Bach, J.S. (1685-1750) La Passion selon St-Jean. La Petite Bande. Sigiswald Kuijken.
Johannes-Passion bwv 245.
Christophe Prégardien, ténor.
Harry van der Kamp, basse.
Barbara Schlick, soprano.
René Jacobs, alto. Nicola van der Meel, ténor.
Max van Egmond, basse. Enregistré à Haarlem, Pays-Bas en 1987.
DHM. 1990. 77041-2-RG. 2cds. 122m19s. Appréciation: Sommet du Parnasse******
Herr, unser Herrsher (Seigneur notre maître, dont la gloire est partout magnificente!)
Erwäge, wie sein blutgefärbter Rücken (Vois ce dos ensanglanté, en toutes parts semblable au ciel!)
Zerfliese mein Herze (Déborde mon âme dans le flot des larmes)
Mein teurer Heiland (Mon Sauveur bien-aimé)
Chorale Ach Herr (Ah! Seigneur, qu’à ta dernière heure ton ange bien-aimé porte ton âme)
Le 7 avril 1724 eut lieu la première de la Passion selon St-Jean à l’église St-Nicolas de Leipzig. Bach était alors Cantor depuis près d’un an à composer des cantates pour tous les dimanches et les jours fériés. Dans son contrat avec la ville il était spécifié qu’il présenterait une Passion à chaque Vendredi Saint. Cette journée était le plus grand évènement annuel du culte luthérien. Le Conseil de Leipzig avait auparavant bien indiqué à Bach d’éviter que les fidèles soient dérangés par de trop grands effets théâtraux. Évidemment, Bach en fit à sa tête. Ce qu’il proposa en ce 7 avril, dépassa largement tout ce qui avait été fait auparavant. Le choc fut intense! On pense qu’il a ensuite été contraint par le Conseil d’apporter des modifications à sa Passion. La version de 1725 n’a plus du tout le même impact. Celle-ci exclue l’impressionnant choeur d’entrée Herr, unser Herrsher, et l’air pour ténor Vois, ce dos ensanglanté! dont les paroles étaient sans doute trop explicites pour les sensibilités du temps. Dans cet air extraordinaire, Bach décrit les flots de sang du Christ qui deviennent, pour le croyant, comme un arc-en-ciel de la grâce divine, avec tout le génie symbolique qu’on lui connait.
Dès l’entrée de la version originale, la musique nous prend à la gorge. L’intro instrumental est saisissant et donne déjà le ton à tout ce qui va suivre. Les hautbois pleurent, se languissent sur un motif sinueux des cordes, inquiétantes et sombres, figures qui s’apparentent au serpent et au diable! La basse continue pulse avec insistance leurs notes répétées, préfigurant la violence des coups de fouets. La tension monte, et puis le choeur crie…Herr, Herr, Herr! L’effet est terrifiant. Bach a opposé ici des images puissantes: D’un côté le texte qui glorifie le Sauveur et sa magnificence, et de l’autre des figures prémonitoires de sa souffrance. Le message est clair: le Christ sera glorieux que par son ultime sacrifice. On imagine l’effet sur les fidèles ce jour là. Bach était un moderne, un audacieux pour qui la musique devait avant tout servir le texte sacré. Jamais un récit biblique ne fut aussi captivant. En 1724, ce fut son grand chef-d’oeuvre. Mais quelques années plus tard, il se surpassa avec sa grande Passion: La St-Matthieu, oeuvre encore plus ambitieuse.
La version de Sigiswald Kuijken apparaît maintenant moins violente et dramatique que les interprétations plus récentes au disque. Sa vision est demeurée respectueuse et digne, traitée avec un savoir-faire qui souligne avant tout la beauté lyrique de l’oeuvre. Les choeurs s’expriment avec tendresse et privilégient une ambiance pieuse plutôt que des effets théâtraux. Les solistes, les meilleurs du temps, sont irréprochables dans ce style épuré qui s’est imposé avec naturel dans la redécouverte de la musique baroque. Une très belle version, qui malgré sa réserve, est demeurée une référence.
Extrait comparatif:
Herr, unser Herrsher. Concerto Köln/Choeur Radio-Bavaroise/Peter Dijkstra. BR Klassik. 2016.

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