Archive pour Les Sommets

Bach, J.S. (1685-1750) Le Clavier bien tempéré Livre I et II. Gianluca Luisi, piano

Posted in Bach J.S. with tags on 12 mars 2026 by René François Auclair

Livre I (1722)

Livre II (1744)

Piano Fazioli 278

Enregistré au Temple Pierre Nicole, Paris en 2005.

Centaur. 2009. CRC3040/41/42/43. 265m10s

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Préludes et Fugues nos.1-3 Livre I

Préludes et Fugues nos.1-3 Livre II

Prélude et Fugue no.12 en fa mineur Livre II

Prélude et Fugue no.24 en si mineur Livre II

Le Clavier bien tempéré est le bien-aimé de tous. Clavecinistes, pianistes, mélomanes, musiciens, tous le connaissent. L’origine de sa composition fut didactique, mais aussi pour le plaisir de ceux qui sont déjà rompus à cet art. Tous les grands pianistes et compositeurs l’on adopté et pratiqué sans relâche. Mozart, Beethoven, Chopin, Schumann, pour n’en nommer quelques uns. Le Clavier est beaucoup plus que des exercices. C’est l’âme et le fondement d’une musique universelle. Le cycle de l’ombre et la lumière. Le Yin et le Yang. Formes et structures; plaisir et poésie. Les deux groupes s’opposent tout en se complétant.

Pourquoi la version de Gianluca Luisi? Pour plusieurs raisons personnelles, bien entendu. Il y a tant de façon de jouer ces 96 pièces dans toutes les tonalités possibles. On peut la jouer de la manière la plus fonctionnelle qui soit, sans nuance, sans rien, et pourtant la musique de Bach reste ce qu’elle est: Parfaite. Le Clavier c’est la joie pure, le bonheur radieux, le recueillement ou la plainte. C’est la prière, le chant de l’âme solitaire. C’est un florilège de musique qui puise sa source dans l’immense inventivité du compositeur. Dans deux ou trois siècles, ces deux Livres seront encore là, et peut-être qu’au lieu de se faire la guerre, les humains vont pratiquer et écouter cette musique merveilleuse.

Alors pourquoi Luisi plus qu’un autre? Un superbe toucher, délicat ou d’une grande franchise. Clarté, limpidité, lyrisme: les états d’esprit sont nombreux en évitant l’agressivité et l’égocentrisme. Le musicien s’efface, laisse couler les choses. Le son est enveloppant comme une couverture bienveillante que l’on pose sur soi. Vient la nuit et ses songes, puis l’aurore s’installe à nouveau. La plus tendre des versions. Superbe piano Fazioli. Dona bis pacem.

Bach, J.S. (1685-1750) L’Art de la Fugue. Zhu Xiao‐Mei, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 5 mars 2026 by René François Auclair

L’Art de la Fugue bwv 1080.

Piano Steinway grand modèle D274.

Enregistré à Mendelssohn Saal, Leipzig en 2014.

Accentus. 2014. ACC30308. 72m48s

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Contrapunctus I et extraits

Contrapunctus XIV (inachevé) 

LArt de la Fugue est perçue comme une oeuvre opaque, monotone, sévère, mathématique. Visiblement Bach s’est voué à laisser à la postérité un domaine qu’il maîtrisait parfaitement: la Fugue. Étude, essai, testament, mais qu’est-ce que c’est? Ce Ré mineur lancinant d’un bout à l’autre, ce labyrinthe sans fin de toutes les possibilités d’un thème et ses contre-sujets, recto, verso, augmentés, diminués… Mais qui diable ça intéresse? Impossible pour le public de tenir plus d’une heure dans ce cours de science abstraite. L’oeuvre est avant tout didactique et n’a surtout pas été conçue pour plaire.

On se demande encore pourquoi certains musiciens osent s’y aventurer. Ou s’y perdre. Zhu Xiao-Mei se raconte: Je n’ai jamais autant souffert à travailler une oeuvre. J’avais mal partout, aux mains, aux épaules. Travailler cette oeuvre m’a pris un temps fou. L’Art de la Fugue est une oeuvre parfois décourageantemais à la manière d’un aimant vous ne pouvez vous en détacher. Il y a un paradoxe avec cette oeuvre. La jouer vous donne l’impression d’entrer dans un état d’équilibre parfait.

Comme disait Leonard Cohen: C’est par les fissures qu’entre la lumière. L’oeuvre de Bach fascine, malgré la douleur, la tristesse sans fin de son thème. Il s’y produit un profond recueillement, puis un détachement de toute émotion. Il y a les notes qui s’entrecroisent, se détachent, ce recyclent dans leur intemporalité. Ce n’est plus de la musique baroque. C’est l’essence de l’être qui se dissout vers l’éternité. Puis arrive cette dernière fugue inachevée…et le silence qui suit, assourdissant. Tout nous échappe. C’est la fin, ou la continuité. Bach aurait pu poursuivre sans fin. Mystère.

Bach, J.S. (1685-1750) L’Art de la Fugue. Musica Antiqua Köln. Reinhard Goebel.

Posted in Bach J.S. with tags on 5 mars 2026 by René François Auclair

L’Art de la Fugue bwv 1080.

Reinhard Goebel, Hajo Bäss, violons.

Karlheinz Steeb, alto. Phoebe Carrai, violoncelle.

Andreas Staier, Robert Hill, clavecin.

Enregistré à Friedrich Ebert Halle en 1984

Archiv/DG. 1984. 447293-2. 75m40s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Contrapunctus I et extraits

Contrapunctus XIV (triple sujets)

Reinhard Goebel et ses musiciens ont adapté l’oeuvre ultime de Bach de manière saisissante. L’Art de la Fugue est une oeuvre sévère qui n’était sûrement pas prévue pour une écoute en concert. Écrite probablement pour clavier, sans que Bach n’ait précisé son instrumentation, elle s’adapte facilement en d’autres formules. On a vu apparaître plusieurs transcriptions au cours de l’histoire du disque: pour orchestre symphonique, orchestre de chambre, quatuor à cordes, instruments à vents, etc.

Celle-ci est particulièrement vibrante, avec ce feu intérieur typique du grand Goebel. Il a saisi la portée universelle de cette oeuvre en la modernisant de manière vive et contrastée, tout en lui préservant un aspect profondément baroque. Les fugues sont traitées avec passion, marquées par la danse ou élevées au sein d’une inspiration exaltée. L’Art de la Fugue revue et corrigée. La plus audacieuse version.

Bach, J.S. (1685-1750) Les Variations Goldberg. Tatiana Nikolayeva, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 4 mars 2026 by René François Auclair

Aria et 30 variations bwv 988.

Prélude de la Partita no.5

Jesu, Joy of Man’s Desiring bwv 147.

Enregistré live St-John’s Smith Square en 1986.

BBC. 2007. BBCL4228-2. 71m22s (Goldberg)

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Aria et Variations I à XII

Variation XIII à 2 Clav

Jesu bleibet meine Freude

 

Si je devais choisir une seule parmi la myriade des versions des Goldberg, c’est bien celle-ci. La pianiste russe a été imprégnée toute sa vie par cette oeuvre monumentale. Elle s’assoit au piano, et libérée de la partition, en réinvente à chaque fois le langage. Son instrument devient celui d’un orchestre aux multiples plans sonores, ou celui d’un orgue au plein jeu conquérant jusqu’à la plus infime nuance. L’Aria débute comme en suspension, avec ses légers retards, sa mouvance, son imprévisibilité. La pianiste prélude comme bon lui semble, comme si elle nous parlait librement. Le don de la parole. Le verbe et la musique. Sublime.