriante ne servent qu’à embellir le temps qui passe. C’est aussi pour le plaisir d’entendre le son velouté de la flûte traversière accompagné sagement par un trio à cordes. J’ai toujours aimé cette rondeur délicate du traverso, que je préfère au métallique de la flûte moderne. Bien entendu, ce répertoire ancien convient beaucoup mieux à l’instrument de bois.

L’interprétation est savoureuse. Les chambristes italiens offrent une belle prestation, simple et détaillée. Les sonorités champêtres des instruments sont bien captées. Campagnoli revit l’espace d’un instant. Et on se remet à rêver à ce monde révolu et sans souci. C’est l’un des mystères de la musique qui fait voyager sans se déplacer, qu’importe quelle soit modeste ou grande.

Bartolomeo_Campagnoli_1778