Sammartini, G.B. (1700-1775) Trios pour 2 violons et basse continue. Sonate pour violoncelle.

Posted in Sammartini, G.B. on 8 juillet 2018 by rfauclair

61xdUaiLY7LTrios no.1, 3-5

Sonate no.3 pour violoncelle (attr. à Martin Berteau 1708-1771)

Roberto Noferini, Gianfranco Iannetta, violons baroques.

Andrea Noferini, violoncelle. Bruno Canino, clavecin.

Enregistré à la Salle Bartok Bernareggio, Milan en 2004.

Tactus. 2007. TC 704402. 48m.05s. Appréciation: Très Bien****

Trio no. 5 en sol mineur 

Allegro de la sonate no. 3 pour violoncelle 

Affettuoso du trio no.1 en sol majeur 

Giovanni Battista Sammartini est considéré comme un des fondateurs de la sinfonie. Son parcours musical comprend trois périodes distinctes: le baroque, le rococo (pré-classique) et le classique. Il a influencé des compositeurs importants comme Gluck, Boccherini, J.C.Bach et même le jeune Mozart.

Malgré sa production importante, il n’existe encore que peu d’enregistrements de son oeuvre. L’aspect embryonnaire de sa musique explique en partie le peu d’intérêt des mélomanes d’aujourd’hui. Mais ce fut un innovateur en son temps. Et son parcours demeure fascinant. En délaissant de plus en plus l’archaïsme du baroque vers une plus grande liberté d’expression, Sammartini propose une musique insouciante, axée sur le divertissement léger et spirituel. Avec lui aucun nuage à l’horizon. Il prépare le chemin pour d’autres créateurs qui sauront partager leurs états d’âme en profondeur.

Ses trios pour deux violons et basse continue sont d’une belle simplicité. Sammartini priorise la voix du premier violon par de belles fioritures. Le deuxième violon l’accompagne avec nonchalance en le rejoignant parfois dans les mêmes figurations, mais la plupart du temps il joue sa propre partie, peu développée mais bien distincte. Le violoncelle, lui, ne sert qu’à donner une pulsation régulière à l’ensemble pour lui donner un bel élan, libéré de tout contrepoint formel.

Dans un tel contexte, on ne peut vraiment pas faire une critique du jeu des musiciens! C’est tout simplement beau. Les timbres des instruments anciens conviennent tout à fait à ces oeuvres. Le clavecin du vénérable Bruno Canino (n.1935) reste discret et inventif en tout temps. La troisième sonate pour violoncelle provient en fait du compositeur français Martin Berteau (1708-1771), qui fut appelé par erreur San Martini. Sa sonate en sol majeur vaut qu’on s’y attarde, car son écriture est superbe.

 

Bach, J.S. Concertos pour violon et Partita bwv 1004. Daniel Lozakovich.

Posted in Bach J.S. with tags on 23 juin 2018 by rfauclair

61qlglEb2qL._SL1200_Concertos bwv 1041 et 1042

Partita bwv 1004

Daniel Lozakovich, violon Stradivarius 1713.

Orchestre de chambre de la Radio Bavaroise.

Enregistré à August Everding Saal, Musikschule Grünwald,
et Studio Teldex, Berlin en 2017.

DG. 2018. 002894799372. 63m.48s. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Concerto bwv 1041 en la mineur 

Chaconne bwv 1004 en ré mineur 

La première impression auditive est celle d’un bon vieux vinyle des années 60 que la vénérable Deutsche Grammophon a toujours produit avec soin. Les cordes sont vibrantes, bien définies et espacées dans un beau discours moderato rassurant et pleinement satisfaisant. Nous sommes en plein territoire des violons modernes, loin du style frénétique des baroqueux.

Et lorsque le soliste apparaît, tout se confirme. Nous avons ici un artiste d’exception. Un violon à l’archet généreux et souple qui transcende Bach. Comme si cet instrument était au main d’un grand disparu, la réincarnation inexplicable d’un musicien rare.

Ce jeune homme n’a que…17 ans! Daniel Lozakovich, né à Stockholm en 2001, a le don rare de tout faire disparaître autour de lui. La virtuosité fait place à la musique. Le respect est partout dans sa manière de jouer. Lorsqu’on lui demande quels sont ses modèles d’interprètes, c’est l’étonnement complet: Menuhin, Heifetz, Kagan, Szeryng…

La monumentale Chaconne pour violon seul est bouleversante, un grand moment de musique pure, désincarnée, métaphysique. Lozakovich prétend que « Bach nous rapproche de Dieu ». Je dirais que c’est plutôt lui et toutes les légendes du violon qui se penchent pour écouter ce mystère du 21e siècle.

Danzi, Franz (1763-1826) Concertos et Ouverture. Münchener Kammerorchester. Howard Griffiths.

Posted in Danzi on 22 juin 2018 by rfauclair

81oYAAX9R1L._SL1500_Concerto pour piano p.229 (1799)

Concerto pour violoncelle p.243 (1809)

Ouverture p.228

Nareh Arghamanyan, piano. Aurélien Pascal, violoncelle.

Enregistré à Kupferhaus Planegg, Allemagne en 2016.

Sony Music. 2018. 88985361082. 58m.42s. Appréciation: Très Bien****

Allegro du concerto pour piano

Larghetto du concerto pour violoncelle 

Allegretto du concerto pour violoncelle

On pourrait qualifié la musique de Franz Danzi comme le prolongement de celle de Mozart, et d’un avant-goût du grand Beethoven. Compositeur attachant, qui a beaucoup écrit pour les ensembles à vent, il est encore peu connu pour son oeuvre orchestrale.

Son concerto pour piano, le seul qu’il a écrit, est à si méprendre, un authentique Mozart. Le concerto pour violoncelle en mi mineur aurait pu avoir été écrit par un jeune Beethoven. L’oeuvre est superbe. Elle est en quelque sorte une première en ce début 19e siècle où les concertos pour violoncelle n’étaient pas chose courante. Elle contient tout de Beethoven, ses humeurs orageuses autant que son côté sentimental. L’écriture y est touffue de virtuosité et est originale par ses changements fréquents de tonalités. On aime moins le côté un peu prévisible des phrases musicales, encore dictées par les formes strictes de la période classique. Mais l’utilisation judicieuse des instruments à vent à de quoi réjouir grâce aux couleurs qu’ils ajoutent à l’ensemble. Au final, Danzi, n’est ni Mozart ou Beethoven, car il lui manque encore quelques éclairs d’un génie pur.

Howard Griffiths (n.1950) chef d’expérience qui dirige avec un savoir-faire historiquement bien informé, insuffle l’énergie et la musicalité nécessaire pour faire lever la musique de Danzi. Énergie que l’on retrouve aussi bien au coeur de ses solistes de haute qualité, dont la gagnante du Concours piano de Montréal 2008, Nareh Arghamanyan et l’excellent violoncelliste français Aurélien Pascal, disciple de Janos Starker entre autres. Un bon disque qui s’écoute sans peine. Du bonbon.

Demachi, Giuseppe (1732-1791) Musica da camera. Trigono Armonico.

Posted in Demachi, G. on 10 juin 2018 by rfauclair

81CL0H0z7uL._SL1200_Sonates en trio. Duetto pour violons.

Sonates pour violon et basse continue.

Maurizio Cadossi, Davide Bizzarri, violons baroques.

Fausto Solci, violoncelle. Claudia Ferroro, clavecin.

Enregistré à Chiesa di San Michele Arcangelo, Cremona en 2014.

Tactus. 2018. TC730401. 79m.50s. Appréciation: Superbe*****

Sonate en trio no.6

Andante de la sonate en trio no.7

Duetto en mib majeur

Exact contemporain de Haydn, Giuseppe Demachi offre une musique élégante et ensoleillée qui s’apparente à celle de G.B. Sammartini et Boccherini. Ce parfait inconnu, dont l’oeuvre est restée à l’état manuscrit, possède une signature bien originale au milieu d’un 18e siècle peuplé d’innombrables compositeurs qui ont adopté le style galant. 

Cet italien, violoniste virtuose dont le parcours musical reste encore incertain, a produit une musique qui mêle le classique aux formes anciennes du baroque comme en fait foi ses sonatas a tre et sonatas a violono a basso continuo. Il eut un certain succès lors de la publication de ses Trios en 1771. On se dit que les amateurs d’alors aimaient probablement encore les choses anciennes, nostalgiques de Corelli, Vivaldi et cie…

La musique de Demachi, est anachronique pour cette époque, mais séduisante à la fois par son expression noble et pure se rapprochant de la sonate d’église, sans virtuosité gratuite, et structurée par le respect des codes et des modes anciens. Une belle découverte, enregistrée ici en première mondiale par l’ensemble Trigono Armonico, un groupe de musiciens italiens dédiés à la musique ancienne. La qualité d’enregistrement et d’exécution est admirable en tous points.

 

Dowland, John (1563-1626) Lachrimae. Nigel North. Les Voix Humaines.

Posted in Dowland with tags on 20 mai 2018 by rfauclair

41K+RK5zaRLLes Sept Larmes (1604) pour luth et violes.

Pavanes, gaillardes et allemandes.

Nigel North, luth.

Mélissande Corriveau, dessus de viole. Felix Deak, ténor de viole.

Margaret Little, Suzie Napper et G. Sanchez-Guevara, basses de viole.

Enregistré à St-Augustin, Mirabel en juillet 2017.

Atma Classique. 2018. ACD2 2761. 56m. Appréciation: Sommet du Parnasse******

Lachrimae antiqua 

Earle of essex gaillard 

Sir John Langston Pavan

 

Les Lachrimae de John Dowland, composés en 1604, annoncent d’une certaine façon le romantisme de Schubert. Deux siècles les séparent. Pourtant, il y a le même goût pour la poésie mélancolique, une affinité pour la solitude et la recherche d’apaisement au milieu des larmes. C’est un recueil magnifique, le plus connu de Dowland. Les Lachrimae sont en fait sept variations sur son air célèbre Flow my tears. Malgré son aspect lugubre, il y a dans cet art de la mélancolie, une part de lumière qui nous rejoint encore.

Enregistré plus d’une fois, ce cycle instrumental pour luth et consort de violes retrouve, avec Les Voix Humaines, un lien naturel, une connivence idéale avec ce répertoire ancien. On se demande pourquoi elles (M.Little et S.Napper) ont attendu si longtemps pour pouvoir les graver. Le temps a sûrement permis ici une collaboration inespérée: celle avec Nigel North, réputé luthiste britannique, qui a maintes fois visité l’univers de Dowland. Il y apporte son expertise précieuse et son jeu de luth légendaire fait de coulées riches en lyrisme et en souplesse.

Quant aux violes de l’ensemble, elles résonnent dans toute leur splendeur en symbiose avec la fragilité du luth dans une atmosphère à la fois vaste et recueillie. Elles sont expressives à souhait, rehaussées par le jeu finement décoratif du dessus de viole de Mélissande Corriveau. L’alternance entre les Larmes et les diverses danses apporte un mélange triste-heureux qui évite la monotonie pouvant s’installer en cours de route. En fait, grâce à leur sensibilité et leur connaissance, les musiciens se sont distanciés par rapport à d’autres versions qui paraissent aujourd’hui froides et austères. Ici, la beauté ténébreuse de cette musique nous enveloppe de toute part. On s’y réfugie à l’abri des maux qui terrassent notre siècle présent.

 

 

 

Bach, J.S. (1685-1750) Matthäus-Passion. La Petite Bande. Sigiswald Kuijken.

Posted in Bach J.S. with tags on 1 avril 2018 by rfauclair

71Is6dr1c4L._SL1019_Passion selon St-Matthieu bwv 244

Évangéliste: Christoph Genz, ténor.

Jésus: Jan Van der Crabben, basse.

Ensemble La Petite Bande. S. Kuijken, direction.

Enregistré à Predikherenkerk, Leuven, Pays-Bas en 2009.

Challenge Classics. 2010. CC72357. 3cds. 157m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Venez, ô vous, mes filles et lamentez vous avec moi! 

Prends pitié, mon Dieu, prends pitié de mes larmes 

Nous nous asseyons en pleurant et implorons sur ta tombe. Repose en paix! 

Sigiswald Kuijken (n.1944) offre une vision intimiste de la grande St-Matthieu de Bach. Ayant déjà collaboré avec Gustav Leonhardt à l’enregistrement légendaire de 1989 sur Harmonia Mundi, le violoniste et chef d’orchestre y revient avec de nouvelles idées sur l’exécution à l’ancienne de la grande Passion.

Il a réduit l’effectif vocal à seulement huit chanteurs, répartis en deux choeurs. Ce sont, bien entendu, d’excellentes voix, choisies expressément pour leur qualité. Se basant sur les recherches connues en la matière, Kuijken défend cette approche avec conviction. On sait qu’en son temps, Bach n’avait que quelques solistes à sa disposition. Ils prenaient part autant aux parties de ripieno qu’aux solos. Et on croit que le cantor de Leipzig devait se résoudre à n’exécuter ses grandes passions qu’avec de modestes et regrettables moyens…

Ici, l’interprétation chambriste de la Passion, n’enlève absolument rien à la grandeur d’âme qui s’y trouve. Grâce à ce dépouillement, je dirais que la poésie funèbre de ce chef-d’oeuvre n’a jamais paru aussi évidente. Au coeur de cette ode sur la mort et l’amour, il nous reste l’essentiel. Celui d’un contact vibrant et bouleversant sur une histoire qui fascine toujours.

La prise de son est d’une douceur incomparable, large et profonde. Tous les solistes y prenent place à tour de rôle dans une ambiance faite d’introspection. Magnifique.

Stanford, C.V. (1852-1924) Les Symphonies. Ulster Orchestra. Vernon Handley.

Posted in Stanford on 25 mars 2018 by rfauclair

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Ulster Orchestra. Vernon Handley.

Enregistré à Ulster Hall, Belfast entre 1986-1991

Chandos. 1994. Chan 9279-82. 4 cds.

Appréciation: Superbe*****

 

Adagio espressivo Love and Death de la 6e symphonie

Finale de la 3e symphonie Irish 

L’œuvre symphonique de Sir Charles Villiers Stanford a été complètement oubliée pendant plusieurs décennies. Ce n’est qu’en 1986 que Chandos a entrepris d’enregistrer l’ensemble des sept. Ces œuvres écrites entre 1876 et 1911, sont toutes imprégnées d’un certain classicisme, tant par la forme que par leur contenu. D’origine irlandaise, Stanford a cependant inclus dans ces symphonies des motifs typiques de son pays.

D’ailleurs, sa troisième symphonie Irish, eut un succès retentissant à son époque. Composée en 1887, elle fut souvent interprétée par les plus grands chefs. Même Gustav Malher en dirigea deux exécutions avec le New York Philharmonique en 1910! Alors que la musique de cette période subissait de grands bouleversements harmoniques, le conservatisme de Stanford a de quoi étonner. Ses thèmes nobles et chantants sont plaisants à entendre. Ils peuvent évoquer de grands paysages bucoliques de la campagne anglaise. En cela, il rejoint d’une certaine façon l’esprit de Robert Schumann par la description des états d’âme devant une nature idyllique.

D’une écriture raffinée, sa musique est souvent construite autour d’un sujet poétique central (poèmes de Milton) ou à la mémoire d’un personnage du milieu artistique (le peintre G.F.Watts.) Ses deux premières symphonies contiennent plusieurs éléments se référant à Beethoven et Brahms. Mais à partir de la troisième et jusqu’à sa dernière, il semble que Stanford n’a pas vraiment évolué musicalement. En fait sa septième symphonie écrite en 1911 est la moins mémorable.

Malgré tout, grâce à l’interprétation inspirée du Ulster Orchestra, l’œuvre de Stanford reprend vie. Vernon Handley a réussi a redonné un souffle nouveau à ce compositeur qui mérite toute notre attention. La prise de son des ingénieurs Chandos, réputée par sa qualité légendaire, est superbe d’équilibre, large et profonde et rend admirablement bien la musique suave et chaleureuse de Stanford.