Archive pour Les Sommets

Schubert. Szymanowski. Lucas Debargue.

Posted in Schubert, Szymanowski with tags on 28 novembre 2017 by rfauclair

81tRpTujgOL._SL1500_Schubert, F. (1797-1828) Sonates d.784 et d.664.

Szymanowski, K. (1882-1937) Sonate op. 21

Enregistré à La Grange au Lac, France en juillet 2017.

Sony Classical. 2017. 8985465632. 67m.45s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro giusto de la sonate d.784 de Schubert 

Allegro de la sonate d.664 de Schubert

Allegro assai op.21 de Szymanowski

Pianiste atypique, non seulement par son jeu libre et audacieux, mais également par un parcours non-conventionnel, Lucas Debargue (n.1990) nous arrive déjà avec son troisième disque.

Le Schubert qu’il propose est à cent lieux des grands pianistes du passé. Il aime prendre des risques, semble avoir l’intuition et le génie d’atteindre des zones que la partition gardait dans l’ombre. Ce sont des choses qui ne s’enseigne pas. Le papier ne suffira jamais à révéler réellement les intentions originales et l’état d’esprit du compositeur. En lisant les mesures tout en effaçant leur contour, en jouant subtilement sur les silences et le temps, Debargue nous révèle certains secrets cachés sur la page.

La sonate d.784 est si convaincante, si prenante, qu’on peut dorénavant la nommer « La Funèbre ». Car c’est ce qu’elle a toujours été. Mais seul Debargue semble l’avoir compris entièrement. Du début de la marche funèbre, en passant par le motif tragique d’un glas mortuaire jusqu’à l’hymne émouvant qui s’élève pour l’ami disparu, tout prend son sens. C’est de la poésie que plusieurs pianistes n’ont jamais saisi.

D’un toucher fait de murmures, de confessions intimes qui invitent à l’écoute la plus silencieuse qui soit, la musique de Schubert a t’elle trouvé ici son alter ego le plus près de ses aspirations? L’avenir nous le dira.

Pour l’instant, on peut s’attendre à tout, on peut rêver à d’autres Schubert ou rien du tout. Car ce genre de génie peut tout se permettre (impressionnant Szymanowski), ou simplement cesser d’être le pianiste qu’on s’attend de lui.

 

Bach, J.S.(1685-1750) Les Motets. Norwegian Soloist’s Choir. Grete Pedersen.

Posted in Bach J.S. with tags on 26 novembre 2017 by rfauclair

5014947-origpic-5a0ca5Motets bwv 225-230.

Motet bwv 118.

Det Norske Solistkor (Le Choeur de Solistes norvégiens).

Ensemble Allegria. Grete Pedersen, direction.

Enregistré à Ris Kirke, Oslo entre 2015 et 2017.

Bis Records. 2017. Bis-2251. 67m.39s.

 

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Komm, Jesu, komm bwv 229

Gute nacht tiré du motet Jesu mein freude bwv 227

Wie sich ein Vater erbarmet tité du motet Singet dem Herrn bwv 225

L’exécution des motets de Bach par les Solistes norvégiens est à classer parmi les meilleures de la discographie. En comparaison des plus inestimables interprétations (Herreweghe, Gardiner, Fasiolis…) celle de l’ensemble norvégien se distingue par une douceur et une chaleur d’expression rare.

La rhétorique que propose Grete Pedersen, c’est à dire l’art de chanter les textes sacrés, amène l’auditeur à une expérience proche de la béatitude. L’alternance entre les solistes et le choeur, le choix des timbres, la différenciation des voix et la beauté éthérée des sopranos en font tout simplement le plus beau disque Bach de l’année 2017.

Signalons l’excellence de la prise de son où solistes et choeur sont bien détachés en relief. Il y a quelque chose de sublime dans l’oeuvre de Bach. Lorsque ces motets, d’une perfection d’écriture inégalée, sont passés au travers d’une interprétation d’une telle qualité, on a parfois l’impression fascinante que nous ne sommes plus seul dans l’univers. Que nous participons à quelque chose qui nous dépasse. Écrite pour des services funèbres, cette musique sublime transcende l’esprit vers l’infini. Amen.

 

Tchaikovski (1840-1893) Concerto pour violon et Variations Rococo. Nemanja Radulovic.

Posted in Tchaikovski with tags on 1 octobre 2017 by rfauclair

81InB55THcL._SL1210_Concerto op. 35 en ré majeur.

Variations sur un thème rococo op.33 pour alto, piano, orchestre à cordes. (arr. Yvan Cassar). Ensemble Double Sens.

Nemanja Radulovic, violon J.B. Vuillaume 1843.

Borusan Istanbul Philharmonic Orchestra.

Sascha Goetzel, direction. Enregistré à Istinye Borusan, Istanbul en 2016.

Deutsche Grammophon. 2017. 479 8089. 52m.09s.  Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro vivacissimo du concerto op.35

Variation no. 3 de l’opus 33 sur un thème Rococo

Variation no.4 de l’opus 33 sur un thème Rococo

Cet excellent disque réunit le jeune violoniste serbe (n.1985), le chef autrichien Goetzel et l’orchestre Philharmonique d’Istanbul, dans un programme tout Tchaivovski. La Deutsche Grammophon a réunit tout ce beau monde à Istanbul. Enregistrer de la musique occidentale dans la ville la plus cosmopolite de la planète, entre l’Europe et l’Asie, montre à quel point la musique peut être sans frontière.

Le jeune virtuose au look d’enfer, mis sous contrat récemment par la prestigieuse maison berlinoise, a choisit LE concerto des grandes occasions, le célèbre op. 35 où à peu près tous les violonistes de haut calibre ont osé s’y frotter.

Le jeu de Radulovic est aussi démesuré que sa chevelure proéminente! Le musicien veut briser délibérément les conventions du passé, autant par son apparence que par sa prestation endiablée d’une rock star. Pourtant, il y a une approche très sérieuse de la musique, maîtrisée d’une technique décoiffante et d’une expression unique. Avec lui, le monde des tziganes et de la musique classique se rencontrent dans un fracas réjouissant.

La prise de son donne une forte présence au violon devant un orchestre bien en chair au profil un peu brouillon mais d’une grande puissance. Le chef autrichien Sascha Goetzel s’est appliqué à bien marquer les contrastes et la dynamique d’ensemble. L’arrangement des variations rococo est vraiment réussi. L’alto, joué impeccablement par Radulovic, donne à cette oeuvre connue une dimension beaucoup plus légère.

 

 

 

Bach, J.S. (1685-1750) Cantates pour l’éternité. Montréal Baroque. Eric Milnes.

Posted in Bach J.S. with tags on 3 mai 2017 by rfauclair

71GtSEaTWOL._SL1200_Cantates bwv 4, 106, 9 et 181.

Odéi Bilodeau, soprano. Élaine Lachica, alto.

Philippe Gagné, ténor. Drew Santini, basse.

Montréal Baroque. Eric Milnes, orgue et direction.

Enregistré à St-Augustin de Mirabel en juin 2014.

Atma Classique. 2017. ACD2 2406. 75m.03s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Den Tod niemand bwv 4 pour soprano et alto

In deinen hande bwv 106 pour alto et basse Entre tes mains je remets mon esprit; Tu m’as racheté, Seigneur, toi Dieu fidèle. Mon coeur et mon esprit sont confiants, en paix et sereins. Comme Dieu me l’a promis: La mort est devenue mon sommeil.

Herr du siehst bwv 9 pour soprano et alto

Eric Milnes et Montréal Baroque ont réalisé ici probablement le plus bel album de la série Atma consacrée aux cantates de Bach. L’interprétation est minimaliste, et le traitement des voix, en particulier la soprano et l’alto, est dépouillé et d’une simplicité désarmante.

L’aspect désincarné et détaché de la prestation se lient naturellement aux textes sacrés. Les vibratos sont exclus, conférant aux lignes vocales une pureté qui invite au recueillement le plus profond. Musiciens et chanteurs semblent s’être livrés humblement au service de la musique de Bach.

Christ gisait dans les liens de la mort bwv 4, et la cantate funèbre Actus Tragicus bwv 106 sont des oeuvres d’un jeune Bach aux idées étonnantes, encore proche d’un 17e siècle archaïsant et lié aux modes anciens. Les musiciens montréalais en ont fait une lecture très respectueuse, qui se rapproche et surpasse parfois en qualité les meilleures interprétations du passé.

L’intimité, la beauté, et des moments qui touchent au sublime éclairent ce disque essentiel sur le thème de la mort et l’éternité.

 

 

 

 

Pärt, Arvo (n.1935) Da pacem Domine.

Posted in Pärt with tags on 29 mars 2017 by rfauclair

81W-dt-drPL._SL1429_ (1)Triodion, Sieben Magnificat-Antiphonen, Nunc dimitis.

Dopo la vittoria, Virgencita, The Woman in Alabaster box.

Tribute to Caeser, Da pacem Domine.

Latvian Radio Choir. Sigvards Klava, direction.

Ondine. 2016. Ode 1286-2. 72m.38s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Sieben Magnificat-Antiphonen (1988-91)

Da pacem Domine (2006)

L’ensemble vocal de la Letonnie interprète avec perfection l’oeuvre chorale d’Arvo Pärt, probablement l’estonien le plus connu de la planète. Ces petits pays du nord sont reliés par une grande tradition du chant choral, autant dans leur folklore respectif que par leur proximité de la grande Russie orthodoxe.

Musique du froid, de l’immobilité et surtout du silence. Arvo Pärt ne brise pas ce silence, il l’embrasse et l’apprivoise. La musique est réduite au minimum. Il y a ces notes blanches, immaculées, en simples déclamations répétées à l’infini. Pourtant, l’effet est encore indescriptible. Le Latvian Radio Choir est à ce point sublime, que la musique devient une expérience en soi. Difficile d’en dire plus, il suffit de se taire et d’écouter.

Chopin (1810-1849) David Fray.

Posted in Chopin with tags on 16 mars 2017 by rfauclair

710STPoex9L._SL1200_Noctures, mazurkas, polonaise, impromptu et valse.

Enregistré en sept.2016 à Église Notre Dame du Liban, Paris.

Erato. 2017. 0190295896478. 68m.30s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Impromptu op.51 no.3

Valse op.69 no.1

David Fray (n.1981) a probablement commenté la plus juste description qui soit de la musique de Chopin. Le bref vidéo de promotion qui coïncidait avec la sortie du disque, très bien monté et filmé, nous montre le jeune pianiste tentant de nous expliquer ce que veut dire Chopin pour lui.

L’éphémère, la fragilité, l‘imprévu et l’inspiration du moment que décrit et transmet le pianiste, nous transporte dans un monde impalpable d’une rare poésie. Chopin est une île. Et David Fray est un poète. Un album de rêve.

Weinberg, M. (1919-1996) Symphonies de chambre. Kremerata Baltica. Gidon Kremer.

Posted in Weinberg with tags on 21 février 2017 by rfauclair

81e8v2siul-_sl1400_Symphonies de chambre no.1-4

Quintette pour piano op.18

Gidon Kremer, violon et direction.

Enregistré à Musikverein, Vienne en juin 2015 (live)

Et Latvian Radio Studio, Riga en juin 2015.

ECM New Series.2017. 2538/39. 2 cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro molto de la symphonie no.3

Lento de la symphonie no.3

Presto de la symphonie no.1

Mieczyslav Weinberg a créé une oeuvre très volumineuse. Ce n’est que récemment que son nom est devenu plus familier aux mélomanes. Weinberg a cotoyé les plus grands de son époque, en particulier Dimitri Chostakovitch, qui l’appuyait dans sa création.

Ce russe d’origine polonaise a produit une musique moderne, dite sérieuse, témoin d’une époque plutôt noire de la Russie industrielle et socialiste. On y retrouve une clarté d’écriture étonnante, puisant sa force vitale à la fois par la tradition juive que par ses fulgurantes portions fuguées. Ses accents dramatiques ont parfois la dureté du métal. Elle peut servir d’exutoire ou carrément nous rebuter!

Pourtant on s’y reconnait. La légèreté et les réminiscences d’un Tchaïkovski prennent leur place furtivement entre des zones plus menaçantes.Vacillant constamment entre les tonalités familières d’un 19e siècle traditionnel et l’audace harmonique d’une nouvelle ère, on apprend à aimer Weinberg.

Ses symphonies de chambre, arrangées à partir de quatuors, possèdent en arrière-plan un climat sourd de tragédie humaine, terrible par le ton général proposé, mais authentique et pur. En cela, la musique de Weinberg nous atteint, nous parle et nous captive.

L’interprétation des cordes du Kremerata est impeccable. Gidon Kremer dirige et instaure des climats saisissants, autant dans la contemplation (magnifique Lento de la symphonie no.3) que par l’expression physique d’une musique, qui par sa force, doit survivre à tout prix. À découvrir.