Archive pour Les Sommets

Bach, J.S.(1685-1750) Le Clavier bien tempéré. Livre I et II. Cédric Pescia.

Posted in Bach J.S. with tags on 6 novembre 2018 by rfauclair

61m7LNCGgML._SY355_Les 48 préludes et fugues bwv 846-893

Cédric Pescia, piano Steinway D

Enregistré en 2017 à Reitstadl, Newmarkt, Allemagne.

La Dolce Vita. 2018. LDV 38.1. 262m. 4 cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Préludes et fugues no.1 à 3 du Livre I 

Préludes et fugues no.7 à 9 du Livre II 

Fugues no.16 et 20 du Livre II 

« Ce qui m’intéresse, c’est la sincérité et la quête de la beauté. La beauté se découvre dans la dimension vocale de la musique vers laquelle je reviens toujours. Bach ne doit jamais cesser de chanter! »

Le pianiste franco-suisse (n.1976) présente un Clavier très libre de pensée, enrobé la plupart du temps d’une poésie schumanienne aussi près du coeur que d’esprit.

Parfois très rapide et dur avec la partition, puis d’une lenteur quasi organistique, ou d’une douceur voilée d’impressionnisme, Cédric Pescia alterne constamment les contrastes, les couleurs, les nuances, dans une mosaïque incroyablement variée.

Tous les états d’âme possible sont révélés au travers de ces deux grands recueils que Schumann considérait comme son « pain quotidien ». L’écoute de cette nouvelle version offre au mélomane une satisfaction complète et durable, à l’image de ce chef-d’oeuvre d’ingéniosité, d’intériorité et d’exubérance. C’est de la pure musique. Bach nous rejoint encore une fois et pour toujours.

 

 

Pachelbel, Johann (1653-1706) Canon en ré. Orchestre Jean-François Paillard.

Posted in Fasch, Pachelbel with tags on 3 novembre 2018 by rfauclair

61xmAiw9-TLPachelbel: Canon en ré. Deux suites pour cordes.

J.F.Fasch: Concerto pour trompette en ré. Deux sinfonias.

Maurice André, trompette.

Jean-François Paillard, direction.

Erato. 1968. 4509-98475-2. 53m.15s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Canon pour cordes et continuo (arr. J.F.Paillard)

Concerto pour trompette de J.F.Fasch (1688-1758)

C’est Jean-François Paillard qui a popularisé le canon de Palchelbel il y a 50 ans. C’est l’un des disques classiques le plus vendu de tous les temps. Un demi-siècle plus tard, le charme fait encore son oeuvre, malgré l’aspect hyper romantique de son interprétation.

En bonus, l’inimitable Maurice André à la trompette dans le célèbre concerto de Fasch. Un son clair d’une précision éblouissante a consacré le musicien français dans ce bon baroque plein d’aisance. C’est également lui qui nous a fait découvrir ce contemporain de J.S.Bach.

Comme le canon en forme de cycle perpétuel, cet album sera encore là dans plusieurs années. Peut-être y aura t’il encore des gens à l’aube du 22e siècle pour l’apprécier. On l’espère.

 

 

Strauss, R. (1864-1949) Les Quatre derniers Lieder. Jessye Norman. Kurt Masur.

Posted in Strauss R. with tags on 21 octobre 2018 by rfauclair

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Orchesterlieder

Enregistré à Gerhardt Kirche, Leipzig en août 1982.

Orchestre du Gewandhaus de Leipzig. Kurt Masur, direction.

Philips/Decca. 1983. 475 8507. 46m.05s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Im Abendrot 

L’album est paru il y a 35 ans. Il est demeuré l’un des plus grands de l’histoire du disque. Jessye Norman est au sommet de son art. Elle a alors 37 ans. Elle est noire et américaine. Elle chante en allemand. Mais lorsqu’elle reprend les quatre derniers lieder, tout s’estompe, les frontières entre les humains s’évanouissent. C’est l’amour de la musique qui triomphe.

Im Abendrot est comme un crépuscule des dieux qui s’éteint doucement. Il nous transporte avec lui vers l’infini. Lorsque les alouettes se dessinent aux flûtes dans les dernières mesures, c’est le moment ultime de béatitude qui nous berce. Un instant de perfection. Kurt Masur a offert à ce poème une respiration symphonique d’une ampleur inégalée, d’une longueur ineffable. C’est la mort, transfigurée par la beauté. Indispensable.

 

Im Abendrot (Dans le rouge du couchant) de Joseph von Eichendorff (1788-1857)

A travers les peines et les joies,
nous avons marché, la main dans la main.
Maintenant nous nous reposons tous deux
dans le pays silencieux.

Autour de nous les vallées s’inclinent,
déjà le ciel s’assombrit.
Seules, deux alouettes s’élèvent,
rêvant dans l’air parfumé.

Viens-là et laisse les tournoyer.
Bientôt il sera l’heure de dormir.
Viens, que nous ne nous perdions pas
dans cette solitude.

Ô calme incommensurable du soir,
si profond dans le rouge du couchant !
Comme nous sommes las de marcher !
Est-ce peut-être ceci la mort ?

 

Brahms, J. (1833-1897) Les Sérénades. Gävle Symphony. Jaime Martin.

Posted in Brahms with tags on 14 octobre 2018 by rfauclair

71T0pqTQy8L._SL1200_Sérénades op.11 et op.16

Enregistré à Gävle Concert Hall, Suède en 2015.

Ondine. 2017. ODE 1291-2. 72m.33s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Allegro molto de la Sérénade op.16

Adagio non troppo de l’op.16

Menuetto 1-2 de l’op.16

Le Gävle Symphony Orchestra produit un son généreux, digne des plus grands ensembles. L’orchestre suédois, peu connu ici, a été fondé en 1912. Il possède donc une longue tradition musicale et mérite sûrement une meilleure place au disque. Le directeur artistique Jaime Martin, chef d’origine espagnol et flûtiste accompli, dirige l’ensemble de main de maître avec beaucoup de souffle et de verve. On s’étonne que ces oeuvres de jeunesse de Brahms aient été si peu enregistrées.

Sous cette récente gravure, on redécouvre l’art symphonique du jeune Brahms. Ces sérénades ont été composées entre 1857-59 alors qu’il n’avait pas atteint la trentaine. L’écriture est riche, d’une belle densité. Les sérénades de Brahms font l’effet d’une grande marche en pleine nature. Il y a tant de couleurs et de nuances qui embellissent ce parcours. C’est comme une ode dédiée à l’automne et à ses ravissements.

L’alternance continuelle entre les sections des cuivres, des bois et des cordes est admirablement bien équilibrée par Jaime Martin. Les cors, en particulier, sont d’une beauté sonore exquise de laquelle émerge les plus belles images. Une réussite à découvrir.

 

Glass et Handel. Anthony Roth Costanzo. Les Violons du Roy. Jonathan Cohen.

Posted in Glass, Handel with tags on 1 octobre 2018 by rfauclair

614u5BEB1YL._SL1210_Oeuvres de Phillip Glass (n.1937) et G.F.Handel (1685-1759)

Les Violons du Roy, direction Jonathan Cohen.

Enregistré au Palais Montcalm, Québec.

Decca Gold/Universal Music. 2018. 00028948171903. 61m.53s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Liquid days de Philip Glass

Stille amare tiré de Tolomeo de Handel

Hymn to the Sun (Akhnaten) de Philip Glass

Dès son apparition sur la scène de la Maison Symphonique, Anthony Roth Costanzo avait déjà le public dans sa poche. Souriant, petit de taille, fébrile et communicatif, il parlait aux spectateurs dans un français plus que respectable. Et lorsqu’il s’est mis à chanter, le contre-ténor américain nous a conquis pour de bon. Le volume sonore qui s’échappe de ce petit bonhomme est celui d’un grand!

Avec les Violons du Roy dirigé par Jonathan Cohen, nouveau directeur artistique, Costanzo venait présenter le tout nouvel enregistrement de leur collaboration. Pourquoi réunir Glass et Handel? Selon ses propres mots: « Handel m’a défini. Glass m’a transformé. » Leurs musiques, séparées par les siècles, se rejoignent pourtant par plusieurs aspects formels. La répétition des motifs simples et efficaces, l’amour de la voix humaine et la création de l’émotion pure sont communes aux deux compositeurs.

C’est là que Costanzo nous chavire. Il nous emporte avec lui dans l’univers mythologique de Handel et ses personnages, puis vers l’imaginaire mystique de Philip Glass, à la fois contemporain et intemporel. Ce balancement continuel dans le temps fait de ce disque une expérience nouvelle, inusitée, d’un alliage artistique unique.

La voix et la présence scénique de Costanzo sont conquérantes. Le contre-ténor vibre et vit toute cette musique. Il s’en accapare et en créé une chose qui lui appartient entièrement. Son timbre particulier nous fait penser au regretté Klaus Nomi, iconoclaste et inclassable individu de la scène allemande des années 80. Cependant, Costanzo possède la technique et le contrôle vocal des plus grands contre-ténors. À 36 ans, il est déjà en pleine maturité, et on s’étonne que ce soit seulement son premier disque.

Désormais, Les Violons du Roy ne peuvent plus être seulement classés dans le 18e siècle où Bernard Labadie les avait souvent confinés. Maintenant, les portes sont grandes ouvertes pour explorer tous les genres. Ce passage leur réussit très bien. On le discerne de belle façon dans l’extrait de l’opéra Akhnaten de Philip Glass. Dans cette pièce étonnante, Jonathan Cohen révèle subtilement des textures apparentées aux cordes baroques. Le mélange de genre fonctionne admirablement bien. Ce disque sera une révélation pour plusieurs.

Beethoven, L.V. (1770-1827) Sonates op.30 pour violon et piano. Andrew Wan. Charles Richard-Hamelin.

Posted in Beethoven with tags on 29 septembre 2018 by rfauclair

71+jOIPbMxL._SL1200_Sonates op.30 no.1-2-3

Andrew Wan, violon Bergonzi 1744

Charles Richard-Hamelin, piano Steinway & Sons.

Enregistré à l’Église St-Augustin de Mirabel en 2018.

Analekta. 2018. AN 2 8794. 67m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Adagio molto espressivo de la sonate op.30 no.1

Scherzo de la sonate op.30 no.2 

Allegro vivace de la sonate op.30 no.3

Avant même de découvrir le disque, je savais déjà que c’était la paire idéale pour interpréter les sonates pour violon de Beethoven, dont c’est ici le premier volume. Pour débuter ce projet, les trois sonates op.30 composées en 1802. Encore très inspirées par Haydn et Mozart, ces oeuvres esquissent un visage plutôt serein de Beethoven. Elles sont d’une beauté charmante, vivantes et primesautières. Les grandes pages pour cette formation de chambre apparaîtront un peu plus tard…

Mais la présence d’Andrew Wan et Charles Richard-Hamelin est d’une telle évidence, que cette musique, qui paraît encore bien jeune, se révèle dans toute sa splendeur. Sous d’autres mains, cela tombe souvent dans la banalité.

Heureusement d’Andrew Wan est un musicien exceptionnel. D’une présence indiscutable, le violoniste produit une sonorité d’une beauté enivrante. Il est une révélation de tous les instants. Chacune de ses interventions est prodigieuse, musicale, parfaite. Le concertmaster de l’OSM est enfin mis en pleine lumière. On connaissait déjà son talent, maintenant on l’entend pour vrai.

Charles Richard-Hamelin, c’est la somptuosité de phrasés amples, mesurés à grands traits, d’une puissance tranquille, impériale. Son Beethoven est aussi réussi et convaincant que son Chopin, qui lui a donné une reconnaissance internationale.

Les deux artistes sont en fusion continuelle. Le duo bénéficie d’une prise de son exemplaire, parfaitement équilibrée. On a déjà hâte d’entendre le Printemps et la Kreutzer! Bonté divine que c’est beau…

 

Bach, J.S. Six Evolutions. Yo-Yo Ma.

Posted in Bach J.S. with tags on 2 septembre 2018 by rfauclair

61MGb7QhNxL._SL1200_Suites pour violoncelle bwv 1007-1012

Enregistré à Mechanics Hall, Worcester, MA en 2017

Sony Classical. 2018. 19075854652. 133m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Allemande no.4 bwv 1010

Allemande no.6 bwv 1012

Gigue no.6 bwv bwv 1012

Yo-Yo Ma (n.1955) n’est plus à présenter à qui que ce soit. C’est un artiste complet, engagé, ouvert et extrêmement doué. On n’est pas surpris d’une troisième intégrale de Bach en son nom. C’est un musicien qui a beaucoup évolué. Une comparaison rapide de son premier enregistrement de Bach et celui d’aujourd’hui montre à quel point tout est différent maintenant.

Je n’étais pas particulièrement motivé à reprendre encore les Suites, puisqu’il existe déjà des tonnes de versions au disque. J’ai commencé l’écoute de ce nouvel album par la 6e, ma préférée. C’est la plus radieuse de tout le corpus. Du Prélude à la Gigue finale, impossible de m’en sortir. J’étais complètement absorbé par la musique de Bach.

Si Bach est un fleuve ou une rivière, puisque son nom se traduit ainsi, le violoncelle de Yo-Yo Ma devient autre chose. Il est tout simplement musique. Il s’évanouit dans une immatérialité inexplicable… Nous sommes à des années-lumière des interprétations romantiques et robustes des légendes de l’instrument où le médium prenait toute la place. Maintenant, c’est la perfection des lignes, tracées soigneusement comme une calligraphie. La musique s’élève au-dessus du terrestre et nous interpelle en même temps à l’intérieur. Quelque chose s’ouvre en soi.

Yo-Yo Ma a dépouillé son jeu avec le temps. Les notes sont légères, dansantes, aériennes. La virtuosité est d’une finesse inouïe, inventive à toutes les mesures. Tout coule de source. Comme Bach, son instrument devient une rivière finalement. Indispensable.