Archive for the Schubert Category

Schubert (1797-1828) Schubert’s 1817 Sonatas. Sookkyung Cho, piano.

Posted in Schubert with tags on 25 avril 2021 by René François Auclair

Sonate en la mineur d.537

Sonate en la bémol majeur d.557

Sonate en mi mineur d.566

Sonate en si majeur d.575

Sookkyung Cho, piano Steinway.

Enregistré à Royce Auditorium, Grand Rapids, Michigan en 2020.

Centaur Records. 2021. CRC 3871. 75m.53s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegretto quasi andantino Sonate d.537

Allegro moderato de la sonata d.557

Sonate en mi mineur d.566 « Inachevée »

À l’écoute de la première pièce, j’ai cru d’abord que la pianiste jouait sur un pianoforte. Le feutré des marteaux semble bien délicat et légèrement voilé. Les basses sont plutôt discrètes, sans grande emphase. Les touches supérieures ont cet aspect brillant propre aux pianos anciens. Et puis j’ai pensé à Andras Schiff qui a réalisé tout Schubert sur un Bösendorfer, instrument à la limpidité bien singulière. L’absence de livret et de détails sur l’instrument ont piqué ma curiosité. Perfectionnisme oblige, j’ai dû entrer en contact avec Sookkyung Cho qui habite Grand Rapids au Michigan, pour en savoir plus. Mme Cho, diplômée de Julliard, enseigne également à Grand Valley State University.

C’est bel et bien sur un Steinway que l’artiste a enregistré ces sonates de Schubert. Mais elle n’avait pas plus de détails à me préciser sur l’instrument, ni l’année de sa construction. Cet instrument a une sonorité étonnement tenue par rapport à ce que l’on entend habituellement de cette marque légendaire. Ceci étant dit, j’ai commencé à apprécier cet album au fur et à mesure de son écoute. La pianiste coréenne confère à ces sonates une délicatesse de toucher et de luminosité remarquable.

Schubert a composé ce cycle en 1817 alors qu’il n’avait que 20 ans. À ce moment, il délaissé peu à peu l’influence de Mozart de sa première période. Son langage est devenu plus personnel et ses compositions ont gagné en profondeur, comme en fait foi les multiples changements de tonalités au cours d’une même pièce.

La prise de son est d’une belle présence, moins distante et épurée que la production d’Andras Schiff. Ainsi, on peut mieux apprécier les couleurs et les reliefs de l’instrument sur lequel s’exécute Mme Cho.

La légèreté de ton est omniprésente au cours de l’écoute des quatre sonates proposées. Les détails de la partition sont mis en lumière par un jeu très finement tracé, supporté d’une rythmique allègre et spontanée. La musicienne évite tout lyrisme appuyé et s’en tient à l’essentiel. La progression des pièces n’est jamais ralentie outre mesure. Il n’y a ni ego, ni puissance démesurée. La musique prend parfois l’aspect de miroitements lumineux sur la surface d’une eau. C’est du Schubert à l’état pur, dépouillé de son aura romantique. Cet album est une magnifique surprise.

Comparatif: Allegretto quasi andantino d.537. Andras Schiff (Decca/London.1994)

Schubert (1797-1828) Oeuvres pour piano Volume II. Mathieu Gaudet.

Posted in Schubert on 29 mars 2020 by René François Auclair

Sonate en mi majeur d.459 (1816)

Mélodie hongroise en si mineur d.817 (1824)

Trois Klavierstücke d.946 (1828)

Mathieu Gaudet, piano Steinway.

Enregistré au Palais Montcalm, Québec en 2019

Analekta. 2020. AN 2 9182. 62m.50s.

Appréciation: Superbe*****

Allegro moderato Sonate d .459

Klavierstücke no.2 Allegretto (extrait)

Débuté l’an dernier, le projet intégral des oeuvres de Schubert regroupera douze disques sur une période de six ans. La musique de Schubert, présentée par Mathieu Gaudet, est traduite avec soin, stylisée de manière retenue, éclairée par une approche sensible des oeuvres. L’interprétation est limpide, parfois subtilement décorée, dessinée comme à l’aquarelle. Les notes, jouées avec l’art d’un impressionnisme rêveur, semble miroiter doucement à la surface d’une eau touchée par la lumière. C’est vraiment très beau.

Le pianiste évite tout contact brutal au clavier, et nous invite plutôt à l’introspection par des phrasés relâchés, détendus. L’acoustique d’ensemble est aérée, légèrement diffuse, propice à une écoute idéale. C’est Schubert que l’on accueille chez soi avec joie, bien enveloppé dans la poésie de l’instant présent, de sa mélancolie douce-amère, de son chant inimitable qui apaise et réconforte. Excellent.

Schubert (1797-1828) Les Sonates pour piano. Paul Badura-Skoda.

Posted in Schubert with tags on 10 février 2018 by René François Auclair

81ccLe9XQ-L._SL1500_Intégrale des sonates pour piano.

Mouvements complétés par Badura-Skoda.

Enregistré entre 1967-71 au Studio Grayson, Vienne.

Sony Classical/ Rca Read Seal. 2017. 88985395492. 12 cd.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Rondo allegro moderato de la sonate d.850 Gasteiner

Molto moderato e cantabile de la sonate d.894 

Menuetto de la sonate d.894 

Allegretto de la sonate d.894 

Enregistrée il y a plus de 50 ans, cette intégrale Schubert n’a rien perdu de sa fraîcheur. Le piano est capté de près sans aucune pudeur, renforçant le sentiment de proximité et d’intimité avec la musique de Schubert. Le pianiste viennois, qui avait 40 ans à l’époque, évoque avec joie cette période de sa vie: « Que c’est émouvant de tenir entre ses mains une feuille (manuscrite) portant l’écriture de Schubert! ».

Paul Badura-Skoda s’est impliqué dans la redécouverte des partitions de Schubert. Jusque là, seulement 11 sonates connues étaient complètes. Il a travaillé de près chacun des manuscrits autographes des autres pièces, disparates et inachevées, les agençant selon leurs tonalités pour former des sonates entières. Il a dû compléter lui-même certains morceaux.

Ce que l’on retient de son jeu, est la manière d’exposer Schubert dans une clarté irréprochable. Cette façon très rythmique de présenter la musique est non seulement  très viennois dans son essence, mais fait également partie du jeu reconnu du pianiste. Un subtil contretemps marqué par la danse et la légèreté des notes donnent à Schubert une candeur particulière, loin des grandes expansions de d’autres médiums qui ont recherché plutôt la gravité pathétique du compositeur.

Jeu intelligent et réfléchi, pas toujours fluide ou d’un lyrisme voluptueux, cet esthétisme sobre et pur sert pourtant admirablement bien Schubert. Maintenant à 90 ans, Paul Badura-Skoda serait prêt à revisiter ces chefs d’oeuvre… » je suis aujourd’hui plus proche de l’esprit de la dernière sonate, écrites aux portes de l’éternité, que je ne l’étais à 40 ans. Peut-être devrais-je la réenregistrer… »

Schubert. Szymanowski. Lucas Debargue.

Posted in Schubert, Szymanowski with tags on 28 novembre 2017 by René François Auclair

81tRpTujgOL._SL1500_Schubert, F. (1797-1828) Sonates d.784 et d.664.

Szymanowski, K. (1882-1937) Sonate op. 21

Enregistré à La Grange au Lac, France en juillet 2017.

Sony Classical. 2017. 8985465632. 67m.45s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro giusto de la sonate d.784 de Schubert 

Allegro de la sonate d.664 de Schubert

Allegro assai op.21 de Szymanowski

Pianiste atypique, non seulement par son jeu libre et audacieux, mais également par un parcours non-conventionnel, Lucas Debargue (n.1990) nous arrive déjà avec son troisième disque.

Le Schubert qu’il propose est à cent lieux des grands pianistes du passé. Il aime prendre des risques, semble avoir l’intuition et le génie d’atteindre des zones que la partition gardait dans l’ombre. Ce sont des choses qui ne s’enseigne pas. Le papier ne suffira jamais à révéler réellement les intentions originales et l’état d’esprit du compositeur. En lisant les mesures tout en effaçant leur contour, en jouant subtilement sur les silences et le temps, Debargue nous révèle certains secrets cachés sur la page.

La sonate d.784 est si convaincante, si prenante, qu’on peut dorénavant la nommer « La Funèbre ». Car c’est ce qu’elle a toujours été. Mais seul Debargue semble l’avoir compris entièrement. Du début de la marche funèbre, en passant par le motif tragique d’un glas mortuaire jusqu’à l’hymne émouvant qui s’élève pour l’ami disparu, tout prend son sens. C’est de la poésie que plusieurs pianistes n’ont jamais saisi.

D’un toucher fait de murmures, de confessions intimes qui invitent à l’écoute la plus silencieuse qui soit, la musique de Schubert a t’elle trouvé ici son alter ego le plus près de ses aspirations? L’avenir nous le dira.

Pour l’instant, on peut s’attendre à tout, on peut rêver à d’autres Schubert ou rien du tout. Car ce genre de génie peut tout se permettre (impressionnant Szymanowski), ou simplement cesser d’être le pianiste qu’on s’attend de lui.