Archive pour Les Sommets

Bruckner (1824-1896) Latin Motets. Latvian Radio Choir.

Posted in Bruckner with tags on 7 novembre 2020 by René François Auclair


Latvian Radio Choir.

Sigvards Klava, direction. On

Kristine Adamaite, orgue.

Enregistré à Riga Dome Cathedral, Lettonie, en mars 2020.

Ondine. 2020. ODE 1362-2. 58m.48s.

 

 

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Os Justi (1879)

Ave Maria (1861)

Vexilla Regis (1892)

Les motets en latin de Bruckner sont des pièces brèves, d’une conception simple que l’on écoute avec sérénité. On y reconnait quelques motifs se retrouvant dans ses grandes architectures symphoniques. Bruckner a composé ces oeuvres pour les offices religieux de son temps. À la base, il leur a donné un aspect traditionnel. Mais en les harmonisant délicatement de couleurs romantiques, ces motets évitent la sévérité archaïque des anciens modes. Ils semblent ainsi plus modernes, et d’une certaine façon, on peut mieux s’identifier à eux.

Encore une fois, le Latvian Radio Choir s’exécute avec la perfection qu’on leur reconnait. L’ensemble de Riga en Lettonie se distingue par la légèreté des lignes mélodiques, la transparence diaphane, la respiration musicale parfaitement maîtrisée. L’acoustique formidablement vaste de l’endroit leur confère une aura mystique d’une beauté inégalée. Les notes particulièrement aiguës des sopranos sont d’un raffinement rare, d’une expression gracieuse de haute envolée. C’est la liberté du chant humain à l’état pur. La voix humaine, transcendée par cet art vocal sublime, a sur l’esprit un inexplicable bienfait. La lumière de la musique irradie ce disque parfait.

 

Dowland, John (1563-1626) A Fancy. Pièces pour luth. Bor Zuljan.

Posted in Dowland with tags on 29 août 2020 by René François Auclair

18 pièces pour luth.

Luth à 8 choeurs de Jiri Cepelak, d’après Venere 1582.

Cordes de boyaux de Corde Drago.

Enregistré à l’Église St-Germain, Genève en 2020.

Ricercar. 2020. RIC 425. 65m.57s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Lachrimae

A Fantaisie

Farewell

L’interprétation de Bor Zuljan rejoint celle des plus grands luthistes de notre temps. Après Jakob Lindberg, Nigel North, Paul O’dette, Hopkinson Smith, qui ont tous visité l’oeuvre importante de Dowland, voici un artiste remarquable qui vient perpétuer l’art ancien du jeu de luth.

Associée à la mélancolie, aux passions tourmentées de l’âme humaine, jamais une oeuvre pour le luth ne nous a autant touché que celle de John Dowland. C’est un art bien délicat que de transmettre cette musique au travers d’un seul instrument à cordes, un peu fragile, à la sonorité vacillante comme la flamme d’une bougie dans le noir.

Bor Zuljan réussit à nous émouvoir dans cette ambiance de la solitude. Dans cet endroit retiré du monde, les notes semblent se mouvoir d’elles-mêmes. Lancées dans le silence, elles prennent leur envol et vivent, l’espace d’un instant, dans la réverbération. Le toucher de l’artiste est particulièrement nette, les doigtés exécutés avec soin. Le luth s’exprime ainsi tout en rondeur. Les polyphonies sous-jacentes à la mélodie sont bien détachées, et au travers de la complexité d’écriture de Dowland, le musicien réussit à créer de magnifiques ondulations. L’instrument devient un organisme vivant, une entité mouvante qui berce et réconforte.

Du grand art. Le plaisir de l’écoute ne s’estompe jamais. L’âme vogue sur ces flots de Lachrimae, et parfois se dissipe dans une lumière d’une beauté exquise. Un grand disque.

Bruch, Max (1838-1920) Les Symphonies et Ouvertures. Robert Trevino.

Posted in Bruch with tags on 9 août 2020 by René François Auclair

Symphonie no. 1 op.28 (version originale 1868)

Symphonie no.2 op.36 (1870)

Symphonie no.3 op.51 (1882)

Oeuvres orchestrales tirées d’opéras.

Bamberger Symphoniker.

Robert Trevino, direction.

Enregistré à Joseph Keilberth Saal, Bamberg en 2019.

CPO. 2020. 555 252-2. 2cds. 149m.04s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Ouverture Loreley op.16 

Adagio ma non troppo de la Symphonie no.2

Intermezzo de la Symphonie no.1

La discographie des symphonies de Max Bruch est peu abondante. Pourtant, ce sont des oeuvres majeures du répertoire romantique. Sa musique symphonique est du même niveau que Mendelssohn, Schumann et du grand Brahms. Ce dernier connaissait et estimait les oeuvres de son compatriote, et ce, malgré quelques sarcasmes, probablement teintés de jalousie, envers son très beau Concerto pour Violon op.26, sa composition la plus connue.

Bruch est le grand négligé du 19e siècle, l’oublié injustifié de cette période. On parle souvent des grands « B » de la musique germanique. Bach, Beethoven, Brahms, Bruckner. Sans hésiter, on peut y ajouter le nom de Bruch. Sa musique est riche, émotive et lyrique à souhait, d’une magnifique inspiration. Elle est le reflet de la nature humaine, des passions et des idéaux du romantisme.

Robert Trevino (n. 1984) surclasse de manière décisive les interprétations connues au disque de Kurt Masur et James Conlon. Ce jeune chef américain a littéralement soufflé les musiciens du Bamberg Symphoniker par une direction pleine de panache et d’assurance. Leur prestation grandiose rejoint les paroles de Bruch qui décrivait ainsi son credo musical : « Je ne fait que ressentir et écrire la musique. Il n’y a pour moi rien d’autre que l’incessant flux et reflux des passions. » L’orchestre répond à merveille à ces grandes vagues symphoniques, mue par une sorte de plénitude sonore d’une rare homogénéité. L’Adagio ma non troppo de la 2e symphonie n’a jamais été aussi prenant. Son chant, triste et beau à faire pleurer, invite l’esprit à voyager à travers de vastes paysages. On voudrait que cela ne prenne jamais fin. C’est de la grande émotion issue d’un idéalisme rêveur qui célèbre la nature inaltérée, parfois impitoyable pour l’homme, mais immuablement d’une générosité sans borne. Ça pourrait définir, d’une certaine façon, le romantisme poétique du 19e siècle.

Cet enregistrement rend pleinement justice à l’art romantique de Bruch. Il faut écouter le remarquable Intermezzo de la symphonie no.1 que l’on découvre ici pour la première fois. Il a été réinséré entre l’Allegro maestoso et le Scherzo selon le plan original du compositeur. La symphonie a ainsi gagné en profondeur. Les Ouvertures des opéras Hermione, Loreley et Odysseus sont certes des oeuvres peu entendues, mais sont de grandes valeurs. Le disque présenté ici vient enrichir le répertoire et rétablir la réputation de Max Bruch, à laquelle est encore trop souvent associée son célébrissime Concerto pour Violon no.1 op. 26.

 

Handel et Gluck. Care Pupille. Samuel Marino, soprano.

Posted in Glück, Handel with tags on 23 Mai 2020 by René François Auclair

Oeuvres de Handel (1685-1759).

Oeuvres de Gluck (1714-1787).

Orchestre du Festival Handel de Halle.

Michael Hofstetter, direction.

Enregistré à Volkspark, Halle en 2019.

Orfeo. 2020. C998201. 71m.36s.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Non sarà poco de Atalanta de Handel

Già che morir degg’io de Antigono de Gluck

Care pupille amate de Il Tigrane de Gluck.

Samuel Marino est unique en son genre. Il chante en soprano! Phénomène très rare de nos jours, puisque tous les castrats ont disparu depuis longtemps, le chanteur, né en 1993 au Vénézuela, est tout à fait incroyable. C’est une révélation. Non seulement grâce à son registre aigu ( j’ai noté un contre-ré!) d’une justesse étonnante, mais également par sa projection vocale d’une maîtrise technique rare, le souffle expressif et passionné, et quoi d’autre? En fait, il est un mystère de la nature qui demeure sans réponse!

Devant un tel talent, c’est le pouvoir de la musique qui triomphe. Handel et Gluck, grands maîtres du bel canto, ont ici un interprète idéal pour traduire l’émotion, le drame, le charme, et finalement la virtuosité la plus délirante qui soit. Incroyable et exceptionnel.