Tchaikovski et Sibélius. Concertos pour violon. Lisa Batiashvili. Daniel Barenboim.

Posted in Sibelius, Tchaikovski with tags , on 15 décembre 2016 by René François Auclair

71bhige2spl-_sl1200_Tchaikovski (1840-1893) Concerto en ré majeur op.35

Sibélius (1865-1957) Concerto en ré mineur op.47

Staatskapelle de Berlin. Daniel Barenboim, direction.

Enregistré en 2015 et 2016 à Funkhauss Nalepastrase, Berlin.

Deutsche Grammophon. 2016. 4796038. 70m.11s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Allegro vivacissimo de Tchaivoski

Allegro ma non tanto de Sibélius

J’essaie vainement de trouver un mot pour décrire ce disque sensationnel…Ahurissant peut-être? Non, ce n’est pas convenable. Extraordinaire? Non, trop banal. Bref, j’ai lâché prise. Et puis j’ai pensé à ce vieux Edgar, Fruitier de son nom. En parlant d’un disque qu’il aimait particulièrement, parfois il déclarait avec sa verve légendaire… »cette musique m’a complètement détruit! »

C’est le cas ici. Un violon au pouvoir ensorcelant. Magie noire ou blanche, je ne sais pas. Transcendant, renversant, conquérant. Ah, voilà je trouve les mots maintenant! Cette nouvelle collaboration de la violoniste géorgienne avec le vieux Barenboim fait penser à un autre jumelage légendaire…Mütter-Karajan. Et maintenant l’on souhaite longue vie à ces deux musiciens. Que la Deutsche Grammophon puisse en profiter avant qu’il ne soit trop tard!

Autant la violoniste est d’une expressivité inouïe, autant le Staatkapelle combine des forces incroyables à son interprétation. Le Sibélius est à mon avis, une des plus grandes interprétations qui soient. Un vertige continuel, où la nature hors de contrôle est d’une telle fatalité, qu’il produit sur nous un drame parfois terrifiant. L’adagio di molto est indescriptible, tout simplement… Tandis que le dernier mouvement, que l’on considérait injouable lors de sa création en 1903, nous ramène dans le folklore cher à Sibélius auquel il accorde des pulsations singulières. Quant à Batiashvili, elle donne tout ce qu’elle a… Prodigieux moment qui nous renverse.

Daniel Barenboim offre à Tchaikovski des tempos très larges en respiration, presque improvisés, dans l’admirable allegro molto. Et la violoniste s’y plonge sans retenue, nous entraînant dans un maelström d’un romantisme grandiose. C’est plus que de la musique russe, mais un hymne au bonheur. Un des meilleurs disques de l’année 2016 unanimement acclamé.

Shoujounian, Petros (n.1957) Noravank. Quatuor à cordes. Quatuor Molinari.

Posted in Shoujounian with tags on 25 mars 2016 by René François Auclair

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Quatuors no.3-6

Olga Ranzenhofer, Frédéric Bednarz, violons.

Frédéric Lambert, alto. Pierre-Alain Bouvrette, violoncelle.

Enregistré à l’Église St-Augustin de Mirabel, novembre 2015.

Atma Classique. 2016. ACD2 2737. 70m.19s.

Appréciation: Sommet du Parnasse ******

Debed du quatuor no.3

Argishti du quatuor no.6

C’est avec déférence que l’on doit s’approcher de la musique de Shoujounian. Elle est à l’image de ce monastère médiéval en Arménie, le Noravank construit au 13e siècle. Ce lieu de culte est encore debout, malgré le temps et les tourments d’un peuple qui a tout souffert. Il fait partie du patrimoine de l’Unesco depuis 1996. Il est l’un des symboles de résilience des Arméniens, qui ont presque tous disparus en 1915-1916 dans un génocide qui a laissé de profondes blessures…

Pour en souligner le centenaire, le compositeur canadien a puisé dans le répertoire sacré arménien. Il a enveloppé et construit autour de ces chants une musique fort belle, contemplative, spirituelle. Ce qui est, d’une certaine façon, tout à fait inespéré. Car devant l’horreur qu’un tel événement provoque, on s’attend plutôt à un déchaînement musical cacophonique et dissonant. Shoujounian va au-delà de ces considérations, et propose plutôt une musique axée sur la prière et la quiétude qu’un tel état d’esprit engendre. Portant tous le nom d’une rivière en Arménie, ces pièces sont aussi un hommage célébrant la culture de ce peuple très ancien. « Car l’eau est essentielle à la vie et les rivières sont les veines d’un pays… »

Le Quatuor Molinari est parfait pour créer les sonorités propices à l’envoûtement. Leur jeu précis et concentré est admirable dans la répartition des voix, unique et différencié à la fois. L’acoustique d’église est une merveille pour cette musique obsédante. Les yeux se ferment. Et après un certain moment, on se sent lié avec le destin de ce peuple attachant. Lorsque l’horreur frappe encore de nos jours, il nous reste la musique pour la transcender. Et préserver ce qu’il y a de meilleur en nous. Amen.

 

 

Sibélius, Jean (1865-1957) Musique pour la scène. Turku Philharmonic. Leif Segerstam.

Posted in Sibelius with tags on 6 février 2016 by René François Auclair

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Kuolema. King Christian II.

Belshazzar’s feast. Pélléas et Mélissande…

Orchestre Philharmonique de Turku.

Leif Segerstam. Enregistré à Turku Concert Hall, Finlande.

Naxos. 2015. 8.573299/ 8.573300/ 8.573301. Appréciation: Superbe *****

Moderato tiré de Kuolema

Musette tiré de King Christian II

Andantino pastoral tiré de Pelléas et Mélissande

Allegretto tiré de Pelléas et Mélissande

Valse lyrique op.96

Le chef finlandais Leif Segerstam, véritable star dans toute la Scandinavie, a enregistré une série de disques en 2015, tous consacrés à Sibélius. Personnage coloré et attachant, il a depuis 2012 pris la direction de l’orchestre de Turku, citée comme la plus médiévale ville de Finlande. L’ensemble possède une riche tradition, puisque il a été fondé en 1790.

À propos de sa 6e symphonie, Jean Sibélius déclarait qu’elle était « une pure eau froide ». En fait, cette citation pourrait décrire toute son œuvre. Limpide, cristalline, se résumant à l’essentiel, sa musique évoque souvent le grand froid de paysages nordiques et de ses légendes hivernales. Même dans le genre de la musique de scène où l’action se passe dans des univers étrangers, les mêmes sensations reviennent inévitablement à notre imaginaire.

Les trois disques présentés ici sont en marge des poèmes et des sept symphonies. Ce sont, pour la plupart, des pièces très rarement entendues, écrites pour le théâtre et le ballet. Sibélius ne cesse de nous surprendre par une écriture bien personnelle. Chaque morceau est composé avec raffinement, sans jamais se répéter. Les reprises des mélodies, souvent fort belles, sont traitées différemment, par une orchestration audacieuse. Pourtant, tout cela reste tonal, relié parfois par Tchaïkovski qu’il gardait en haute estime. Sibélius propose des climats sombres, des envoûtements brumeux et mélancoliques pour supporter l’action théâtrale. (Valse triste de Kuolema). Par contre, les autres danses des ballets sont brillantes, jamais banales, vives en couleur. Ce sont des pièces heureuses qui s’harmonisent naturellement à nos hivers d’ici.

Je considère ces enregistrements supérieurs aux productions suédoises BIS, qui ont tout gravé Sibélius il y a quelques années. C’était soigneusement bien fait, mais offrait en générale l’impression d’une surface un peu trop glacée. Avec Segerstam, on entre dans le vif de l’action plus profondément. Les cordes sont plus chaudes et l’orchestre de Turku résonne avec splendeur, supportée par une prise de son généreuse. Cette « trilogie d’hiver » vaut le grand détour par le Nord, à mille lieux des villes peuplées de l’empire austro-allemand. Là-bas, un géant de la musique a défié le temps et les modes pour offrir les plus originales compositions du début 20e siècle et qu’on ne cesse de redécouvrir.

Schubert, Franz (1797-1828) Symphonie inachevée et « La Grande ». Günter Wand.

Posted in Schubert with tags on 18 août 2015 by René François Auclair

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Symphonie en do majeur « Grande » D.944

Berliner Philharmoniker. Günter Wand.

Enregistré « live » en mars 1995 à la Philharmonie de Berlin.

RCA red seal. 1995. 0902668314-2. 2cds. 84m.59s.

Sommet du Parnasse ******

Allegro moderato de la symphonie inachevée.

C’est à l’initiative de Claudio Abbado que le vénérable chef allemand fut invité pour diriger une série de concerts avec le Berliner Philharmoniker en 1995. Contrairement à Karajan qui gardait jalousement son orchestre et ne confiait que rarement son pupitre à d’autres chefs, Abbado a beaucoup changé l’atmosphère au sein de cet ensemble légendaire en invitant ses propres collègues.

C’est ainsi que Günter Wand est apparu en mars 1995 sur la scène de la Philharmonie. Un vidéo de cette époque nous montre un homme frêle, un vieillard hésitant à monter sur le podium. Mais déjà à son entrée, on ressent un immense respect de la part des musiciens et du public. L’homme de 83 ans, de peu de geste, usé par les années a pourtant gardé tout son génie. D’une mémoire impeccable, dirigeant sans partition, il insuffle dès les premières mesures de ce Schubert une aura majestueuse à ses dernières symphonies. Connu pour ses répétitions méthodiques, Wand visait constamment la perfection. Semble t’il que les musiciens adoraient travailler avec lui, et certains disaient … »enfin, voilà ce qu’on appelle de vraies répétitions. »

D’un classicisme respectueux, Wand est de ceux qui s’éclipse devant la musique. Il est l’un des derniers gardiens d’une grande tradition dans la direction d’orchestre. Anti-star de la musique classique, il envoie plutôt les projecteurs sur la musique elle-même, recherchant la pureté des intentions du compositeur. Cette musique aux sombres intonations, mais d’une grandeur inégalée nous transporte très loin dans la poésie crépusculaire d’un jeune compositeur qui basculera dans l’éternité qu’à 31 ans seulement…Indispensable.