Bach, J.S. (1685-1750) Les Suites Anglaises. Andrea Bacchetti, piano.
Six Suites Anglaises bwv 806-811.
Enregistré à Fazioli Concert Hall en 2005.
Decca. 2005. 476 3127. 2cds. 143m13s
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Les Suites Anglaises sont des oeuvres que Bach a composées vers 1720. Différentes de la légèreté des Françaises, il a élaboré une musique plus dense et d’une gravité musicale prenante. Chaque suite débute par un Prélude assez imposant et souvent dans la forme du concerto. À l’écoute, elles sont parfois très noires. Est-ce l’une des raisons qui explique leur relative présence au disque? Les Anglaises ne sont certes pas l’oeuvre la plus populaire chez Bach. Pourtant, il y a bien sûr des moments de pur génie.
Suite no.3 en Sol mineur (extraits)
Suite no.5 en mi mineur (Prélude)
Suite no.6 en ré mineur (extraits)
Au piano, pas facile de trouver une version idéale. Il y a d’excellents pianistes qui ont abordé l’intégrale des suites. À commencer par l’iconoclaste Glenn Gould et son jeu extrêmement mécanique qui fini vite par lasser. Pourtant, il garde encore un réseau inconditionnel de fans acharnés! Chacun ses goûts. Pour ma part: NON. Le claveciniste Scott Ross s’était vertement opposé à lui: « Il n’a absolument rien compris. Rien du tout. » Avec le temps, les pianistes ont délié Bach de la motricité insensée de Gould. On pense ici à Zhu Xiao Mei, éminente perfectionniste de Bach. Sur le label Accentus, elle a livré récemment une excellente intégrale. Elle va très loin dans son analyse, décortique chaque voix, articule et nuance chaque passage. On loue sa dextérité fabuleuse, sa façon concise et concentrée de tout expliquer. On lui donne un 10/10 sans réserve. Mais…
…il y a aussi Andrea Bacchetti. En l’écoutant, j’ai perçu avant tout sa force tranquille. Il a su maintenir la musique de Bach sur un dynamisme modéré, et de ce fait, en libère pleinement toute la richesse interne du piano. Certes, il n’atteindra probablement jamais la technicité de Mei ou la concentration inhumaine d’un Gould. Et alors? Le jeu de Bacchetti repose sur le chant, la globalité des phrases plutôt que les détails. Son approche est réfléchie, d’un toucher souvent éclatant, parfois subtil, et faite d’ornements fort bien dessinés. En modérant les tempi, il a réussi à installer paisiblement la musique en soi. Pourquoi se précipiter avec Bach? L’expression prend parfois bien son temps. Le musicien italien semble avoir saisi tout ce qui en fait la force. Chaudement recommandé. (l’album est disponible en fichiers numériques seulement).
Prélude no.3 par Glenn Gould
Prélude no.3 par Zhu Xiao Mei

Laisser un commentaire