Weinberg, M. (1919-1996) Symphonies de chambre. Kremerata Baltica. Gidon Kremer.

Posted in Weinberg with tags on 21 février 2017 by rfauclair

81e8v2siul-_sl1400_Symphonies de chambre no.1-4

Quintette pour piano op.18

Gidon Kremer, violon et direction.

Enregistré à Musikverein, Vienne en juin 2015 (live)

Et Latvian Radio Studio, Riga en juin 2015.

ECM New Series.2017. 2538/39. 2 cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro molto de la symphonie no.3

Lento de la symphonie no.3

Presto de la symphonie no.1

Mieczyslav Weinberg a créé une oeuvre très volumineuse. Ce n’est que récemment que son nom est devenu plus familier aux mélomanes. Weinberg a cotoyé les plus grands de son époque, en particulier Dimitri Chostakovitch, qui l’appuyait dans sa création.

Ce russe d’origine polonaise a produit une musique moderne, dite sérieuse, témoin d’une époque plutôt noire de la Russie industrielle et socialiste. On y retrouve une clarté d’écriture étonnante, puisant sa force vitale à la fois par la tradition juive que par ses fulgurantes portions fuguées. Ses accents dramatiques ont parfois la dureté du métal. Elle peut servir d’exutoire ou carrément nous rebuter!

Pourtant on s’y reconnait. La légèreté et les réminiscences d’un Tchaïkovski prennent leur place furtivement entre des zones plus menaçantes.Vacillant constamment entre les tonalités familières d’un 19e siècle traditionnel et l’audace harmonique d’une nouvelle ère, on apprend à aimer Weinberg.

Ses symphonies de chambre, arrangées à partir de quatuors, possèdent en arrière-plan un climat sourd de tragédie humaine, terrible par le ton général proposé, mais authentique et pur. En cela, la musique de Weinberg nous atteint, nous parle et nous captive.

L’interprétation des cordes du Kremerata est impeccable. Gidon Kremer dirige et instaure des climats saisissants, autant dans la contemplation (magnifique Lento de la symphonie no.3) que par l’expression physique d’une musique, qui par sa force, doit survivre à tout prix. À découvrir.

Rameau, J.P.(1683-1764) Pièces de Clavecin. Blandine Rannou.

Posted in Rameau with tags on 18 février 2017 by rfauclair

81vcjgwbeql-_sl1500_Pièces de clavecin, 1724.

Nouvelles suites de pièces, 1728.

Enregistré au Lycée Carnot, Dijon en août 2000.

Blandine Rannou, clavecins Ducornet d’après Ruckers et Hemsch.

Alpha Classics. 2015. Alpha 309. 2 cds. 137m.34s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allemande

Fanfarinette

La Triomphante

Le disque est une reprise de l’étiquette Zig Zag, enregistré en 2000. La claveciniste française y a déposé ici une interprétation de grande classe, qui perdure dans le temps. Du grand Rameau, en mouvement et en ondulation particulièrement large de tempo et en affect. La musique de Rameau prend parfois des allures prémonitoires du style sensible de C.P.Bach. Un album magnifique et unique.

Stradivarius à l’Opéra. Alexandre da Costa. Orchestre Symphonique de Vienne.

Posted in De Falla, Massenet, Wagner on 10 février 2017 by rfauclair

51xyrnf9rulOeuvres pour violon et orchestre tirées de l’opéra.

Cyr/da Costa. Bizet. Massenet. Prokofiev. R.Strauss. Puccini.

Manuel de Falla. Tchaïkovski. Wagner. Chiasson/Vitali.

Alexandre da Costa, violon Guarneri del Gesu, 1730 et Stradivarius di Barbaro 1727.

Enregistré au Wiener Konzerthaus en sept.2015

Orchestre Symphonique de Vienne, direction A.da Costa.

Da Costa Music. 2016. Specd-7859. 60m.12s. Appréciation: Superbe*****

Méditation de Thaïs de Jules Massenet

Danse Espagnole de Manuel de Falla

Romance tiré du Tannhäuser de Wagner

Le violoniste canadien (n.1979) a produit, réalisé, joué et dirigé ce disque destiné au grand public où se mêle quelques arrangements modernes et autres grands classiques du violon. La prestation de Da Costa est toujours engagée à fond, physique et convaincante, prenant toute la place devant l’orchestre de Vienne, qui ne fait ici qu’un rôle de figurant…

Le marché du disque est inévitablement saturé des meilleurs violonistes, et Da Costa semble avoir misé gros pour faire sa place au soleil. Le choix des pièces, archi-connues est de mise, des valeurs sûres et de bon goût, très radiophoniques on s’entend. Le produit doit plaire à tout prix et se vendre.

Mais c’est la plus belle carte d’invitation que l’artiste a fait jusqu’à ce jour. Le produit est très bien fait, de la belle présentation de la pochette à l’enregistrement de haute qualité, capté en plein coeur de Vienne. On aime entendre les détails très texturés de l’instrument prestigieux. Il y a la superbe profondeur du son, autant que dans son émission très ouverte et vibrante. Le violon d’Alexandre Da Costa est d’un charme fou et irrésistible en tout point.

On entend ici probablement la meilleure version de la Méditation de Thaïs, que nos oreilles ont trop souvent entendues, mais pourtant qu’on redécouvre avec grâce et émotion. La Danse Espagnole de Falla est tout à fait dans les fibres du musicien, et le plaisir qu’il y met est tout à fait contagieux. Reste quelques belles découvertes, comme ces Romances tirées de quelques opéras de Wagner, méconnaissable de romantisme langoureux. La Valse du Chevalier à la rose de Richard Strauss nous ramène au charme viennois, traditionnel et brillant.

 

Alma Oppressa. Vivaldi et Handel. Julie Boulianne, mezzo-soprano.

Posted in Handel on 31 janvier 2017 by rfauclair

thumbOeuvres tirées d’opéras de Vivaldi et Handel.

Clavecin en Concert, direction Luc Beauséjour.

Enregistré à l’Eglise St-Matthieu de Beloeil à l’été 2016.

Analekta. 2017. An2 8780. 58m.53s.

Appréciation: Très Bien****

Se potessero i sospir’ tiré de Imeneo hwv 41

Salda quercia in erta tiré de Arianna in Creta hwv 32

Trois ans plus tard, Julie Boulianne revient en force avec le même ensemble dirigé par le claveciniste Luc Beauséjour. Cette fois-ci, on a jumelé Vivaldi avec Handel dans des airs italiens. Encore une fois, la mezzo-soprano fait la pluie et le beau temps, se livre dans une virtuosité inouïe, intense et habitée par ces rôles de personnages tragiques ou triomphants.

Il faut l’avouer, Vivaldi reste moins intéressant que le glorieux Handel. Il y a bien sûr cet air épouvantablement difficile à chanter qu’est l’Alma oppressa, d’où la mezzo s’exécute avec brio, utilisant toute la verticalité impressionnante de sa tessiture. Mais, au final, c’est le genre de musique un peu inutile qui ne sert qu’à la performance vocale. Par ailleurs, on aime moins quelques vocalises parsemées de vibratos instables et parfois irritants…

Mais lorsque le grand Handel apparaît, Julie Boulianne s’empare de ses lumières radieuses, donne vie et âme à ces musiques à la fois brillantes et émouvantes. Il n’y a, à vrai dire, rien de gratuit avec Handel. De la musique pure qui nous atteint, comme dans cette merveille tirée de Imeneo…d’une beauté sidérante. Ou cet extrait de Arianna in Creta, tout à fait réussi et qui nous éclaire d’un rare bonheur. On passera sur le fameux Laschia ch’io pianga, entendu trop souvent ailleurs, ici repris dans une lenteur trop appuyée et affectée…

Mention spéciale à la prise de son, grandement améliorée par rapport à la production précédente. Les cordes sont superbes et la voix de Julie Boulianne a gagné en présence.

Bruckner (1824-1896) Les Symphonies. Orchestre de la Suisse Romande. Marek Janowski.

Posted in Bruckner with tags on 22 décembre 2016 by rfauclair

71pwbqsclgl-_sl1500_Symphonies no.1 à 9 sous différentes éditions.

Enregistré entre 2007 et 2012. Victoria Hall, Genève.

Pentatone. 2015. PTC 5186 520. 9cds. 557m.51s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Misterioso de la 3e symphonie

Scherzo de la 3e symphonie

S’il fallait décrire en un mot cet immense coffret…c’est chose presque impossible. Car la musique de Bruckner est trop grande. Elle est d’une richesse disproportionnée et harmoniquement audacieuse. Elle défie le temps par ses longueurs inhumaines, tant pour les musiciens que pour les auditeurs!

Marek Janowsky (n.1939) a eu le bonheur de choisir judicieusement parmi plusieurs éditions disponibles, en les reliant parfois à l’intérieur d’une même symphonie. Au niveau du minutage général on se rapproche de l’interprétation de Jochum et la Radio Bavaroise. C’est l’une des plus « rapides »dans le temps. L’élan qui y est insufflé permet à l’auditeur de rester captivé, ce qui est un exploit en soi. Les idées sont mieux rassemblées, toujours en mouvement où rien ne traîne inutilement, sans jamais se soustraire à la musicalité. Pour ces oeuvres de grandes envergures, il faut une longue pré-organisation des différents tableaux musicaux du grand Bruckner.

Et puis cela nous frappe de plein fouet. Ces tableaux ont l’apparence de véritables opéras, digne de Wagner. Les images sont nombreuses et on a parfois l’impression d’entrer dans le Valhalla des dieux. On sait que Janowsky est l’un des plus grand experts wagnérien. Ça se voit. Et bon dieu que c’est grandiose, intense, et passionné. Bruckner est mis en scène de brillante façon, variée par des tempi changeants et une panoplie de nuances dramatiques. C’est une version visionnaire et totalement convaincante. Mahler n’a jamais paru si près…

Superbe prise de son équilibrée qui évite toute agressivité malgré la puissance de l’orchestre. Un seul mot pour décrire cet admirable coffret? Peut-être celui-ci…Respect! (n.b. L’interprétation de la 3e…dorénavant seule au sommet de toute la discographie!)

 

 

Tchaikovski et Sibélius. Concertos pour violon. Lisa Batiashvili. Daniel Barenboim.

Posted in Sibelius, Tchaikovski with tags on 15 décembre 2016 by rfauclair

71bhige2spl-_sl1200_Tchaikovski (1840-1893) Concerto en ré majeur op.35

Sibélius (1865-1957) Concerto en ré mineur op.47

Staatskapelle de Berlin. Daniel Barenboim, direction.

Enregistré en 2015 et 2016 à Funkhauss Nalepastrase, Berlin.

Deutsche Grammophon. 2016. 4796038. 70m.11s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro vivacissimo de Tchaivoski

Allegro ma non tanto de Sibélius

J’essaie vainement de trouver un mot pour décrire ce disque sensationnel…Ahurissant peut-être? Non, ce n’est pas convenable. Extraordinaire? Non, trop banal. Bref, j’ai lâché prise. Et puis j’ai pensé à ce vieux Edgar, Fruitier de son nom. En parlant d’un disque qu’il aimait particulièrement, parfois il déclarait avec sa verve légendaire… »cette musique m’a complètement détruit! »

C’est le cas ici. Un violon au pouvoir ensorcelant. Magie noire ou blanche, je ne sais pas. Transcendant, renversant, conquérant. Ah, voilà je trouve les mots maintenant! Cette nouvelle collaboration de la violoniste géorgienne avec le vieux Barenboim fait penser à un autre jumelage légendaire…Mütter-Karajan. Et maintenant l’on souhaite longue vie à ces deux musiciens. Que la Deutsche Grammophon puisse en profiter avant qu’il ne soit trop tard!

Autant la violoniste est d’une expressivité inouïe, autant le Staatkapelle combine des forces incroyables à son interprétation. Le Sibélius est à mon avis, une des plus grandes interprétations qui soient. Un vertige continuel, où la nature hors de contrôle est d’une telle fatalité, qu’il produit sur nous un drame parfois terrifiant. L’adagio di molto est indescriptible, tout simplement… Tandis que le dernier mouvement, que l’on considérait injouable lors de sa création en 1903, nous ramène dans le folklore cher à Sibélius auquel il accorde des pulsations singulières. Quant à Batiashvili, elle donne tout ce qu’elle a… Prodigieux moment qui nous renverse.

Daniel Barenboim offre à Tchaikovski des tempos très larges en respiration, presque improvisés, dans l’admirable allegro molto. Et la violoniste s’y plonge sans retenue, nous entraînant dans un maelström d’un romantisme grandiose. C’est plus que de la musique russe, mais un hymne au bonheur. Un des meilleurs disques de l’année 2016 unanimement acclamé.

Bach, J.S. (1685-1750) Magnificat bwv 243 avec laudes de Noël. Ensemble Arion.

Posted in Bach J.S. on 11 décembre 2016 by rfauclair

61y1fdwo8gl-_sl1000_Magnificat bwv 243 en ré majeur.

Avec quatre laudes (cantiques de Noël) de la version originale bwv 243a.

Johann Kuhnau (1660-1722). Cantate « Wie schön leuchtet der Morgenstern ».

Johanna Winkel et Johannette Zomer, sopranos.

James Laing, contreténor. Zachary Wilder, ténor.

Matthew Brook, baryton.

Arion Orchestre Baroque. Alexandre Weimann, direction.

Enregistré à St-Augustin de Mirabel en déc. 2015.

Atma. 2016. ACD2 2727. 49m.55s. Appréciation: Superbe*****

Magnificat

Vom Himmel hoch pour 4 voix a cappela

Et misericordia pour alto et ténor

Arioso et Choral final de la cantate de Kuhnau

Les quatres laudes intercalés dans le Magnificat d’origine étaient destinés pour les vêpres de Noël de 1723. Ce sont des pièces rarement entendues. Simon Preston et Christopher Hogwood ont été les premiers en 1975 à les réintroduire dans l’enregistrement sur Oiseau-Lyre/Decca. L’oeuvre, ainsi augmentée, prend alors des couleurs semblables à l’Oratorio de Noël que nous connaissons bien.

Le choix d’un soliste par partie pour le choeur semble bien à la mode depuis quelques temps. Disons le tout de suite, c’est le seul point faible de cet enregistrement. À Noël, nous voulons entendre des choeurs!  Cette mode des solistes est facilement justifiée pour des questions budgétaires, on imagine…En contrepartie la musique de Bach devient beaucoup plus détaillée, c’est évident. Surtout dans cette partition qui nécessite une formation de deux sopranos, alto, ténor et basse. La version Simon Preston présentait un choeur d’enfants pas toujours juste et un peu confus.

Weimann, quant à lui, a choisi des voix vraiment excellentes. Le quintette vocal est irréprochable. Son esthétisme se situe entre les voix blanches sans vibratos des premières exécutions baroques, et les grandes voix d’opéra à la Verdi. Un juste milieu, où tous les solistes brillent chacun à sa façon. L’exécution d’ensemble est brillante, d’où on notera la justesse des trompettes naturelles. Et parfois, l’émotion nous prend au passage comme dans le misericordia pour alto et ténor, enrobé par la sourdines des cordes. Les pupitres d’Arion sont ici traités avec toute la douceur requise. Poignant.

La cantate de Noël de Johann Kuhnau est le complément idéal pour clore le disque. Écrite avant Bach, elle étonne par sa luminosité et ne laisse transparaître aucune austérité du style ancien de cette époque. Le ténor Zachary Wilder fait une remarquable présence par ses talents de récitants au travers de cette oeuvre courte, mais d’une réelle beauté.