Archive pour Les Sommets

Bach, J.S. (1685-1750) Variations Goldberg. Sachiko Kato, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 21 juillet 2018 by rfauclair

044747320229Enregistré à Klavierhauss Hall à New York en 2011.

Centaur Records. 2012. CRC 3202. 59m.15s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

 

Aria

Variations 21 à 24 

C’est en voguant sur le Naxos Music Library, immense océan de musique, que j’ai découvert cette île déserte dans le monde de la musique classique. Une pianiste méconnue, un label modeste, et une oeuvre bénie des dieux depuis toujours.

Il y a beaucoup de poésie dans le jeu de la pianiste américaine. Elle y met du relief, de la profondeur, la délicatesse et la rigueur, la modération et la vigueur, autant ce qui lui permet de varier le temps qui passe, d’exposer les voix entre elles de la manière la plus claire possible.

Ces Variations nous parlent de l’intérieur. La musicienne s’efface. Tout ce qui reste est la beauté du discours. Enregistrées dans des conditions idéales, ces Goldberg nous livrent quelques secrets cachés. Le temps s’estompe et on ne veut plus quitter ce lieu magnifique.

Bach, J.S. Concertos pour violon et Partita bwv 1004. Daniel Lozakovich.

Posted in Bach J.S. with tags on 23 juin 2018 by rfauclair

61qlglEb2qL._SL1200_Concertos bwv 1041 et 1042

Partita bwv 1004

Daniel Lozakovich, violon Stradivarius 1713.

Orchestre de chambre de la Radio Bavaroise.

Enregistré à August Everding Saal, Musikschule Grünwald,
et Studio Teldex, Berlin en 2017.

DG. 2018. 002894799372. 63m.48s. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Concerto bwv 1041 en la mineur 

Chaconne bwv 1004 en ré mineur 

La première impression auditive est celle d’un bon vieux vinyle des années 60 que la vénérable Deutsche Grammophon a toujours produit avec soin. Les cordes sont vibrantes, bien définies et espacées dans un beau discours moderato rassurant et pleinement satisfaisant. Nous sommes en plein territoire des violons modernes, loin du style frénétique des baroqueux.

Et lorsque le soliste apparaît, tout se confirme. Nous avons ici un artiste d’exception. Un violon à l’archet généreux et souple qui transcende Bach. Comme si cet instrument était au main d’un grand disparu, la réincarnation inexplicable d’un musicien rare.

Ce jeune homme n’a que…17 ans! Daniel Lozakovich, né à Stockholm en 2001, a le don rare de tout faire disparaître autour de lui. La virtuosité fait place à la musique. Le respect est partout dans sa manière de jouer. Lorsqu’on lui demande quels sont ses modèles d’interprètes, c’est l’étonnement complet: Menuhin, Heifetz, Kagan, Szeryng…

La monumentale Chaconne pour violon seul est bouleversante, un grand moment de musique pure, désincarnée, métaphysique. Lozakovich prétend que « Bach nous rapproche de Dieu ». Je dirais que c’est plutôt lui et toutes les légendes du violon qui se penchent pour écouter ce mystère du 21e siècle.

Dowland, John (1563-1626) Lachrimae. Nigel North. Les Voix Humaines.

Posted in Dowland with tags on 20 mai 2018 by rfauclair

41K+RK5zaRLLes Sept Larmes (1604) pour luth et violes.

Pavanes, gaillardes et allemandes.

Nigel North, luth.

Mélissande Corriveau, dessus de viole. Felix Deak, ténor de viole.

Margaret Little, Suzie Napper et G. Sanchez-Guevara, basses de viole.

Enregistré à St-Augustin, Mirabel en juillet 2017.

Atma Classique. 2018. ACD2 2761. 56m. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Lachrimae antiqua 

Earle of essex gaillard 

Sir John Langston Pavan

 

Les Lachrimae de John Dowland, composés en 1604, annoncent d’une certaine façon le romantisme de Schubert. Deux siècles les séparent. Pourtant, il y a le même goût pour la poésie mélancolique, une affinité pour la solitude et la recherche d’apaisement au milieu des larmes. C’est un recueil magnifique, le plus connu de Dowland. Les Lachrimae sont en fait sept variations sur son air célèbre Flow my tears. Malgré son aspect lugubre, il y a dans cet art de la mélancolie, une part de lumière qui nous rejoint encore.

Enregistré plus d’une fois, ce cycle instrumental pour luth et consort de violes retrouve, avec Les Voix Humaines, un lien naturel, une connivence idéale avec ce répertoire ancien. On se demande pourquoi elles (M.Little et S.Napper) ont attendu si longtemps pour pouvoir les graver. Le temps a sûrement permis ici une collaboration inespérée: celle avec Nigel North, réputé luthiste britannique, qui a maintes fois visité l’univers de Dowland. Il y apporte son expertise précieuse et son jeu de luth légendaire fait de coulées riches en lyrisme et en souplesse.

Quant aux violes de l’ensemble, elles résonnent dans toute leur splendeur en symbiose avec la fragilité du luth dans une atmosphère à la fois vaste et recueillie. Elles sont expressives à souhait, rehaussées par le jeu finement décoratif du dessus de viole de Mélissande Corriveau. L’alternance entre les Larmes et les diverses danses apporte un mélange triste-heureux qui évite la monotonie pouvant s’installer en cours de route. En fait, grâce à leur sensibilité et leur connaissance, les musiciens se sont distanciés par rapport à d’autres versions qui paraissent aujourd’hui froides et austères. Ici, la beauté ténébreuse de cette musique nous enveloppe de toute part. On s’y réfugie à l’abri des maux qui terrassent notre siècle présent.

 

 

 

Bach, J.S. (1685-1750) Matthäus-Passion. La Petite Bande. Sigiswald Kuijken.

Posted in Bach J.S. with tags on 1 avril 2018 by rfauclair

71Is6dr1c4L._SL1019_Passion selon St-Matthieu bwv 244

Évangéliste: Christoph Genz, ténor.

Jésus: Jan Van der Crabben, basse.

Ensemble La Petite Bande. S. Kuijken, direction.

Enregistré à Predikherenkerk, Leuven, Pays-Bas en 2009.

Challenge Classics. 2010. CC72357. 3cds. 157m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Venez, ô vous, mes filles et lamentez vous avec moi! 

Prends pitié, mon Dieu, prends pitié de mes larmes 

Nous nous asseyons en pleurant et implorons sur ta tombe. Repose en paix! 

Sigiswald Kuijken (n.1944) offre une vision intimiste de la grande St-Matthieu de Bach. Ayant déjà collaboré avec Gustav Leonhardt à l’enregistrement légendaire de 1989 sur Harmonia Mundi, le violoniste et chef d’orchestre y revient avec de nouvelles idées sur l’exécution à l’ancienne de la grande Passion.

Il a réduit l’effectif vocal à seulement huit chanteurs, répartis en deux choeurs. Ce sont, bien entendu, d’excellentes voix, choisies expressément pour leur qualité. Se basant sur les recherches connues en la matière, Kuijken défend cette approche avec conviction. On sait qu’en son temps, Bach n’avait que quelques solistes à sa disposition. Ils prenaient part autant aux parties de ripieno qu’aux solos. Et on croit que le cantor de Leipzig devait se résoudre à n’exécuter ses grandes passions qu’avec de modestes et regrettables moyens…

Ici, l’interprétation chambriste de la Passion, n’enlève absolument rien à la grandeur d’âme qui s’y trouve. Grâce à ce dépouillement, je dirais que la poésie funèbre de ce chef-d’oeuvre n’a jamais paru aussi évidente. Au coeur de cette ode sur la mort et l’amour, il nous reste l’essentiel. Celui d’un contact vibrant et bouleversant sur une histoire qui fascine toujours.

La prise de son est d’une douceur incomparable, large et profonde. Tous les solistes y prenent place à tour de rôle dans une ambiance faite d’introspection. Magnifique.

Clair de Lune. Debussy, Fauré, Ravel. Menahem Pressler.

Posted in Debussy with tags on 18 mars 2018 by rfauclair

61eQ5VWR2WL._SL1200_Oeuvres de Debussy.

Bacarolle no.6 de Fauré.

Pavane et Oiseaux tristes de Ravel.

Enregistré à la Salle Rémy Pflifim, Paris en 2017.

Deutsche Grammophon. 2018. 4798756. 66m.51s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Arabesque no.1 

Clair de lune 

La plus que lente 

Cette année est le centième anniversaire de la mort de Claude Debussy (1862-1918). Pour l’occasion, la DG a invité le gagnant du prix Debussy de 1946, nul autre que Menahem Pressler. Le pianiste est en lien direct avec Debussy puisqu’il a côtoyé ceux qu’ils l’ont connu et joué ses oeuvres au tournant du 20e siècle.

À 95 ans, Menahem Pressler propose un voyage nostalgique sous le signe du dépouillement et de la sérénité. Ici, le temps n’a plus d’importance. Il y a dans son jeu une délicatesse particulière, une fragmentation du discours presque improvisée.

Il y a parfois ces subtiles teintes bleutées de jazz dont le musicien semble l’un des seuls à reconnaître dans Debussy. Il s’y dégage une aura et un état d’esprit proche de la vénération. Sous ses vieilles mains, il y a mille et un souvenirs… Il y aurait tant à dire sur la vie de cet homme généreux. Mais une seule phrase suffit à décrire ce disque merveilleux. C’est si beau…

 

 

Schubert (1797-1828) Les Sonates pour piano. Paul Badura-Skoda.

Posted in Schubert with tags on 10 février 2018 by rfauclair

81ccLe9XQ-L._SL1500_Intégrale des sonates pour piano.

Mouvements complétés par Badura-Skoda.

Enregistré entre 1967-71 au Studio Grayson, Vienne.

Sony Classical/ Rca Read Seal. 2017. 88985395492. 12 cd.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Rondo allegro moderato de la sonate d.850 Gasteiner

Molto moderato e cantabile de la sonate d.894 

Menuetto de la sonate d.894 

Allegretto de la sonate d.894 

Enregistrée il y a plus de 50 ans, cette intégrale Schubert n’a rien perdu de sa fraîcheur. Le piano est capté de près sans aucune pudeur, renforçant le sentiment de proximité et d’intimité avec la musique de Schubert. Le pianiste viennois, qui avait 40 ans à l’époque, évoque avec joie cette période de sa vie: « Que c’est émouvant de tenir entre ses mains une feuille (manuscrite) portant l’écriture de Schubert! ».

Paul Badura-Skoda s’est impliqué dans la redécouverte des partitions de Schubert. Jusque là, seulement 11 sonates connues étaient complètes. Il a travaillé de près chacun des manuscrits autographes des autres pièces, disparates et inachevées, les agençant selon leurs tonalités pour former des sonates entières. Il a dû compléter lui-même certains morceaux.

Ce que l’on retient de son jeu, est la manière d’exposer Schubert dans une clarté irréprochable. Cette façon très rythmique de présenter la musique est non seulement  très viennois dans son essence, mais fait également partie du jeu reconnu du pianiste. Un subtil contretemps marqué par la danse et la légèreté des notes donnent à Schubert une candeur particulière, loin des grandes expansions de d’autres médiums qui ont recherché plutôt la gravité pathétique du compositeur.

Jeu intelligent et réfléchi, pas toujours fluide ou d’un lyrisme voluptueux, cet esthétisme sobre et pur sert pourtant admirablement bien Schubert. Maintenant à 90 ans, Paul Badura-Skoda serait prêt à revisiter ces chefs d’oeuvre… » je suis aujourd’hui plus proche de l’esprit de la dernière sonate, écrites aux portes de l’éternité, que je ne l’étais à 40 ans. Peut-être devrais-je la réenregistrer… »

Sibelius, Jean (1865-1957) Les Symphonies. Helsinki Philharmonic. Paavo Berglund.

Posted in Sibelius with tags on 22 décembre 2017 by rfauclair

91jd980dtuL._SL1500_Les sept symphonies (1899-1924)

Poèmes symphoniques: Océanides, Finlandia, Tapiola, Kullervo…

Enregistré entre 1984-1987 au Culture Hall à Helsinki, Finlande.

Parlophone/Warner. 2017. 0190295869151. 5 cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Vivacissimo et Finale de la 2e symphonie op.43 

Allegro moderato de la 3e symphonie op.52 

Paavo Berglund (1929-2012), chef finlandais émérite, a probablement réussi sa plus belle et convaincante incursion dans l’oeuvre symphonique du grand Sibelius. On sent la connivence avec l’orchestre d’Helsinki, robuste et intense, et cette proximité avec le compositeur finlandais, dans une vision enracinée par la tradition et les valeurs de ce créateur singulier. Le chef dispose devant lui d’un orchestre aux sonorités rugueuses et vives. Il en exploite toute la charge émotive par une prestation engagée des musiciens qui semblent vivre, sans compromis, toute la musique de Sibelius.

Les symphonies de Sibelius sont remarquables en tous points. Autant au niveau de leurs formes imprévisibles que par la description d’une nature sauvage et impitoyable. Mais il y a aussi dans cette musique, un désespoir profond sur fond de guerre… Sibelius se tournera alors vers les forces de la nature pour s’y soustraire. Cette volonté se traduira par des hymnes triomphants et inspirés qui feront de lui un héros national (Finlandia op.26 et Finale de la 2e symphonie par exemple)

Sa musique, d’une grande richesse, nous invite à un périple étonnant au coeur de ce pays de glace et de forêts. Supportée par des progressions tonales déstabilisantes et imprévisibles, la musique de Sibelius s’éloigne des parcours déjà tracés. Parfois, au cours de ce pèlerinage, l’auditeur s’abandonne aux plus fortes images. Il s’arrête à l’improviste devant un paysage fait de grands espaces blancs, pour s’engager ensuite dans une lutte éprouvante contre les vents mordants du froid, pour enfin se retrouver dans la nuit devant la plus exaltante des aurores boréales. C’est le triomphe de l’esprit humain devant le grand inconnu. C’est un peu tout ça Sibelius… Le plus original compositeur et symphoniste du 20e siècle.