Archive pour Les Sommets

Jean-Nicolas Diatkine. Chopin et Liszt.

Posted in Chopin, Schubert with tags on 27 juillet 2024 by René François Auclair

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Disque Chopin: Solo Musica. 2023. SM433. 72m18s. Piano Steinway D. Ingénieur du son: Sebastian Riederer von Paar. Enregistré à Listzentrum Raiding, Autriche.

Disque Liszt: Solo Musica. 2022. SM399. 75m13s. Piano Schiedmayer 1916. Ingénieur du son: Étienne Collard. Enregistré au Studio Riffx, Paris.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Cinq Préludes op.28

Schubert Auf dem Wasser D774

Schubert Ständchen D957 

Jean-Nicolas Diatkine est considéré comme un pianiste atypique, puisqu’il n’a jamais fréquenté de conservatoires. Issu d’une famille de médecins, son père était un psychiatre reconnu. Très tôt, le petit Jean-Nicolas fut attiré par la musique, et c’est elle qui le décida à une carrière musicale. Il rencontra par la suite Ruth Neye, élève de Claudio Arrau, puis Narcis Bonet, formé auprès de la légendaire Nadia Boulanger. Pratiquant le bouddhisme depuis une trentaine d’années, Diatkine a su trouver, dans la méditation, la concentration nécessaire pour son travail au piano, mais également une ouverture spirituelle à la musique.

En découvrant cet artiste hors du commun, on perçoit un musicien généreux qui offre un jeu pianistique de grande qualité. Mouvant et somptueux, d’une belle chaleur humaine, son Chopin nous interpelle. Au-delà d’une indéniable réussite technique, il y a ce mystère de l’émotion qui réchauffe le coeur.

Les Préludes s’enchaînent comme de petits instants de vie, chacun s’ouvrant à des climats variés. Le geste du musicien est noble, s’épanchant librement au gré de l’inspiration du moment. Pour lui, ces  »préludes sont essentiellement des improvisations sans forme prédéfinie… »

La sonorité de l’instrument est magnifique, riche en textures soyeuses et en grandeur d’âme. Pendant l’écoute, mes yeux se sont tout simplement fermés. De temps à autre, je les ouvrais pour contempler les feuilles de cet arbre près de la maison. Celles-ci se balançaient doucement au gré du vent. L’impression du moment présent, l’expérience de la musique et de la vie. Chopin nous convie à ces instants précieux. Disque de chevet.

Le disque Liszt permet de découvrir un piano restauré Schiedmayer de 1916. À la personnalité franche, l’instrument est particulièrement clair, à la fois robuste et élégant. Les arrangements de Liszt sont joués avec un dynamisme conquérant, d’une grande plénitude sonore. Diatkine a évité toute forme d’excentricité et de grandiloquence. Il y a ici et là de grands moments de musique. Mais reste à nos coeurs Schubert, l’ami de toujours. Par son chant, son humanité, il restera notre préféré d’entre tous.

Chaudement recommandé.

Article pour connaître Jean-Nicolas Diatkine: https://www.bertrandferrier.fr/les-grands-entretiens-jean-nicolas-diatkine-lintegrale/

Haydn, Joseph (1732-1809). L’Estro Armonico. Derek Solomons.

Posted in Haydn with tags on 10 juin 2024 by René François Auclair

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49 symphonies (1757-1775)

L’Estro Armonico (instruments d’époque).

Derek Solomons, violon et direction.

Enregistré entre 1980-86 à St-Barnabas Church, Londres.

Sony/CBS. 2024. 18cds.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Symphonie no.44 Allegro con brio

Symphonie no.43 Adagio

Symphonie no.48 Menuet

Derek Solomons et Haydn sont enfin réunis dans ce coffret tant attendu! Ces enregistrements n’étaient plus disponibles depuis plus de 30 ans. Solomons et son équipe furent des pionniers dans l’interprétation de Haydn sur instruments d’époque. Le projet des symphonies fut chapeauté à l’époque par le musicologue H.C.Robbins Landon. La recherche d’authenticité fut le motif premier des musiciens.

Entrepris au départ par Saga Records en 1980, le projet d’une intégrale est repris par CBS puis malheureusement abandonné en 1986. Solomons a tout de même réussi à faire toutes les symphonies Sturm und Drang (tempête et passion), période importante chez Haydn qui couvre les années 1766-1774. Axées sur l’expression dramatique des sentiments, ces pages contrastées et vives sont de véritables chefs-d’oeuvre. Le coffret comprend également 19 symphonies dites Morzin, où le compositeur a créé ses premières oeuvres du genre. Ce sont des pièces mineures, mais d’une agréable fraîcheur, de style galant. Et surprise, la dernière session d’enregistrement de décembre 1986, qui était restée inédite, a finalement été remasterisée par Sony. On entend donc ici pour la première fois les symphonies nos.16-20 ainsi que la 108, dite B.

Redécouvrir Haydn avec Solomons, c’est revenir à la source de l’historiquement bien informé. L’orchestre est réduit à seulement 6 violons, un alto, un seul violoncelle et contrebasse. Deux hautbois, deux cors naturels et un basson suffisent à jouer Haydn comme à son époque. Le son est dépouillé, incisif et clair. Le discours musical s’épanouit dans un espace avant tout chambriste, créant un contact direct avec les musiciens. Les tempos modérés offrent une belle clarté d’articulation, sans artifice. Le chef britannique a choisi la pureté et la simplicité. La musique, vive et bondissante, retrouve ses couleurs comme sur une toile restaurée. Les cors, placés tout près des autres musiciens, sont d’un éclat particulièrement jubilatoire!

Les adagios, joués à fleur de peau, sont perçus comme à la lueur d’une chandelle. L’ambiance est intime et d’une sérénité profonde. Jamais on a été aussi près des intentions du compositeur. L’adagio de sa 43e symphonie, dite Mercure, est demeuré pour moi l’un des plus beaux témoignages de Haydn. Seul Derek Solomons et son équipe sont parvenus à soutirer toutes les subtilités de cette pièce. Ce coffret est un trésor enfin retrouvé. Magnifique.

Pärt, Arvo (n.1935) Tractus.

Posted in Pärt with tags on 24 décembre 2023 by René François Auclair

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Littlemore Tractus. Greater Antiphons. Cantique des Degrés. Sequentia. L’Abbé Agathon. These Words. Veni Creator. Vater Unser.

Estonian Philharmonic Chamber Choir.

Tallinn Chamber Orchestra.

Tönu Kaljuste, direction.

Enregistré à Église Méthodiste, Tallin en 2022.

Tammo Sumera, ingénieur.

ECM Records. 2023. 4859166. 67m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Littlemore Tractus (2000\2022 arr.Kaljuste)

Cantique des Degrés (1999\2002) 

Vater Unser (2005\2019 arr.Körvits)

Arvo Pärt est un paradoxe en soi. On pourrait le définir comme le plus Grand compositeur Minimaliste de tous les temps! Âgé maintenant de 88 ans, le compositeur estonien ne cesse de fasciner le monde de la musique. Son style unique, fait de motifs simples, créer un espace où le temps suspend son vol. Alliages des modes anciens et nouveaux, les compositions de Pärt semblent former un lien mystique entre l’inexplicable et notre réalité bien terre à terre.

Par le son, les notes, les harmonies et les timbres, il se créer quelque chose de bien mystérieux dans l’esprit humain. Et Arvo Pärt s’est dévoué, par un art subtil, à révéler le caractère sacré qu’il y a en nous. Son oeuvre reste accessible à tous. D’une désarmante simplicité, elle est toujours aussi belle.

Les compositions proposées sur cet album datent des vingt dernières années. Quelques pièces ont été récemment réorchestrées. Elles sont dirigées par Tönu Kaljuste, fidèle collaborateur du compositeur. Le Choeur de Chambre d’Estonie est toujours aussi beau, d’une justesse impeccable de sonorité et d’émotion. Il est magnifiquement capté dans l’église de Tallin. Les cordes, jouées à l’ancienne sans vibrato, créer un lien évident entre le passé et le présent.

La qualité d’interprétation, la perfection des lignes vocales, la création de somptueuses harmonies, font de ce disque une expérience unique. Le découvrir en 2023, au milieu du chaos continuel de l’humanité, permet de vivre et de se connecter à tout ce qui est beau et essentiel. Amen!

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Chopin, Frédéric (1810-1849). Florian Krumpöck.

Posted in Chopin with tags on 27 novembre 2023 by René François Auclair

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Ballades no.1-4

Prélude op.45 en Do dièse majeur

Sonate no.2 op.35 en Si bémol mineur

Instruments: Pianos Bösendorfer Impérial et Vienna 280 Concert.

Enregistré à Kurhaus Semmering, Autriche en sept. 2018.

Ingénieur de son: Martin Linde.

Sony Classical. 2023. 19658826202. 70m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Ballade no.1 op.23

Marche funèbre de la sonate no.2

Ballade no.2 op.38

Florian Krumpöck est un pianiste et chef d’orchestre autrichien né en 1978. Peu connu en Amérique, il a plutôt consacré sa carrière en Europe. Ses professeurs de piano comptent parmi les plus vénérés: Buchbinder, Oppitz, Leonskaja et Barenboim. Ce dernier fut également son mentor dans la direction d’orchestre. Lorsqu’on écoute le Chopin de Krumpöck pour la première fois, on a l’impression évidente d’un artiste qui sait diriger et transformer la matière pianistique en couleurs symphoniques. C’est du grand piano, emphatique, large et profond, mais qui possède également une belle variété de nuances.

Selon lui, le choix d’un grand Bösendorfer va de soi dans l’interprétation de Chopin. Le pianiste joue et cherche constamment un legato qui  »connecte chaque notes entre elles…c’est pourquoi j’ai besoin d’un instrument qui résonne le plus longtemps possible. »

Dans le livret, le pianiste aborde aussi l’essentiel rubato qui fait partie inhérente à toute bonne interprétation de Chopin. Le mot vient de l’italien rubare, qui peut se traduire en musique par voler le temps.  »Si je vole quelque chose, je dois aussi le remettre » souligne Krümpock.

Avec les ballades, Florian Krumpöck nous invite à visiter différents sentiers, bucoliques ou ravagés littéralement par la tempête. Le périple se change alors en aventure! Il a délié Chopin comme jamais, le rendant libre et parfois transfiguré par une interprétation très personnelle. La célèbre Ballade no.1 apparaît ici fortement contrastée, d’une lenteur d’introduction presque immobile, et puis relâchée à grand torrent détruisant tout sur son passage. C’est le grand vertige de l’album, qui ne laissera personne indifférent!

La Marche Funèbre de la deuxième sonate nous émeut par sa grandeur fatale. La section médiane qui suit, d’un lyrisme paisible, nous fait entrer dans une zone faite de souvenirs heureux, extrêmement allongée dans le temps, comme si le pianiste ne nous voulait plus en sortir. C’est magnifique.

Le jeu polarisant de Krumpöck en déstabilisera plusieurs. Mais la passion qu’il injecte à la musique de Chopin est tout à fait conquérante. Prise de son englobante et entière.