Posted in Mozart with tags Les Sommets on 24 octobre 2024 by René François Auclair
48 Symphonies de k.16 à k.551.
Berliner Philharmoniker.
Enregistré entre 1959-1969, Jesus-Christus Kirche, Berlin.
DG. 2006. 002894776134. 10cds.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Andante Symphonie no.35 Haffner
Presto Symphonie no.36 Linz
Adagio/Allegro Symphonie no.38 Prague
Karl Böhm (1894-1981), chef autrichien, est resté une valeur sûre dans le monde de la musique. Maître de la mesure et de la précision selon Christa Ludwig, ses interprétations des symphonies de Mozart sont encore perçues comme un modèle infaillible, qui peuvent paraître maintenant datées, surtout pour les symphonies de jeunesse. Il fait parfois bon de retourner à ces versions vieilles écoles de la direction d’orchestre. Grâce à la magie du disque, le son clair et large du Berliner n’a pas pris une seule ride. Böhm applique des tempos mesurés à la musique de Mozart. Celle-ci semble parvenir à une sorte d’idéal olympien grâce à une mise en place rigoureuse. La Symphonie de Prague, connue pour sa complexité polyphonique, est un exemple parfait du travail méticuleux de Böhm. Grandeur, clarté, et pulsations soutenues produisent une densité et une intensité émotionnelle peu commune à cette oeuvre magistrale teintée de mystères ésotériques, voire maçonniques. Excellent.
Posted in Morales with tags Les Sommets on 7 octobre 2024 by René François Auclair
Compositions variées de l’époque médiévale.
Jan Garbarek, Saxophones soprano et ténor.
The Hilliard Ensemble.
Enregistré en 1993 à Propstei St.Gerold, Autriche.
Ingénieur: Peter Laenger.
ECM. 1994. ECM 1525. 77m.41s.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Parce mihi Domine de Christobal de Morales (1500-1553)
O Salutaris hostiade Pierre de la Rue (1460-1518)
Il y a 30 ans apparaissait cet album légendaire. Les improvisations de Jan Garbarek associées aux voix de l’ensemble Hilliard avaient provoqué une onde de choc dans le monde de la musique. Ce disque, l’un des plus vendus de ECM Records, a continué son expansion, telle une onde à la surface de l’eau. Encore aujourd’hui, la fascination se poursuit. Les temps anciens et nouveaux se fusionnent. Un état d’esprit parallèle se créer au sein de ces vagues sonores. D’une beauté sidérante, la musique suspend la course du temps. Unique et essentiel.
Le Prieuré de St.Gerold en Autriche où l’enregistrement a lieu.
Cette nouvelle intégrale Schubert apparaît dans un catalogue déjà imposant qui comprend les interprétations classiques, et les approches historiquement bien informés sur instruments d’époque. Celle du chef néerlandais se situe dans la 2e catégorie, mais utilise pour son ensemble des instruments modernes, sauf pour les cors et les trompettes dites naturelles, c’est-à-dire sans piston.
On a ici le meilleur des deux mondes. Le son et la richesse d’un orchestre moderne d’une part, dynamisé et articulé à l’ancienne de l’autre côté. Le chant des cordes est particulièrement magnifique, celles-ci, d’une texture veloutée, résonnent dans un espace bien large. La petite harmonie est d’une belle présence, (flûte, hautbois, clarinettes) bien détachée et parfaitement lisible.
L’élan général est entraînant, l’articulation est souvent bondissante, révélant la musique de Schubert sous une impulsion particulièrement joyeuse. La direction d’ensemble reste tout de même prudente, sans jamais tomber dans l’extravagance. Mais on restera en deçà des grands classiques tragiques et transcendants des 8e et 9e Symphonies par Günter Wand, Harnoncourt, Blomstedt et autres légendes qui nous ont marqué pour toujours. Les tempos plutôt vifs de Vriend, même s’ils semblent tout à fait légitimes, nous interdisent un accès en profondeur dans ces chefs-d’oeuvre ultimes. Pour le reste, cette intégrale est tout à fait superbe.
Disque Chopin: Solo Musica. 2023. SM433. 72m18s. Piano Steinway D. Ingénieur du son: Sebastian Riederer von Paar. Enregistré à Listzentrum Raiding, Autriche.
Disque Liszt: Solo Musica. 2022. SM399. 75m13s. Piano Schiedmayer 1916. Ingénieur du son: Étienne Collard. Enregistré au Studio Riffx, Paris.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Cinq Préludes op.28
Schubert Auf dem Wasser D774
Schubert Ständchen D957
Jean-Nicolas Diatkine est considéré comme un pianiste atypique, puisqu’il n’a jamais fréquenté de conservatoires. Issu d’une famille de médecins, son père était un psychiatre reconnu. Très tôt, le petit Jean-Nicolas fut attiré par la musique, et c’est elle qui le décida à une carrière musicale. Il rencontra par la suite Ruth Neye, élève de Claudio Arrau, puis Narcis Bonet, formé auprès de la légendaire Nadia Boulanger. Pratiquant le bouddhisme depuis une trentaine d’années, Diatkine a su trouver, dans la méditation, la concentration nécessaire pour son travail au piano, mais également une ouverture spirituelle à la musique.
En découvrant cet artiste hors du commun, on perçoit un musicien généreux qui offre un jeu pianistique de grande qualité. Mouvant et somptueux, d’une belle chaleur humaine, son Chopin nous interpelle. Au-delà d’une indéniable réussite technique, il y a ce mystère de l’émotion qui réchauffe le coeur.
Les Préludes s’enchaînent comme de petits instants de vie, chacun s’ouvrant à des climats variés. Le geste du musicien est noble, s’épanchant librement au gré de l’inspiration du moment. Pour lui, ces »préludessont essentiellement des improvisations sans forme prédéfinie… »
La sonorité de l’instrument est magnifique, riche en textures soyeuses et en grandeur d’âme. Pendant l’écoute, mes yeux se sont tout simplement fermés. De temps à autre, je les ouvrais pour contempler les feuilles de cet arbre près de la maison. Celles-ci se balançaient doucement au gré du vent. L’impression du moment présent, l’expérience de la musique et de la vie. Chopin nous convie à ces instants précieux. Disque de chevet.
Le disque Liszt permet de découvrir un piano restauré Schiedmayer de 1916. À la personnalité franche, l’instrument est particulièrement clair, à la fois robuste et élégant. Les arrangements de Liszt sont joués avec un dynamisme conquérant, d’une grande plénitude sonore. Diatkine a évité toute forme d’excentricité et de grandiloquence. Il y a ici et là de grands moments de musique. Mais reste à nos coeurs Schubert, l’ami de toujours. Par son chant, son humanité, il restera notre préféré d’entre tous.