Galuppi, Baldassare (1706-1785) Concertos pour cordes. Ensemble Stil Moderno.

Posted in Galuppi on 3 octobre 2018 by rfauclair

710GqgaZEcL._SL1000_Sept concertos « a quattro »

Ensemble Stil Moderno.

Enregistré à Saint-Antonio, Milan en 2014.

Brilliant Classics. 2015. 94648. 60m.24s.

Appréciation: Superbe*****

 

Concerto quinto en Sib majeur

Concerto quarto en Mib majeur

Ce ne sont ni des concertos, ni tout à fait des quatuors. Ces oeuvres sont aussi appelées des sinfonias à 4… Les musicologues ne savent pas pour quelle occasion elles ont été conçues, ni leur date de composition. Il n’ont jamais retrouvé les manuscrits originaux. Seulement quelques copies transcrites à la vitesse, comme si on voulait les emporter en voyage à la dernière minute…

Dans l’imposant catalogue de Galuppi, ces pièces font figure d’exception. Ce sont de petits trésors du baroque finissant, très rarement joués et enregistrés. Leur musique s’éloigne de Vivaldi autant dans la forme que dans leur contenu. Elles sont pleines d’idées neuves et sont parfois inclassables dans leur style. On est comme entre deux zones, entre le baroque et le classique.

Les sept concerti a quattro sont interprétés ici par 2 violons, alto et violoncelle. Il y a également un orgue qui vient agrémenter la basse continue. Finalement, ce sont peut-être des sonatas da chiesa? Elles ont pu servir à l’office religieux. En tout cas, elles ont sûrement beaucoup voyagé comme leur auteur. Galuppi a vécu à Londres, St-Petersburg, Vienne, Berlin et puis est revenu à Venise où il a écrit ses célèbres sonates pour clavier. En écoutant ses concerti, on peut s’imaginer au sein d’une salle somptueuse ou d’une chapelle. Peut-être le tsar Pierre de Russie et Catherine la Grande les ont entendus. Ils étaient de grands amateurs de musique italienne, et Galuppi a été à leur service pendant quelques années.

Les musiciens de Stil Moderno interprètent ces pièces de manière minimaliste. Un jeu précis, sans artifice et respectueux. C’est épuré et noble. Un beau trésor signé Galuppi que l’on apprécie énormément. Magnifique acoustique, vaste et transparente.

Glass et Handel. Anthony Roth Costanzo. Les Violons du Roy. Jonathan Cohen.

Posted in Glass, Handel with tags on 1 octobre 2018 by rfauclair

614u5BEB1YL._SL1210_Oeuvres de Phillip Glass (n.1937) et G.F.Handel (1685-1759)

Les Violons du Roy, direction Jonathan Cohen.

Enregistré au Palais Montcalm, Québec.

Decca Gold/Universal Music. 2018. 00028948171903. 61m.53s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Liquid days de Philip Glass

Stille amare tiré de Tolomeo de Handel

Hymn to the Sun (Akhnaten) de Philip Glass

Dès son apparition sur la scène de la Maison Symphonique, Anthony Roth Costanzo avait déjà le public dans sa poche. Souriant, petit de taille, fébrile et communicatif, il parlait aux spectateurs dans un français plus que respectable. Et lorsqu’il s’est mis à chanter, le contre-ténor américain nous a conquis pour de bon. Le volume sonore qui s’échappe de ce petit bonhomme est celui d’un grand!

Avec les Violons du Roy dirigé par Jonathan Cohen, nouveau directeur artistique, Costanzo venait présenter le tout nouvel enregistrement de leur collaboration. Pourquoi réunir Glass et Handel? Selon ses propres mots: « Handel m’a défini. Glass m’a transformé. » Leurs musiques, séparées par les siècles, se rejoignent pourtant par plusieurs aspects formels. La répétition des motifs simples et efficaces, l’amour de la voix humaine et la création de l’émotion pure sont communes aux deux compositeurs.

C’est là que Costanzo nous chavire. Il nous emporte avec lui dans l’univers mythologique de Handel et ses personnages, puis vers l’imaginaire mystique de Philip Glass, à la fois contemporain et intemporel. Ce balancement continuel dans le temps fait de ce disque une expérience nouvelle, inusitée, d’un alliage artistique unique.

La voix et la présence scénique de Costanzo sont conquérantes. Le contre-ténor vibre et vit toute cette musique. Il s’en accapare et en créé une chose qui lui appartient entièrement. Son timbre particulier nous fait penser au regretté Klaus Nomi, iconoclaste et inclassable individu de la scène allemande des années 80. Cependant, Costanzo possède la technique et le contrôle vocal des plus grands contre-ténors. À 36 ans, il est déjà en pleine maturité, et on s’étonne que ce soit seulement son premier disque.

Désormais, Les Violons du Roy ne peuvent plus être seulement classés dans le 18e siècle où Bernard Labadie les avait souvent confinés. Maintenant, les portes sont grandes ouvertes pour explorer tous les genres. Ce passage leur réussit très bien. On le discerne de belle façon dans l’extrait de l’opéra Akhnaten de Philip Glass. Dans cette pièce étonnante, Jonathan Cohen révèle subtilement des textures apparentées aux cordes baroques. Le mélange de genre fonctionne admirablement bien. Ce disque sera une révélation pour plusieurs.

Beethoven, L.V. (1770-1827) Sonates op.30 pour violon et piano. Andrew Wan. Charles Richard-Hamelin.

Posted in Beethoven with tags on 29 septembre 2018 by rfauclair

71+jOIPbMxL._SL1200_Sonates op.30 no.1-2-3

Andrew Wan, violon Bergonzi 1744

Charles Richard-Hamelin, piano Steinway & Sons.

Enregistré à l’Église St-Augustin de Mirabel en 2018.

Analekta. 2018. AN 2 8794. 67m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Adagio molto espressivo de la sonate op.30 no.1

Scherzo de la sonate op.30 no.2 

Allegro vivace de la sonate op.30 no.3

Avant même de découvrir le disque, je savais déjà que c’était la paire idéale pour interpréter les sonates pour violon de Beethoven, dont c’est ici le premier volume. Pour débuter ce projet, les trois sonates op.30 composées en 1802. Encore très inspirées par Haydn et Mozart, ces oeuvres esquissent un visage plutôt serein de Beethoven. Elles sont d’une beauté charmante, vivantes et primesautières. Les grandes pages pour cette formation de chambre apparaîtront un peu plus tard…

Mais la présence d’Andrew Wan et Charles Richard-Hamelin est d’une telle évidence, que cette musique, qui paraît encore bien jeune, se révèle dans toute sa splendeur. Sous d’autres mains, cela tombe souvent dans la banalité.

Heureusement d’Andrew Wan est un musicien exceptionnel. D’une présence indiscutable, le violoniste produit une sonorité d’une beauté enivrante. Il est une révélation de tous les instants. Chacune de ses interventions est prodigieuse, musicale, parfaite. Le concertmaster de l’OSM est enfin mis en pleine lumière. On connaissait déjà son talent, maintenant on l’entend pour vrai.

Charles Richard-Hamelin, c’est la somptuosité de phrasés amples, mesurés à grands traits, d’une puissance tranquille, impériale. Son Beethoven est aussi réussi et convaincant que son Chopin, qui lui a donné une reconnaissance internationale.

Les deux artistes sont en fusion continuelle. Le duo bénéficie d’une prise de son exemplaire, parfaitement équilibrée. On a déjà hâte d’entendre le Printemps et la Kreutzer! Bonté divine que c’est beau…

 

Paisiello, G. (1740-1816) Quatuors avec flûte op.23. Ensemble Il Demetrio.

Posted in Paisiello on 23 septembre 2018 by rfauclair

61PwUTRWPGL6 quatuors avec flûte op.23

Gabriele Formenti, flûte Tardino à 6 clés d’après Grenser, 1763.

Elisa Bestetti, violon italien anonyme, 18e siècle.

Maurizio Schiavo, alto E.Gorr, Crémone, d’après Maggini, 1610.

Antonio Papetti, violoncelle français anomyme, début 19e siècle.

Enregistré à Bartok Studio, Bernareggio, Italie en 2015.

Brillant Classics. 2017. 95268. 50m.32s. Appréciation: Très Bien****

Allegro spirituoso du quatuor no.3

Andante et Rondo du quatuor no.5

Giovanni Paisiello a eu une carrière exceptionnelle. Ce napolitain d’origine se retrouva à St-Petersburgh au service de Catherine de Russie. Puis il fut le compositeur préféré de Napoléon Bonaparte en France. Ses opéras étaient très connus. Mozart appréciait beaucoup sa musique, et s’inspira de lui pour créer Le Nozze di Figaro. Quand Paisiello regagna finalement l’Italie, il fut accueilli dans la gloire.

Ses petits quatuors avec flûte sont plaisants, d’un agréable lyrisme italien. C’est de la musique toute simple, bien ficelée, chantante comme à l’opéra. L’Ensemble Il Demetrio s’y plait en offrant de belles sonorités pures et charmantes. C’est tout à fait joli, et on se met facilement à siffloter ces airs gracieux avec les musiciens italiens.

PaiselloVigeeLeBrun

 

Campagnoli, B. (1751-1827) Quatuors avec flûte traversière. Ensemble Il Demetrio.

Posted in Campagnoli on 15 septembre 2018 by rfauclair

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Gabriele Formenti, flûte Tardino à six clés d’après Grenser, 1763.

Maurizio Schiavo, violon Pistoni d’après Guarneri, 1735.

Mauro Righini, alto Zanoli, Vérone, 1749.

Antonio Papetti, violoncelle anonyme français, début 19e siècle.

Enregistré à Bartok Studio, Bernareggio, Italie en 2017.

Brilliant Classics. 2018. 95399. 68m.41s. Appréciation: Très Bien****

Allegro con variazioni du quatuor no.3 

Allegro espressivo du quatuor no.4

Andante graziozo du quatuor no.4 

Pourquoi parler de ce disque modeste et sans prétention? Peut-être par ce que c’est tout simplement ravissant. Ces quatuors s’écoutent par coeur. Il y a ceux de Mozart qui sont de petits chefs-d’oeuvre. Ceux de Campagnoli, écrits fin 18e siècle, sont faits dans le même moule. Les formules galantes de cette musique souriante ne servent qu’à embellir le temps qui passe. C’est aussi pour le plaisir d’entendre le son velouté de la flûte traversière accompagné sagement par un trio à cordes. J’ai toujours aimé cette rondeur délicate du traverso, que je préfère au métallique de la flûte moderne. Bien entendu, ce répertoire ancien convient beaucoup mieux à l’instrument de bois.

L’interprétation est savoureuse. Les chambristes italiens offrent une belle prestation, simple et détaillée. Les sonorités champêtres des instruments sont bien captées. Campagnoli revit l’espace d’un instant. Et on se remet à rêver à ce monde révolu et sans souci. C’est l’un des mystères de la musique qui fait voyager sans se déplacer, qu’importe quelle soit modeste ou grande.

Bartolomeo_Campagnoli_1778

 

 

Linpinski, K.J. (1790-1861) Trios pour cordes op.8 et op.12.

Posted in Lipinski on 10 septembre 2018 by rfauclair

71m40rEh1TL._SL1200_Trio en sol mineur op.8 (1814)

Trio en la majeur op.12 (1818-26)

Voytek Proniewicz, violon solo.

Adam Roszkowski, violon. Jan Roszkowski, violoncelle.

Enregistré à Lutoslawski Concert Studio, Cracovie en 2017.

Naxos. 2018. 8.573776. 73m.57s. Appréciation: Superbe*****

Moderato du trio op.8 

Adagio du trio op.8

Boléro du trio op.8

Karol Josef Lipinski fut l’un des plus grands violonistes du 19e siècle romantique. Il fut considéré l’égal du célèbre Paganini. Lorsqu’on demanda à ce dernier qui fut le meilleur violoniste du temps, celui-ci répondit: « Le meilleur, je ne sais pas. Mais le deuxième est certainement Lipinski! »

Le musicien polonais possède un style qui diffère du grand italien. Il y a du lyrisme à profusion, encore très classique et viennois dans son essence. On ressent également une connexion à son propre terroir, très engagé en vibrations folkloriques d’un pathétisme prenant. La virtuosité est omniprésente, grandiloquente, et plusieurs pièces sont d’authentiques morceaux de bravoure dont l’étonnant Boléro du trio op.8 qui dure près de 20 minutes!

Lipinski a donné au violon tout ce qu’il lui est possible pour émouvoir, surprendre, et renverser l’auditeur. Les musiciens polonais que l’on présente ici sont tout à fait à la hauteur du projet. Le premier violon, Voytek Proniewicsz est sensationnel. Son exécution est celle d’un grand virtuose. Il est complètement absorbé dans la musique, très à l’écoute de sa propre sonorité, parfois délicate ou d’une profondeur enivrante. Le charme et la démesure. Chaudement recommandé.

Vandini, A. (1691-1778) Sonates pour violoncelle et continuo. Bologna Baroque.

Posted in Vandini on 6 septembre 2018 by rfauclair

81ROQbSCVtL._SL1500_Six sonates pour violoncelle et continuo.

Antonio Mostacci, violoncelle piccolo à 5 cordes G.F Leonporri, 1750.

Antonio Manzo, violoncelle. Paolo Poti, clavecin.

Enregistré à l’Oratoire de la Sainte Croix à Rome, sept. 2016

Tactus. 2018. TC 692202. 56m.31s. Appréciation: Moyen**

Largo-Allegro-Menuet de la sonate en Sib majeur

Grave de la sonate en Sib majeur

Dommage que l’instrument ancien sonne aussi faux. Le musicien italien a beau y mettre toute son expertise, rien n’y fait. En dépit de cette expérience malheureuse, force est de reconnaître que la musique d’Antonio Vandini mérite qu’on s’y donne la peine. Plus baroque et authentique que ça, tu meurs…

Pourtant ses adagios sont beaux à faire pleurer, aux grand lyrisme sensible et expressif, beaucoup plus expansifs que ceux de Vivaldi. Ses allegros intenses et débridés utilisent toute l’étendue de l’instrument et donnent à l’artiste de beaux défis techniques. L’éminent musicologue Charles Burney (1726-1814) disait de Vandini « qu’il jouait d’une telle façon, que son instrument semblait parlé ». Grand ami du fabuleux violoniste Tartini, Vandini était autant réputé que lui. Mais il n’est resté qu’une poignée de ses d’oeuvres, dont ces six sonates, peu enregistrées.

Mais on se lasse vite du vieil instrument de 1750 à la sonorité âpre et tranchante. On espère que d’autres musiciens s’y mettront. Tiens pourquoi pas une spécialiste des cinq cordes comme Elinor Frey par exemple? On le souhaite vivement.