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Whitacre, Eric (n.1970) The Sacred Veil. Los Angeles Master Chorale.

Posted in Whitacre on 1 septembre 2020 by rfauclair

Textes de Charles Anthony Silvestri.

Los Angeles Master Chorale.

Eric Whitacre, direction.

Enregistré à Musco Center for Arts en janvier 2020.

Signum Classics. 2020. SICCD630. 56m.40s.

Appréciation: Superbe*****

The Veil Opens

I’m afraid we find something

Child of Wonder

« Child of wonder, Child of sky. Time to end your voyage. Time do die. Silent slumber calls you, dark and deep. Child of soft surrender, Child of sleep »…

The Sacred Veil est l’histoire de la perte d’un être cher. Le poète Charles Anthony Silvestri a perdu son épouse en 2005 à la suite d’un cancer. Elle avait 36 ans. Elle laissa dans le deuil ses deux jeunes enfants et son mari, qui fut profondément affecté. Il a dû faire un long processus personnel pour retrouver un sens à sa vie. L’histoire peu paraître banale en surface, mais pour ceux qui la vivent de l’intérieur, on peine à vraiment comprendre l’ampleur du désarroi que la mort peut causer. La poésie, la spiritualité et la musique ont toujours servi à canaliser cette souffrance à travers les âges. La mort a produit souvent les plus beaux Requiem.

The Sacred Veil est né de la collaboration d’une amitié, celle du compositeur Eric Whitacre et de l’auteur. L’oeuvre est une lente procession en douze étapes. Chaque station est conçue pour suivre les derniers instants de la vie de sa femme, inspirés par ses nombreuses visites à l’hôpital et de ses entretiens avec elle. La lettre d’adieu qu’elle a laissé est également reproduite et mise en musique. Selon Silvestri, le voile sacré est l’infime séparation entre les vivants et les morts. C’est une figuration de la croyance que les défunts restent avec nous malgré leur absence physique. Il peut se définir aussi par la fragilité de nos existences qui peuvent « basculer dans l’éternité » à tout moment.

La musique de Whitacre est simple et respectueuse de la tradition chorale. Parfois à la limite d’une sentimentalité un peu facile, supportée par un piano et un violoncelle discrets et dépouillés, sa composition n’est pas conçue pour renouveler le genre. Mais on se laisse toucher, on s’abandonne totalement à la beauté paisible des incantations du magnifique choeur de 40 voix du Los Angeles Master Chorale. Les pièces les plus impressionnantes demeurent « I’m afraid » et « You rise, I fall ». Tandis que la première se présente comme le diagnostic froid et incompréhensible du médecin, l’autre est une image de l’âme qui rend son dernier souffle. La cacophonie et les glissandos du choeur sont extrêmement bien maîtrisés et procurent une sorte de vertige en spirale à la fois effrayant et exaltant.

L’oeuvre se termine dans la sérénité par le très beau « Child of Wonder », et reprend discrètement le motif original du premier mouvement pour fermer la boucle de ce périple spirituel. The Sacred Veil est un Requiem de notre temps. Des milliers de personnes nous ont quitté cette année, et d’autres vont suivre malheureusement. Cette musique peut nous servir en cette période difficile pour tous. C’est l’une des qualités que l’on reconnait à Eric Whitacre. Réunir les gens par la musique.