Archive pour Les Sommets

Bruch, Max (1838-1920) Quintettes et Octuor posthumes. WDR Chamber Players.

Posted in Bruch with tags on 24 juillet 2021 by René François Auclair

eyJidWNrZXQiOiJwcmVzdG8tY292ZXItaW1hZ2VzIiwia2V5IjoiODkxNjE2MC4xLmpwZyIsImVkaXRzIjp7InJlc2l6ZSI6eyJ3aWR0aCI6OTAwfSwianBlZyI6eyJxdWFsaXR5Ijo2NX0sInRvRm9ybWF0IjoianBlZyJ9LCJ0aW1lc3RhbXAiOjE2MjA4MTIxNDR9Quintette à cordes Mib majeur op.posthume (1918)

Quintette à cordes La mineur op.posthume (1918)

Octuor à cordes Sib majeur op.posthume (1920)

WDR Sinfonieorchester Chamber Players.

Enregistré à Philharmonie Köln en 2020.

Alpha. 2021. Alpha 743. 67m.39s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro du Quintette en La mineur

Adagio de l’Octuor en Si bémol majeur

Final du Quintette en Mi bémol majeur

Jusqu’à la toute fin de sa vie, Max Bruch est resté fidèle à lui-même. Décédé en 1920 à l’âge vénérable de 82 ans, son parcourt musical embrasse toute l’époque romantique. Il a rencontré les plus grands musiciens et compositeurs de son temps. Il fut connu par toute l’Europe, surtout grâce à son concerto pour violon op.26, qui est l’un des plus enregistré au disque. Il a composé plus de 200 oeuvres qui sont restées dans l’ombre pendant longtemps, éclipsées en particulier par le grand Johannes Brahms.

Toute cette belle époque est désormais loin derrière lui. Les temps ont changé, la première guerre mondiale fait rage, la musique moderne du 20e siècle fracasse les conventions. Bruch se tournera vers la nostalgie et fera ses adieux à ce monde qu’il ne reconnait plus.

Les deux quintettes et l’octuor posthumes n’ont été édités que récemment. Ces grandes pages étaient encore à l’état manuscrit, dormant dans une bibliothèque de la BBC et entre les mains de collectionneurs privés. Véritables chants du cygne, ces pièces sont riches en souvenirs pour le compositeur. Il reprendra quelques thèmes tirés d’oeuvres antérieures, dont le magnifique final de sa troisième symphonie de 1882, qu’il adaptera avec émotion au 4e mouvement du quintette en Mi bémol. Par ailleurs, la musique y est également d’une étonnante densité. Bruch a généré de puissants passages, incandescents et virtuoses, en particulier au premier violon, instrument auquel il resta toujours attaché.

Sur ces feuillets oubliés par le temps, les traces des derniers sentiments du compositeur sont révélées avec force et conviction par les musiciens de Cologne du WDR Chamber Players. La chaleur de leur interprétation est irradiante. Elle nous met en relation profonde avec ces opus ultimes de Max Bruch, le dernier des grands romantiques.

Haydn, Joseph (1732-1809) London Symphonies. Roger Norrington.

Posted in Haydn with tags on 2 juillet 2021 by René François Auclair

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Symphonies no.93-104.

Radio-Sinfonieorchester Stuttgart des SWR.

Roger Norrington, direction.

Enregistré live à Liederhalle, Stuttgart en sept. 2009

SWR Music. 2021. SWR19527. 4 cds. 4h 56m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Adagio-Allegro Symphonie no.93

Andante Symphonie no.94 « Surprise »

Menuet-Allegretto Symphonie no.99

Finale spirituoso Symphonie no.104

Les 12 dernières symphonies de Haydn ont été composées entre 1791 et 1795 lors de ses deux voyages à Londres. À ce moment, Haydn était considéré comme le plus grand compositeur du monde. Il dirigea lui-même ces oeuvres devant un public conquis d’avance. Les concerts furent un triomphe. Ces dernières symphonies démontrent une étonnante créativité pour un compositeur qui venait d’en composer 92 au cours de sa carrière! En fait, elles demeurent encore parmi ses greatest hits de tout son imposant catalogue.

Enregistré entre le 7 et 12 septembre 2009 lors d’un festival à Stuttgart, ce nouveau coffret réuni ces prestations devant public. Le chef britannique Roger Norrington, connu pour ses ré-interprétations à l’ancienne, a complètement décapé le son des instruments modernes de l’orchestre Stuttgart. Le chef suit de près les formules historiquement bien informées. Ainsi, le vibrato des cordes est exclu, les phrasés sont incisifs, les contrastes véhéments. L’orchestre est léger, réduit aux proportions des exécutions fin 18e siècle. La musique de Haydn reprend vie, rehaussée d’un piquant vif et intense.

Dès la première écoute, c’est l’énergie irrésistible et la fugacité des rythmes qui nous surprennent au plus haut point. D’une direction maniaque de précision et de virtuosité, (extraordinaire finale de la 104e!) Norrington a su transmettre cette vigueur à l’ensemble, lui conférant autant de cocasseries, d’humour contagieux que de grandeur d’âme. On redécouvre ici toutes les humeurs de Haydn, son sens de la mélodie candide et de la surprise. Ce splendide coffret est un hommage bien vivant à sa musique. Que du bonheur. Applaudissements nourris de bravos!

Purcell, Henry (1659-1695) Ayres for the Theatre. Tafelmusik. Jeanne Lamon.

Posted in Purcell with tags on 21 juin 2021 by René François Auclair

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Dioclesian. King Arthur. The Fairy Queen. The Indian Queen.

Enregistré au Studio Glenn Gould, Toronto en 1994.

Sony Classical. 1995. SK66169. 71m.10s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Overture King Arthur

Trois Aires de King Arthur

Chaconne de King Arthur

RIP Jeanne Lamon (1949-2021)

Si je devais apporter sur une île déserte un seul disque de Purcell, ce serait celui-ci. L’ensemble torontois dirigé par la violoniste Jeanne Lamon a enregistré beaucoup de musique dans les années 90. Sous la supervision de l’ingénieur Wolf Erichson, ce fut une époque glorieuse pour l’ensemble baroque canadien. Pour moi, cet album est resté au sommet de leur impressionnante production discographique.

Ce disque est un archétype du son unique de Tafelmusik. Transparence, légèreté et précision infaillible des lignes musicales, la sonorité d’ensemble est toujours somptueuse. Avec eux, les instruments baroques sont devenus beaux à entendre, d’une vivacité renouvelée, d’une constante pulsation rythmique irrésistible. Jeanne Lamon a relevé cet orchestre à un niveau supérieur. Au cours des années, elle a su maintenir cet équilibre entre la virtuosité de ses musiciens et la perfection des plans sonores.

Purcell nous propose une musique fastueuse, à mi-chemin entre la gloire de la musique française de Lully et les danses rustiques du folklore anglais. En résulte quelque chose d’unique, teinté d’un chromatisme singulier et la simplicité d’un art mélodique accrocheur. Cet album représente de la plus belle façon l’art musical de Purcell. Indispensable.

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Bach, J.S. (1685-1750) Les Suites Anglaises. Paolo Zanzu, clavecin.

Posted in Bach J.S. with tags on 9 mai 2021 by René François Auclair

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Suites no.1-6 bwv 806-811

Clavecin Sydey-Bal, Paris 1995 d’après Silbermann c.1735

Enregistré en 2017-18. Lieu non spécifié.

Musica Ficta. 2020. MF8032/3. 2cds. 130m.40s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude la suite no.2 en la mineur bwv 807

Allemande de la suite no.3 en sol mineur bwv 808

Bourée I-II de la suite no.3 en sol mineur bwv 808

Gigue de la suite no.6 en ré mineur bwv 811

Paolo Zanzu nous offre l’une des meilleures interprétations des Suites Anglaises de Bach. Du moins, c’est la plus convaincante que j’ai entendu jusqu’à maintenant au clavecin. Je suis tombé un peu par hasard sur cet album sorti l’an dernier. Je cherchais des interprétations au piano de ces suites sur le catalogue Naxos. J’ai immédiatement été happé par la hardiesse du jeu de l’artiste et de la sonorité exceptionnelle de l’enregistrement. Instrument moins apprécié que le piano moderne, le clavecin demeure néanmoins un témoin essentiel de l’époque fastueuse du baroque. Il reste proche des intentions du compositeur, puisque c’est pour lui, mis à part l’orgue, que Bach a créé ses meilleures pages pour clavier.

Primo: l’instrument à deux claviers de Anthony Sidey est d’une magnificence rare. Construit à partir d’un Gottfried Silbermann, facteur connu et respecté de Bach, ce clavecin est le compagnon idéal pour jouer ces grandes suites, dont la densité et la complexité ne demandent pas mieux. Riche palette de sons, résonances somptueuses, clarté et amplitude, cet instrument possède également des aiguës des plus agréables.

Secondo: Le musicien italien infuse une énergie vive à ces pages certes touffues, mais ô combien satisfaisantes du grand Bach. Paolo Zanzu sait lier les mesures, leur conférant une respiration aérée, tout en maintenant une tension rigoureuse d’une main gauche imperturbable. Car c’est bien du Bach que nous entendons. Son langage unique pourrait se traduire par un amalgame de motifs raffinés à la française, supportés d’une solide motricité très allemande. Les Préludes et Gigues sont souvent attaqués de front, sans ménagement pour l’auditeur, d’une puissance rythmique captivante. (Diabolique gigue de la 6e suite!) Tandis que les Allemandes et Sarabandes sont caressées à la manière des luthistes, par un jeu d’accord brisé fort gracieux.

Tertio: La prise de son est généreuse, près de l’instrument, mais évite heureusement les piqués trop grinçants que l’on retrouve souvent dans les enregistrements du clavecin. Pour éviter leur côté agressif, les preneurs de son semblent s’en éloigner souvent, ce qui nous fait perdre en revanche leur beauté étincelante. Ce n’est pas le cas ici, les ingénieurs ont su trouver un juste équilibre, en restituant également l’ambiance sonore du lieu par une subtile réverbération.

Les Suites Anglaises de Bach, à l’instar des Françaises et des Partitas, demeurent un peu en marge par leur poésie parfois très noire. Le compositeur leur a donné une rigueur peu commune, d’une architecture quasi opaque, heureusement allégée par ses danses lumineuses. Paolo Zanzu a su mettre en contraste les facettes variées de ces oeuvres audacieuses pour clavier.