Bach, J.S. (1685-1750) L’Art de la Fugue. Zhu Xiao‐Mei, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 5 mars 2026 by René François Auclair

L’Art de la Fugue bwv 1080.

Piano Steinway grand modèle D274.

Enregistré à Mendelssohn Saal, Leipzig en 2014.

Accentus. 2014. ACC30308. 72m48s

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Contrapunctus I et extraits

Contrapunctus XIV (inachevé) 

LArt de la Fugue est perçue comme une oeuvre opaque, monotone, sévère, mathématique. Visiblement Bach s’est voué à laisser à la postérité un domaine qu’il maîtrisait parfaitement: la Fugue. Étude, essai, testament, mais qu’est-ce que c’est? Ce Ré mineur lancinant d’un bout à l’autre, ce labyrinthe sans fin de toutes les possibilités d’un thème et ses contre-sujets, recto, verso, augmentés, diminués… Mais qui diable ça intéresse? Impossible pour le public de tenir plus d’une heure dans ce cours de science abstraite. L’oeuvre est avant tout didactique et n’a surtout pas été conçue pour plaire.

On se demande encore pourquoi certains musiciens osent s’y aventurer. Ou s’y perdre. Zhu Xiao-Mei se raconte: Je n’ai jamais autant souffert à travailler une oeuvre. J’avais mal partout, aux mains, aux épaules. Travailler cette oeuvre m’a pris un temps fou. L’Art de la Fugue est une oeuvre parfois décourageantemais à la manière d’un aimant vous ne pouvez vous en détacher. Il y a un paradoxe avec cette oeuvre. La jouer vous donne l’impression d’entrer dans un état d’équilibre parfait.

Comme disait Leonard Cohen: C’est par les fissures qu’entre la lumière. L’oeuvre de Bach fascine, malgré la douleur, la tristesse sans fin de son thème. Il s’y produit un profond recueillement, puis un détachement de toute émotion. Il y a les notes qui s’entrecroisent, se détachent, ce recyclent dans leur intemporalité. Ce n’est plus de la musique baroque. C’est l’essence de l’être qui se dissout vers l’éternité. Puis arrive cette dernière fugue inachevée…et le silence qui suit, assourdissant. Tout nous échappe. C’est la fin, ou la continuité. Bach aurait pu poursuivre sans fin. Mystère.

Bach, J.S. (1685-1750) L’Art de la Fugue. Musica Antiqua Köln. Reinhard Goebel.

Posted in Bach J.S. with tags on 5 mars 2026 by René François Auclair

L’Art de la Fugue bwv 1080.

Reinhard Goebel, Hajo Bäss, violons.

Karlheinz Steeb, alto. Phoebe Carrai, violoncelle.

Andreas Staier, Robert Hill, clavecin.

Enregistré à Friedrich Ebert Halle en 1984

Archiv/DG. 1984. 447293-2. 75m40s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Contrapunctus I et extraits

Contrapunctus XIV (triple sujets)

Reinhard Goebel et ses musiciens ont adapté l’oeuvre ultime de Bach de manière saisissante. L’Art de la Fugue est une oeuvre sévère qui n’était sûrement pas prévue pour une écoute en concert. Écrite probablement pour clavier, sans que Bach n’ait précisé son instrumentation, elle s’adapte facilement en d’autres formules. On a vu apparaître plusieurs transcriptions au cours de l’histoire du disque: pour orchestre symphonique, orchestre de chambre, quatuor à cordes, instruments à vents, etc.

Celle-ci est particulièrement vibrante, avec ce feu intérieur typique du grand Goebel. Il a saisi la portée universelle de cette oeuvre en la modernisant de manière vive et contrastée, tout en lui préservant un aspect profondément baroque. Les fugues sont traitées avec passion, marquées par la danse ou élevées au sein d’une inspiration exaltée. L’Art de la Fugue revue et corrigée. La plus audacieuse version.

Bach, J.S. (1685-1750) Les Variations Goldberg. Tatiana Nikolayeva, piano.

Posted in Bach J.S. with tags on 4 mars 2026 by René François Auclair

Aria et 30 variations bwv 988.

Prélude de la Partita no.5

Jesu, Joy of Man’s Desiring bwv 147.

Enregistré live St-John’s Smith Square en 1986.

BBC. 2007. BBCL4228-2. 71m22s (Goldberg)

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Aria et Variations I à XII

Variation XIII à 2 Clav

Jesu bleibet meine Freude

 

Si je devais choisir une seule parmi la myriade des versions des Goldberg, c’est bien celle-ci. La pianiste russe a été imprégnée toute sa vie par cette oeuvre monumentale. Elle s’assoit au piano, et libérée de la partition, en réinvente à chaque fois le langage. Son instrument devient celui d’un orchestre aux multiples plans sonores, ou celui d’un orgue au plein jeu conquérant jusqu’à la plus infime nuance. L’Aria débute comme en suspension, avec ses légers retards, sa mouvance, son imprévisibilité. La pianiste prélude comme bon lui semble, comme si elle nous parlait librement. Le don de la parole. Le verbe et la musique. Sublime.

Bach, J.S. (1685-1750) Les Variations Goldberg. Sachiko Kato, piano.

Posted in Bach J.S. on 4 mars 2026 by René François Auclair

Variations Goldberg bwv 988.

Enregistré à Klavierhaus Hall, New York en 2011.

Centaur. 2012. CRC3202. 59m12s

Appréciation: Superbe*****

Il y a tant d’interprétations des Variations Goldberg. Au clavecin, piano, orgue, sans compter les transcriptions pour musique de chambre. Leur date de composition se situe vers 1740, au crépuscule de la vie du génie Bach. Tout a été dit sur cette oeuvre mémorable. Avant l’Art de la Fugue, Bach a créé l’Art de la Variation.

Aria/9 Canons/Quodlibet/Aria

La pianiste new-yorkaise Sachiko Kato a longtemps hésité avant d’aborder ce monument musical du clavier. Puis est arrivé le 11 septembre 2001 où son monde s’est écroulé. Petit à petit elle s’est remise à travailler les pièces. « Dans un monde si violent et chaotique, mon coeur aspirait pour l’Ordre, l’Équilibre et la Symétrie. Et c’est précisément ces qualités que possèdent les Goldberg. Pourquoi s’en faire à propos du futur? Peut-être devrions-nous faire ce que nous aimons le plus et vivre pleinement le moment présent. » Les Variations servent un peu à ça. Se connecter au moment et admirer ce qui se passe au fur et à mesure.

Pourquoi cette version plus qu’une autre? J’y suis arrivé un peu au hasard, comme si j’avais découvert une île déserte. Le label Centaur est modeste. L’artiste peu connue. Et pourtant, tous les trésors s’y trouvent. C’est juste magnifique. Et le bien que cela procure est au-delà des mots.