Campra, André (1660-1744) Messe de Requiem. Concert d’Astrée. Emmanuelle Haïm.

Posted in Campra with tags on 10 septembre 2023 by René François Auclair

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André Campra: Messe de Requiem.

Jean-Philippe Rameau (1683-1764): In Convertendo Dominus

J.J. de Mondonville (1711-1772): In exitu Israel.

Marie Perbost, 1er dessus. Emmanuelle Ifrah, 2e dessus.

Samuel Boden, haute-contre. Zachary Wilder, taille.

Victor Sicard, basse-taille.

Enregistré en 2019 à la Chapelle Royale, Versailles.

Warner-Erato. 2023. 5419750468. 88m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Introit

Agnus Dei

Post Communion

Le Requiem d’André Campra est l’un des plus beaux du 18e siècle. Enregistré plus d’une fois par les plus grands chefs de la musique baroque, cette oeuvre, sublime et lumineuse, revient cette fois entre les mains d’Émmanuelle Haïm et son Concert d’Astrée. L’interprétation est tout simplement magnifique.

Elle insuffle à cette Messe des Morts une emphase gracieuse, par de grandes respirations musicales. On en reçoit toute la tendresse que le compositeur a voulu nous transmettre, inspirée du plain-chant grégorien et du lyrisme italien que Campra affectionnait.  »J’ai tâché, autant que j’ai pu, de mêler avec délicatesse de la musique française, la vivacité de la musique italienne. » Cette messe, loin d’effrayer qui que ce soit, est plutôt une invitation paisible à l’éternité. Elle rejoint celle d’un autre français, Gabriel Fauré, qui, plus d’un siècle plus tard reprendra cette vision onirique de la mort.

Les solistes choisis sont tous excellents, en particulier le ténor Samuel Boden, qui fait sensation par sa tessiture très élevée, d’une brillance et d’une perfection absolument conquérante. Je ne peux passer sous silence une section du magnifique Post-Communion, débutant par un lent et doux balancement des cordes, que j’ai toujours vu comme l’envol majestueux d’un ange vers le paradis… L’effet est ici magnifié et souligné avec grâce par Emmanuelle Haïm.

En complément de ce programme tout français, Rameau et son célèbre motet In Convertendo et une surprise de taille, la cantate In exitu Israel, du très moderne Mondonville, d’un baroque tardif tout à fait surprenant. Solistes, choeur et musiciens s’en donnent à coeur joie, dans cette musique aussi fébrile qu’irrésistible. Une très belle découverte.

Royer, Pancrace (1703-1755) Suites Orchestrales. Les Talents Lyriques. Christophe Rousset.

Posted in Royer with tags on 4 juin 2023 by René François Auclair

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Ballets Héroïques en suites orchestrales.

Pyrrhus (1730). Zaïde (1739).

Le Pouvoir de l’Amour (1743). Almasis (1748).

Enregistré à Notre-Dame-du-Liban, Paris en 2021.

Ingénieur de son: Gaëtan Juge.

Aparté. 2023. AP298D. 81m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Ouverture de Zaïde

Entrée des Africains de Zaïde

Pour les Turcs de Zaïde

Chaconne du Pouvoir de l’Amour

 

Surprenant Royer! Ce disque est en effet une grande surprise dans le monde de la musique baroque. Jusqu’à récemment, Joseph-Nicolas-Pancrace Royer était surtout connu pour ses pièces de clavecin flamboyantes, d’un niveau technique difficile. Contemporain du grand Rameau, Royer fit sa marque à l’opéra français au milieu 18e siècle. Au service de la famille royale, il composa une musique fastueuse, typique de la grande période française qui avait commencé avec Lully. Lorsqu’il décéda, il fut vite oublié, puisque les goûts musicaux de cette époque transitoire changèrent rapidement.

Christophe Rousset connait bien Royer, puisqu’il avait gravé pour Oiseau-Lyre son oeuvre pour clavecin. Grand spécialiste de la musique française, il revient en force avec ses Talents Lyriques pour nous présenter ce compositeur étonnant. Il y a bien des similitudes avec Rameau, le savant. Royer, quant à lui, est beaucoup plus fantasque, aux idées bouillonnantes et imprévisibles.

Les Talents Lyriques joue à fond la caisse cette musique qui fouette le sang! Contrastes abruptes, virtuosité polyphonique, couleurs acérées, tout y passe dans ces enchaînements de tubes que nous découvrons pour la première fois. Royer sait divertir et accrocher l’oreille au passage d’une musique aussi stimulante qu’originale. Le Roy est mort, vive le Royer!

Bruch et Britten. Concertos pour violon. Kerson Leong. Philharmonia Orchestra. Patrick Hahn.

Posted in Britten, Bruch with tags on 4 Mai 2023 by René François Auclair

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Benjamin Britten (1913-1976): Concerto en Ré mineur op.15 (1939)

Max Bruch (1838-1920): Concerto no.1 en Sol mineur op.26 (1864-66)

In Memoriam op.65 (1893)

Kerson Leong, violon Guarneri del Gesu, ex Baumgartner. (Canimex)

Enregistré à Fairfield Halls, Croydon, UK en 2022.

Ingénieur du son: Mike Hatch.

Alpha Classics. 2023. Alpha 946. 73m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Deuxième mouvement du Concerto de Britten (extrait)

Adagio du concerto de Bruch (extrait)

In Memoriam de Bruch

Kerson Leong est né à Ottawa en 1997. Il a commencé très tôt l’apprentissage du violon. Quelques années plus tard, il a gagné de nombreux prix, dont le fameux Yehudi Menuhin Competition en 2010. Depuis ce jour, la vie du violoniste canadien a radicalement changé. Son mentor, Augustin Dumay, déclare que son protégé est l’un des plus grands violonistes du 21e siècle. La critique musicale est dithyrambique. Le Monde, Classica, Diapason, Gramophone, The Guardian, pour n’en nommer quelques-uns, sont tous d’accord pour affirmer qu’il fait partie des grands de ce jour. Après avoir passé entre les mains d’Analekta et Warner Classics, le voici maintenant chez l’excellent label Alpha Classics, où le musicien s’est fait remarqué sur un disque consacré aux sonates de Ysaÿe. Maintenant, le violoniste propose deux concertos complètement à l’opposé l’un de l’autre. Le premier, de Britten, une oeuvre difficile et troublante, et celui de Bruch, d’un classicisme réconfortant.

Le Concerto de Max Bruch est, depuis sa création, l’un des plus connus du répertoire. Grand concerto de l’époque romantique, il a éclipsé à lui seul toutes les oeuvres du compositeur. C’est une oeuvre généreuse, virtuose, d’un lyrisme attachant. Bruch avait fait appel au célèbre violoniste Joseph Joachim pour ses conseils, le compositeur n’étant pas violoniste de formation.

Kerson Leong nous saisit dès l’introduction du premier mouvement. Disons le tout de suite, nous sommes en présence d’un absolu dans le monde du violon. Justesse de son inouïe, plénitude et finesse, lyrisme et intensité, ce violon nous chavire l’âme. C’est de la grande inspiration, qui se présente au détour d’une formidable maîtrise technique. L’Adagio, célèbre chant du coeur, émeut et soutire les larmes. Coulant comme une rivière, belle comme une déclaration d’amour, Leong l’interprète pourtant d’une manière pudique, sans trop d’emphase, se réservant un vibrato subtil pour en décrire les états d’âme. C’est si beau. Le Philharmonia, très organique et mouvant, est d’une chaleur d’accompagnement idéale. Patrick Hahn, jeune chef autrichien, a réussi à créer une fusion palpable des musiciens avec le soliste.

Le Concerto de Britten, composé en 1939, est une oeuvre dite sérieuse, avec, comme toile de fond le tragique de la guerre. On dit que Britten présenta la partition au légendaire Jasha Heifetz (1899-1987), celui-ci la trouvant injouable. Les défis techniques sont nombreux et demande au musicien un niveau d’engagement total. Kerson Leong a choisi cette oeuvre particulière en lien avec les événements mondiaux actuels. Concerto aux différents états psychologiques, il débute presque comme une danse espagnole, mais change rapidement en férocité cinglante. Il se conclut par une pathétique Passacaille, constat quasi-désespérant sur la nature humaine. Ce n’est visiblement pas un concerto qui  »fait lever les foules », selon James Ehnes, célèbre violoniste canadien.

Au-delà des passages d’une virtuosité hallucinante, où le musicien livre une bataille sans merci, Kerson Leong réussit à nous bouleverser. Le deuxième mouvement est si brillant, morceau de bravoure, qu’il procure des moments indescriptibles. Des aiguës extrêmes, (des cris selon Leong), staccatos endiablés, glissandos vertigineux, tous parfaitement maîtrisés, Leong va encore plus loin jusqu’à un point de non-retour. Un sommet dans l’interprétation de cette oeuvre moderne, qui prend tout son sens aujourd’hui. Pour le musicien, si jeune, mais déjà grand, c’est la consécration. Rien de moins.

Sorensen, Bent (n.1958) Passion selon St-Matthieu. Norwegian Soloist’s Choir. Grete Pedersen.

Posted in Sorensen with tags on 19 mars 2023 by René François Auclair

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Passion selon St-Matthieu (2019)

The Norwegian Soloist’s Choir.

Ensemble Allegria.

Enregistré à Ris Kirke, Oslo en 2022.

Ingénieur: Nora Brandenburg.

BIS Records. 2023. BIS-2611. 64m.44s.

Appréciation: Superbe*****

In Veils of Mist

Wild Nights

Wild nights – Wild nights!
Were I with thee
Wild nights should be
Our Luxury!
Futile – the winds –
To a Heart in port –
Done with the Compass –
Done with the chart!
Rowing in Eden –
Ah – the Sea!
Might I but moor – tonight –
In thee! (Emily Dickinson. 1830-1886)

Into the Mist

On the way back […]
I suddenly stop.
But the sound of my footsteps
goes on, into the mist. (Søren Ulrik Thomsen, 2011)

Comment décrire la musique du danois Bent Sorensen? L’auteur de ses lignes a abandonné l’idée dès la première écoute de sa Passion selon St-Matthieu. Il est évident que l’on se retrouve dans un ailleurs étrange, très loin du chef-d’oeuvre de Bach. Je me suis engagé dans cette zone aux frontières diffuses, sans repère. J’ai laissé tombé l’effort de tenter d’en expliquer les choses, et puis, au fur et à mesure de cette exploration à tâtons, comme un non-voyant, j’ai perçu et reçu cette musique.

C’est en 2014 que Sorensen eut l’idée ambitieuse de ce projet.

 »Quand on arrive à un certain âge, on devient conscient, en tant que compositeur,
qu’il existe une limite à ce que l’on pourra composer. Ainsi, sans dire un mot à qui
que ce soit – commanditaires possibles, institutions, etc. – j’ai décidé que tout ce
que je composerais à partir de ce moment-là me mènerait à une Passion selon Saint
Matthieu. »

La composition s’est faite progressivement en plusieurs fragments. Le livret est un amalgame de versets de l’évangile selon Matthieu et de divers poèmes, extraits de textes provenant de six poètes de différentes nationalités et d’époques. L’anglais a été choisi pour traduire les textes, et le latin de la liturgie habituelle. Comme pour l’oeuvre de Bach, l’orchestre a été divisé en deux. Le choeur est souvent sollicité, duquel des voix solistes participent pour des passages spécifiques. Par contre, il n’y a aucun récitatif d’un évangéliste. Séparée en dix stations, la narration suit vaguement le récit des derniers instants du Christ, en parallèle diffus avec les paroles des poètes.

Le Choeur des Solistes de Norvège est d’un niveau technique impressionnant, d’une grande justesse malgré la superposition complexe des tonalités. Les solistes et musiciens sont tous également d’une perfection infaillible.

La musique suit la plupart du temps un schéma contemplatif. Elle donne aux paroles un aspect onirique, créant des visions étranges de beauté. Elle est composée à la fois de plusieurs couches atonales et tonales, de sons d’instruments à vents et de textures de cordes inusitées. Il y a autant de moments obscures que lumineux. Les thèmes sont universels: l’angoisse, l’abandon, le deuil, mais également l’amour, la lumière et l’espoir.

Cette Passion est plus qu’une oeuvre, c’est une nouvelle expérience musicale et mystique de notre temps. Elle combine tout, le passé et le présent, l’humanité et la divinité. À travers la brume, motif narratif choisi du compositeur, l’auditeur devient un spectateur de différents tableaux qui passent devant lui, sans qu’il puisse vraiment en saisir tout le sens. Car la vie se garde une grande part de mystère.

 »Mon idée pour ma Passion était un voyage dans la brume – en pénétrant dans la
lumière et en en sortant. Un voyage vers le crucifiement, mais surtout un voyage
vers la résurrection. Je ressentais ma propre foi, une foi en la résurrection plutôt
qu’en la mort. »
Bent Sorensen.