Bach, J.S. (1685-1750) Les Partitas pour Clavier. Martin Helmchen.

Posted in Bach J.S. with tags on 9 janvier 2025 by René François Auclair

81fEQa8GjvL._AC_SL1500_

Partitas nos.1-6 bwv 825-830

Piano à tangeantes Spät&Schmahl 1790.

Restauration Georg Ott, Cöthen.

Enregistré à Haus Rundfunks, Berlin en 2022-23.

Ingénieur: Benjamin Ihnow/Philipp Reif.

Alpha Classics. 2024. Alpha 994. 2cds. 143m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Martin Helmchen joue sur un authentique piano à tangeantes de 1790. À mi-chemin entre la sonorité délicate du clavicorde et l’éclat des pianofortes, l’instrument à cordes frappées par des languettes de bois suscite de prime abord une réelle curiosité. Malgré sa présence étrangère à la période de Bach, la musique qui s’en dégage lui sied à merveille. Carl Philippe Emmanuel, son deuxième fils, connaissait t’il cet instrument? On l’imagine volontiers à ce clavier en train de jouer la Toccata de la 6e partita de son illustre père. L’effet est stupéfiant, comme si cette pièce était déjà destinée à l’empfindsemkeit, période tardive du baroque sensible d’Emmanuel Bach.

Le jeu de Helmchen donne la belle part aux résonnances précieuses de cet instrument, en valorisant les silences, en allongeant subtilement les temps et contre-temps d’une manière admirable. En fait, il réussit à faire revivre et respirer cet ancêtre du piano. Ce dernier prend alors tous les visages émotifs possibles. Le prodige est là, car par ce médium bien modeste à première vue, la musique de Bach est traversée de frémissements, de langueurs sensibles, mais aussi d’une formidable motricité! Une révélation plus que bienvenue. Coup de coeur.

Allemande 3e partita

Allemande 4e partita

Toccata 6e partita

Corelli, Arcangelo (1653-1713) Concertos Grossos op.6 Modo Antiquo. Federico Maria Sardelli.

Posted in Corelli on 18 décembre 2024 by René François Auclair

TB650391

Concertos op.6 nos.1 à 12.

Version avec ajout d’instruments à vents.

Enregistré à Villa Rasponi, Florence en 1997.

Tactus. 2013. TB650391. 2cds. 136m.

Appréciation: Superbe*****

En voyage à Rome en 1682, le compositeur Georg Muffat fut impressionné par la musique de Corelli. « J’ai entendu avec grand plaisir et émerveillement quantité de concertos tout aussi beaux et produits avec la plus grande perfection de détails pour un nombre important d’instrumentistes par Monsieur Corelli, remarquable artiste en la matière. » Un témoin de cette époque rapporte également que Corelli dirigeait parfois un grand orchestre de plus d’une centaine de musiciens, incluant des instruments à vents. Le vaste ensemble de l’époque était divisé en deux groupes distincts. Le concertino était constitué des meilleurs solistes, tandis que le grand ripieno pouvait être doublé par des instruments à vent. Dans les concertos de Corelli ces deux groupes se relancent continuellement, comme dans un écho, alternant entre solistes (pianissimo) et tutti (forte). L’effet sur place devait être impressionnant.

Concerto no.7 en ré majeur

Concerto no.8 fatto per la notte di Natale (extrait)

Concerto no.10 en do majeur

De récentes recherches ont trouvé un grand nombre de billets de paiements adressés à des musiciens d’instruments à vent pour ces concerts à Rome. C’est sur cette base que le chef italien Federico Maria Sardelli s’est appuyé pour reconstituer l’orchestre corellien.

Pour cette intégrale, Sardelli a utilisé des flûtes à bec, hautbois baroques et trompettes pour certains concertos. Les manuscrits originaux n’existant pas pour cette formation, il a dû réécrire certaines parties, mais sans pour autant modifier leurs tonalités d’origine. Les trompettes se retrouvent donc naturellement dans les trois concertos en ré majeur, leur donnant un éclat festif des grandes occasions. La plupart du temps, les hautbois doublent les cordes du ripieno comme c’était l’usage à l’époque. Dans le concerto de Noël, leur présence est un pur ravissement, leur timbre rustique rappelant la musette des bergers.

L’exécution d’ensemble est flamboyante, agrémentée et d’un fantastique élan dynamique. Sardelli a réussi à produire les effets recherchés, mais surjoue certains passages qui n’en demandaient pas tant. De plus, l’excessive réverbération du lieu provoque une certaine confusion dans la lecture. Reste que cette version inhabituelle des concertos de Corelli vaut le détour. Elle donne une idée de ce que devait être les grands rassemblements festifs sur une de ces piazza de la Rome fastueuse.

Corelli, A. (1653-1713) Les Concertos grosso op.6. The Avison Ensemble.

Posted in Corelli on 16 décembre 2024 by René François Auclair

71N2pOR0SrL._AC_SL1500_

Concertos op.6 no.1-12

The Avison Ensemble. Pavlo Beznosiuk, direction

Enregistré à St-Silas Martyr, Kentish Town, Londres en 2011.

Linn Records. 2012. CKD 411. 2cds. 129m.37s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

 

Cet enregistrement des concertos de Corelli est une sorte d’aboutissement dans la pratique de la musique baroque. Des premiers essais des années 70 sur instruments d’époque jusqu’à aujourd’hui, ces concertos légendaires n’ont cessé d’être réinterprétés par toute sortes de manières et de styles. Des grincements des cordes de La Petite Bande de Sigiswald Kuijken (H.M. 1977) jusqu’à cette prestation somptueuse de l’Avison Ensemble on a enfin atteint une plénitude du son et de style tout à fait magnifique.

La direction du violoniste Pavlo Beznosiuk est d’un juste équilibre, donnant le ton par des tempos modestes et chaleureux. À ces gestes nobles et emphatiques s’y greffe naturellement les accents tendres de la musique de Corelli. Car c’est sa véritable nature. Sa musique est tout simplement belle, et il suffit parfois de la jouer avec respect et amour. Excellente prise de son.

Mozart (1756-1791) Messe en ut mineur. Collegium Vocale. Philippe Herreweghe.

Posted in Mozart with tags on 6 décembre 2024 by René François Auclair

81T+hJYEcUL._AC_SL1399_

Messe en ut mineur k.427 et Meistermusik k.477

Christiane Oelze, soprano. Jennifer Larmore, mezzo-soprano.

Scot Weir, ténor. Peter Kooy, basse.

Collegium Vocale. Orchestre Champs Élysées (instr. d’époque)

Enregistré en 1991. Ingénieur: Michel Pierre.

Harmonia Mundi. 1996. HMX 2901393. 60m19s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Kyrie eleison pour choeur et soprano 

Laudamus te pour mezzo

Et Incarnatus est pour soprano 

La Messe en ut mineur est un chef-d’oeuvre, l’une des compositions les plus bouleversantes que Mozart a laissées à la postérité. Pendant une grave maladie de sa fiancée Constance Weber, Mozart fit la promesse de composer une messe en retour de sa guérison. L’oeuvre fut commencée en 1782 et achevée, en partie, l’année suivante. Entre temps, il épousa Constance qui était rétablie. Cette messe débute par un Kyrie d’une gravité sans précédent chez Mozart, annonçant le Requiem de 1791. Il y mettra beaucoup de soin en se référant souvent au style baroque des grands Bach et Handel. Et bien sûr, Mozart écrira quelques airs dignes de sa plus belle inspiration, notamment le brillant Laudamus et l’ineffable Et Incarnatus, qui fera dire au musicologue Saint-Foix « comme d’un don céleste qui est fait au monde ».

L’interprétation qu’en fait Herreweghe est l’une des plus estimées des productions à l’ancienne. Le choeur et l’orchestre allégés sont d’un fini soigné exemplaire. Le chef belge a choisi les meilleures voix solistes du moment. Christiane Oelze et Jennifer Larmore, élèvent la partition de Mozart à un niveau de qualité rare. Elles contribuent en grande partie à l’excellence de ce disque essentiel. De la souffrance à la guérison, des ténèbres à la lumière, le ciel nous parle au travers Mozart.