Brahms (1833-1897) Concerto pour violon op.77. Double Concerto op.102. Tianwa Yang et Gabriel Schwabe.

Posted in Brahms with tags on 25 mai 2019 by rfauclair

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Double concerto pour violon et violoncelle op.102 (1887)

Tianwa Yang, violon Guarnari del Jesu 1730.

Gabriel Schwabe, violoncelle Brescia 1600.

Deutshes Symphonie-Orchester Berlin. Antoni Wit, direction. Enregistré à Jesus-Christus-Kirche, Berlin en 2017.

Naxos. 2019. 8.573772. 72m.25s. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro non troppo du Concerto op.77

Andante du Concerto op.102 

C’est l’un des plus grands concertos jamais écrit. Presque tous les grands violonistes, dont Joseph Joachim qui le créa en 1879, s’y sont engagés. Considéré injouable par certains au 19e siècle, ce concerto symphonique est à la hauteur de la réputation de Brahms. Il contient tous les éléments du genre. Le romantisme grandiose, le culte de la pure performance et la vaste proportion de l’oeuvre sont tout à fait à l’image de Brahms. Les incroyables difficultés techniques sont par ailleurs toujours au service du ressenti et du discours musical. Il n’y a ici rien de gratuit. Ce qui s’y produit s’apparente au sacré et force le plus grand respect. Ce concerto pourrait se traduire comme un hymne à la vie en trois mouvements: Dramatique, bouleversant, triomphant.

Au catalogue discographique, les légendes du violon s’y succèdent. Le choix est grand. Presque tous des hommes, bien sûr. On pourrait classer les interprètes en trois catégories générationnelles. Dans la troisième section, beaucoup plus de femmes musiciennes au jeu plus raffiné, sensuel, sensible. Les temps changent. Le côté féminin de Brahms n’a jamais été aussi bien servi : Batiashvili, Fisher, Hahn, Jansen, Mullova, Mütter, Steinbacher…pour n’en nommer quelques unes.

Tianwa Yang, née en Chine en 1987, s’est installée par la suite en Europe pour y compléter sa formation. En la découvrant dans un vidéo promotionnel, elle explique, dans un allemand étonnamment impeccable, ses intentions au cour de l’enregistrement: utiliser la plus grande liberté possible, le sens du vécu et de l’instant présent. Sa prestation peut se décrire comme entière. Elle a une maîtrise complète de son instrument. Sa sonorité semble se former de l’intérieur, en profondes vibrations, puis se libère complètement vers l’extérieur. Elle irradie la musique. À la fois virile et féminine, l’énergie qui se dégage de cette musicienne est irrésistible.

La Deutsches Symphonie de Berlin est en fusion avec la musicienne. Supporté par l’acoustique légendaire de la Jesus-Christus Kirche, l’ensemble génère de grandes vagues sonores. Et la violoniste reste bien détachée du groupe, d’une réelle présence. En complément, le double concerto op.102, possède la même qualité d’interprétation. Gabriel Schwabe au violoncelle est puissant et aussi convaincant que Tianwa Yang. Mais l’opus 77 reste le plus grand de tous. Un sommet.

 

Platti, G.B. (1697-1763) Six Sonates pour flûte traversière op.3. Alexa Raine-Wright.

Posted in Platti on 16 mai 2019 by rfauclair

a3035471463_10Alexa Raine-Wright, flûte traversière baroque

Camille Paquette-Roy, violoncelle baroque

Sylvain Bergeron, archiluth et guitare baroque

Rona Nadler, clavecin.

Enregistré à St-Augustin Mirabel en mai 2018.

Leaf Music. 2019. LM224. 78m.

Appréciation: Superbe*****

Sonata no.4 en la majeur

Giovanni Benedetto Platti est né dans la région de Venise vers 1697. On croit qu’il fut formé auprès des plus grands compositeurs italiens de son époque: Vivaldi, les frères Marcello, Gasparini ou Albinoni. Il quitta l’Italie pour rejoindre la cour de Wurzbürg en Allemagne en 1722. Il y demeura jusqu’à sa mort en 1763. C’est là que l’on retrouva la majeure partie de ses manuscrits. Sa musique est fort belle, bien construite, et se situe stylistiquement dans l’après Vivaldi par sa fraîcheur d’invention et un sens inné de la mélodie expressive du baroque finissant.

Ses Sei Sonate a Flauto Traversiere Solo con Violoncello overo Cembalo furent publiées vers 1743. L’engouement récent de la musique de Platti a permis de voir apparaître au disque quelques enregistrements de ces sonates, notamment sur Naxos, CPO et Tactus. Avant d’aborder cette nouvelle sortie sur Leaf Music, j’ai fait une écoute comparative des différentes versions. En général l’exercice fut d’un banal intérêt. Le disque Naxos (8.570282) est un exemple bien terne d’une exécution correcte, sans trop d’audace. Le disque fut rapidement remis sur l’étagère…Sans imagination, la musique de Platti n’en est qu’une parmi tant d’autres.

Alexa Raine-Wright est dans une autre catégorie de flûtistes. Elle fut l’élève de Claire Guimond, elle-même formée auprès du légendaire Barthold Kuijken. Avec elle, on retrouve le souffle de la liberté musicale à chaque mesure. Elle imagine et créé les plus belles envolées que suggère la partition. Inventive, elle sait lire entre les lignes et impose un jeu fébrile d’une précision étonnante. On apprécie particulièrement le piqué de ses attaques lors des passages rapides.

Elle insuffle la vie et les couleurs les plus charmantes à son instrument. La rondeur boisée du traverso est d’un velouté superbe, conférant la profondeur d’expression voulue à cette musique parfois teintée d’empfindsamkeit, ce style sensible si particulier de la fin du baroque.

La basse continue est variée par l’utilisation appropriée des différentes combinaisons instrumentales et rythmiques (excellent luthiste Sylvain Bergeron). Leur expertise permet à l’auditeur de rester captiver tout au long de ces 78 minutes de bonheur. Prise de son très vive et détaillée. Superbe.

 

 

 

 

 

Loewe, Carl (1796-1869) Le Sacrifice de la Nouvelle Alliance. L’Arpa Festante. Thomas Gropper.

Posted in Loewe with tags on 31 mars 2019 by rfauclair

4260330917065Das Sühnopfer des Neuen Bundes (1847).

Monika Mauch, soprano. Ulrike Malotta, mezzo soprano.

Georg Poplutz, ténor. Andreas Burkhart, baryton.

Arcis-Vocalisten München. Barockorchester L’arpa Festante.

Thomas Gropper, direction. Enregistré à Himmelfahrtskirche, Munich en 2018

Oehms Classics. 2019. OC 1706. 103 minutes.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Où puis-je le trouver, celui que le pouvoir de Dieu a rendu la lumière de mes yeux? Où puis-je trouver celui qui m’a donné le fils, puisque sa tombe était déjà ouverte? Où puis-je trouver celui qui m’a rendu la santé? Où puis-je trouver celui qui m’a libéré de l’esprit malin et m’a apporté la paix? Celui que tu cherches, il est ici!

Introduction et Quartett Wo find’ ich ihn, der meiner Augen Licht

Aria pour mezzo-soprano Heilge nacht

Choeur des Filles de Sion Fliesset ihr unaufhaltsamen Tränen

Carl Loewe est un contemporain de Schubert. Il est surtout connu pour ses nombreux lieder. Il fut un ténor respectable, organiste, et chef d’orchestre. En 1820, il postula comme cantor dans la ville de Stettin (aujourd’hui en Pologne) où il demeura pendant 46 ans. Comme Bach, il fut un cantor très occupé, car en plus d’être enseignant, il devait organiser et exécuter la musique sacrée pour les églises municipales. Il composa 6 opéras et 17 oratorios presque tous tombés dans l’oubli. Son amour de la musique sacrée l’amena à exécuter les grandes Passions de Bach, des oeuvres de Handel et Graun, entre autres.

Das Sühnopfer est un passionoratorium composé en 1847 pour 4 solistes, choeur et orchestre à cordes. Il retrace les derniers instants du Christ, de Béthanie, où il rencontra Lazare, jusqu’à sa propre mort à Jérusalem. C’est une oeuvre unique, en marge de la musique romantique du 19e siècle. Elle est nimbée de l’esprit de Bach, de Jean-Sébastien bien sûr, mais également de Carl Phillip Emmanuel par son aspect sombre et pathétique. Le simple accompagnement des cordes est plutôt inhabituel, intimiste et prenant. Il y a une réelle atmosphère de recueillement et de piété émouvante. Carl Loewe a apporté grand soin à son écriture pour la voix humaine, en la simplifiant, en la dépouillant de tout artifice opératique. Il en reste des moments de grâce de pure beauté. Pas besoin de comprendre l’allemand pour entrer dans cette Passion. La musique suffit.

Les solistes sont tous exceptionnels, des voix pures d’intonation, justes et expressives. Le directeur Thomas Gropper a choisi d’interpréter cette oeuvre sur instruments d’époque. Il a créé des sonorités feutrées, très intériorisées. Il invite ainsi l’auditeur à prendre le temps d’entrer en lui-même. Dans la tradition des musiques sacrées de la Semaine Sainte, cet oratorio de Carl Loewe peut trouver facilement sa place aux côtés des plus grands. À découvrir.

 

 

La Sinfonia de Lanaudière. Suites et Sérénades. Stéphane Laforest.

Posted in Elgar, Grieg, Rutter on 30 mars 2019 by rfauclair

P1030551Oeuvres de Karl Jenkins, John Rutter, Edvard Grieg, Benjamin Britten, Gustav Holst, E.Elgar, M.R. Edward, John Ireland, Tchaïkovsky.

Quatuor Claudel-Canimex (Instruments Stradivarius et Guadagnini).

La Sinfonia de Lanaudière. Stéphane Laforest, direction.

Enregistré à Église L’Assomption-de-la-vierge, Assomption, Québec en 2018.

LSL. 2019. LSL-11011. 63m.03s. Appréciation: Superbe*****

John Rutter (n.1945) 2e mouvement de la Suite pour cordes.

Edvard Grieg (1843-1907) Prélude de la Suite Holberg.

Edward Elgar (1857-1934) Larghetto de la Sérénade op.20

Les musiciens de la Sinfonia de Lanaudière produisent un son généreux, riche en textures somptueuses. L’émotion est immédiate, sans contrainte. C’est la poésie des cordes dans toute leur splendeur. La prise de son est vraiment réussie, alliant profondeur et transparence au sein d’une acoustique idéale. Les solistes du Quatuor Claudel-Canimex sont d’ailleurs bien dessinés par rapport aux autres pupitres. L’écoute est très satisfaisante, confortable et enveloppante.

La beauté est omniprésente, grave ou dansante, sombre ou lumineuse. Qu’est-ce que la poésie des cordes au juste? Il faut écouter Elgar pour comprendre. Le Larghetto de la Sérénade op.20 est si beau qu’il est difficile d’en extraire des mots…Une des plus belles versions que j’ai entendu. Dommage qu’il manque les autres mouvements de l’oeuvre.

La direction est attentive, sensible, dynamique sans être excessive. Il y a ici de la générosité et du coeur de la part de Stéphane Laforest. Un disque maison étonnement bien réussi pour un large public conquis d’avance. On souhaite qu’un label important puisse en faire la diffusion à grande échelle. Une réussite chaudement recommandée.

Pour commander le disque il faut s’adresser à : sinfonia@sinfonia-lanaudiere.org

 

Guided by Voices. Elinor Frey, violoncelle.

Posted in Ceccarelli, I., Streich, L. on 16 mars 2019 by rfauclair

an29262-elinor-frey-guided-by-voices-new-music-baroque-cello-768x768Scott Edward Godin (n.1970): Guided by voices.

Lisa Streich (n.1985): Miverva. Maxime Mckinley (n.1979): Cortile di Pilato.

Isaiah Ceccarelli (n.1978): With concord of sweet sounds.

Linda Catlin Smith (n.1956): Ricercar.

 

Ken Ueno (n.1970): Chimera.

Elinor Frey, violoncelle 4 cordes Karl Dennis, 2018. Violoncelle 5 cordes F.Beaulieu, 2012.

Melisande Mcnabney, clavecin (Cortile di Pilato de Mckinley)

Enregistré à Domaine Forget de Charlevoix, Québec en octobre 2018.

Analekta. 2019. AN 2 9162. 78m. Appréciation: Très Bien****

Minerva de Lisa Streich

With concord of sweet souds de Isaiah Ceccarelli

C’est un projet plutôt audacieux et improbable que propose Elinor Frey. Nouvelle Musique pour violoncelle baroque est avant tout une exploration inusitée du pouvoir des sons. Réservé à une poignée d’initiés qui s’intéressent à la musique contemporaine, ce disque iconoclaste est une curiosité auquel le grand public se retrouvera sans repère, au milieu de nul part. C’est plutôt une expérience des ondes sur le cerveau humain. Les sons produisent des images. Les sons sont des couleurs. Mystère. Dépouillement. Immobilité.

Pour le mélomane curieux en quête de nouveauté, de sonorités et d’atmosphères étranges, il sera servi. Parfois tourmenté, parfois captivé, l’auditeur qui veut bien entrer dans ce monde d’espace-temps fragmenté et imprévisible, pourra retrouver quelques réminiscences de la musique ancienne. Ésotérique, inclassable et hors du temps, ce disque présente une interprète absorbée et possédée par la musique. Elinor Frey fait voyager son violoncelle vers des zones encore inconnues. Il y a ici quelque chose de tout à fait libérateur. Intéressant? Émouvant? Cela dépend du point de vue. Chut, silence, elle joue…

Chopin (1810-1849). Concertos nos 1&2. Charles Richard-Hamelin. OSM. Kent Nagano.

Posted in Chopin on 23 février 2019 by rfauclair

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Orchestre Symphonique de Montréal.

Kent Nagano, direction.

Charles Richard-Hamelin, piano Steinway&Sons.

Enregistré live à la Maison Symphonique en 2018.

Analekta. 2019. AN 2 9146. 76m.26s.

Appréciation: Superbe*****

Allegro vivace du concerto no.2 op.21

Romance (Larghetto) du concerto no.1 op.11

Dès qu’on s’installe pour écouter ces deux artistes, la musique de Chopin devient une évidence. L’immersion est totale, satisfaisante. Le mélomane laissera tomber momentanément les comparaisons inévitables. Il les laissera derrière lui, le temps de savourer le moment présent. Les grands pianistes qui ont fait leur marque avec ces oeuvres de Chopin peuvent également prendre une pause, et écouter à leur tour. Car avouons-le, c’est magnifique.

Charles Richard-Hamelin et Kent Nagano proposent des tempos allongés, généreux en legato, respectueux et nobles. Le pianiste prend de belles et grandes respirations avec Chopin, qu’il connait déjà très bien. Un second prix à Varsovie en 2015 vaut parfois de l’or. Au-delà des considérations techniques, la richesse de son jeu se définirait comme la force tranquille d’une chaleur réconfortante. Avec lui, les yeux se ferment sur la musique. Et puis elle descend doucement vers le coeur. C’est ce qui arrive, entre autre, pendant la bien-aimée Romance du premier concerto. Moment de grâce.

Nagano sait se faire discret comme toujours, attentif et minutieux. Les lignes musicales sont chantantes et clairvoyantes. L’OSM est précis et fin, un peu en retrait du piano. Ce dernier est d’une présence impériale, avec un son tout plein, riche en résonances harmoniques. Cependant, on aime moins l’aspect un peu gris de l’orchestre qui semble manqué de lumière dans certains passages. Mis à part ce petit bémol, ce disque est une réussite. Du grand Chopin qui fait du bien à retrouver.

Inspirations. D’Anglebert, Forqueray, Rameau. Mélisande Mcnabney, clavecin.

Posted in D'Anglebert, Forqueray, Rameau on 12 février 2019 by rfauclair

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Oeuvres de Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691).

Antoine Forqueray (1671-1745).

Jean-Philippe Rameau (1683-1764).

Clavecin Keith Hill 1981 d’après Blanchet. (coll. Mireille Lagacé)

Enregistré à l’Église St-Alphonse de Rodriguez, Lanaudière, Québec en 2018.

Atma Classique. 2019. ACD22780. 66m.12s.

Appréciation: Très Bien****

D’Anglebert; Tombeau de Monsieur de Chambonnières

Forqueray; Jupiter

Rameau; Sarabande en la majeur

Mélisande Mcnabney possède un jeu richement ornementé, d’une improvisation intuitive, tout à fait approprié pour ce genre de répertoire. La claveciniste prend le temps de respirer cette musique, d’en suspendre délicatement le temps. Son D’Anglebert est très beau, méditatif, d’un geste gracieux et dansant. Mme Mcnabney semble avoir une affinité particulière pour cette période milieu 17e siècle. On souhaite déjà l’entendre se consacrer à un autre grand: le magnifique Jacques Champion de Chambionnères (1601-1672), dont D’Anglebert fut l’élève.

Avec Forqueray, musicien bouillonnant aux idées neuves, elle s’investit totalement en pulsions abruptes, acérées, telluriques. Son plaisir de jouer est contagieux. Jupiter est mordant et parfois terrifiant! Tandis que Rameau est rondement mené, autant cérébral que bien senti. Elle lui rend d’ailleurs hommage par quelques transcriptions réussies d’extraits de Platée et des Indes Galantes.

Dommage que, pour ce premier disque, la prise de son soit si proche. On est vraiment au coeur des résonances de l’instrument, d’une splendeur royale soit dit en passant. Mais on est également en plein milieu de ses moindres défauts et de ses tempéraments inégaux. Ni tout à fait juste, ou parfois franchement faux, l’instrument a probablement été très difficile à ajuster. Et l’oreille, elle, n’y arrive pas toujours…

Sans compromis, d’une acoustique audacieuse aux couleurs vives et contrastées, ce premier disque solo de la petite fille de Mireille Lagacé nous présente une musicienne sûre de son talent, libre et volontaire. Elle est déjà en pleine possession de ses moyens et de sa propre personnalité aux multiples facettes. On attend la suite, ou les Suites!