Archive for the Schubert Category

Schubert, Franz (1797-1828). Le cycle de lieder Winterreise. Jan Kobow. Christoph Hammer.

Posted in Schubert on 5 février 2015 by rfauclair

61388OGm3LL._SL1006_Jan Kobow, ténor.

Christophe Hammer, pianoforte Broadmann, 1810.

Enregistré à la Schloss Seehaus, Nordheim, Allemagne en juillet 2011.

Atma Classique. 2014. ACD2 2536. 63m.29s.

Appréciation: Superbe *****

La Corneille

Illusion

L’Auberge

« Vers un cimetière mon chemin m’a conduit. C’est ici que je veux demeurer. Ô vous, vertes couronnes mortuaires, vous pourriez être le signe qui invite le voyageur fourbu à entrer dans la glaciale auberge ».

Parmi les récentes versions, et il y a en beaucoup, c’est probablement la plus belle. La voix du poète est ici donné au ténor, selon les premières indications de Schubert, dont on a respecté les tonalités originales. De cette démarche historiquement bien informée, il était tout à fait bienvenu d’y adjoindre un pianoforte de cette époque.

L’instrument viennois bénéficie de quatre pédales dont le pianiste en extrait des sons raffinés, judicieusement choisis pour souligner les textes. L’accompagnement est discret, certes, mais offre une légèreté particulière au lieder. Jan Kobow possède un magnifique timbre, sans doute la voix idéale pour interpréter ces poèmes. Diction parfaite, expression et beauté sont chantés sans effort. La limpidité d’un art vocal introspectif, dont fait preuve le ténor, nous offre un disque réconfortant dont on ne se lassera jamais. L’hiver peut revenir à chaque fois, et nous reprendrons avec Schubert, ces chemins à travers le froid et la solitude.

 

Menahim Pressler. Concert 90e anniversaire. Live in Paris.

Posted in Dvorak, Schubert with tags on 26 novembre 2014 by rfauclair

71+zjA+wPtL__SX522_Dvorak (1841-1904) Quintette op.81.

Schubert (1797-1828) Quintette d.667 « La Truite ».

4 lieder Winterreise de Schubert.(dvd)

Andantino op.10 de Debussy.(dvd)

Nocturne en do dièse mineur de Chopin.(dvd)

Menahem Pressler, piano Steinway.

Quatuor Ebène.

Christophe Prégardien, ténor.

Enregistré le 7 nov.2013 à la Salle Pleyel, Paris. Erato. 2014. 462596-49. cd: 75m.39s/ dvd:116m.30s

Appréciation: Sommet du Parnasse ******

Dumka: Andante con moto de Dvorak

Andantino-allegretto « La Truite » de Schubert

Pour ses 90 ans, Menahem Pressler s’est joint au Quatuor Ebène, ensemble français, dont les membres ont un demi-siècle de différence d’âge d’avec lui! L’enregistrement live permet de vivre une expérience mémorable de ce concert historique. Expérience que l’on ressent dès les premières mesures, non seulement de l’évènement qui est unique en soi, mais aussi par le rayonnement musical qui s’y produit.

Pressler, dont le bagage musical est immense, fondateur du Trio Beaux Arts, possède un parcours jalonné de rencontres importantes (il a joué notamment pour Alma Mahler!). Aujourd’hui, le vénérable pianiste déclare qu’avec l’âge… »la vraie joie vient lorsque je peux créer quelque chose qui a un sens, pour mon âme, mes amis et pour le public ». On saisit alors que cette approche de la musique a quelque chose de libérateur en soi, et que chaque intervention du musicien découle d’une volonté bien simple de communiquer l’essentiel. C’est ce que l’on ressent au travers de ses mains fragilisées par le temps, qui n’ont certes plus la puissance d’antan. Mais elles ont gardé leur volubilité dans un chant toujours beau à entendre. Parfois, elles prennent la forme de quelques murmures à peine chuchotés (sublime Dumka de Dvorak).

Fragilité et impétuosité. Tel pourrait-on décrire le contraste évident entre Pressler et le Quatuor Ebène. Le jeune ensemble se permet des attaques énergiques à l’emporte pièce, dont le pianiste semble s’abreuver à même cette fougue. Il répond à l’appel sans problème dans des passages plutôt corsés, notamment dans les variations de La Truite, qui est sans doute le sommet de tout l’album! Les musiciens sont pleinement chaleureux et vibrants. On comprend pourquoi ils se complètent si bien avec Pressler, car leur façon de jouer, très traditionnelle, rappelle certains quartets de sa propre époque.

Le dvd, que l’on a heureusement joint à cette rencontre, permet de constater ce que nous savions déjà en écoutant les yeux fermés. C’est à dire, la complicité et la joie qui relient les musiciens. On y perçoit les personnalités différentes de chacun, et le plaisir évident d’être ensemble. En complément, la présence et la voix de l’excellent ténor Christophe Prégardien dans un extrait du Winterreise de Schubert. Et pour couronner cette soirée, un cadeau que l’Ebène offre à Pressler. L’Andantino du quatuor op.10 de Debussy, musique d’une belle élégie, en lien avec le prix du concours du même nom que le jeune pianiste reçu en 1946 des mains de Darius Milhaud…Le moment est chargé d’émotion. Pressler, assis, écoute avec recueillement chaque instant de cet hommage magnifique. Mémorable.

Schubert, Franz (1797-1828) Les dernières sonates. Paul Lewis, piano.

Posted in Schubert with tags on 23 mai 2014 by rfauclair

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Sonate d.958 en do mineur.(1828)

Sonate d.959 en la majeur.(1828)

Sonate d.960 en sib majeur.(1828)

Enregistré au Studio Teldex Berlin en 2002 et 2013.

Harmonia Mundi. 2014. hmc902165.66. 2cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse ******

Andantino de la sonate d.959

Rondo Allegretto de la sonate d.959

À propos des sonates de Schubert, Wilhelm Kempff écrit : « …il s’agit de confessions d’une âme très vulnérable, davantage encore de monologues, chuchotés souvent si doucement que le son se perd dans la salle… ».

C’est un Schubert souffrant qui aménagea chez son frère Ferdinand, le 1er septembre 1828. Quelques semaines plus tard, le 19 novembre, il mourut à l’âge de 31 ans. C’est dans cette courte période que trois grandes sonates furent composées. Il trouva la force de créer son adieu au monde dans un triptyque empreint à la fois de désespérance, de sanglots et de colères. Mais au final, la sérénité et le lyrisme d’une beauté indéfinissable triomphent toujours des tourments du compositeur.

Ce que Schubert a perçu et contemplé, probablement à travers une simple fenêtre de son modeste logis, d’un univers qui se dérobait de plus en plus à lui, demeure encore difficilement explicable par la seule raison. Ces hymnes de la fin d’une vie, écrits comme des fantaisies libres et ouvertes, sont le fruit d’un génie pur, passé au creuset de la souffrance et des ennuis d’une existence pas du tout facile. Ses derniers jours, il les finira dans la musique, se libérant du temporel vers l’infini.

C’est pourquoi on n’écoute jamais Schubert comme une musique divertissante, encore moins comme musique « de fond ». Il faut s’assoir près lui, et tendre l’oreille.  À la fin, on chante avec lui et l’on comprend pourquoi sa musique est si belle…

Le pianiste britannique Paul Lewis (n.1972) a pris le temps qu’il faut pour traduire Schubert en y apportant beaucoup de profondeur. Sa prestation force le respect. Ce qui impressionne avant tout, est la manière rassurante d’exposer chants et contre-chants dans une gestuelle large et pleinement satisfaisante. Les résonnances du piano sont habilement utilisées, étirant les notes pour en souligner le lyrisme, portées vers de très beaux pianissimos aux murmures envoûtants. Parfois l’instrument devient orchestre, comme si de formidables contrebasses prenaient possession des passages dramatiques. Les rythmes sont resserrés ou allongés au gré du musicien, souvent au sein même d’un mouvement. Lewis démontre ainsi une intuition musicale constante du texte. La musique devient tel un roman, et le pianiste se transforme en narrateur d’un drame qui nous bouleverse.

Lewis est à placer aux côtés des plus grands schubertiens. Sans doute la meilleure interprétation de la sonate d.959, tous pianistes confondus! Du très grand piano.

 

Schubert, Franz (1797-1828) Bertrand Chamayou, piano Steinway.

Posted in Schubert with tags on 22 mars 2014 by rfauclair

 

 

71Xva9wtt6L__SL1500_Litanei (tr.Lizst)

Der Müller und der Bach d.795 (tr.Lizst)

12 Ländler d.790. Allegretto d.915. Ländler no.12 d.366.

Wanderer-Fantaisie d.760

3 Klavierstücke (Impromptus) d.946 (1828). Kupelwieser-walzer (tr.R.Strauss)

Erato.(Warner). 2014. 463707. 70m.24s.

Sommet du Parnasse ******

Auf dem Wasser (tr.Liszt) Auf dem Wasser d.774 (tr.Lizst)

Der Müller und der Bach (tr.Liszt)

« Le meunier se meurt : petit ruisseau, sais-tu ce que fait l’amour ? Sous terre, le repos est frais ! Petit ruisseau, chante encore. »

Klavierstücke (Impromptu) D.946 no.2

Le pianiste français (n.1981) nous invite à une « schubertiade » imaginaire et improvisée. Faisant partie des convives, la présence de Lizst apportant sa contribution avec quelques belles transcriptions de lieder de Schubert.

Un programme varié sert admirablement cette « soirée » entre amis. Autour de la redoutable Wanderer-Fantaisie, quelques pièces plus légères viennent détendre l’atmosphère. De la musique de Schubert, il s’élève ce chant si familier, et l’air ambiant semble en être tout imprégné…

Le pianiste propose un Schubert infiniment beau. Même la Fantaisie semble avoir été approchée avec prudence, évitant un choc trop brutal. L’engagement du musicien est pourtant total, organique, soulignant avec splendeur la matière symphonique de l’œuvre. L’instrument est capté de près, résonnant et englobant. Schubert nous envahi. On est conquis.

Chamayou offre dans les lieder, impromptus, danses et autres pièces, un amour du chant schubertien par un jeu coulant et limpide. Mains de poésie, inventives et frémissantes, créant images de rivières et de feuillages, les mélodies de Schubert n’ont jamais parues aussi belles. Disque de chevet que l’on conserve avec soi pour toujours.