Archive pour Les Sommets

Bach, J.S. (1685-1750) Les Suites Anglaises. Paolo Zanzu, clavecin.

Posted in Bach J.S. with tags on 9 mai 2021 by René François Auclair

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Suites no.1-6 bwv 806-811

Clavecin Sydey-Bal, Paris 1995 d’après Silbermann c.1735

Enregistré en 2017-18. Lieu non spécifié.

Musica Ficta. 2020. MF8032/3. 2cds. 130m.40s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude la suite no.2 en la mineur bwv 807

Allemande de la suite no.3 en sol mineur bwv 808

Bourée I-II de la suite no.3 en sol mineur bwv 808

Gigue de la suite no.6 en ré mineur bwv 811

Paolo Zanzu nous offre l’une des meilleures interprétations des Suites Anglaises de Bach. Du moins, c’est la plus convaincante que j’ai entendu jusqu’à maintenant au clavecin. Je suis tombé un peu par hasard sur cet album sorti l’an dernier. Je cherchais des interprétations au piano de ces suites sur le catalogue Naxos. J’ai immédiatement été happé par la hardiesse du jeu de l’artiste et de la sonorité exceptionnelle de l’enregistrement. Instrument moins apprécié que le piano moderne, le clavecin demeure néanmoins un témoin essentiel de l’époque fastueuse du baroque. Il reste proche des intentions du compositeur, puisque c’est pour lui, mis à part l’orgue, que Bach a créé ses meilleures pages pour clavier.

Primo: l’instrument à deux claviers de Anthony Sidey est d’une magnificence rare. Construit à partir d’un Gottfried Silbermann, facteur connu et respecté de Bach, ce clavecin est le compagnon idéal pour jouer ces grandes suites, dont la densité et la complexité ne demandent pas mieux. Riche palette de sons, résonances somptueuses, clarté et amplitude, cet instrument possède également des aiguës des plus agréables.

Secondo: Le musicien italien infuse une énergie vive à ces pages certes touffues, mais ô combien satisfaisantes du grand Bach. Paolo Zanzu sait lier les mesures, leur conférant une respiration aérée, tout en maintenant une tension rigoureuse d’une main gauche imperturbable. Car c’est bien du Bach que nous entendons. Son langage unique pourrait se traduire par un amalgame de motifs raffinés à la française, supportés d’une solide motricité très allemande. Les Préludes et Gigues sont souvent attaqués de front, sans ménagement pour l’auditeur, d’une puissance rythmique captivante. (Diabolique gigue de la 6e suite!) Tandis que les Allemandes et Sarabandes sont caressées à la manière des luthistes, par un jeu d’accord brisé fort gracieux.

Tertio: La prise de son est généreuse, près de l’instrument, mais évite heureusement les piqués trop grinçants que l’on retrouve souvent dans les enregistrements du clavecin. Pour éviter leur côté agressif, les preneurs de son semblent s’en éloigner souvent, ce qui nous fait perdre en revanche leur beauté étincelante. Ce n’est pas le cas ici, les ingénieurs ont su trouver un juste équilibre, en restituant également l’ambiance sonore du lieu par une subtile réverbération.

Les Suites Anglaises de Bach, à l’instar des Françaises et des Partitas, demeurent un peu en marge par leur poésie parfois très noire. Le compositeur leur a donné une rigueur peu commune, d’une architecture quasi opaque, heureusement allégée par ses danses lumineuses. Paolo Zanzu a su mettre en contraste les facettes variées de ces oeuvres audacieuses pour clavier.

Schubert (1797-1828) Schubert’s 1817 Sonatas. Sookkyung Cho, piano.

Posted in Schubert with tags on 25 avril 2021 by René François Auclair

Sonate en la mineur d.537

Sonate en la bémol majeur d.557

Sonate en mi mineur d.566

Sonate en si majeur d.575

Sookkyung Cho, piano Steinway.

Enregistré à Royce Auditorium, Grand Rapids, Michigan en 2020.

Centaur Records. 2021. CRC 3871. 75m.53s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegretto quasi andantino Sonate d.537

Allegro moderato de la sonata d.557

Sonate en mi mineur d.566 « Inachevée »

À l’écoute de la première pièce, j’ai cru d’abord que la pianiste jouait sur un pianoforte. Le feutré des marteaux semble bien délicat et légèrement voilé. Les basses sont plutôt discrètes, sans grande emphase. Les touches supérieures ont cet aspect brillant propre aux pianos anciens. Et puis j’ai pensé à Andras Schiff qui a réalisé tout Schubert sur un Bösendorfer, instrument à la limpidité bien singulière. L’absence de livret et de détails sur l’instrument ont piqué ma curiosité. Perfectionnisme oblige, j’ai dû entrer en contact avec Sookkyung Cho qui habite Grand Rapids au Michigan, pour en savoir plus. Mme Cho, diplômée de Julliard, enseigne également à Grand Valley State University.

C’est bel et bien sur un Steinway que l’artiste a enregistré ces sonates de Schubert. Mais elle n’avait pas plus de détails à me préciser sur l’instrument, ni l’année de sa construction. Cet instrument a une sonorité étonnement tenue par rapport à ce que l’on entend habituellement de cette marque légendaire. Ceci étant dit, j’ai commencé à apprécier cet album au fur et à mesure de son écoute. La pianiste coréenne confère à ces sonates une délicatesse de toucher et de luminosité remarquable.

Schubert a composé ce cycle en 1817 alors qu’il n’avait que 20 ans. À ce moment, il délaissé peu à peu l’influence de Mozart de sa première période. Son langage est devenu plus personnel et ses compositions ont gagné en profondeur, comme en fait foi les multiples changements de tonalités au cours d’une même pièce.

La prise de son est d’une belle présence, moins distante et épurée que la production d’Andras Schiff. Ainsi, on peut mieux apprécier les couleurs et les reliefs de l’instrument sur lequel s’exécute Mme Cho.

La légèreté de ton est omniprésente au cours de l’écoute des quatre sonates proposées. Les détails de la partition sont mis en lumière par un jeu très finement tracé, supporté d’une rythmique allègre et spontanée. La musicienne évite tout lyrisme appuyé et s’en tient à l’essentiel. La progression des pièces n’est jamais ralentie outre mesure. Il n’y a ni ego, ni puissance démesurée. La musique prend parfois l’aspect de miroitements lumineux sur la surface d’une eau. C’est du Schubert à l’état pur, dépouillé de son aura romantique. Cet album est une magnifique surprise.

Comparatif: Allegretto quasi andantino d.537. Andras Schiff (Decca/London.1994)

Vivaldi (1678-1741) Vivaldi’s Seasons. Bolette Roed, flûte à bec. Arte dei Suonatori.

Posted in Vivaldi with tags on 11 avril 2021 by René François Auclair

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Les Saisons op.8 arrangés pour flûte à bec.

Douze concertos tirés de différents opus.

Enregistré en 2017-18 à St-John’s Evangelical, Mikotow, Pologne.

Pentatone. 2021. PTC 5186875. 2cds. 154m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Le sonnet du printemps:

« Voici le Printemps,
Que les oiseaux saluent d’un chant joyeux.
Et les fontaines, au souffle des zéphyrs,
Jaillissent en un doux murmure. »

Concerto la Primavera op.8 no.1

Concerto en Mib majeur RV 257

Allegro du Concerto Le Rossignol RV335a

La flûtiste danoise Bolette Roed et l’ensemble polonais Arte dei Suonatori ont concocté un programme des plus réjouissants autour des célèbres Quatre Saisons de Vivaldi. Ainsi, on nous propose quatre groupes de concertos qui s’apparentent à chaque tempéraments des saisons.

Pour le Printemps par exemple, on a réuni sur le même thème, les concertos Le Rossignol RV 335, l’Amoroso RV 271 et une belle surprise, le RV 257, oeuvre méconnue, pleine de fraîcheur et d’invention harmonique. Les pièces ont tous été arrangées, à partir des solos de violon ou de hautbois, pour la flûte à bec. Plusieurs morceaux ainsi adaptés représentent de véritables défis techniques, hautement relevés par la flûtiste.

Les figurations de la flûte sont souvent associées aux oiseaux, aux fêtes champêtres et le rustique de leurs danses paysannes. Elles peuvent également fort bien représenter le vent et l’air, bien entendu. C’est le cas ici dans l’Été où la musicienne a créé d’extraordinaires pirouettes dans les passages animés des bourrasques d’une tempête.

Bolette Roed est incroyable de précision et de vélocité, parfaitement synchronisée avec l’orchestre baroque. Elle fait preuve d’une technique spectaculaire qui transforme les sons en quelque chose de très volatil, d’une légèreté à couper le souffle. Sa musicalité est sensible, agrémentée de fin coloris et d’ornements propres à ce petit instrument qui pourrait, à la rigueur, paraître un peu réducteur par rapport au violon.

Elle est accompagnée par les cordes souples et mouvantes de l’Arte dei Suonatori qui produisent de magnifiques phrasés.

Un album rafraîchissant qui célèbre, d’une manière bien originale, l’oeuvre la plus connue de Vivaldi.

Chopin (1810-1849) Préludes op.28. Charles-Richard Hamelin.

Posted in Chopin with tags on 10 avril 2021 by René François Auclair

24 Préludes op.28 (1835-39)

Andante spianato et Grande Polonaise brillante op.22 (1830-36)

Enregistré à Salle Raoul-Jobin, Québec en 2020.

Piano Steinway D de Hambourg.

Analekta. 2021. AN29148. 56m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Préludes I-III-VI et VII

Prélude XV en réb majeur « Gouttes de pluie »

Prélude XVII en lab majeur

Charles-Richard Hamelin poursuit son périple dans le monde merveilleux de Chopin. Dans son cas, son rendez-vous avec les 24 Préludes op.28 étaient inévitables bien sûr. Ils sont un passage obligé pour tous pianistes qui abordent Chopin. Il y a tant de comparaisons dans l’histoire de la discographie. Tous les grands noms y sont passés. Et cette nouvelle gravure de l’oeuvre vient se glisser sans peine au milieu de joyaux déjà brillants.

Dès le premier prélude, on reconnaît la patte de velours du pianiste canadien. La séduction est immédiate. Le son est splendide, d’une plénitude somptueuse. L’élan est spontané, contrôlé avec grâce et générosité. Les phrasés chaleureux, irradiant d’émotion. Toute cette musicalité s’installe spontanément au niveau du coeur. S’il y a de belles choses que nous proposent la vie, en voilà une. Vivre la musique, l’accueillir en soi et la laisser nous faire rêver.

Les Préludes sont des instants de vie en mode majeur et mineur, reflétant nos propres états d’âme. Charles-Richard Hamelin en est le guide spirituel. Il termine ce voyage par la Grande Polonaise op.22, véritable triomphe de l’esprit sur la matière. Un grand disque.