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Solo. Valérie Milot. Transcriptions pour harpe.

Posted in Mahler, Paganini, Tarrega on 12 septembre 2020 by rfauclair

Caprice de Paganini. Ständchen de Schubert. Les Hébrides de Mendelssohn.

Nimrod de Elgar. Adagietto de Mahler. Recuerdos de la Alhambra de Tarrega.

Fugue bwv 1001 de Bach. Ah vous dirais-je maman de Bénigne Henry.

Valérie Milot, harpe Apollonia de Salvi.

Enregistré à Église St-Joseph Rivière des Prairies, Montréal, 2020.

Anémone 13. 2020. A13 001. 52m.53s.

Appréciation: Superbe*****

Caprice en la mineur de Paganini

Adagietto de la 5e symphonie de Mahler

Recuerdos de la Alhambra de Tarrega

Valérie Milot présente ses propres transcriptions d’oeuvres connues du répertoire classique. Sur les huit pièces proposées, Mme Milot a transposé à la harpe; Paganini, Schubert (à partir de Liszt), Mendelssohn, Elgar et Mahler. Les autres morceaux sont transcrits par Sylvain Blassel et Marcel Grandjany. L’unique pièce originale est faite de variations dédiées expressément pour l’instrument par Bénigne Henry sur Ah, vous dirais-je maman.

On pourrait parler de réductions, puisque que ce sont des oeuvres originalement écrites pour musique de chambre ou grand orchestre symphonique. Au contraire, ces transpositions révèlent les originaux d’une nouvelle manière. Il faut saluer ici le travail d’orfèvre de la musicienne. Elle a réussit à retranscrire presque toutes les partitions à la lettre, note pour note, en y ajoutant, bien sûr, quelques libertés propre au langage de la harpe. S’il faut en citer une, la transcription des Hébrides de Mendelssohn a quelque chose d’unique. On redécouvre cette pièce d’envergure, écrite à l’origine pour orchestre, mais qui pourtant reste expansive malgré la limitation à un seul instrument. Les visions de la grotte de Fingal, par Mendelssohn, sont préservées dans leur essence. On perçoit ici les mouvements des vagues sur la mer, redessinés grâce à des phrasés ondulatoires fort bien exécutés par la musicienne.

La harpe, « vieille comme l’humanité, qui a traversé les époques et les cultures » est l’instrument des dieux, des anges et princesses. Ses cordes pincées produisent des résonances éthérées, d’une douceur thérapeutique qu’on associe encore à un romantisme suranné. Ce n’est pas le cas ici. Valérie Milot propose de la vraie musique, complexe, élaborée, difficile à exécuter, qui demande de grandes habilités techniques. « Les heures de travail acharné et les sacrifices qui mènent à une carrière de musicien prennent subitement tout leur sens », dit elle à propos d’un récital particulier de sa carrière.

Il faut alors écouter le magnifique Recuerdos de Tarrega pour tenter de saisir ce que la maîtrise parfaite d’un instrument peut provoquer chez l’auditeur: la création de l’émotion. Dans ce morceau, la main gauche produit à la base des arpèges réguliers, en berçant le rythme, soutenant la mélodie de la droite. Cet aria, que les guitaristes connaissent fort bien, est étonnamment réussie sur la harpe. Elle apparaît comme d’infimes frottements sur la même corde, presque imperceptibles, comme des murmures à l’oreille. C’est le moment magique qui fait chanter les larmes. C’est la musique qui saisit le temps. C’est le mystère des sons qui fait fondre le coeur. Cet album est une merveille, non seulement parce que c’est beau, mais parce qu’il touche l’essentiel.