Handel (1685-1759) Le Messie. Version 1751. Edward Higginbottom.

Posted in Handel on 20 décembre 2020 by René François Auclair

3 sopranos garçons du Choir of New College Oxford.

Iestyn Davies, contre-ténor.

Toby Spence, ténor.

Eamonn Dougan, basse.

Academy of Ancient Music.

Choir of New College Oxford.

Edward Higginbottom, direction.

Enregistré à St John’s, Smith Square, Londres en 2006.

Naxos. 2006. 8.570131-32. 2cds. 142m.19s. Appréciation: Superbe*****

Pifa, aria et Glory to God

Rejoice greatly! pour ténor

He shall feed his flock pour alto et soprano

His yoke is easy pour choeur

La genèse du Messie du Handel n’a rien de très romantique. C’est une affaire de business qui à l’origine d’une des oeuvres les plus populaires de tous les temps. Après l’hiver désastreux de 1740-41 et sa série d’opéras italiens au théâtre, son librettiste Charles Jennens eut l’idée d’un nouvel oratorio sacré pour renflouer leurs pertes financières. Jennens souhaitait que le Messie fut exécuté pendant la semaine sainte pendant que les représentations théâtrales étaient interdites. Ainsi, avec une oeuvre sacrée, il souhaitait une plus grande affluence du public. Handel se mit à la tache le 22 août 1741. Il finit le travail le 14 septembre suivant, soit en seulement 24 jours! Avec la même cadence effrénée, il entreprit tout de suite la composition de Samson qu’il termina juste à temps pour le début de la saison hivernale d’Irlande en novembre 1741. Le succès de Samson fut immédiat. Handel fut rassuré et prévu alors une représentation du Messie pour le 13 avril 1742 au New Musical de Fishamble Street de Dublin. Les recettes du concert furent généreusement données à des oeuvres de charité.

Handel adapta son oeuvre plusieurs fois par la suite selon l’occasion et en tenant compte des effectifs vocaux disponibles. C’est ainsi qu’il écrivit deux nouveaux airs pour la représentation de 1751 au Foundling Hospital de Londres. Cet orphelinat d’enfants trouvés fut fondé en 1739 par un officier de marine philanthrope. On y organisait des concerts et des expositions pour financer l’établissement qui accueillait jusqu’à 15000 enfants abandonnés! Ce furent des temps difficiles à Londres. On dit qu’en moyenne 30% des orphelins ne survivaient pas.

La version de Edward Higginbottom a reproduit l’effectif de l’exécution du 16 mai 1751. Il n’y a ici aucune voix féminine selon la tradition des choeurs anglais de l’époque. Trois garçons sopranos ont été choisi parmi le choeur d’enfants d’Oxford pour se partager les airs. Handel adapta ainsi l’air Rejoice greatly pour ténor en remplacement du soprano pour des raisons techniques évidentes. Certains passages tenus par les sopranos prennent tout leur sens, comme celui de la Nativité. On y retrouve une fraîcheur d’intention et une belle naïveté narrative qui convient bien au texte des Écritures.

L’interprétation d’ensemble est traditionnelle et respectueuse, supportée par l’ensemble prestigieux de l’Academy of Ancient Music sur instruments anciens. Le style est noble et ample. On a évité le côté dramatique d’une exécution trop théâtrale. La beauté et la justesse des interventions vocales sont à la hauteur, malgré le manque d’expérience des sopranos. Le choeur est lumineux comme il se doit, d’une qualité exceptionnelle digne de la grande tradition britannique.

Le Messie a rapporté à Handel fortune et gloire. Mais il lui a aussi permis de donner beaucoup en retour. Ce nouveau genre de l’opéra sacré lui a offert de sortir de l’église pour aller vers le public. C’est une oeuvre qui rassemble encore les gens aujourd’hui. Plus que jamais, nous avons besoin de ce Messie, à l’heure où nous sommes tous séparés les uns des autres. Il est devenu une œuvre charitable en soi pour nous réconforter et nous apporter quelques lumières.

Beethoven. Les 32 sonates. Paul Badura-Skoda.

Posted in Beethoven with tags on 19 décembre 2020 by René François Auclair

Johann Schantz, 1790 Vienne. John Broadwood, 1796 Londres. Anton Walter, 1790 Vienne. Georg Hasska, Vienne 1815. John Broadwood, 1815 Londres. Conrad Graf, 1824 Vienne. Caspar Schmidt, Prague 1830.

Enregistré entre 1980-89 au Baumgartner Casino, Vienne.

Arcana/Outhere. 2020. A203. 9cds.10h.06m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Sonate op.10 no.3 (pianoforte J.Schantz 1790)

Sonate op.57 Appassionata (pianoforte Broadwood 1815)

Sonate op.101 (pianoforte C.Graf 1824)

Paul Badura-Skoda (1927-2019) a choisi sept instruments historiques pour interpréter Beethoven. Les pianofortes datent de 1790 à 1830, tous restaurés. Ils faisaient partie, pour la plupart, de la collection personnelle du pianiste. Ces enregistrements légendaires avaient disparu des catalogues depuis longtemps. On les retrouve avec joie, comme de vieux manuscrits que l’on avait perdu.

Jouer Beethoven sur des instruments de musée peut sembler casse-gueule de prime abord. On peut être rebuté par leur dureté de ton, leur manque d’amplitude, et l’impression qu’ils sont bourrés de défauts. Nos oreilles d’aujourd’hui sont depuis longtemps habituées à la perfection des pianos modernes. Mais c’est bien sur ces claviers imparfaits que le grand Beethoven a composé de si magnifiques pièces. Peut-être en aurait été t’il autrement s’il avait eu en sa possession un Steinway, un Bosendorfer ou un Yamaha? Je crois qu’écouter ces vieux pianos s’exprimer c’est s’approcher des intentions premières du compositeur. Ses sonates gagnent en intimité et en humanité. C’est comme se connecter directement sur sa rage de vivre, ses passions et ses secrets les plus personnels. Par ailleurs, ce que les pianofortes réussissent fort bien, est la caractérisation de ses humeurs les plus vives. Leurs sonorités croustillantes leur est unique. Et le côté humoristique de Beethoven n’a jamais été aussi bien servi que par les pianofortes.

L’éminent pianiste viennois, récemment disparu, a laissé un héritage important quant à l’interprétation historique de la musique de Beethoven. Le livret, très élaboré et passionnant, a été écrit par le musicologue Harry Halbreich. Ses commentaires sur chaque sonate sont inestimables. Véritable guide spirituel, il nous fait entrer en détails à l’intérieur de chaque oeuvre. La prise de son va dans le même sens, elle est d’une expérience immersive avec les instruments. On vit au sein de leurs charmes nostalgiques, des petits bruits de mécaniques imparfaites, du bourdonnement singulier des graves aux délicates intonations des aiguës, d’une maladresse parfois charmante. Il y a également une magie particulière des résonances et des harmoniques qui se produit lorsque le pianiste fait usage des différentes pédales. Ces instruments de collection possèdent encore une âme musicale qui leur est propre. Ils méritent qu’on leur accorde toute notre attention, car ce sont des témoins importants d’une époque révolue.

On voyage dans le temps à mesure que les sonates se développent, tout comme les instruments gagnent en profondeur et en expressions étonnantes. Badura-Skoda réussit à nous émouvoir, à pénétrer nos âmes. Son jeu naturel nous chavire, nous captive malgré la fragilité de ces antiquités. Dans le vieux salon feutré, tapissé de souvenirs, la silhouette de Ludwig semble se profiler au mur. Unique et indispensable.

Beethoven (1770-1827) Trios pour Clarinette. Trio Origo.

Posted in Beethoven on 23 novembre 2020 by René François Auclair

Trio op.11 Gassenhauer (1797)

Trio op.38 d’après le Septet op.20 (1802)

Asko Heiskanen, clarinette van der Poel, d’après Grenser, 1800.

Jussi Seppänen, violoncelle anonyme, 18e siècle.

Jerry Jantunen, pianoforte, copie d’après Stein, 1784.

Enregistré à Uusi Paviljonki, Kauniainen, Finlande en 2019.

Brilliant Classics. 2020. 96215. 60m.22s.

Appréciation: Superbe******

Scherzo Trio op.38

Adagio Trio op.11

Andante con variazioni Trio op.38 

Le Trio Origo, ensemble finlandais, présente ces trios de la première période créatrice de Beethoven dans une exécution à l’ancienne. Le pianoforte utilisé, une copie d’un Stein de 1784, est entouré d’une clarinette reconstituée à partir d’un modèle de 1800, et d’un violoncelle anonyme du 18e siècle. Cette formation d’instruments est plutôt inusitée. Trois textures variées, comme trois personnalités distinctes. Marteaux, vent et cordes pour nous raconter quelques petites histoires amusantes.

On apprécie les crépitements enjoués et exubérants du pianoforte. Celui-ci croque à pleine dent dans ces portées encore très mozartiennes. Il n’y a pas vraiment de vedette dans cette triade originale. Beethoven semble avoir donné à chacun des protagonistes une égale valeur. La complémentarité des musiciens est au rendez-vous. Le velouté magnifique de la clarinette et la souplesse de phrasé du violoncelle viennent attendrir les petites raideurs du piano ancien. Vivacité, lyrisme et expression pourrait définir chacun des instruments. Et la sonorité d’ensemble est sans reproche.

Beethoven savait s’amuser. Et les musiciens du Trio Origo nous ont communiqué cette joie avec un savoir-faire impeccable. Superbe.

Zemlinsky, Alexander (1871-1942) Vienna Radio Symphony. Susanna Mälkki.

Posted in Zemlinsky on 15 novembre 2020 by René François Auclair

Sinfonietta op. 23 (1934)

Six Maeterlink Songs op.13 (1913/24)

Der König Kandaules (1936) (direction Gerd Albrecht)

Petra Lang, mezzo-soprano (Lieder Maeterlink).

Siegfried Lorenz, baryton (Der König Kandaules).

ORF Vienna Radio Symphony Orchestra.

Susanna Mälkii, direction.

Enregistré en 2019 au Konzerthaus, Vienne.

Et en 1992 au Musikverein, Vienne (Der König Kaundaules)

Capriccio. 2020. C5377. 46m. Appréciation: Superbe******

Sinfonietta premier mouvement

Die drei schwestern op.13

Les trois sœurs ont voulu mourir
Elles ont mis leurs couronnes d’or
Et sont allées chercher leur mort.

S’en sont allées vers la forêt :
« Forêt, donnez-nous notre mort,
Voici nos trois couronnes d’or. »

La forêt se mit à sourire
Et leur donna douze baisers
Qui leur montrèrent l’avenir.

Les trois sœurs ont voulu mourir
S’en sont allées chercher la mer
Trois ans après la rencontrèrent.

« Ô mer donnez-nous notre mort
Voici nos trois couronnes d’or. »

Et la mer se mit à pleurer
Et leur donna trois cents baisers
Qui leur montrèrent le passé.

Les trois sœurs ont voulu mourir
S’en sont allées chercher la ville
La trouvèrent au milieu d’une île.

« Ô ville donnez-nous notre mort
Voici nos trois couronnes d’or. »

Et la ville s’ouvrant à l’instant
Les couvrit de baisers ardents
Qui leur montrèrent le présent.

Sie kam zum Schloss op.13

Elle est venue vers le palais
— Le soleil se levait à peine —
Elle est venue vers le palais
Les chevaliers se regardaient
Toutes les femmes se taisaient.

Elle s’arrêta devant la porte
— Le soleil se levait à peine —
Elle s’arrêta devant la porte
On entendit marcher la reine
Et son époux l’interrogeait.

Où allez-vous, où allez-vous ?
— Prenez garde, on y voit à peine —
Où allez-vous, où allez-vous ?
Quelqu’un vous attend-il là-bas ?
Mais elle ne répondait pas.

Elle descendit vers l’inconnue
— Prenez garde, on y voit à peine —
Elle descendit vers l’inconnue
L’inconnue embrassa la reine
Elles ne se dirent pas un mot
Et s’éloignèrent aussitôt.

Son époux pleurait sur le seuil
— Prenez garde, on y voit à peine —
Son époux pleurait sur le seuil
On entendait marcher la reine
On entendait tomber les feuilles. (Maurice Maeterlinck)

La visite récente de la cheffe finlandaise Susanna Mälkki à Montréal nous a intéressé au plus haut point. Malheureusement, le rendez-vous public à l’OSM fut à demi-réussi, gâché par la pandémie 2020. Cependant, on a pu apprécier quelques concerts grâce au web diffusion. La qualité d’enregistrement vidéo et audio fut excellente, gracieuseté de Médici TV. On a pu constater de Mme Mälkii une direction précise, élégante, d’une scrupuleuse attention aux détails sonores de l’orchestre. On a senti dans sa démarche une recherche constante de la perfection formelle. Elle est une candidate sérieuse pour remplacer Kent Nagano, qui fut directeur de l’OSM de 2006 à 2020. Elle s’exprime dans un français plus qu’honorable et possède une feuille de route très intéressante.

Susanna Mälkki est née en 1969 à Helsinki. Elle fut premier violoncelle à l’Orchestre de Göteborg. Ensuite elle étudia la direction d’orchestre à la prestigieuse Académie Sibélius. Leif Segerstam fut l’un de ses maîtres. Elle travailla également en collaboration avec Neemi Jarvi. À Lucerne, elle rencontra Pierre Boulez. Ce fut, selon une entrevue qu’elle accordait à France Musique, une rencontre très déterminante. Mme Mälkki a beaucoup dirigé de musique contemporaine. Elle se retrouva à la barre de plusieurs orchestres importants: Paris,Vienne, Berlin, Rotterdam, Cologne, Cincinnati, Los Angeles, San Francisco…et finalement Montréal.

C’est en fouillant dans la discographie de maestro Mälkii que je suis tombé sur ce disque Zemlinksy paru cette année. Alexandre Zemlinsky, compositeur d’origine juive, est né à Vienne en 1871. Brahms l’a encouragé au début de sa carrière. Il connaissait Mahler et Schoenberg, dont il entretenait l’amitié. Alors que la musique du début 20e siècle était faite de grands bouleversements, celle de Zemlinsky restait attachée au mode tonal. D’une première écoute, je dirais qu’elle est le prolongement du romantisme de Brahms avec cependant une densité harmonique nouvelle et très élaborée. La musique de Zemlinsky est considérée comme expressionniste, dans le sens qu’elle semble créer des images fortes, des actions dramatiques très sombres, parfois terrifiantes. En parallèle des différents courants de son temps, le compositeur viennois porte en lui une signature très personnelle.

Zemlinksy nous invite à sortir des sentiers battus du romantisme. On se retrouve dans une zone bouleversée qui reste encore à explorer. La Sinfonietta est ludique, énergique et forte en images. L’orchestration est riche, variée de plusieurs plans sonores. La partition y est complexe et généreuse, donnant plusieurs solos importants aux musiciens. Au cours de l’écoute, j’ai laissé tombé la recherche de ses influences, ou de ses similitudes avec d’autres compositeurs de son époque. J’y vois cependant un peu de ressemblance avec le danois Carl Nielsen, contemporain de Zemlinsky, mais qui demeure encore pour moi dans une catégorie à part, presque inclassable. La modernité de son oeuvre rejoint les préoccupations d’un 20e siècle en plein changement.

Les Six Chansons d’après des poèmes de Maurice Maeterlink sont intériorisés de poésie noire. Le poète belge a écrit ces lignes dans l’attente prémonitoire de sa propre mort. L’oeuvre d’une vingtaine de minutes est ici supportée par la voix incroyablement expressive de la mezzo-soprano Petra Lang. D’un timbre vibrant, aux couleurs sombres et transcendantes, la mezzo allemande personnifie avec conviction cette musique d’une étrange beauté. Cette voix nous emporte très loin dans des méandres méconnus, où l’on apprivoise avec fascination les ténèbres qui nous environnent de toute part.

Susanna Mälkii dirige les passages les plus difficiles de l’écriture de Zemlinsky avec une précision technique extrêmement relevée. Le tout reste cohérent, d’un dynamisme étonnant. Elle sait également être d’une grande sensibilité dans les Lieder, laissant à la voix toute la place pour s’épanouir. En complément, Capriccio a ajouté un enregistrement, avec le même ensemble sous la direction de Gerd Albrecht en 1992. La qualité sonore n’a pas pris une ride et les pièces s’enchaînent très bien aux morceaux plus récents sans que l’on s’aperçoive de la différence. Le prélude et le monologue tiré de König Kandaules sont impressionnants, d’une continuité originale à l’oeuvre de Wagner. Un excellent disque, malheureusement trop court, pour découvrir Alexandre Zemlinsky, créateur important du post-romantisme allemand.

Bruckner (1824-1896) Latin Motets. Latvian Radio Choir.

Posted in Bruckner with tags on 7 novembre 2020 by René François Auclair


Latvian Radio Choir.

Sigvards Klava, direction. On

Kristine Adamaite, orgue.

Enregistré à Riga Dome Cathedral, Lettonie, en mars 2020.

Ondine. 2020. ODE 1362-2. 58m.48s.

 

 

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Os Justi (1879)

Ave Maria (1861)

Vexilla Regis (1892)

Les motets en latin de Bruckner sont des pièces brèves, d’une conception simple que l’on écoute avec sérénité. On y reconnait quelques motifs se retrouvant dans ses grandes architectures symphoniques. Bruckner a composé ces oeuvres pour les offices religieux de son temps. À la base, il leur a donné un aspect traditionnel. Mais en les harmonisant délicatement de couleurs romantiques, ces motets évitent la sévérité archaïque des anciens modes. Ils semblent ainsi plus modernes, et d’une certaine façon, on peut mieux s’identifier à eux.

Encore une fois, le Latvian Radio Choir s’exécute avec la perfection qu’on leur reconnait. L’ensemble de Riga en Lettonie se distingue par la légèreté des lignes mélodiques, la transparence diaphane, la respiration musicale parfaitement maîtrisée. L’acoustique formidablement vaste de l’endroit leur confère une aura mystique d’une beauté inégalée. Les notes particulièrement aiguës des sopranos sont d’un raffinement rare, d’une expression gracieuse de haute envolée. C’est la liberté du chant humain à l’état pur. La voix humaine, transcendée par cet art vocal sublime, a sur l’esprit un inexplicable bienfait. La lumière de la musique irradie ce disque parfait.

 

Beethoven (1770-1827) Les Symphonies. Herbert Kegel.

Posted in Beethoven with tags on 1 novembre 2020 by René François Auclair

Les Symphonies no.1 à 9 (cd 1-5)

Triple Concerto. Fantaisie Chorale (cd 6)

Requiem de Brahms. (cd 8)

Oeuvres orchestrales diverses (cd 8)

Dresdner Philharmonie. Herbert Kegel, direction.

Enregistré à Lukaskirche, Dresde en 1982/83. (Enregistrements numériques).

Capriccio. 2018. C7275. 5cds. 6h.19m. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Poco sostenuto-Vivace 7e symphonie

Larghetto 2e symphonie

Presto-Assai meno presto 7e symphonie

L’année 2020 nous a apporté, plus que jamais, de nouvelles interprétations des symphonies de Beethoven pour souligner son 250e anniversaire de naissance. Cette année, mentionnons le choc qu’a causé Adam Fisher (Naxos) en bouleversant les conventions, puis la surprise étonnement juvénile et vigoureuse de Marek Janowski (Pentatone). Ces chefs d’expérience ont su renouveler, à leur façon, le langage symphonique de Beethoven.

La redécouverte des enregistrements qu’a effectué Herbert Kegel (1920-1990) au début des années 80, nous ramène à une prestation plus traditionnelle, enregistrée dans la Lukaskirche de Dresde, réputée pour son acoustique légendaire. Capriccio a recompilé ces disques en 2018 dans un coffret abordable. On retrouve avec bonheur le son d’un orchestre d’autrefois, très massif et impressionnant. On perçoit en premier lieu, la plénitude des cordes chaudes aux vibratos généreux, aux sonorités de rêve, soyeuses et riches, jamais agressives dans tout cet espace. Violons, altos et violoncelles sont le coeur d’un orchestre, et ceux-ci chantent sans réserve, commandent l’émotion et l’action, imposent la tendresse ou la grandeur du discours. Les contrebasses et les timbales engloutissent parfois tout l’ensemble par leur puissance. On en ressent toutes les ondes de choc. C’est toute une expérience sur bonne chaîne audio!

Les sections des cuivres sont bien mises en place, un peu à l’écart, à l’arrière de la scène. Les cors, trombones, et trompettes résonnent de tous leurs feux dans la réverbération des lieux, captés d’une manière idéale. Il faut alors absolument écouter le groupe des cors du fameux Scherzo de l’Héroïque!

Herbert Kegel est connu comme un chef perfectionniste, réputé pour ses innombrables heures de travail auprès des musiciens. Il fut jadis l’assistant de Karl Böhm, et a eu une belle carrière, malgré son décès plutôt précoce à 70 ans. Il est l’un de ces chefs qui ont travaillé dans l’ombre d’un autre Herbert, Karajan de son nom, qui a dirigé sur sa propre personne tous les projecteurs du star système. Curieusement, c’est au Japon que Kegel fut le plus populaire.

Sa manière de diriger est façonnée à partir de tempos assez lents, d’un élan mesuré implacable et d’une verticalité métronomique régulière. Au sein de cette emprise absolue, se distingue toute la souplesse du chant, immense souffle musical que l’on reçoit en plein coeur.

Mon imagination est parfois stimulée inexplicablement lors de mes sessions d’écoute. J’ai eu l’impression ici de voir apparaître un grand navire sur les mouvements de l’océan, toutes voiles déployées. Cette vision m’est surtout apparue pendant l’extraordinaire septième symphonie. Lorsque le vent s’élève sur la mer, l’âme est soumise aux bouleversements de la tempête, et se conjugue vertigineusement aux profondeurs abyssales. Puis, le temps se calme, et se profile à l’horizon la plus belle lumière. C’est Beethoven qui nous invite à l’aventure humaine au travers de ses neuf merveilles du monde. Herbert Kegel et le Dresdner Philhamonie ont réussit à transmettre tout son art de la manière la plus grandiose qui soit. Chaudement recommandé.

Rott, Hans (1858-1884) Orchestral Works vol.1 Gürzenich Orchester Köln.

Posted in Rott on 24 octobre 2020 by René François Auclair


Hamlet Ouverture (1876)

Suite en mi majeur (1878)

Prélude pour Julius Casar (1877)

Prélude Orchestral en mib majeur (1877)

Prélude Pastoral en fa majeur (1880)

Christopher Ward, direction.

Enregistré au Studio Stolberger, Cologne, en janvier 2020.

Capriccio. 2020. C5408. 51m.44s. Appréciation: Superbe*****

Hamlet Overture

Prélude Orchestrale en mi majeur

Scherzo et Finale de la Suite en Sib majeur

« Ce que le monde de la musique a perdu avec sa mort est au-delà de toute estime. » (Gustav Mahler)

Jusqu’à récemment, on connaissait peu de choses sur la courte vie du compositeur viennois Hans Rott, décédé à 25 ans seulement. Pendant ses années d’études au Conservatoire, il fut l’un des élèves préférés de Bruckner. Il eut, comme collègues, les compositeurs Gustav Mahler, Hugo Wolf et Rudolf Krzyzanowski.

Avant même d’avoir atteint ses vingt ans, Rott avait déjà composé, comme travaux d’étude, des pièces importantes pour grand orchestre. En découvrant ces oeuvres, on peine à croire qu’elles ont été écrites par un adolescent. Il est évident que sa musique a grandement influencé Mahler, dont il emprunta quelques idées par la suite. Ce dernier déclara que Rott avait été pour lui, le « fondateur de la Symphonie Nouvelle comme je l’entends ».

L’influence de Wagner est profonde chez le jeune homme. Elle se révèle dans la plupart des pièces, comme cet admirable, mais trop bref Prélude Orchestral en mi majeur. Le thème initial est noble et puissant, digne du Tannhäuser du maître de l’opéra de Bayreuth. L’Ouverture Hamlet est également impressionnante. L’ambiance sombre du début évoque le personnage tourmenté de Shakespeare. Puis on entre littéralement dans l’action à mesure que se développe une belle suite d’idées thématiques. Dans cette seule pièce, on perçoit tout le talent dont fait preuve le jeune compositeur. Cette oeuvre est entendue ici pour la première fois et complétée par le musicologue J.V. Schmidt.

La musique de Rott, bien qu’embryonnaire, annonce de grandes compositions qui ne verront jamais le jour. Il est tragique de penser que ce génie fut sévèrement atteint par une maladie psychiatrique. Incapable de composer, affaiblit et misérable, il ne survécut pas à la tuberculose qui l’emporta dans un asile de Vienne en 1884.

Un siècle de silence sépare son décès de la découverte d’une grande symphonie manuscrite par le musicologue Paul Banks à la Bibliothèque Nationale d’Autriche. C’est alors que l’intérêt pour sa musique n’a cessé de grandir comme en fait foi quelques enregistrements récents et ce premier volume consacré à lui par le label Capriccio.

La direction de l’Orchestre Güzernich de Cologne est d’un style ample qui embrasse la tradition. L’ensemble possède un sens profond des couleurs, qui parfois prennent des tons ténébreux. Et ces cuivres! Dignes des plus grands orchestres, ils nous interpellent et clament leurs accents wagnériens sans demi-mesure. Le jeune chef britannique Christopher Ward (n.1980) a su exploiter et utiliser tous les atouts de cet ensemble estimé. Et maintenant, après ce premier coup de coeur, on attend avec impatience le second volume qui présentera sûrement l’oeuvre maîtresse qui révéla Hans Rott au monde de la musique: la Symphonie en Mi majeur composée entre 1878-80.

 

 

Beethoven (1770-1827) Les Symphonies. Marek Janowski.

Posted in Beethoven with tags on 4 octobre 2020 by René François Auclair

WDR Symphony Orchestra and Chorus (Orchestre Symphonique de la Radio Ouest Allemande)

Enregistré à Kölner Philharmonie en 2018/2019.

Pentatone. 2020. PTC 5186860. 5cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro con brio de la 3e Symphonie  »Eroica »

Allegro Vivace con brio de la 8e Symphonie

Tempo di Menuetto de la 8e Symphonie

Marek Janowski, chef d’expérience d’origine polonaise, qui a eu 81 ans cette année, présente un cycle Beethoven étonnant de vigueur juvénile, plein de santé et d’exubérance. Il a réussit à nous surprendre totalement là où l’on croyait avoir tout entendu. Sa direction est volontaire, palpitante et sanguine, mais d’un contrôle absolu sur l’orchestre du WDR Sinfoniker, qui sont tous ici d’admirables musiciens. Sa vision d’ensemble est axée sur le plaisir d’une musique qui bouge et qui vit sans ménagement.

Le souffle et l’humeur communicative de cette version sont particulièrement relevés par les brillants discours animés et irrésistibles des différentes sections d’instruments. Les entendre jacasser entre eux est un véritable bonheur! Ce coffret cuvée 2020 est une immense surprise. Il s’installe déjà au sommet des meilleures versions du grand catalogue des oeuvres de Beethoven. Santé et bonheur!

Solo. Valérie Milot. Transcriptions pour harpe.

Posted in Mahler, Paganini, Tarrega on 12 septembre 2020 by René François Auclair

Caprice de Paganini. Ständchen de Schubert. Les Hébrides de Mendelssohn.

Nimrod de Elgar. Adagietto de Mahler. Recuerdos de la Alhambra de Tarrega.

Fugue bwv 1001 de Bach. Ah vous dirais-je maman de Bénigne Henry.

Valérie Milot, harpe Apollonia de Salvi.

Enregistré à Église St-Joseph Rivière des Prairies, Montréal, 2020.

Anémone 13. 2020. A13 001. 52m.53s.

Appréciation: Superbe*****

Caprice en la mineur de Paganini

Adagietto de la 5e symphonie de Mahler

Recuerdos de la Alhambra de Tarrega

Valérie Milot présente ses propres transcriptions d’oeuvres connues du répertoire classique. Sur les huit pièces proposées, Mme Milot a transposé à la harpe; Paganini, Schubert (à partir de Liszt), Mendelssohn, Elgar et Mahler. Les autres morceaux sont transcrits par Sylvain Blassel et Marcel Grandjany. L’unique pièce originale est faite de variations dédiées expressément pour l’instrument par Bénigne Henry sur Ah, vous dirais-je maman.

On pourrait parler de réductions, puisque que ce sont des oeuvres originalement écrites pour musique de chambre ou grand orchestre symphonique. Mais ces transpositions révèlent plutôt les originaux d’une nouvelle manière. Il faut saluer ici le travail d’orfèvre de la musicienne. Elle a réussit à retranscrire presque toutes les partitions à la lettre, note pour note, en y ajoutant, bien sûr, quelques libertés propre au langage de la harpe. S’il faut en citer une, la transcription des Hébrides de Mendelssohn a quelque chose d’unique. On redécouvre cette pièce d’envergure, écrite à l’origine pour orchestre, mais qui pourtant reste expansive malgré la limitation à un seul instrument. Les visions de la grotte de Fingal, par Mendelssohn, sont préservées dans leur essence. On perçoit ici les mouvements des vagues sur la mer, redessinés grâce à des phrasés ondulatoires fort bien exécutés par la musicienne.

La harpe, « vieille comme l’humanité, qui a traversé les époques et les cultures » est l’instrument des dieux, des anges et princesses. Ses cordes pincées produisent des résonances éthérées, d’une douceur thérapeutique qu’on associe encore à un romantisme suranné. Ce n’est pas le cas ici. Valérie Milot propose de la vraie musique, complexe, élaborée, difficile à exécuter, qui demande de grandes habilités techniques. « Les heures de travail acharné et les sacrifices qui mènent à une carrière de musicien prennent subitement tout leur sens », dit elle à propos d’un récital particulier de sa carrière.

Il faut alors écouter le magnifique Recuerdos de Tarrega pour tenter de saisir ce que la maîtrise parfaite d’un instrument peut provoquer chez l’auditeur: la création de l’émotion. Dans ce morceau, la main gauche produit à la base des arpèges réguliers, en berçant le rythme, soutenant la mélodie de la droite. Cet aria, que les guitaristes connaissent fort bien, est étonnamment réussie sur la harpe. Elle apparaît comme d’infimes frottements sur la même corde, presque imperceptibles, comme des murmures à l’oreille. C’est le moment magique qui fait chanter les larmes. C’est la musique qui saisit le temps. C’est le mystère des sons qui fait fondre le coeur. Cet album est une merveille, non seulement parce que c’est beau, mais parce qu’il touche l’essentiel.

Whitacre, Eric (n.1970) The Sacred Veil. Los Angeles Master Chorale.

Posted in Whitacre on 1 septembre 2020 by René François Auclair

Textes de Charles Anthony Silvestri.

Los Angeles Master Chorale.

Eric Whitacre, direction.

Enregistré à Musco Center for Arts en janvier 2020.

Signum Classics. 2020. SICCD630. 56m.40s.

Appréciation: Superbe*****

The Veil Opens

I’m afraid we find something

Child of Wonder

« Child of wonder, Child of sky. Time to end your voyage. Time do die. Silent slumber calls you, dark and deep. Child of soft surrender, Child of sleep »…

The Sacred Veil est l’histoire de la perte d’un être cher. Le poète Charles Anthony Silvestri a perdu son épouse en 2005 à la suite d’un cancer. Elle avait 36 ans. Elle laissa dans le deuil ses deux jeunes enfants et son mari, qui fut profondément affecté. Il a dû faire un long processus personnel pour retrouver un sens à sa vie. L’histoire peu paraître banale en surface, mais pour ceux qui la vivent de l’intérieur, on peine à vraiment comprendre l’ampleur du désarroi que la mort peut causer. La poésie, la spiritualité et la musique ont toujours servi à canaliser cette souffrance à travers les âges. La mort a produit souvent les plus beaux Requiem.

The Sacred Veil est né de la collaboration d’une amitié, celle du compositeur Eric Whitacre et de l’auteur. L’oeuvre est une lente procession en douze étapes. Chaque station est conçue pour suivre les derniers instants de la vie de sa femme, inspirés par ses nombreuses visites à l’hôpital et de ses entretiens avec elle. La lettre d’adieu qu’elle a laissé est également reproduite et mise en musique. Selon Silvestri, le voile sacré est l’infime séparation entre les vivants et les morts. C’est une figuration de la croyance que les défunts restent avec nous malgré leur absence physique. Il peut se définir aussi par la fragilité de nos existences qui peuvent « basculer dans l’éternité » à tout moment.

La musique de Whitacre est simple et respectueuse de la tradition chorale. Parfois à la limite d’une sentimentalité un peu facile, supportée par un piano et un violoncelle discrets et dépouillés, sa composition n’est pas conçue pour renouveler le genre. Mais on se laisse toucher, on s’abandonne totalement à la beauté paisible des incantations du magnifique choeur de 40 voix du Los Angeles Master Chorale. Les pièces les plus impressionnantes demeurent « I’m afraid » et « You rise, I fall ». Tandis que la première se présente comme le diagnostic froid et incompréhensible du médecin, l’autre est une image de l’âme qui rend son dernier souffle. La cacophonie et les glissandos du choeur sont extrêmement bien maîtrisés et procurent une sorte de vertige en spirale à la fois effrayant et exaltant.

L’oeuvre se termine dans la sérénité par le très beau « Child of Wonder », et reprend discrètement le motif original du premier mouvement pour fermer la boucle de ce périple spirituel. The Sacred Veil est un Requiem de notre temps. Des milliers de personnes nous ont quitté cette année, et d’autres vont suivre malheureusement. Cette musique peut nous servir en cette période difficile pour tous. C’est l’une des qualités que l’on reconnait à Eric Whitacre. Réunir les gens par la musique.