Archive for the Beethoven Category

Beethoven (1770-1827) Trios pour Clarinette. Trio Origo.

Posted in Beethoven on 23 novembre 2020 by René François Auclair

Trio op.11 Gassenhauer (1797)

Trio op.38 d’après le Septet op.20 (1802)

Asko Heiskanen, clarinette van der Poel, d’après Grenser, 1800.

Jussi Seppänen, violoncelle anonyme, 18e siècle.

Jerry Jantunen, pianoforte, copie d’après Stein, 1784.

Enregistré à Uusi Paviljonki, Kauniainen, Finlande en 2019.

Brilliant Classics. 2020. 96215. 60m.22s.

Appréciation: Superbe******

Scherzo Trio op.38

Adagio Trio op.11

Andante con variazioni Trio op.38 

Le Trio Origo, ensemble finlandais, présente ces trios de la première période créatrice de Beethoven dans une exécution à l’ancienne. Le pianoforte utilisé, une copie d’un Stein de 1784, est entouré d’une clarinette reconstituée à partir d’un modèle de 1800, et d’un violoncelle anonyme du 18e siècle. Cette formation d’instruments est plutôt inusitée. Trois textures variées, comme trois personnalités distinctes. Marteaux, vent et cordes pour nous raconter quelques petites histoires amusantes.

On apprécie les crépitements enjoués et exubérants du pianoforte. Celui-ci croque à pleine dent dans ces portées encore très mozartiennes. Il n’y a pas vraiment de vedette dans cette triade originale. Beethoven semble avoir donné à chacun des protagonistes une égale valeur. La complémentarité des musiciens est au rendez-vous. Le velouté magnifique de la clarinette et la souplesse de phrasé du violoncelle viennent attendrir les petites raideurs du piano ancien. Vivacité, lyrisme et expression pourrait définir chacun des instruments. Et la sonorité d’ensemble est sans reproche.

Beethoven savait s’amuser. Et les musiciens du Trio Origo nous ont communiqué cette joie avec un savoir-faire impeccable. Superbe.

Beethoven (1770-1827) Les Symphonies. Herbert Kegel.

Posted in Beethoven with tags on 1 novembre 2020 by René François Auclair

Les Symphonies no.1 à 9 (cd 1-5)

Triple Concerto. Fantaisie Chorale (cd 6)

Requiem de Brahms. (cd 8)

Oeuvres orchestrales diverses (cd 8)

Dresdner Philharmonie. Herbert Kegel, direction.

Enregistré à Lukaskirche, Dresde en 1982/83. (Enregistrements numériques).

Capriccio. 2018. C7275. 5cds. 6h.19m. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Poco sostenuto-Vivace 7e symphonie

Larghetto 2e symphonie

Presto-Assai meno presto 7e symphonie

L’année 2020 nous a apporté, plus que jamais, de nouvelles interprétations des symphonies de Beethoven pour souligner son 250e anniversaire de naissance. Cette année, mentionnons le choc qu’a causé Adam Fisher (Naxos) en bouleversant les conventions, puis la surprise étonnement juvénile et vigoureuse de Marek Janowski (Pentatone). Ces chefs d’expérience ont su renouveler, à leur façon, le langage symphonique de Beethoven.

La redécouverte des enregistrements qu’a effectué Herbert Kegel (1920-1990) au début des années 80, nous ramène à une prestation plus traditionnelle, enregistrée dans la Lukaskirche de Dresde, réputée pour son acoustique légendaire. Capriccio a recompilé ces disques en 2018 dans un coffret abordable. On retrouve avec bonheur le son d’un orchestre d’autrefois, très massif et impressionnant. On perçoit en premier lieu, la plénitude des cordes chaudes aux vibratos généreux, aux sonorités de rêve, soyeuses et riches, jamais agressives dans tout cet espace. Violons, altos et violoncelles sont le coeur d’un orchestre, et ceux-ci chantent sans réserve, commandent l’émotion et l’action, imposent la tendresse ou la grandeur du discours. Les contrebasses et les timbales engloutissent parfois tout l’ensemble par leur puissance. On en ressent toutes les ondes de choc. C’est toute une expérience sur bonne chaîne audio!

Les sections des cuivres sont bien mises en place, un peu à l’écart, à l’arrière de la scène. Les cors, trombones, et trompettes résonnent de tous leurs feux dans la réverbération des lieux, captés d’une manière idéale. Il faut alors absolument écouter le groupe des cors du fameux Scherzo de l’Héroïque!

Herbert Kegel est connu comme un chef perfectionniste, réputé pour ses innombrables heures de travail auprès des musiciens. Il fut jadis l’assistant de Karl Böhm, et a eu une belle carrière, malgré son décès plutôt précoce à 70 ans. Il est l’un de ces chefs qui ont travaillé dans l’ombre d’un autre Herbert, Karajan de son nom, qui a dirigé sur sa propre personne tous les projecteurs du star système. Curieusement, c’est au Japon que Kegel fut le plus populaire.

Sa manière de diriger est façonnée à partir de tempos assez lents, d’un élan mesuré implacable et d’une verticalité métronomique régulière. Au sein de cette emprise absolue, se distingue toute la souplesse du chant, immense souffle musical que l’on reçoit en plein coeur.

Mon imagination est parfois stimulée inexplicablement lors de mes sessions d’écoute. J’ai eu l’impression ici de voir apparaître un grand navire sur les mouvements de l’océan, toutes voiles déployées. Cette vision m’est surtout apparue pendant l’extraordinaire septième symphonie. Lorsque le vent s’élève sur la mer, l’âme est soumise aux bouleversements de la tempête, et se conjugue vertigineusement aux profondeurs abyssales. Puis, le temps se calme, et se profile à l’horizon la plus belle lumière. C’est Beethoven qui nous invite à l’aventure humaine au travers de ses neuf merveilles du monde. Herbert Kegel et le Dresdner Philhamonie ont réussit à transmettre tout son art de la manière la plus grandiose qui soit. Chaudement recommandé.

Beethoven (1770-1827) Les Symphonies. Marek Janowski.

Posted in Beethoven with tags on 4 octobre 2020 by René François Auclair

WDR Symphony Orchestra and Chorus (Orchestre Symphonique de la Radio Ouest Allemande)

Enregistré à Kölner Philharmonie en 2018/2019.

Pentatone. 2020. PTC 5186860. 5cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro con brio de la 3e Symphonie  »Eroica »

Allegro Vivace con brio de la 8e Symphonie

Tempo di Menuetto de la 8e Symphonie

Marek Janowski, chef d’expérience d’origine polonaise, qui a eu 81 ans cette année, présente un cycle Beethoven étonnant de vigueur juvénile, plein de santé et d’exubérance. Il a réussit à nous surprendre totalement là où l’on croyait avoir tout entendu. Sa direction est volontaire, palpitante et sanguine, mais d’un contrôle absolu sur l’orchestre du WDR Sinfoniker, qui sont tous ici d’admirables musiciens. Sa vision d’ensemble est axée sur le plaisir d’une musique qui bouge et qui vit sans ménagement.

Le souffle et l’humeur communicative de cette version sont particulièrement relevés par les brillants discours animés et irrésistibles des différentes sections d’instruments. Les entendre jacasser entre eux est un véritable bonheur! Ce coffret cuvée 2020 est une immense surprise. Il s’installe déjà au sommet des meilleures versions du grand catalogue des oeuvres de Beethoven. Santé et bonheur!

Beethoven (1770-1827) Les Concertos pour piano. Stewart Goodyear.

Posted in Beethoven with tags on 1 mars 2020 by René François Auclair

BBC National Orchestra of Wales.

Andrew Constantine, direction.

Enregistré en 2018 à Hoddinott Hall, Cardiff, Pays de Galles.

Orchid Classics. 2020. 100127. 3cds. 175m.14s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro con brio Concerto no.3 en do mineur op.37

Allegro Concerto no.5 en mib majeur op.73 Empereur

Né à Toronto en 1978, Stewart Goodyear a plongé dans l’univers Beethoven dès son enfance. « À trois ans, étant déjà très introverti, j’ai écouté toutes les sonates sur une table Mickey Mouse en une seule journée! » En 2010, il a conclu un marathon épuisant de 9 récitals des 32 sonates, défi qu’il s’était donné pour ses 32 ans! Son intégrale parue chez Marquis Classics a été très bien reçue par la critique. On parle d’un pianiste puissant, qui ne fait pas dans la dentelle. Pour l’avoir vu et entendu au Festival de Lanaudière, ce phénomène sur deux pattes est plutôt petit de taille, dans des habits qui semblaient un peu grand pour lui. Après le concert, j’ai échangé quelques mots polis avec lui. Il semblait perdu dans ses pensées, comme déconnecté de la réalité ambiante. Il était encore absorbé par la musique, dans son monde intérieur.

Pour les cinq concertos, qu’il maîtrisait déjà depuis longtemps, le pianiste canadien a attendu le moment propice pour les enregistrer. Il fallait trouver le chef et l’orchestre idéal pour ainsi traduire « la joie universelle et le plaisir de cette musique ». Il faut une fusion spéciale soliste/orchestre. Comme les trois derniers concertos sont de véritables symphonies avec piano, ils exigent un réel libre-échange de forces et d’expressions continues.

Andrew Constantine (n.1961) impose une direction explosive à son orchestre. Les contrastes sont virulents, les élans sont dynamisés avec panache, soutenus en profondeur par des contrebasses vives et des timbales impressionnantes. Le style d’ensemble va extrêmement bien avec la puissance percussive du jeu de Goodyear. Son piano est mis à rude épreuve. L’interprète livre une bataille sans merci à son instrument. Les oeuvres sont attaquées de front, sans ménagement. Parfois on est saisi par le terrible drame qui se déroule devant nous. C’est Beethoven qui frappe désespérément à la porte. Elle finit par se fracasser dans une lumière aveuglante. C’est la joie triomphante qui éclate. Un grand album Beethoven!

Beethoven (1770-1827). Les Sonates pour piano. Quelques intégrales.

Posted in Beethoven, Beethoven. Les 32 sonates. on 9 février 2020 by René François Auclair

Pour le 250e anniversaire de Beethoven cette année, voici des intégrales qui ont marqué la discographie depuis près de 60 ans. Elles sont classées par ordre chronologique. Il y a dans cette sélection des incontournables, mais également des choix discutables, car il y a autant de pianistes que d’interprétations différentes. Les grandes légendes du piano d’avant 1960 ne sont pas présentées ici, seulement pour une question de qualité d’enregistrement.

Les 32 sonates (35 si l’on compte les sonatines d’adolescence) vont toujours demeurer dans le paysage de la musique classique. Jamais un compositeur nous a parlé si directement par sa musique. Son exubérance, ses passions et déceptions, ses luttes intérieures, son désespoir. Par le piano, véritable catharsis de sa vie faite d’échecs et de triomphes, il nous livre autant son génie que ses plus grands secrets. Le premier mouvement de la sonate op.109 servira de comparatif à toutes les interprétations.

 

Claudio Arrau (1903-1991). Plus personne n’ose jouer de cette façon aujourd’hui. Le pianiste chilien, véritable légende, impose des phrasés très larges et d’une lenteur ineffable, comme suspendue dans le temps. C’est du grand piano, parfois lourd, mais riche en climat méditatif, d’un lyrisme émouvant, transcendant. Sa deuxième intégrale, mieux enregistrée, qu’il entreprendra une vingtaine d’année plus tard, presque achevée, ira encore plus loin dans ce style qui appartient à lui seul, d’une ampleur inégalée. Phillips/Decca. 1962-1966. Prise de son acceptable, un peu compacte. Appréciation: Très Bien****

Sonate op.2 no.3 en do majeur (1795).

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Wilhelm Kempff (1895-1991). Pour plusieurs mélomanes et musiciens, il demeure encore la référence. Il est complètement à l’opposé du grand Arrau. Son articulation est toujours claire, structurée, mais d’une irrésistible humeur. C’est du piano sans maniérisme, d’une apparente simplicité. Avec lui, Beethoven sourit ou s’épanouit librement. Kempff demeure le modèle pianistique, l’idéal sonore qui sert admirablement bien toutes les périodes du compositeur. Lumineux et d’une rigueur indiscutable. Deutsche Grammophon. 1964-65. Prise de son très claire, manquant un peu de rondeur au piano. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Sonate op.2 no.2 en la majeur (1795).

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Daniel Barenboïm (1942-). Il jouait déjà tout Beethoven dans son adolescence. Il a enregistré cette intégrale des sonates à 24 ans seulement. Ce pianiste bourré de talent fut la sensation des années 60, la star de la musique classique de l’époque. Son style est parfois très dur, échevelé et souvent spectaculaire. À l’autre extrême, il sait s’effacer devant des pianissimos à fleur de peau, mue par de longues divagations en état de transcendance. Parmi les légendes de son temps, le jeune Barenboïm s’est imposé de manière convaincante. EMI/Warner. 1966-69. Remasterisé en 2012. Prise de son bien enrobée et homogène. Appréciation: Superbe*****

Sonate op.10 no.1 en do mineur (1798)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Paul Badura-Skoda (1927-2019). Grand pianiste et musicologue autrichien jusqu’au bout des doigts, il a choisi pour cet enregistrement un Bösendorfer Impérial, car « L’instrument possède un son tout à fait viennois« . Curieux de restituer les intentions premières du compositeur, Badura-Skoda s’est spécialisé dans la recherche historique. Par la suite il fera d’ailleurs une intégrale des sonates sur instruments d’époque. Le musicien décortique, analyse la partition avec intelligence. Son jeu est dynamique, précis, d’une articulation intuitive, marqué souvent par la danse. Enregistré dans des conditions idéales pour le 200e anniversaire de Beethoven, ce coffret respire l’authenticité d’un bout à l’autre. Prise de son détaillée. Gramola. 1969-70. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Sonate op.2 no.1 en fa mineur (1795).

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Alfred Brendel (1931-) Le pianiste allemand préconise un jeu dépouillé, réfléchi, toujours attentif à la moindre nuance, d’un respect quasi fanatique de la partition. Cependant, avec Beethoven, ça ne fonctionne pas toujours. Brendel a ses admirateurs, comme ses détracteurs. Il demeure un musicien peu engagé émotionnellement, encore perçu comme un cérébral. Cependant, son toucher inimitable, impressionniste, créé de belles rêveries en demi-teintes. Brendel est à son mieux dans les climats de grisaille poétique. Version à écouter par jour de pluie. Phillips/Decca. 1970-77. Prise de son de qualité. Appréciation: Bien***

Sonate op.22 en sib majeur (1800)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Vladimir Ashkenazy (1937-) Le pianiste et chef d’orchestre russe propose une lecture grandiloquente des oeuvres de Beethoven. C’est un anti-Brendel qui aime la démesure. Son interprétation, d’une ampleur symphonique, martelant au fer rouge l’instrument, est impressionnante. Il mord à pleines dents dans les passages rapides grâce à un doigté très percutant, d’une grande force tellurique. La fameuse réplique de Beethoven« Il faut briser le piano! » lui convient tout à fait, mais pas toujours pour les auditeurs! Comme un chef d’orchestre, il exploite toutes les palettes sonores du piano. Mais il sait également s’attendrir, et certains passages sont d’une douceur lyrique sublime que l’on perçoit comme au travers d’un voile. Du grand piano qui a marqué la discographie. Decca. 1971-80. Prise de son riche en médium-basse, un peu réverbérée. Appréciation: Superbe*****

Sonate op.7 « Grande Sonate » en mib majeur (1797)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Anton Kuerti (1938-) Né à Vienne, il s’installa ensuite définitivement au Canada. Pianiste atypique, il a abordé à peu près tous les genres. Son intégrale de Beethoven a marqué les esprits de manière indélébile. Il n’hésite pas à prendre des risques grâce à une lecture très personnelle. Il transfigure la partition, à la limite de la trahir, en la contrastant fortement ou en modifiant les tempos à sa guise. Imprévisible, parfois outrancier, Anton Kuerti ne laisse personne indifférent. On aime ou pas du tout. Aquitaine/Analekta. 1975-76. Prise de son moyenne, un peu sèche. Appréciation: Bien***

Sonate op.27 no.2 en do dièse mineur « Clair de Lune » (1801)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Annie Fisher (1914-1995) Née à Budapest, Annie Fisher fut une pianiste admirée en son temps. Elle est reconnue comme une musicienne intransigeante, très auto-critique. Elle refusa que ses enregistrements des sonates de Beethoven soient publiés dans les années 70. Ce n’est qu’après sa mort que Hungaroton les a offert au public. On a alors découvert une pianiste exceptionnelle. Cette maxime pourrait s’appliquer à elle…« Tout ce que vouliez entendre de Beethoven sans avoir oser le demander »! Nos conceptions d’un Beethoven rageur, colérique, passionné se retrouvent ici, sous les mains de cette artiste extraordinaire. Il y a ce piano capté de manière directe, sans pudeur, d’une présence intimidante. L’exécution intense, dynamique et extravertie de la pianiste ne laisse aucun doute quant à ses motivations. C’est de l’expression pure et dure, sans concession, sans compromis. Magistral. Hungaroton. 1976-77. Prise de son très proche, détaillée. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Sonate op.13 « Pathétique » en do mineur (1798)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Maurizio Pollini (1942-) La grande classe du piano. Pollini représente la tradition du piano classique comme on l’entend. Son Beethoven est à la hauteur des attentes. Mais qui est Pollini? En quoi se démarque t’il? Mis à part ses chantonnements qui sont typiques de sa personne, sa prestation n’ajoute rien de vraiment original aux sonates. Sa contribution est tout de même de grande valeur. Cependant, cette intégrale enregistrée sur plusieurs années, live ou en studio, demeure inégale. Deutsche Grammophon. 1976-2014. Prise de son généralement bonne. Appréciation: Très Bien****

Sonate op.26 en lab majeur « Marche funèbre »(1801)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Paul Badura-Skoda (1927-2019) Le musicien viennois a choisit sept instruments authentiques pour interpréter Beethoven. Les pianofortes datent de 1790 à 1830, tous restaurés. Il font partie, pour la plupart, de la collection personnelle du pianiste. Ces enregistrements légendaires avaient disparu des catalogues depuis longtemps. On les retrouve avec joie, comme de vieux manuscrits que l’on avait perdu. L’éminent pianiste, récemment disparu, a laissé un héritage important quant à l’interprétation historique de la musique de Beethoven. Le livret, très élaboré et passionnant, a été écrit par le musicologue Harry Halbreich. Ses commentaires sur chaque sonate sont inestimables. Véritable guide spirituel, il nous fait entrer en détails à l’intérieur de chaque oeuvre. La prise de son va dans le même sens, elle est d’une expérience immersive avec les instruments. On vit au sein de leurs charmes nostalgiques; des petits bruits de mécaniques imparfaites, du bourdonnement singulier des graves aux délicates intonations des aiguës, d’une maladresse parfois amusante. On voyage dans le temps à mesure que les sonates changent et se développent, tout comme les instruments gagnent en profondeur et en expressions étonnantes. Badura-Skoda réussit à nous émouvoir, à pénétrer nos âmes. Son jeu naturel nous chavire, nous captive malgré la fragilité de ces antiquités. Dans le vieux salon feutré, tapissé de souvenirs, la silhouette de Ludwig semble se profiler au mur. Unique et indispensable. Arcana/Outhere Music. 1979-1990. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Sonate op.27 no.1 en mib majeur (1801) Fortepiano A.Walter, 1790.

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820) Fortepiano C.Graf, 1824.

 

 

 

Bernard Roberts (1933-2013) Le pianiste britannique offre une version solide des sonates. Sans prétention, il livre un Beethoven bien charpenté, très satisfaisant. Ce spécialiste de Bach semble avoir transféré le même style de jeu à son Beethoven. Cela donne une articulation un peu verticale, raide par moment, qui ne déroge pas trop du cadre. Parfois, on croit entendre du Bach. Tout cela est très germanique! Dommage que ce massif instrument soit baigné dans une sorte de brume acoustique. Nimbus. 1982-88. Prise de son éloignée. Appréciation: Très Bien****

Sonate op.31 no.3 « La Chasse » en mib majeur (1802)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Stephen Kovacevich (1940-) Kovacevich transmet aux sonates une énergie spontanée, vivifiante, leur donnant un aspect de quasi-fantasia. C’est le mouvement et l’être de la musique qui prend forme. Il redessine les courbes musicales, libérant chaque mesure dans un élan jubilatoire. Les mouvements méditatifs ne se perdent jamais en conjecture, ni ne s’enlisent en lenteurs excessives. On discerne parfois une sorte de magie poétique qui s’élève dans l’air. Son cantabile est volatil, sublime. À mesure que les sonates progressent et se complexifient, on saisit toute la portée de son talent. Véritable acrobate, toujours sur le qui-vive, rien n’est à son épreuve. On dit que son interprétation de la Hammerklavier op.106 est l’une des plus grandes. Je le crois. Dans cette oeuvre de la démesure, le pianiste américain a tout donné. C’est l’intégrale la plus passionnante. Warner/EMI. 1991-2003. Prise de son inégale mais de bonne qualité. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro de la Sonate op.106 Hammerklavier en Sib majeur (1819)

Moderato cantabile op.110 en lab majeur (1821)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Louis Lortie (1959-) Entrepris sous la supervision de Chandos en 1991, ce n’est qu’en 2010 que Louis Lortie compléta son cycle Beethoven. La qualité exceptionnelle des enregistrements est restée homogène d’un album à l’autre. La luminosité introspective, le soin impeccable de son jeu et la recherche constante de la pureté des résonances sont les grandes qualités du pianiste canadien. En fait, je dirais que ce cycle fut le début de quelque chose de neuf, une cassure évidente entre l’ancien et le nouveau. Jamais un piano n’avait aussi bien résonné! Mais ce Beethoven un peu trop lisse et sage nous laisse momentanément en marge de sa véritable nature. Lortie a choisi de nous le présenter ainsi, d’une manière immaculée. Chandos. 1991-2010. Prise de son très soignée, un peu distante. Appréciation: Superbe*****

Sonate op.28 en ré majeur « Pastorale » (1801)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Idil Biret (1941-) Impossible de ne pas parler de cette grande dame du piano. La pianiste turque a eu comme maîtres Nadia Boulanger, Alfred Cortot, Wilhelm Kempff. Rien de moins. Elle a enregistré une multitude de disques: Tout Brahms, Chopin, Schumann…La plupart, comme les 32 sonates de Beethoven, furent gravées sur son propre label (Idil Biret Archive). Avec elle, c’est le respect du chant avant tout. Lorsque la touche s’éteint, la note semble vivre d’elle-même, vibrant une infime parcelle de temps. C’est l’art secret des grands pianistes, je crois. Elle sait se restreindre à l’intimité la plus précieuse, l’humilité du moment, l’absence du moi devant la musique. Le piano est là, tout près de soi. C’est l’instrument des confidences. Cette musicienne sait en raconter tous les secrets. Mais elle est également d’un magnétisme conquérant, les tempos étant toujours bien marqués et accentués, d’un caractère irrésistible. Il y a tant à découvrir dans ce coffret. IBA. 1994-2008. Prise de son rapprochée, très claire. Appréciation: Sommet du Parnasse****** 

Sonate op.31 no.2 « Tempête » en ré mineur (1802)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Mari Kodama (1967-) La pianiste japonaise, de nationalité française, a enregistré le cycle sur une période de 10 ans dans une petite salle de concert en campagne néerlandaise. Sous la direction des ingénieurs de Pentatone, les même conditions d’enregistrement ont été préservées. D’un bout à l’autre de cette aventure musicale, il y a cette ambiance feutrée, d’une grande douceur. Cela correspond tout à fait à l’image de cette musicienne qui privilégie la délicatesse et la subtilité dans ses interprétations. Son jeu est soigné, bien phrasé et équilibré. Jamais on n’est heurté de plein fouet. En fait, elle effleure la personnalité de Beethoven, sans trop s’y engagée. La beauté paisible de sa prestation nous berce la plupart du temps. Une version pour se reposer. Pentatone. 2003-2013. Prise de son douce, un peu distante. Appréciation: Superbe*****

Sonate op.54 en fa majeur (1804)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Gerhard Oppitz (1953-) Pianiste allemand, pédagogue reconnu et respecté, Oppitz est considéré comme une valeur sûre dans le milieu. Il vénère Claudio Arrau, dont il fut son disciple. Il aime les grandes phrases musicales, le grand piano classique noble et puissant. Il se dégage de sa prestance une force tranquille, respectueuse de la tradition. Il a enregistré tout Schubert et tout Brahms. Il a reçu le prestigieux prix Brahms, décerné pour sa contribution au patrimoine du célèbre compositeur. Toute cette culture se sent dans sa manière d’aborder Beethoven. Il suffit d’écouter la sonate Waldstein pour en saisir l’amplitude, la force d’expression de ce pianiste d’exception. Une des plus grandes interprétations que j’ai entendu. Dommage que le piano soit un peu loin, comme si l’on était au fond d’une salle. Hanssler. 2004-2006. Prise de son lointaine. Appréciation: Superbe*****

Sonate op.53 « Waldstein » en do majeur (1803)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Ronald Brautigam (1954-) À l’époque de Beethoven, les pianofortes étaient encore en pleine évolution. Lui-même restait insatisfait de leur performance. Leur son est compact et raide, d’une portée de chant limité. Mais ils possèdent aussi quelques charmes distinctifs qui peuvent séduire et surprendre. Brautigam joue sur trois copies d’instruments du facteur Paul McNulty qui correspondent aux trois périodes du compositeur. Le pianiste fait usage de toutes les techniques de jeux possibles et de pédales variées pour allonger le son ou en modifier les timbres. Avec Ronald Brautigam, force est d’admettre que tous ses efforts pour faire passer la musique de Beethoven en valait la peine. Son jeu est d’un dynamisme électrisant, d’une virtuosité démentielle!  Les limites des pianofortes ont poussé le musicien à aller au bout de ses capacités techniques et expressives. Mais au fil d’arrivée le grand gagnant sera toujours le piano moderne. Bis Records. 2004-2010. Prise de son soignée, un peu distante et réverbérée. Appréciation: Très Bien****

Sonate op.57 « Appasionnata » en fa mineur (1805)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Andras Schiff (1953-) Le pianiste hongrois est considéré comme un musicien méthodique, d’une rigueur technique extrême. Il épure la musique, en se détachant de tout affect sentimental. Il va encore plus loin dans sa démarche avec Beethoven. Son Bösendorfer translucide émet des sons cristallins, miroitant dans une sorte d’éther intemporel. Dans cet absolu, glacé et sans relief, la musique de Beethoven est désincarnée. Il n’y a rien d’autre. De l’autre coté de ce beau miroir, on ne ressent plus rien. Une intégrale bien particulière, qui fascine autant qu’elle déçoit. ECM. 2005-2008. Prise de son limpide, très réverbérée. Appréciation: Bien***

Sonate op.78 « À Thérèse » en fa dièse majeur (1809)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Paul Lewis (1972-) Pianiste reconnu comme l’un des plus grands de notre temps, Paul Lewis a bouleversé le monde de la musique avec son intégrale Beethoven. Dès lors, les interprétations que l’on considéraient comme les meilleures ont perdu quelques étoiles…D’un immense respect envers la musique, son style pourrait se résumer à un seul mot: Splendeur! Ses tempos sont amples et magnifiques. De cette relative lenteur apparaît toute la beauté du chant, enveloppé de chaleur humaine et spirituelle. La recherche constante de ce lyrisme tendre et mélancolique se retrouve même au sein de passages les plus furieux de Beethoven. L’émotion est noble, béatifiée par le sens des couleurs les plus nuancées, comme des plus profondes. Ce piano est beau à faire pleurer. Lewis a créé des mouvements de vagues incessantes, de flux et de reflux dynamique, comme si le piano prenait la forme d’un grand navire sur la mer. Cet art interprétatif du génie Beethoven nous transporte bien au-delà de l’horizon. Indispensable. Prise de son irréprochable. Le coffret inclue les Concertos et les Diabelli. Harmonia Mundi. 2005-2008. Appréciation: Sommet du Parnasse******

1er mouvement Sonate op.101 en la majeur (1816)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

3e mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Jean-Efflam Bavouzet (1962-) Rien ne nous vient vraiment à l’esprit quand on écoute Bavouzet. C’est du beau piano, sans faute, bien réglé, élégant. Très linéaire, simple, d’un caractère intime. La musique suit son cours sans que rien ne vienne la perturber. Il n’y a ni esbroufe d’un musicien qui en fait trop, ni d’un technicien qui se contente de faire des sons. Bavouzet est situé au juste milieu de tous les styles. Dans ces conditions, impossible à l’auditeur d’être déstabilisé. Dans ce cas, le plaisir et l’ennui se tiennent la main. Une version en zone neutre. Chandos. 2008-2016. Bonne prise de son. Appréciation: Bien***

Andante Favori Woo57 en fa majeur (1804)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Martino Tirimo (1942-) En 16 disques, le pianiste chypriote a enregistré l’oeuvre complète pour piano de Beethoven. Le coffret inclue toute la période de jeunesse, les bagatelles, les nombreuses danses, les variations et diverses pièces isolées encore peu connues. Beethoven demeure un génie de l’invention musicale. Même les premières sonatines écrites à douze ans possèdent un talent d’écriture étonnant. Marino Tirimo est un pianiste de qualité et de grande expérience qui présente un jeu très caractéristique, qui semble tributaire de Wilhelm Kempff. Au sein de tempos plutôt modérés, son articulation a quelque chose de mordant, de truculent, d’une narration toujours pertinente. Brillant sans être trop expansif. Expressif sans débordement. Il est d’une virtuosité solidement ancrée dans le respect du cadre rythmique qu’il s’impose, mais qui freine parfois certains élans dynamiques. La musique est vive, contrastée, soulignant la variété des caractères psychologiques de chacune des sonates. Après plusieurs heures d’écoute, le plaisir est encore là. On en redemande! Un excellent pianiste à découvrir. Hanssler. 2008-2018. Prise de son aérée et précise. Appréciation: Superbe*****

Sonate op.81a « Les Adieux » en mib majeur (1810)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

HJ Lim (1986-) À 25 ans seulement, la pianiste sud-coréenne a complété cette intégrale. Son apparition au catalogue fut très médiatisé. L’accueil général de la critique est très partagé. On reconnait sa virtuosité époustouflante, mais les libertés qu’elle prend globalement sur le cycle sont condamnées avec véhémence. D’autres ont salué sa prise de risque et sa façon originale d’aborder Beethoven. Ses tempos expéditifs sont surprenants. (Le Clair de Lune passe si vite! ). Elle brise bien des conventions par des phrasés très libres, à la limite de la désinvolture. Version choquante, déstabilisante, il y a un malaise qui s’installe en cours de route. Dans une discographie déjà saturée, HJ Lim réussi a attirer l’attention sur elle, mais pas sur Beethoven. Warner Classics. 2011. Prise de son voilée, caverneuse. Appréciation: Moyen**

Sonate op.79 en sol majeur (1809)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

Igor Levit (1987-) Pianiste germano-russe, il s’est fait une grande réputation avec la sortie de cette intégrale de haute qualité chez Sony Classical. Avec Levit, on est en pleine modernité de l’interprétation pianistique. Son jeu est tout en fluidité, de haute voltige, d’un élan vivifié par une invention de tous les instants. Ça respire la fraîcheur, la nouveauté. Il y a cette main droite, particulièrement ornée, qui est d’un ravissement continuel. À la base cependant, il demeure prudent et traditionnel, la fondation de la structure n’étant jamais altérée. Et l’acoustique un peu flottante laisse l’auditeur à distance de ce monde de rêve. Envoûté par la beauté, mais étrangement, ni ému, ni ébranlé. Sony Classical. 2013-2019. Prise de son en belles résonances, un peu voilée et éloignée. Appréciation: Très Bien****

Sonate op.90 en mi mineur (1814)

1er mouvement Sonate op.109 en mi majeur (1820)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Beethoven, L.V. (1770-1827) Les Symphonies. Danish Chamber Orchestra. Adam Fisher.

Posted in Beethoven with tags on 30 août 2019 by René François Auclair

Symphonies no.1 à 9

Danish Chamber Orchestra.

Adam Fisher, direction.

Enregistré entre 2016 et 2019, Concert Hall Royal Academy, Studio 2 DR (no.5).

Naxos. 2019. 8.505251. 5h.28m.56s. 5cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro con brio Symphonie Eroica op.55

Allegro vivace e con brio Symphonie no.8 op.93

Scherzo Molto vivace-Presto Symphonie no.9 op.125

C’est une millième version des symphonies de Beethoven. Pourtant le premier contact avec cette interprétation fait l’effet d’une bombe! Adam Fisher (n.1949) a travaillé d’arrache-pied avec l’orchestre danois pour nous présenter quelque chose de différent. Les tempis sont acérés, vifs et violents. Chaque mesure est décortiquée, scalpée au couteau, phrasée de la manière la plus sauvage qui soit, mais également d’une rigueur indiscutable. C’est du travail de longue haleine, exténuant et demandant pour les musiciens, qui sont tous ici impressionnants.

Chaque groupes de musiciens sont de véritables virtuoses, engagés dans cette course folle de 5 heures 30 minutes! Fisher propose une vision moderne sur ces oeuvres, « comme le travail d’un metteur en scène sur une vieille pièce de théâtre« , mais adaptée à nos oreilles du 21e siècle.

Le résultat est dramatique à souhait, sans répit pour l’auditeur qui n’a plus de temps à perdre. Il entre directement dans la fureur de Beethoven, au sein de ses propres tourments, revivant ce début 19e siècle en pleine révolution. On est en plein coeur de la guerre et de ses coups de canons. Mais il y a aussi une urgence de vivre irrésistible. Et tout cela finit dans la Joie la plus exubérante. Un sommet.

Beethoven, L.V. (1770-1827) Sonates op.30 pour violon et piano. Andrew Wan. Charles Richard-Hamelin.

Posted in Beethoven with tags on 29 septembre 2018 by René François Auclair

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Andrew Wan, violon Bergonzi 1744

Charles Richard-Hamelin, piano Steinway & Sons.

Enregistré à l’Église St-Augustin de Mirabel en 2018.

Analekta. 2018. AN 2 8794. 67m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Adagio molto espressivo de la sonate op.30 no.1

Scherzo de la sonate op.30 no.2 

Allegro vivace de la sonate op.30 no.3

Avant même de découvrir le disque, je savais déjà que c’était la paire idéale pour interpréter les sonates pour violon de Beethoven, dont c’est ici le premier volume. Pour débuter ce projet, les trois sonates op.30 composées en 1802. Encore très inspirées par Haydn et Mozart, ces oeuvres esquissent un visage plutôt serein de Beethoven. Elles sont d’une beauté charmante, vivantes et primesautières. Les grandes pages pour cette formation de chambre apparaîtront un peu plus tard…

Mais la présence d’Andrew Wan et Charles Richard-Hamelin est d’une telle évidence, que cette musique, qui paraît encore bien jeune, se révèle dans toute sa splendeur. Sous d’autres mains, cela tombe souvent dans la banalité.

Heureusement d’Andrew Wan est un musicien exceptionnel. D’une présence indiscutable, le violoniste produit une sonorité d’une beauté enivrante. Il est une révélation de tous les instants. Chacune de ses interventions est prodigieuse, musicale, parfaite. Le concertmaster de l’OSM est enfin mis en pleine lumière. On connaissait déjà son talent, maintenant on l’entend pour vrai.

Charles Richard-Hamelin, c’est la somptuosité de phrasés amples, mesurés à grands traits, d’une puissance tranquille, impériale. Son Beethoven est aussi réussi et convaincant que son Chopin, qui lui a donné une reconnaissance internationale.

Les deux artistes sont en fusion continuelle. Le duo bénéficie d’une prise de son exemplaire, parfaitement équilibrée. On a déjà hâte d’entendre le Printemps et la Kreutzer! Bonté divine que c’est beau…

 

Beethoven, L.V. (1770-1827) Les Symphonies. Philharmonique de Berlin. Sir Simon Rattle.

Posted in Beethoven with tags on 22 octobre 2016 by René François Auclair

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Enregistré live en octobre 2015.

5 cds. Pure blu-ray disque audio. 2 disques vidéo blu-ray des concerts.

Téléchargements 24-bits/192 khz.

Berliner Philhamoniker Recordings. 2016. BPHR 160091.

Allegro ma non troppo de la 6e symphonie Pastorale 

Adagio molto cantabile de la 9e symphonie

Tempo di Menuetto-Trio de la 8e symphonie

Le temps des révolutions est terminée. Il y a eu celles de Furtwängler, Karajan, Hogwood, Brüggen, Harnoncourt qui ont tous marqué leur époque. Maintenant, Sir Simon Rattle propose le temps de la réconciliation de tous les genres. C’est la grande synthèse de tous les styles. Pour ce faire, utilisons les plus grands et les plus émérites musiciens du Berliner!

Et offrons au public et mélomanes les plus exigeants, un coffret où il y a tant à découvrir. Un objet inestimable qui n’arrive que très rarement sur le marché de nos jours. Donnons lui tout de suite les honneurs. L’enregistrement est de haute qualité, en toutes sortes de formats allant du disque compact, au blu-ray pur audio, en passant par les téléchargements haute définition 24-bits/192khz. Rajoutons tous les vidéos blu-ray des concerts live d’octobre 2015 à la Philharmonie de Berlin. L’expérience visuelle et auditive est complète.

Il reste maintenant à parler de l’interprétation. On pourrait dire qu’il n’y a rien ici de vraiment révolutionnaire. Mais tout a été dit et fait par le passé. Beethoven fut historiquement analysé, souvent de manière regrettable, sur des instruments de musée, dans des rythmes outranciers et agressifs. À l’extrême, Beethoven fut soufflé dans des conceptions monstrueuses d’un romantisme grandiloquent, par des orchestres immenses qui étaient loin de l’idéal du compositeur.

Avec Rattle, il y a eu un long travail de fusion et d’échanges avec le Philharmoniker, dont il a pris les rênes en 2002. Il le quittera définitivement en 2018 pour Londres. Ainsi, cette collaboration se termine avec splendeur. Et maintenant tous ces détracteurs qui souhaitaient son départ depuis le début, tous ces réfractaires au changement, ces critiques malsaines qui l’ont accusé de « détruire le son de Berlin » peuvent définitivement se taire. C’est le legs ultime d’un chef qui a su être ouvert, qui a su assimiler les genres et questionner sans cesse l’interprétation de l’oeuvre de Beethoven.

Le résultat est, quant à lui, fantastique. Premièrement, le Berliner n’a jamais résonné aussi riche, malgré la diminution de l’effectif général (on parle d’une soixante de musiciens sur scène). Les cordes, toujours magnifiques et inimitables de Berlin, sont à la fois douces, vibrantes et d’une plénitude qui en met plein les oreilles. Écoutez comme c’est beau… comme dirait le slogan d’une radio bien connue! Les violoncelles et contrebasses emplissent tout l’espace à eux seuls. Ajoutez à cela les cuivres, particulièrement les merveilleux cors, la section des flûtes, clarinettes et hautbois, tous magnifiques. C’est à ce moment qu’on se rend compte qu’on n’écoutera plus jamais les autres!

Finalement, l’exubérance de Rattle est au rendez-vous. Beethoven est toujours vivant! On ne met jamais en doute ces décisions, ses tempos intuitifs, et sa manière bien à lui de faire chanter tout l’orchestre. Car c’est bien ce qui se passe ici. Berlin se met à chanter sans réserve. Quels sont les grands moments du cycle? Question difficile…Je dirais sans hésiter, la Pastorale, qui est la préférée du chef. C’est la plus belle version qui soit. Elle nous atteint en plein coeur. Il y aurait aussi les mouvements finaux de la 7e et 8e, qui surprennent par leur modération, mais d’où leur côté brouillon habituel est enfin exclus. Ou bien ce trio du menuetto de la 8e, complètement joussif, d’où on en ressent pour la première fois tout le pittoresque. Et quoi d’autre? L’Adagio molto cantabile de la 9e, d’un idéal proche de la béatitude, véritable testament d’un compositeur qui nous touche toujours… Et il y a tant de choses à découvrir dans cet indispensable coffret. Un sommet.

Charles Richard-Hamelin. Live. Beethoven-Enescu-Chopin.

Posted in Beethoven, Chopin, Enescu on 3 septembre 2016 by René François Auclair

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Beethoven: Rondos op.51 no.1 et 2

G.Enescu (1881-1955): Suite no.2 op.10

Chopin: Ballade op.47. Nocturne op.55 no.2

Introduction et rondo op. 16 et Polonaise op.53.

Enregistré en public en mai 2016 au Palais Montcalm, Québec.

Analekta. 2016. AN2 9129. 69m.23 s. Appréciation: Superbe*****

Toccata de la Suite no.2 d’Enescu

Polonaise op.53 Héroïque de Chopin.

Il a raflé avec panache la deuxième place et a reçu le prix Krystian Zimerman au Concours Chopin d’octobre 2015. Du jamais vu pour un artiste canadien. On évalue encore mal tout ce que cela a représenté pour le pianiste de travail ardu, de stress, et sûrement d’insomnies…pour en arriver là. Sur ce sommet d’un Olympe très difficile d’accès, Charles Richard-Hamelin a réussi l’impossible.

Après la consécration, c’est maintenant la libération vers un répertoire presque infini pour le musicien. Suite à l’immersion totale dans Chopin, la petite incursion dans Beethoven est rafraîchissante. Les rondos sont très mozartiens de style. Légers et fébriles, mais pas du tout dénués d’intérêt. Ces envolées très fluides et parfaitement maîtrisées semblent naître d’un langage propre au pianiste. Une signature que l’on voit déjà très personnel. Lyrisme voluptueux, très fin dans les détails, satisfaisant et convaincant.

La Suite d’Enescu est une une révélation. En fait, c’est la pièce maîtresse du disque. Faite de cloches et de tintamarres réjouissants, la musique exploite toute la largeur du piano. Hamelin s’amuse à faire résonner tout cela avec splendeur. Le plaisir qu’il y met est d’une ampleur irrésistible. Le Chopin est un choix qui va de soit dans le programme. Un Chopin de haute qualité. De la musique en grandes vagues, mais toujours contrôlées, d’où la mélodie reste chantante…On comprend pourquoi le jury de Varsovie a adoré!

Quand C.R.H. s’assoie au piano, le mélomane comme le néophyte, peut s’installer confortablement dans le fauteuil. Lorsque les mains se posent sur la musique, une chaleur indéfinissable s’y ressent dès le premières notes. (Le répertoire hispanique serait à explorer sans hésitation!). Ces mains un peu rondes et menues créent pourtant un monde rassurant, fait de plans sonores puissants. C’est l’univers de Charles Richard-Hamelin. Mais qui a gagné le premier prix déjà…? On l’a oublié! (Soulignons la captation du live par l’équipe Musicom…irréprochable).

Beethoven, L.V. (1770-1827) Les Sonates pour piano. Paul Badura-Skoda.

Posted in Beethoven with tags on 15 septembre 2015 by René François Auclair

51HbybowVuLSonates no.1-32.

Piano Bösendorfer Imperial.

Enregistré à Konzerthaus Vienne en 1969-70.

Gramola Vienne. 2012. 98743. 9cds. (+cd bonus op.106, live 1976 et 1980 sur Conrad Graf 1824)

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Rondo allegretto de la sonate Waldstein op.53

Moderato cantabile de la sonate op.110

Paul Badura-Skoda (1927-2019) a enregistré les sonates de Beethoven en 1969/70 pour souligner le bicentenaire du compositeur. Musical Heritage Society, société américaine, avait alors les droits de distribution du coffret de 11 microsillons. Depuis tout ce temps, il n’y a eu aucune réédition, et l’intégrale est demeurée presque totalement oubliée. La maison viennoise Gramola a récemment remasterisé les enregistrements originaux. Et le résultat est magnifique.

Le pianiste autrichien, connu aussi comme pédagogue et musicologue, a approfondi Beethoven en recherchant l’authenticité de la musique d’autrefois. Sa curiosité des instruments d’époque, des textes originaux et des précisions métronomiques des partitions en ont fait l’un des précurseurs du mouvement de la musique ancienne. À l’instar de ses grands collègues pianistes, il est resté un peu dans la marge de la scène musicale. Pour cette intégrale, le choix d’un Bösendorfer s’est imposé de lui-même, car selon Badura-Skoda, « l’instrument possède un son tout à fait viennois« …Ce rapprochant parfois des vieux pianofortes par ses timbres singuliers, le Bösendorfer les surpasse de loin en musicalité et en expression. On imagine la joie que Beethoven qu’aurait éprouvé pour cette merveille…

Probablement c’est l’une des versions les plus réussies de toute la discographie. La prise de son est d’un idéal surprenant, malgré qu’elle a été réalisée il y a 45 ans. Jamais on est entré autant à l’intérieur de telles résonances, comme si nous faisions partie de l’instrument. Toutes les couleurs du Bösendorfer sont là, ses aiguës claires, son médium riche et ses basses très bien définies. Cette proximité est tellement bien reproduite, qu’on se sent en intimité avec l’artiste et le compositeur. La musique est là devant nous, et je qualifierais l’écoute d’expérience inoubliable.

Les sonates ont tous été écoutées avec le plus grand intérêt. Cette manière de jouer naturelle, dont jamais on ne contredira le choix des tempos tellement ils semblent parfaits, est celle d’un musicien qui transmet la musique avec humanité et intelligence. Cette façon de mettre en lumière les mesures, et d’en tirer quelques pulsations de l’intérieur, cette joie de la danse soulignée au travers du discours, elle celle d’un artiste accompli et clairvoyant. Évitant le sentimentalisme inutile et grandiloquent de beaucoup de pianistes, jamais celui-ci ne va frapper outrageusement le clavier, car sa motivation est de seulement livrer la musique de Beethoven dans sa pureté.

Des premières sonates, pleines de vie et d’humour, on redécouvre Beethoven avec un visage beaucoup plus souriant. Et les plus grandes possèdent une formidable clarté d’articulation, notamment dans les très difficiles passages fugués, d’où on ne perd jamais aucune note! Les sections douces, quant à elles, sont très intériorisées, très poétiques. Et parfois, lorsque ses étouffoirs se posent délicatement sur les cordes, la magie du Bösendorfer fait son effet. Alors, une sorte de rêve éveillé se produit en nous…Magistral.