Posted in Bach J.S. with tags Les Sommets on 23 septembre 2024 by René François Auclair
Jean-Guihen Queyras (n.1967)
Violoncelle Gioffredo Cappa (1696).
Enregistré à Vereenigde Doopsgezinde Gemeente, Haarlem en octobre 2023.
Ingénieur: Olivier Rosset.
Harmonia Mundi. 2024. HMM 902388.89. 2h14m.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Prélude no.6 en ré majeur
Allemande no.6 en ré majeur
C’est la deuxième fois que Jean-Guihen Queyras enregistre les Suites de Bach. En 2007, sa première intégrale fut gravée pour le même label et sur le même instrument baroque. En comparant les deux versions, on note une approche stylistique complètement différente. Celle de 2024 s’inspire largement du jeu des gambistes, très ornée à la française, d’une impulsion légère et planante, parsemée de libres improvisations des plus exquises.
Et puis, une voix humaine semble apparaître. Elle nous parle en toute liberté, se livre à nous, racontant ses malheurs et ses joies. Ses discours captivent, hypnotisent, se réinventent au sein des silences. Queyras offre à son instrument toutes les nuances possibles, d’une finesse inouïe. Les plus beaux diminuendos sont ici, dessinés par un archet d’une rare poésie. Les notes s’élèvent puis s’éteignent, vivent et meurent l’espace d’un instant. Le silence devient musique. Magistral.
Cette nouvelle intégrale Schubert apparaît dans un catalogue déjà imposant qui comprend les interprétations classiques, et les approches historiquement bien informés sur instruments d’époque. Celle du chef néerlandais se situe dans la 2e catégorie, mais utilise pour son ensemble des instruments modernes, sauf pour les cors et les trompettes dites naturelles, c’est-à-dire sans piston.
On a ici le meilleur des deux mondes. Le son et la richesse d’un orchestre moderne d’une part, dynamisé et articulé à l’ancienne de l’autre côté. Le chant des cordes est particulièrement magnifique, celles-ci, d’une texture veloutée, résonnent dans un espace bien large. La petite harmonie est d’une belle présence, (flûte, hautbois, clarinettes) bien détachée et parfaitement lisible.
L’élan général est entraînant, l’articulation est souvent bondissante, révélant la musique de Schubert sous une impulsion particulièrement joyeuse. La direction d’ensemble reste tout de même prudente, sans jamais tomber dans l’extravagance. Mais on restera en deçà des grands classiques tragiques et transcendants des 8e et 9e Symphonies par Günter Wand, Harnoncourt, Blomstedt et autres légendes qui nous ont marqué pour toujours. Les tempos plutôt vifs de Vriend, même s’ils semblent tout à fait légitimes, nous interdisent un accès en profondeur dans ces chefs-d’oeuvre ultimes. Pour le reste, cette intégrale est tout à fait superbe.
Disque Chopin: Solo Musica. 2023. SM433. 72m18s. Piano Steinway D. Ingénieur du son: Sebastian Riederer von Paar. Enregistré à Listzentrum Raiding, Autriche.
Disque Liszt: Solo Musica. 2022. SM399. 75m13s. Piano Schiedmayer 1916. Ingénieur du son: Étienne Collard. Enregistré au Studio Riffx, Paris.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Cinq Préludes op.28
Schubert Auf dem Wasser D774
Schubert Ständchen D957
Jean-Nicolas Diatkine est considéré comme un pianiste atypique, puisqu’il n’a jamais fréquenté de conservatoires. Issu d’une famille de médecins, son père était un psychiatre reconnu. Très tôt, le petit Jean-Nicolas fut attiré par la musique, et c’est elle qui le décida à une carrière musicale. Il rencontra par la suite Ruth Neye, élève de Claudio Arrau, puis Narcis Bonet, formé auprès de la légendaire Nadia Boulanger. Pratiquant le bouddhisme depuis une trentaine d’années, Diatkine a su trouver, dans la méditation, la concentration nécessaire pour son travail au piano, mais également une ouverture spirituelle à la musique.
En découvrant cet artiste hors du commun, on perçoit un musicien généreux qui offre un jeu pianistique de grande qualité. Mouvant et somptueux, d’une belle chaleur humaine, son Chopin nous interpelle. Au-delà d’une indéniable réussite technique, il y a ce mystère de l’émotion qui réchauffe le coeur.
Les Préludes s’enchaînent comme de petits instants de vie, chacun s’ouvrant à des climats variés. Le geste du musicien est noble, s’épanchant librement au gré de l’inspiration du moment. Pour lui, ces »préludessont essentiellement des improvisations sans forme prédéfinie… »
La sonorité de l’instrument est magnifique, riche en textures soyeuses et en grandeur d’âme. Pendant l’écoute, mes yeux se sont tout simplement fermés. De temps à autre, je les ouvrais pour contempler les feuilles de cet arbre près de la maison. Celles-ci se balançaient doucement au gré du vent. L’impression du moment présent, l’expérience de la musique et de la vie. Chopin nous convie à ces instants précieux. Disque de chevet.
Le disque Liszt permet de découvrir un piano restauré Schiedmayer de 1916. À la personnalité franche, l’instrument est particulièrement clair, à la fois robuste et élégant. Les arrangements de Liszt sont joués avec un dynamisme conquérant, d’une grande plénitude sonore. Diatkine a évité toute forme d’excentricité et de grandiloquence. Il y a ici et là de grands moments de musique. Mais reste à nos coeurs Schubert, l’ami de toujours. Par son chant, son humanité, il restera notre préféré d’entre tous.
Posted in Haydn with tags Les Sommets on 10 juin 2024 by René François Auclair
49 symphonies (1757-1775)
L’Estro Armonico (instruments d’époque).
Derek Solomons, violon et direction.
Enregistré entre 1980-86 à St-Barnabas Church, Londres.
Sony/CBS. 2024. 18cds.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Symphonie no.44 Allegro con brio
Symphonie no.43 Adagio
Symphonie no.48 Menuet
DerekSolomons et Haydn sont enfin réunis dans ce coffret tant attendu! Ces enregistrements n’étaient plus disponibles depuis plus de 30 ans. Solomons et son équipe furent des pionniers dans l’interprétation de Haydn sur instruments d’époque. Le projet des symphonies fut chapeauté à l’époque par le musicologue H.C.Robbins Landon. La recherche d’authenticité fut le motif premier des musiciens.
Entrepris au départ par Saga Records en 1980, le projet d’une intégrale est repris par CBS puis malheureusement abandonné en 1986. Solomons a tout de même réussi à faire toutes les symphonies Sturm und Drang (tempête et passion), période importante chez Haydn qui couvre les années 1766-1774. Axées sur l’expression dramatique des sentiments, ces pages contrastées et vives sont de véritables chefs-d’oeuvre. Le coffret comprend également 19 symphonies dites Morzin, où le compositeur a créé ses premières oeuvres du genre. Ce sont des pièces mineures, mais d’une agréable fraîcheur, de style galant. Et surprise, la dernière session d’enregistrement de décembre 1986, qui était restée inédite, a finalement été remasterisée par Sony. On entend donc ici pour la première fois les symphonies nos.16-20 ainsi que la 108, dite B.
Redécouvrir Haydn avec Solomons, c’est revenir à la source de l’historiquement bien informé. L’orchestre est réduit à seulement 6 violons, un alto, un seul violoncelle et contrebasse. Deux hautbois, deux cors naturels et un basson suffisent à jouer Haydn comme à son époque. Le son est dépouillé, incisif et clair. Le discours musical s’épanouit dans un espace avant tout chambriste, créant un contact direct avec les musiciens. Les tempos modérés offrent une belle clarté d’articulation, sans artifice. Le chef britannique a choisi la pureté et la simplicité. La musique, vive et bondissante, retrouve ses couleurs comme sur une toile restaurée. Les cors, placés tout près des autres musiciens, sont d’un éclat particulièrement jubilatoire!
Les adagios, joués à fleur de peau, sont perçus comme à la lueur d’une chandelle. L’ambiance est intime et d’une sérénité profonde. Jamais on a été aussi près des intentions du compositeur. L’adagio de sa 43e symphonie, dite Mercure, est demeuré pour moi l’un des plus beaux témoignages de Haydn. Seul Derek Solomons et son équipe sont parvenus à soutirer toutes les subtilités de cette pièce. Ce coffret est un trésor enfin retrouvé. Magnifique.