Archive pour Les Sommets

Dowland, John (1563-1626) A Fancy. Pièces pour luth. Bor Zuljan.

Posted in Dowland with tags on 29 août 2020 by rfauclair

18 pièces pour luth.

Luth à 8 choeurs de Jiri Cepelak, d’après Venere 1582.

Cordes de boyaux de Corde Drago.

Enregistré à l’Église St-Germain, Genève en 2020.

Ricercar. 2020. RIC 425. 65m.57s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Lachrimae

A Fantaisie

Farewell

L’interprétation de Bor Zuljan rejoint celle des plus grands luthistes de notre temps. Après Jakob Lindberg, Nigel North, Paul O’dette, Hopkinson Smith, qui ont tous visité l’oeuvre importante de Dowland, voici un artiste remarquable qui vient perpétuer l’art ancien du jeu de luth.

Associée à la mélancolie, aux passions tourmentées de l’âme humaine, jamais une oeuvre pour le luth ne nous a autant touché que celle de John Dowland. C’est un art bien délicat que de transmettre cette musique au travers d’un seul instrument à cordes, un peu fragile, à la sonorité vacillante comme la flamme d’une bougie dans le noir.

Bor Zuljan réussit à nous émouvoir dans cette ambiance de la solitude. Dans cet endroit retiré du monde, les notes semblent se mouvoir d’elles-mêmes. Lancées dans le silence, elles prennent leur envol et vivent, l’espace d’un instant, dans la réverbération. Le toucher de l’artiste est particulièrement nette, les doigtés exécutés avec soin. Le luth s’exprime ainsi tout en rondeur. Les polyphonies sous-jacentes à la mélodie sont bien détachées, et au travers de la complexité d’écriture de Dowland, le musicien réussit à créer de magnifiques ondulations. L’instrument devient un organisme vivant, une entité mouvante qui berce et réconforte.

C’est du grand art. Le plaisir de l’écoute ne s’estompe jamais. L’âme vogue sur ces flots de Lachrimae, et parfois se dissipe dans une lumière d’une beauté exquise. Un grand disque.

Schumann (1810-1856) Les Symphonies. Staatskapelle Dresden. Christian Thielemann.

Posted in Schumann with tags on 15 août 2020 by rfauclair

Symphonies no.1 à 4

Staatskapelle Dresden

Christian Thielemann, direction.

Enregistré à Suntory Hall, Tokyo en 2018.

Sony Classical. 2019. 19075943412. 2cds. 140m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Lebhaft 1er mouvement Symphonie no.3 Rhenish op.97

Scherzo molto vivace Symphonie no.1 Spring op.38

Finale Allegro molto vivace Symphonie no.2 op.61

L’album a été enregistré au Suntory Hall à Tokyo, magnifique salle construite en 1986 et entièrement financée par la compagnie Suntory, géant industriel de liqueurs alcoolisées. Cette salle de 2000 places est réputée pour son acoustique et sa spatialisation en forme de  »terrasses de vignes orientées vers le soleil ». Disons le tout de suite: l’enregistrement de cette coproduction allemande/japonaise est extraordinaire. Pour moi, la seule façon d’écouter cet album nécessite un système audio de haute-fidélité digne de ce nom. Sinon, on rate complètement l’expérience, rien de moins. Pour en reproduire dignement toute la grandeur, autant de la musique de Schumann que de la présence imposante de la Staatskapelle Dresden, il faut avoir les moyens de ses ambitions. La musique classique a besoin des meilleurs médiums technologiques qui soient. Dans ce cas, Écoutez ou n’écoutez rien du tout! Les audiophiles les plus scrupuleux seront ici comblés au-delà des attentes.

L’orchestre est somptueux, en grandeur nature, large et profond. Les cordes, jamais agressives, toutes en rondeurs souples et généreuses, remplissent tout l’espace à elles seules. Les contrebasses, génératrices de basses fréquences irrésistibles, semblent provenir d’un sol très profond, donnant parfois l’illusion que le plancher se dérobe sous nos pieds! L’étagement des instruments se perçoit facilement, les vents, les cuivres, les timbales, chacune des sections bien à sa place. Et bien sûr, on ne manque rien des timbres, des textures, des résonances qui se déplacent dans l’air, et se prolongent perceptiblement dans une réverbération contrôlée et juste. C’est du grand art de la sonorité maîtrisée, made in Japan, si l’on peut dire.

Christian Thielemann (n.1953) est un grand chef de style traditionnel, jadis assistant de Karajan, qui ne lésine pas sur les forces de son orchestre. Tout est superlatif, d’une impression massive, parfois un peu lourde, mais d’une puissance jamais prise en défaut. Tout ce que vous avez souhaité entendre d’un grand ensemble se retrouve ici, dirigé par un maestro à la hauteur de la réputation des anciens chefs que la tradition nous a imposé!

Ce que j’aime particulièrement de son interprétation est le travail sur les tempos qu’il fait sans cesse fluctuer pour bien traduire les impressions de la musique de Schumann. Véritable guide sur un sentier, il ralenti parfois l’allure pour qu’on l’on puisse admirer certains détails qui nous échappaient auparavant. Ce chef conduit sa troupe comme bon lui semble, énergise les phrases ou les suspend brièvement, contrôle la masse orchestrale ou l’assujettie à de délicates sonorités d’une beauté toute simple.

À propos de la deuxième symphonie op. 61, je crois que Thielemann a bien compris cette oeuvre particulière de Schumann. Écrite en 1845 après une grave dépression, Schumann avouera qu’il n’était pas très en forme au moment de la composition, sauf pour les deux derniers mouvements où  »il était un peu plus lui-même ». Cette symphonie est celle du combat désespéré de l’esprit sur la maladie, comme en fait foi quelques passages à vide, ses motifs répétés inlassablement, ou par les plaintes trop lancinantes de l’Adagio espressivo. Thielemann prend bien son temps pour en dévoiler toute la souffrance du compositeur, sans égard pour l’auditeur qui doit se résoudre à être patient pendant ces longues dix minutes! Mais au final, je n’ai jamais entendu une aussi convaincante résolution de la symphonie. La lumière apparaît enfin, et la coda grandiose est un moment de triomphe extraordinaire. Une arrivée au sommet bien méritée, après avoir vécu intensément les épreuves de Schumann. Celui-ci termine son chemin de croix dans une finale pleine d’espoir.

 

Bruch, Max (1838-1920) Les Symphonies et Ouvertures. Robert Trevino.

Posted in Bruch with tags on 9 août 2020 by rfauclair

Symphonie no. 1 op.28 (version originale 1868)

Symphonie no.2 op.36 (1870)

Symphonie no.3 op.51 (1882)

Oeuvres orchestrales tirées d’opéras.

Bamberger Symphoniker.

Robert Trevino, direction.

Enregistré à Joseph Keilberth Saal, Bamberg en 2019.

CPO. 2020. 555 252-2. 2cds. 149m.04s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Ouverture Loreley op.16 

Adagio ma non troppo de la Symphonie no.2

Intermezzo de la Symphonie no.1

La discographie des symphonies de Max Bruch est peu abondante. Pourtant, ce sont des oeuvres majeures du répertoire romantique. Sa musique symphonique est du même niveau que Mendelssohn, Schumann et du grand Brahms. Ce dernier connaissait et estimait les oeuvres de son compatriote, et ce, malgré quelques sarcasmes, probablement teintés de jalousie, envers son très beau Concerto pour Violon op.26, sa composition la plus connue.

Bruch est le grand négligé du 19e siècle, l’oublié injustifié de cette période. On parle souvent des grands « B » de la musique germanique. Bach, Beethoven, Brahms, Bruckner. Sans hésiter, on peut y ajouter le nom de Bruch. Sa musique est riche, émotive et lyrique à souhait, d’une magnifique inspiration. Elle est le reflet de la nature humaine, des passions et des idéaux du romantisme.

Robert Trevino (n. 1984) surclasse de manière décisive les interprétations connues au disque de Kurt Masur et James Conlon. Ce jeune chef américain a littéralement soufflé les musiciens du Bamberg Symphoniker par une direction pleine de panache et d’assurance. Leur prestation grandiose rejoint les paroles de Bruch qui décrivait ainsi son credo musical : « Je ne fait que ressentir et écrire la musique. Il n’y a pour moi rien d’autre que l’incessant flux et reflux des passions. » L’orchestre répond à merveille à ces grandes vagues symphoniques, mue par une sorte de plénitude sonore d’une rare homogénéité. L’Adagio ma non troppo de la 2e symphonie n’a jamais été aussi prenant. Son chant, triste et beau à faire pleurer, invite l’esprit à voyager à travers de vastes paysages. On voudrait que cela ne prenne jamais fin. C’est de la grande émotion issue d’un idéalisme rêveur qui célèbre la nature inaltérée, parfois impitoyable pour l’homme, mais immuablement d’une générosité sans borne. Ça pourrait définir, d’une certaine façon, le romantisme poétique du 19e siècle.

Cet enregistrement rend pleinement justice à l’art romantique de Bruch. Il faut écouter le remarquable Intermezzo de la symphonie no.1 que l’on découvre ici pour la première fois. Il a été réinséré entre l’Allegro maestoso et le Scherzo selon le plan original du compositeur. La symphonie a ainsi gagné en profondeur. Les Ouvertures des opéras Hermione, Loreley et Odysseus sont certes des oeuvres peu entendues, mais sont de grandes valeurs. Le disque présenté ici vient enrichir le répertoire et rétablir la réputation de Max Bruch, à laquelle est encore trop souvent associée son célébrissime Concerto pour Violon no.1 op. 26.

 

Bach, J.S. (1685-1750) Oeuvres pour luth o cembal. Sean Shibe, guitare.

Posted in Bach J.S. with tags on 24 mai 2020 by rfauclair

Suite en mi mineur bwv 996

Partita en do mineur bwv 997

Prélude, fugue, allegro bwv 998

Sean Shibe, guitare Bert Kwakkel Merula Special, 2008.

Enregistré à Crichton Collegiate Church, Midlothian.

Delphian. 2020. DCD34233. 46m.24s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude bvw 996

Prélude bwv 998

Gigue et Double bwv 997

J’ai entendu ces pièces des centaines de fois dans le passé. Et j’en ai pratiqué quelques-unes à la guitare en tant qu’amateur. Les retrouver ici par le guitariste écossais Sean Shibe c’est comme les redécouvrir pour la première fois. Son jeu est d’une grande douceur, nuancé et coulant comme une eau limpide, en modulation constante, improvisé de phrasés libres et gracieux.

La suite bwv 996 n’a jamais été aussi française de ton, raffinée et ornée de manière judicieuse. L’oeuvre de Bach pour le luth demeure succincte par rapport à son grand catalogue. Mais ce sont des pièces essentielles, d’une beauté intime inégalée. On espère maintenant que ces arrangements pour guitare de Sean Shibe auront une suite, car son interprétation est tout simplement magnifique.

Handel et Glück. Care Pupille. Samuel Marino, soprano.

Posted in Glück, Handel with tags on 23 mai 2020 by rfauclair

Oeuvres de Handel (1685-1759).

Oeuvres de Glück (1714-1787).

Orchestre du Festival Handel de Halle.

Michael Hofstetter, direction.

Enregistré à Volkspark, Halle en 2019.

Orfeo. 2020. C998201. 71m.36s.

 

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Non sarà poco de Atalanta de Handel

Già che morir degg’io de Antigono de Glück

Care pupille amate de Il Tigrane de Glück.

 

Samuel Marino est unique en son genre. Il chante en soprano! Phénomène très rare de nos jours, puisque tous les castrats ont disparu depuis longtemps, le chanteur, né en 1993 au Vénézuela, est tout à fait incroyable. C’est une révélation. Non seulement grâce à son registre aigu ( j’ai noté un contre-ré!) d’une justesse étonnante, mais également par sa projection vocale d’une maîtrise technique rare, le souffle expressif et passionné, et quoi d’autre? En fait, il est un mystère de la nature qui demeure sans réponse!

Devant un tel talent, c’est le pouvoir de la musique qui triomphe. Handel et Glück, grands maîtres du bel canto, ont ici un interprète idéal pour traduire l’émotion, le drame, le charme, et finalement la virtuosité la plus délirante qui soit. Incroyable et exceptionnel.

 

Marais, Marin (1656-1728) Badinages. Mélisande Corriveau. Eric Milnes.

Posted in Marais with tags on 11 avril 2020 by rfauclair

Pièces du Quatrième Livre (1717).

Mélisande Corriveau, basse de viole Barak Norman (1691).

Eric Milnes, clavecin Yves Beaupré (2016) selon un modèle flamand.

Enregistré à Église St-Augustin, Mirabel en juin 2019.

Atma Classique. 2020. ACD2 2785. 52m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude en ré majeur

Le Badinage

Fête Champêtre

Le grand Marin Marais, l’un des plus illustres compositeurs français, a écrit plus de 500 pièces pour la viole de gambe. Entre 1686 et 1725, il publia cinq livres consacrés à cet instrument unique. Les timbres délicats de la viole ont fait de l’instrument le médium parfait des confidences, de la solitude et du confinement. En ces temps de pandémie, se retrouver avec soi-même et une viole de gambe peut faire le plus grand bien!

L’instrument joué par Mme Corriveau est un magnifique Barak Norman construit à Londres en 1691. La violiste, fidèle collaboratrice de plusieurs ensembles baroques, s’est finalement offert la totale avec ce disque émotif, sensible, qui fascine autant qu’il réconforte. Son art, parfaitement maîtrisé, libre et intuitif, généreux en inflexions tendres et passionnées, est agrémenté par des ornements d’une finesse exquise. Les notes aiguës frémissantes, frottées d’un crin parfois imperceptible, portent en elles une indicible beauté. Eric Milnes, subtilement en retrait, met en valeur la musicienne par un clavecin aux intonations douces et réservées.

Le choix des pièces peut se voir comme un hommage aux plus grands violistes qui l’ont précédé. Il y a bien sûr Jordi Savall, encore omniprésent dans l’air de Tous les matins du Monde. Ces pièces familières semblent bien lointaines maintenant. Avouons-le sans ambages, Mélisande Corriveau a décroché ces vieux draps sombres que le très austère Savall avait imposé aux scènes du film. En dépoussiérant le répertoire, elle a instauré une fraîcheur nouvelle à l’oeuvre de Marais. La dernière pièce du disque, Les Voix Humaines n’est pas là pour rien. Certainement, ce choix délibéré est une salutation sincère et bien sentie d’une collègue envers ses amies musiciennes. Cet ensemble bien connu, fondé à même le génie de Marin Marais, fait encore chanter ses violes à travers le temps.

 

 

 

 

Dvorak (1841-1904). Symphonie no.9. Copland (1900-90): Billy the Kid.

Posted in Copland, Dvorak with tags on 21 mars 2020 by rfauclair

Symphonie no.9 op.95 « Du Nouveau Monde ».

Aaron Copland: Billy the Kid.

National Symphony Orchestra.

Gianandrea Oseda, direction.

Enregistré à Concert Hall, JFK Center, Washington, en 2019.

NSO. 2020. NSO0001. 62m. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Adagio-Allegro molto

Largo

The Open Prairie de Copland

La Symphonie « en provenance du nouveau-monde » est la plus célèbre de Dvorak. Elle fut créée à Carnagie Hall à New-York en décembre 1893. Le succès fut foudroyant, et depuis ce temps, elle demeure à l’affiche partout sur la planète. Elle contient des motifs amérindiens et afro-américains, mais également d’une forte présence folklorique de la Bohème natale de Dvorak. C’est aussi une symphonie très enracinée par ses influences germaniques: Beethoven, Brahms, Wagner.

Le mandat de Dvorak à New-York, engagé comme professeur de composition au Conservatoire, était d’aider les américains à « trouver la voie vers la Terre Promise d’un nouvel art indépendant…bref, ils attendent de moi que je créé une musique nationale! » Sa neuvième symphonie fut donc écrite dans ce but. C’est une oeuvre ambitieuse, au souffle grandiose, mais dans un sens pas du tout américaine, puisque son contenu est plutôt inspirée par les esclaves noirs et les amérindiens qui ont été asservis par eux. Tout de même cette symphonie fut sans doute le tremplin nécessaire aux compositeurs américains à trouver leur propre voie.

Aaron Copland fut l’un d’eux, probablement le plus grand. En voulant se distancier du règne tout-puissant de l’Europe musicale austro-germanique, Copland créa un langage original, propre aux américains. Il puisa donc son inspiration dans les westerns! Son ballet Billy the Kid, qui retrace les aventures du hors-la-loi, est bourré d’images cinématographiques fort amusantes et stimulantes. C’est un chef-d’oeuvre en son genre, qui influença grandement le cinéma américain.

Le chef italien Gianandrea Noseda (n.1964), récemment nommé directeur musical du National Symphony Orchestra de Washington D.C., possède une longue liste de prestations publiques et d’enregistrements sur disque. Sa direction est ferme, d’un dynamisme impressionnant. Il a devant lui un orchestre puissant, d’une matière sonore riche et profonde, dont il soutire tout le potentiel dans une cohérence irréprochable. Son interprétation de la 9e symphonie vaut celle des plus grandes connues au disque.

En écoutant cette Nouveau Monde, je me suis mis à éprouver de nouvelles sensations, de nouvelles images fortes en émotions. Pourtant, je l’ai entendu plus d’une fois. Le premier mouvement m’a fait l’effet d’une grande aventure sur une mer déchaînée. Le vaisseau monte et descend les vagues avec fureur. Puis, il y a une accalmie, le chant d’une flûte apparaît, porteur d’un message plein d’espoir. On arrive finalement à bon port, sain et sauf. Le célèbre Largo qui suit, soutenu avec nostalgie par le cor anglais, est un hymne rempli de reconnaissance. Puis c’est la découverte de ce nouveau monde, florissant de vie, d’un paysage grandiose à perte de vue. Avec le Molto Vivace on entre dans un tourbillon de forces sauvages, en plein vent dans la plaine, au sein d’une danse rituelle imaginaire. Dvorak termine sa symphonie avec ce puissant Allegro con fuoco, volontairement slave, rythmé avec force. C’est le triomphe de ce voyage mémorable, dont il nous rappelle les thèmes du début l’aventure. La finale est saisissante, d’un souffle renversant. Le message de cette symphonie est celui du courage devant l’adversité. Un chef-d’oeuvre universel.

 

 

 

 

 

Bruckner, Anton (1824-1896) Symphonie II Version originale de 1872.

Posted in Bruckner with tags on 10 mars 2020 by rfauclair

Symphonie no.2 en do mineur, version 1872.

Édition William Carragan 2005.

Altomonte Orchester St-Florian.

Rémy Ballot, direction.

Enregistré en public à Stiftsbasikika St-Florian, Autriche en 2019.

 

Gramola Records. 2019. 99211. 2cds. 84m.5s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Extrait du Scherzo

Extrait de l’Adagio

Extrait du Finale 

C’est dans les archives de la Basilique St-Florian que le musicologue William Carragan découvrit, en 1990, les manuscrits originaux de 1872 de la deuxième symphonie. Jugée à l’époque beaucoup trop longue, il fut demandé à Bruckner de la réduire substantiellement pour éviter « d’épuiser le public ». La version originale fut donc mise de côté pendant plus d’un siècle. Carragan l’a reconstruite d’un bout à l’autre en respectant le plan initial du maître de St-Florian. Ainsi, le Scherzo retrouve sa place d’origine, après le premier mouvement, redonnant une structure plus appropriée à l’oeuvre. Le magnifique Adagio qui suit prend alors tout son sens. Il fait figure d’une longue pause méditative entre deux sections colossales, un repos complet avant de reprendre le sentier de cette grande odyssée humaine et spirituelle. Quant au Finale, il contient des passages magiques qu’on semble découvrir pour la première fois. À lui seul, ce mouvement est une véritable symphonie.

C’est en comparant le minutage de la première symphonie (1866) que l’on se rend compte à quel point Bruckner voulait produire une deuxième oeuvre beaucoup plus ambitieuse que l’on aurait cru. L’interprétation qu’en donne Rémy Ballot, d’un souffle continu et d’une grandiose lenteur de 84 minutes, est l’une des plus longues de l’histoire de la discographie. Si l’on veut bien tout laisser à l’entrée de cette Basilique, on se retrouvera hors du temps. L’esprit naviguera entre les thèmes immenses en forme de cycle perpétuel, en mouvements bâtis par de larges tensions qui se développent et se libèrent. C’est l’effet Bruckner, parfaitement réussit par l’Orchestre Altomonte.

Au sein d’une vaste acoustique bénie des dieux, le chef prend bien son temps pour faire planer l’ensemble. L’exécution est admirable, comme un hommage émouvant au grand Sergiu Celibidache, dont Rémy Ballot fut le disciple. Un moment mémorable où la deuxième symphonie reprend sa place définitive au côté des plus grandes.

 

 

Beethoven (1770-1827) Les Concertos pour piano. Stewart Goodyear.

Posted in Beethoven with tags on 1 mars 2020 by rfauclair

BBC National Orchestra of Wales.

Andrew Constantine, direction.

Enregistré en 2018 à Hoddinott Hall, Cardiff, Pays de Galles.

Orchid Classics. 2020. 100127. 3cds. 175m.14s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro con brio Concerto no.3 en do mineur op.37

Allegro Concerto no.5 en mib majeur op.73 Empereur

Né à Toronto en 1978, Stewart Goodyear a plongé dans l’univers Beethoven dès son enfance. « À trois ans, étant déjà très introverti, j’ai écouté toutes les sonates sur une table Mickey Mouse en une seule journée! » En 2010, il a conclu un marathon épuisant de 9 récitals des 32 sonates, défi qu’il s’était donné pour ses 32 ans! Son intégrale parue chez Marquis Classics a été très bien reçue par la critique. On parle d’un pianiste puissant, qui ne fait pas dans la dentelle. Pour l’avoir vu et entendu au Festival de Lanaudière, ce phénomène sur deux pattes est plutôt petit de taille, dans des habits qui semblaient un peu grand pour lui. Après le concert, j’ai échangé quelques mots polis avec lui. Il semblait perdu dans ses pensées, comme déconnecté de la réalité ambiante. Il était encore absorbé par la musique, dans son monde intérieur.

Pour les cinq concertos, qu’il maîtrisait déjà depuis longtemps, le pianiste canadien a attendu le moment propice pour les enregistrer. Il fallait trouver le chef et l’orchestre idéal pour ainsi traduire « la joie universelle et le plaisir de cette musique ». Il faut une fusion spéciale soliste/orchestre. Comme les trois derniers concertos sont de véritables symphonies avec piano, ils exigent un réel libre-échange de forces et d’expressions continues.

Andrew Constantine (n.1961) impose une direction explosive à son orchestre. Les contrastes sont virulents, les élans sont dynamisés avec panache, soutenus en profondeur par des contrebasses vives et des timbales impressionnantes. Le style d’ensemble va extrêmement bien avec la puissance percussive du jeu de Goodyear. Son piano est mis à rude épreuve. L’interprète livre une bataille sans merci à son instrument. Les oeuvres sont attaquées de front, sans ménagement. Parfois on est saisi par le terrible drame qui se déroule devant nous. C’est Beethoven qui frappe désespérément à la porte. Elle finit par se fracasser dans une lumière aveuglante. C’est la joie triomphante qui éclate. Un grand album Beethoven!

Bach, J.S. (1685-1750) Passion selon St-Matthieu. Bach Collegium Japan. Masaaki Suzuki.

Posted in Bach J.S. with tags on 23 février 2020 by rfauclair

Benjamin Bruns, ténor, l’Évangéliste.

Christian Immler, basse, Jésus.

Carolyn Sampson, Aki Matsui, sopranos.

Damien Guillon, Clint van der Linde, altos.

Makoto Sakaruda, Zachary Wilder, ténors.

Toru, Kabu, basse.

Enregistré en avril 2019 à Saitama Arts Theater, Japon.

Bis Records. 2019. Bis-2500. 161m.59s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Chorale O Mensh

Aria Erbame dich (Damien Guillon)

Aus Liebe (Carolyn Sampson)

Mein Jesu gute Nacht et Wir setzen uns mit Tränen

Vingt ans plus tard, Masaaki Suzuki revisite le grand chef-d’oeuvre sacré de Jean-Sébastien Bach. L’exécution d’ensemble a atteint une perfection formelle indiscutable. L’acoustique, moins évasive que dans la première production, est plus près des timbres et des reliefs du double choeur, comme des instruments. Je considère cet enregistrement supérieur et d’une réussite exemplaire. C’est une expérience sonore et spirituelle magnifique. On est au coeur de la mélancolie la plus tendre, du pathos et de l’action, du recueillement et la transcendance. C’est l’éternelle histoire de l’homme-dieu, mise en scène avec amour et déférence.

Les solistes sont de haute qualité. Benjamin Bruns en évangéliste est une révélation, très intense et convaincant. Christian Immler, en Jésus, a toute la profondeur vocale souhaitée pour le rôle. Carolyn Sampson et Aki Matsui éclairent la partition par leurs voix cristallines, irréprochables, d’une grâce humble et retenue. Damien Guillon, excellent contre-ténor, est émouvant, fébrile, théâtral. Pour lui, c’est la consécration. Son interprétation du fameux Erbame dich est un moment unique. Le chef japonais, dont la vie entière fut consacrée à Bach, conduit l’ensemble avec toutes les nuances possibles, toujours à la recherche de la perfection et de l’émotion. Dans toute l’histoire de la grande discographie de cette Passion, Masaaki Suzuki vient de signer son véritable testament. Admirable.