Archive for the Bach J.S. Category

Bach, J.S. (1685-1750) Les Suites Françaises. Gianluca Luisi, piano.

Posted in Bach J.S. on 8 janvier 2022 by René François Auclair

Bach - French Suites, BWV 812-817

Les Six Suites Françaises. (1722-1725)

Enregistré à Saletta acustica Pove del, 2018

Piano Steinway D-274

OnClassical. 2018. OC18050B. 79m.50s

Appréciation: Superbe*****

Suite no.5 en sol majeur

L’approche du pianiste italien, à la fois vive et subtile, est à l’image de ces suites de Bach  »dans le style français ». Le toucher est délicat, tout en en poésie, décoré de fins ornements, inspirés par le jeu des clavecinistes. Les sarabandes, d’une mélancolie précieuse, recèlent sans doute les plus beaux moments de ce parcourt tranquille et lumineux.

Par ailleurs, Luisi encadre bien tout le reste, utilisant peu de rubato, conférant aux pièces animées une solide pulsation rythmique. Certains passages peuvent paraître ainsi un peu linéaire. Mais ce tracé bien défini peut se voir également par le respect du style alla Bach. Après tout, c’est bien ce génie que l’on entend, toujours solidement structuré à sa base. Parfois, il vaut mieux s’éclipser devant la musique et lui laisser toute la place. Et Gianluca Luisi le réussit fort bien.

Ci-dessous, l’oeuvre complète, sans montage, interprétée de mémoire par le pianiste. Impressionnant.

Bach, J.S. (1685-1750) Bach on the Rauwolf lute. Jacob Lindberg.

Posted in Bach J.S. with tags on 21 novembre 2021 by René François Auclair

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Prélude bwv 999. Fugue et Largo bwv 1005. Suite bwv 1007. Suite bwv 1006a. Sonata bwv 1001. Chaconne bwv 1004.

Luth Sixtus Rauwolf, Augsburg 1590, restauré en 1715.

Enregistré en 2020 à l’église Länna, Suède.

BIS Records. 2021. BIS-2552. 87m.57s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude de la Suite bwv 1007

Prélude de la Suite bwv 1006a

Chaconne de la partita bwv 1004

Le très estimé luthiste suédois Jacob Lindberg (n.1952) propose un album somme, tout consacré à Bach. La plupart des oeuvres choisies ont été transcrites par lui, sauf le Prélude bwv 999 et la Suite bwv 1006a qui sont demeurées à leur état d’origine.

L’instrument est un Sixtus Rauwolf, construit près d’un siècle avant Bach, très rare et soigneusement restauré au cours des années. Il possède neuf jeux de double cordes et deux cordes simples pour les notes supérieures. Le manche a été modifié en 1715 pour lui ajouter des jeux supplémentaires. Il est devenu ainsi un instrument mieux adapté pour jouer la musique plus élaborée du 18e siècle, comme celle du grand Jean-Sébastien.

La musique de Bach a cette profondeur d’expression unique, structurée sur une assise solide, complexe dans ses harmonies audacieuses, mais toujours au service des mélodies supérieures qui s’imprègnent facilement dans l’oreille et puis dans l’esprit. L’effet de sa musique sur l’âme demeure pour moi un mystère. Et la retrouver sur un simple luth lui confère un aspect poétique particulier et intime. C’est l’apologie de la solitude, le contact du moment présent, l’intériorisation de la musique en soi.

Jacob Lindberg fait dérouler le temps par un jeu calme et réfléchi, tout en maintenant la pulsation régulière d’une horloge. Grâce à cet élan d’ensemble relâché, le luthiste laisse de l’espace aux résonances propres à l’instrument. Le contact des doigts sur les cordes est net et franc, ce qui permet aux polyphonies d’être parfaitement lisibles. Les arpèges, parfois improvisés par le musicien, s’intègrent naturellement à la partition. Il y a ici un art consommé du jeu de luth gracieux, fait d’accords fragmentés et au style brisé. Lindberg réussi à faire couler ces oeuvres doucement tout en conservant leur pouvoir chantant, ce qui est un exploit en soi, puisqu’elles ont été composées avant tout pour le violon ou le violoncelle.

L’album culmine par la grande Chaconne, oeuvre phare de Bach, qui s’élance comme une plainte et puis se transforme en chant d’action de grâces magnifique. Lindberg et son précieux instrument deviennent alors un prisme d’où transcende la lumière. Sublime.

Bach, J.S. (1685-1750) Les Suites Anglaises. Paolo Zanzu, clavecin.

Posted in Bach J.S. with tags on 9 mai 2021 by René François Auclair

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Suites no.1-6 bwv 806-811

Clavecin Sydey-Bal, Paris 1995 d’après Silbermann c.1735

Enregistré en 2017-18. Lieu non spécifié.

Musica Ficta. 2020. MF8032/3. 2cds. 130m.40s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Prélude la suite no.2 en la mineur bwv 807

Allemande de la suite no.3 en sol mineur bwv 808

Bourée I-II de la suite no.3 en sol mineur bwv 808

Gigue de la suite no.6 en ré mineur bwv 811

Paolo Zanzu nous offre l’une des meilleures interprétations des Suites Anglaises de Bach. Du moins, c’est la plus convaincante que j’ai entendu jusqu’à maintenant au clavecin. Je suis tombé un peu par hasard sur cet album sorti l’an dernier. Je cherchais des interprétations au piano de ces suites sur le catalogue Naxos. J’ai immédiatement été happé par la hardiesse du jeu de l’artiste et de la sonorité exceptionnelle de l’enregistrement. Instrument moins apprécié que le piano moderne, le clavecin demeure néanmoins un témoin essentiel de l’époque fastueuse du baroque. Il reste proche des intentions du compositeur, puisque c’est pour lui, mis à part l’orgue, que Bach a créé ses meilleures pages pour clavier.

Primo: l’instrument à deux claviers de Anthony Sidey est d’une magnificence rare. Construit à partir d’un Gottfried Silbermann, facteur connu et respecté de Bach, ce clavecin est le compagnon idéal pour jouer ces grandes suites, dont la densité et la complexité ne demandent pas mieux. Riche palette de sons, résonances somptueuses, clarté et amplitude, cet instrument possède également des aiguës des plus agréables.

Secondo: Le musicien italien infuse une énergie vive à ces pages certes touffues, mais ô combien satisfaisantes du grand Bach. Paolo Zanzu sait lier les mesures, leur conférant une respiration aérée, tout en maintenant une tension rigoureuse d’une main gauche imperturbable. Car c’est bien du Bach que nous entendons. Son langage unique pourrait se traduire par un amalgame de motifs raffinés à la française, supportés d’une solide motricité très allemande. Les Préludes et Gigues sont souvent attaqués de front, sans ménagement pour l’auditeur, d’une puissance rythmique captivante. (Diabolique gigue de la 6e suite!) Tandis que les Allemandes et Sarabandes sont caressées à la manière des luthistes, par un jeu d’accord brisé fort gracieux.

Tertio: La prise de son est généreuse, près de l’instrument, mais évite heureusement les piqués trop grinçants que l’on retrouve souvent dans les enregistrements du clavecin. Pour éviter leur côté agressif, les preneurs de son semblent s’en éloigner souvent, ce qui nous fait perdre en revanche leur beauté étincelante. Ce n’est pas le cas ici, les ingénieurs ont su trouver un juste équilibre, en restituant également l’ambiance sonore du lieu par une subtile réverbération.

Les Suites Anglaises de Bach, à l’instar des Françaises et des Partitas, demeurent un peu en marge par leur poésie parfois très noire. Le compositeur leur a donné une rigueur peu commune, d’une architecture quasi opaque, heureusement allégée par ses danses lumineuses. Paolo Zanzu a su mettre en contraste les facettes variées de ces oeuvres audacieuses pour clavier.

Bach, J.S. (1685-1750) Sonates et Partitas. Leila Schayegh, violon baroque.

Posted in Bach J.S. with tags on 6 février 2021 by René François Auclair

 

Sonates et Partitas bwv 1001-1006

Violon Guarnerius, Crémone 1675

Enregistré en sept. 2019 et janv. 2020

Salle de Musique, La Chaux-des-Fonds, Suisse.

Glossa. 2021. GCD 924205. 130 m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Preludio de la Partita bwv 1006

Extrait de la Chaconne de la Partita bwv 1004

Gigue de la Partita bwv 1004

Allons droit au but et disons le simplement. Cette interprétation magistrale de la violoniste suisse est d’une rare perfection. Laissons de côté momentanément toute tentative de comparer ce qui a été fait dans un passé lointain ou récent. 

Effaçons de nos mémoires les grands noms du violon, les différentes approches traditionnelles ou baroques. Profitons plutôt du moment présent. Il ne reste que la sublime musique de Bach, les notes qui s’élèvent dans le silence et la réverbération qui les transportent. C’est le discours intérieur de l’esprit qui s’illumine dans une sorte de danse polyphonique des sons.

Dans cette ambiance éthérée, la technique de l’exécution se dissout dans l’espace-temps. L’instrument se transcende et la musicienne n’est plus là. C’est le triomphe de l’esprit sur la matière. 

Ceci n’est pas un disque ou des fichiers numériques. Ceci est la magie des ondes qui atteint les neurones et les font vibrer. Le confinement devient alors une porte ouverte. L’année 2021 et tout le reste n’existe plus. C’est l’effet Bach qui poursuit son oeuvre et fait que ces lignes soient écrites pour tenter d’en expliquer l’essence.