Archive for the Haydn Category

Haydn, Joseph (1732-1809) Trios pour Baryton. Valencia Baryton Project.

Posted in Haydn on 16 juin 2024 by René François Auclair

Matthew Baker: Baryton, Owen Morse-Brown, 2004.
Estevan de Almeida Reis, Alto. (Brett Walfisch, vol.3)
Alex Friedhoff, Violoncelle. (Ismar Gomes vol.3)

Enregistré à Castell de Riba-roja de Túria, Espagne entre 2020 et 2025.

Appréciation: Superbe*****

Trio no.9 en La majeur
Trio no.80 en Sol majeur
Trio no.113 en Ré majeur

Le Baryton utilisé par le violiste Matthew Baker est composé de six cordes frottées et dix cordes sympathiques à l’arrière du manche. Celles-ci vibrent librement en harmonie et peuvent être pincées du pouce à l’occasion. Cet instrument hybride entre la viole de gambe et la guitare fut brièvement à la mode au 18e siècle. Le prince Nicolas Esterházy (1714-1790) en jouait fort bien et Joseph Haydn dut composer régulièrement des pièces pour satisfaire et faire-valoir le talent de son noble patron. C’est ainsi que Haydn écrivit près de 170 compositions dédiées à cet instrument, dont plus d’une centaine pour baryton, alto et violoncelle.

En général les pièces sont d’une belle simplicité, axées sur la mélancolie doucereuse et plaintive de la viole. Il s’y passe beaucoup de moments tendres, égayés par des Menuetto parfois cocasses et des Presto finale brillants. Malgré la répétition qui peut s’installer facilement, Haydn réussit à émouvoir et à surprendre par toutes sortes d’idées thématiques. Au fil du temps il a brillamment complexifié ses procédés d’écriture. Mais c’est surtout grâce à son don particulier du cantabile qu’il vient toucher nos cordes sensibles. Les musiciens du Valencia Baryton Project nous font revivre, avec talent, ces belles soirées en compagnie du Prince Nicolas.

Haydn, Joseph (1732-1809). L’Estro Armonico. Derek Solomons.

Posted in Haydn with tags on 10 juin 2024 by René François Auclair

derek-solomons-cover

49 symphonies (1757-1775)

L’Estro Armonico (instruments d’époque).

Derek Solomons, violon et direction.

Enregistré entre 1980-86 à St-Barnabas Church, Londres.

Sony/CBS. 2024. 18cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Symphonie no.44 Allegro con brio

Symphonie no.43 Adagio

Symphonie no.48 Menuet

Derek Solomons et Haydn sont enfin réunis dans ce coffret tant attendu! Ces enregistrements n’étaient plus disponibles depuis plus de 30 ans. Solomons et son équipe furent des pionniers dans l’interprétation de Haydn sur instruments d’époque. Le projet des symphonies fut chapeauté à l’époque par le musicologue H.C.Robbins Landon. La recherche d’authenticité fut le motif premier des musiciens.

Entrepris au départ par Saga Records en 1980, le projet d’une intégrale est repris par CBS puis malheureusement abandonné en 1986. Solomons a tout de même réussi à faire toutes les symphonies Sturm und Drang (tempête et passion), période importante chez Haydn qui couvre les années 1766-1774. Axées sur l’expression dramatique des sentiments, ces pages contrastées et vives sont de véritables chefs-d’oeuvre. Le coffret comprend également 19 symphonies dites Morzin, où le compositeur a créé ses premières oeuvres du genre. Ce sont des pièces mineures, mais d’une agréable fraîcheur, de style galant. Et surprise, la dernière session d’enregistrement de décembre 1986, qui était restée inédite, a finalement été remasterisée par Sony. On entend donc ici pour la première fois les symphonies nos.16-20 ainsi que la 108, dite B.

Redécouvrir Haydn avec Solomons, c’est revenir à la source de l’historiquement bien informé. L’orchestre est réduit à seulement 6 violons, un alto, un seul violoncelle et contrebasse. Deux hautbois, deux cors naturels et un basson suffisent à jouer Haydn comme à son époque. Le son est dépouillé, incisif et clair. Le discours musical s’épanouit dans un espace avant tout chambriste, créant un contact direct avec les musiciens. Les tempos modérés offrent une belle clarté d’articulation, sans artifice. Le chef britannique a choisi la pureté et la simplicité. La musique, vive et bondissante, retrouve ses couleurs comme sur une toile restaurée. Les cors, placés tout près des autres musiciens, sont d’un éclat particulièrement jubilatoire!

Les adagios, joués à fleur de peau, sont perçus comme à la lueur d’une chandelle. L’ambiance est intime et d’une sérénité profonde. Jamais on a été aussi près des intentions du compositeur. L’adagio de sa 43e symphonie, dite Mercure, est demeuré pour moi l’un des plus beaux témoignages de Haydn. Seul Derek Solomons et son équipe sont parvenus à soutirer toutes les subtilités de cette pièce. Ce coffret est un trésor enfin retrouvé. Magnifique.