Bach, J.S. (1685-1750) Passion selon St-Matthieu. Gustav Leonhardt.

Matthäus-Passion bwv 244.

Christian Fliegner, Maximilien Kiener, sopranos enfants.

Christophe Prégardien, ténor (évangéliste)

Max van Egmond, basse (Jésus)

René Jacobs, alto. Klaus Mertens, basse.

Tölzer Knabenchor. La Petite Bande. Enregistré à Doopsgezinde Kerke, Harlem en 1989.

DHM. 1990. 7848-2-RC. 3cds. 172m22s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Kommt, ihr Töchter!

« Venez mes soeurs, partagez mes larmes. C’est lui! -Qui? Le fiancé. Voyez! -Quoi? L’Agneau divin. »

Récitatif et Ich will bei meinem Jesu wachen 

« Je veux veiller avec Jésus. -Ainsi s’endorment nos remords. La détresse de son âme me sauve de la mort; Sa tristesse est pour ma joie ».

Récitatif et Können Tränen meiner Wangen

« Si ni mes plaintes, ni mes larmes, ne vous touchent, oh prenez donc mon coeur! »

Arioso et Wir stezen uns mit Tränen

« Nous nous asseyons en pleurant et te crions dans ton tombeau. Repose en paix, repose en paix! »

La Grande Passion de Bach a été exécutée le Vendredi Saint 15 avril 1729 à St-Thomas de Leipzig, et probablement en 1727 selon certains musicologues. C’est son oeuvre la plus ambitieuse. Elle a nécessité deux choeurs, deux orchestres, une dizaine de solistes et un petit choeur de sopranos. L’oeuvre, qui contient 68 numéros savamment agencés, fait alterner des chorals luthériens, des textes de l’Évangile, et des poèmes de Picander, le tout minutieusement mis en musique par Bach. Pour l’exécution, les deux choeurs et orchestres furent séparés dans l’église, Bach tenant compte de l’espace acoustique pour adapter sa musique. Ainsi, les effets de dialogues, questions/réponses du texte, devaient être impressionnants pour les auditeurs sur place. Au disque, plutôt difficile de reproduire tout ça…Quoique René Jacobs ait tenté une nouvelle approche, plus ou moins convaincante. (Harmonia Mundi.2014).

La Saint-Matthieu est une oeuvre monumentale. Bien qu’elle soit ancrée dans la tradition chrétienne, elle continue de fasciner, d’émouvoir en profondeur tous ceux qui l’entendent. L’architecture est fabuleuse, la musique sublime. L’histoire du Christ est transcendée par l’art vocal et instrumental de Bach. On s’y met à y croire tellement c’est convaincant. Personnellement, elle fait encore partie de mon rituel de Pâques, comme pour marquer le temps entre l’hiver et le printemps. Après la mort, le renouveau. Après les ténèbres, la lumière. Ce n’est pas juste le récit de Jésus, mais un passage vers autre chose. Il y a une part de mystère dans cette musique qui engendre la beauté et la réflexion.

Gustav Leonhardt, avec ses musiciens et chanteurs, ont offert à cette Passion une crédibilité et une historicité peu commune. Il y a ce choix très authentique de reproduire le son baroque du 18e siècle. Les instruments anciens, superbes de timbres et de textures, les choeurs allégés et souples, les solistes rompus à ce style, tout est fait et appliqué avec un grand savoir-faire. Le choix de solistes garçons sopranos reste discutable, même s’il est historiquement valide. Pourtant, grâce à leur talent fragile, il se passe quelque chose d’unique, certains airs se dévoilent comme dans une ambiance irréelle. Leonhardt, très attentif aux détails, n’a pas son pareil pour révéler les symboles, les codes spirituelles de cette musique. Sous sa direction, l’oeuvre devient une grande Ode funèbre qui fait bercer l’âme. Magnifique.

Extrait comparatif: Exemple de l’évolution des interprétations de la St-Matthieu.

Philharmonia Choir. Otto Klemperer. EMI 1962.

O Mensch, bewein dein Sünde


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