Archive pour Les Sommets

Pärt, Arvo (n.1935) Tractus.

Posted in Pärt with tags on 24 décembre 2023 by René François Auclair

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Littlemore Tractus. Greater Antiphons. Cantique des Degrés. Sequentia. L’Abbé Agathon. These Words. Veni Creator. Vater Unser.

Estonian Philharmonic Chamber Choir.

Tallinn Chamber Orchestra.

Tönu Kaljuste, direction.

Enregistré à Église Méthodiste, Tallin en 2022.

Tammo Sumera, ingénieur.

ECM Records. 2023. 4859166. 67m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Littlemore Tractus (2000\2022 arr.Kaljuste)

Cantique des Degrés (1999\2002) 

Vater Unser (2005\2019 arr.Körvits)

Arvo Pärt est un paradoxe en soi. On pourrait le définir comme le plus Grand compositeur Minimaliste de tous les temps! Âgé maintenant de 88 ans, le compositeur estonien ne cesse de fasciner le monde de la musique. Son style unique, fait de motifs simples, créer un espace où le temps suspend son vol. Alliages des modes anciens et nouveaux, les compositions de Pärt semblent former un lien mystique entre l’inexplicable et notre réalité bien terre à terre.

Par le son, les notes, les harmonies et les timbres, il se créer quelque chose de bien mystérieux dans l’esprit humain. Et Arvo Pärt s’est dévoué, par un art subtil, à révéler le caractère sacré qu’il y a en nous. Son oeuvre reste accessible à tous. D’une désarmante simplicité, elle est toujours aussi belle.

Les compositions proposées sur cet album datent des vingt dernières années. Quelques pièces ont été récemment réorchestrées. Elles sont dirigées par Tönu Kaljuste, fidèle collaborateur du compositeur. Le Choeur de Chambre d’Estonie est toujours aussi beau, d’une justesse impeccable de sonorité et d’émotion. Il est magnifiquement capté dans l’église de Tallin. Les cordes, jouées à l’ancienne sans vibrato, créer un lien évident entre le passé et le présent.

La qualité d’interprétation, la perfection des lignes vocales, la création de somptueuses harmonies, font de ce disque une expérience unique. Le découvrir en 2023, au milieu du chaos continuel de l’humanité, permet de vivre et de se connecter à tout ce qui est beau et essentiel. Amen!

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Chopin, Frédéric (1810-1849). Florian Krumpöck.

Posted in Chopin with tags on 27 novembre 2023 by René François Auclair

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Ballades no.1-4

Prélude op.45 en Do dièse majeur

Sonate no.2 op.35 en Si bémol mineur

Instruments: Pianos Bösendorfer Impérial et Vienna 280 Concert.

Enregistré à Kurhaus Semmering, Autriche en sept. 2018.

Ingénieur de son: Martin Linde.

Sony Classical. 2023. 19658826202. 70m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Ballade no.1 op.23

Marche funèbre de la sonate no.2

Ballade no.2 op.38

Florian Krumpöck est un pianiste et chef d’orchestre autrichien né en 1978. Peu connu en Amérique, il a plutôt consacré sa carrière en Europe. Ses professeurs de piano comptent parmi les plus vénérés: Buchbinder, Oppitz, Leonskaja et Barenboim. Ce dernier fut également son mentor dans la direction d’orchestre. Lorsqu’on écoute le Chopin de Krumpöck pour la première fois, on a l’impression évidente d’un artiste qui sait diriger et transformer la matière pianistique en couleurs symphoniques. C’est du grand piano, emphatique, large et profond, mais qui possède également une belle variété de nuances.

Selon lui, le choix d’un grand Bösendorfer va de soi dans l’interprétation de Chopin. Le pianiste joue et cherche constamment un legato qui  »connecte chaque notes entre elles…c’est pourquoi j’ai besoin d’un instrument qui résonne le plus longtemps possible. »

Dans le livret, le pianiste aborde aussi l’essentiel rubato qui fait partie inhérente à toute bonne interprétation de Chopin. Le mot vient de l’italien rubare, qui peut se traduire en musique par voler le temps.  »Si je vole quelque chose, je dois aussi le remettre » souligne Krümpock.

Avec les ballades, Florian Krumpöck nous invite à visiter différents sentiers, bucoliques ou ravagés littéralement par la tempête. Le périple se change alors en aventure! Il a délié Chopin comme jamais, le rendant libre et parfois transfiguré par une interprétation très personnelle. La célèbre Ballade no.1 apparaît ici fortement contrastée, d’une lenteur d’introduction presque immobile, et puis relâchée à grand torrent détruisant tout sur son passage. C’est le grand vertige de l’album, qui ne laissera personne indifférent!

La Marche Funèbre de la deuxième sonate nous émeut par sa grandeur fatale. La section médiane qui suit, d’un lyrisme paisible, nous fait entrer dans une zone faite de souvenirs heureux, extrêmement allongée dans le temps, comme si le pianiste ne nous voulait plus en sortir. C’est magnifique.

Le jeu polarisant de Krumpöck en déstabilisera plusieurs. Mais la passion qu’il injecte à la musique de Chopin est tout à fait conquérante. Prise de son englobante et entière.

Campra, André (1660-1744) Messe de Requiem. Concert d’Astrée. Emmanuelle Haïm.

Posted in Campra with tags on 10 septembre 2023 by René François Auclair

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André Campra: Messe de Requiem.

Jean-Philippe Rameau (1683-1764): In Convertendo Dominus

J.J. de Mondonville (1711-1772): In exitu Israel.

Marie Perbost, 1er dessus. Emmanuelle Ifrah, 2e dessus.

Samuel Boden, haute-contre. Zachary Wilder, taille.

Victor Sicard, basse-taille.

Enregistré en 2019 à la Chapelle Royale, Versailles.

Warner-Erato. 2023. 5419750468. 88m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Introit

Agnus Dei

Post Communion

Le Requiem d’André Campra est l’un des plus beaux du 18e siècle. Enregistré plus d’une fois par les plus grands chefs de la musique baroque, cette oeuvre, sublime et lumineuse, revient cette fois entre les mains d’Émmanuelle Haïm et son Concert d’Astrée. L’interprétation est tout simplement magnifique.

Elle insuffle à cette Messe des Morts une emphase gracieuse, par de grandes respirations musicales. On en reçoit toute la tendresse que le compositeur a voulu nous transmettre, inspirée du plain-chant grégorien et du lyrisme italien que Campra affectionnait.  »J’ai tâché, autant que j’ai pu, de mêler avec délicatesse de la musique française, la vivacité de la musique italienne. » Cette messe, loin d’effrayer qui que ce soit, est plutôt une invitation paisible à l’éternité. Elle rejoint celle d’un autre français, Gabriel Fauré, qui, plus d’un siècle plus tard reprendra cette vision onirique de la mort.

Les solistes choisis sont tous excellents, en particulier le ténor Samuel Boden, qui fait sensation par sa tessiture très élevée, d’une brillance et d’une perfection absolument conquérante. Je ne peux passer sous silence une section du magnifique Post-Communion, débutant par un lent et doux balancement des cordes, que j’ai toujours vu comme l’envol majestueux d’un ange vers le paradis… L’effet est ici magnifié et souligné avec grâce par Emmanuelle Haïm.

En complément de ce programme tout français, Rameau et son célèbre motet In Convertendo et une surprise de taille, la cantate In exitu Israel, du très moderne Mondonville, d’un baroque tardif tout à fait surprenant. Solistes, choeur et musiciens s’en donnent à coeur joie, dans cette musique aussi fébrile qu’irrésistible. Une très belle découverte.

Royer, Pancrace (1703-1755) Suites Orchestrales. Les Talents Lyriques. Christophe Rousset.

Posted in Royer with tags on 4 juin 2023 by René François Auclair

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Ballets Héroïques en suites orchestrales.

Pyrrhus (1730). Zaïde (1739).

Le Pouvoir de l’Amour (1743). Almasis (1748).

Enregistré à Notre-Dame-du-Liban, Paris en 2021.

Ingénieur de son: Gaëtan Juge.

Aparté. 2023. AP298D. 81m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Ouverture de Zaïde

Entrée des Africains de Zaïde

Pour les Turcs de Zaïde

Chaconne du Pouvoir de l’Amour

 

Surprenant Royer! Ce disque est en effet une grande surprise dans le monde de la musique baroque. Jusqu’à récemment, Joseph-Nicolas-Pancrace Royer était surtout connu pour ses pièces de clavecin flamboyantes, d’un niveau technique difficile. Contemporain du grand Rameau, Royer fit sa marque à l’opéra français au milieu 18e siècle. Au service de la famille royale, il composa une musique fastueuse, typique de la grande période française qui avait commencé avec Lully. Lorsqu’il décéda, il fut vite oublié, puisque les goûts musicaux de cette époque transitoire changèrent rapidement.

Christophe Rousset connait bien Royer, puisqu’il avait gravé pour Oiseau-Lyre son oeuvre pour clavecin. Grand spécialiste de la musique française, il revient en force avec ses Talents Lyriques pour nous présenter ce compositeur étonnant. Il y a bien des similitudes avec Rameau, le savant. Royer, quant à lui, est beaucoup plus fantasque, aux idées bouillonnantes et imprévisibles.

Les Talents Lyriques joue à fond la caisse cette musique qui fouette le sang! Contrastes abruptes, virtuosité polyphonique, couleurs acérées, tout y passe dans ces enchaînements de tubes que nous découvrons pour la première fois. Royer sait divertir et accrocher l’oreille au passage d’une musique aussi stimulante qu’originale. Le Roy est mort, vive le Royer!