Posted in Bach J.S. with tags Les Sommets on 4 mars 2026 by René François Auclair
Aria et 30 variations bwv 988.
Prélude de la Partita no.5
Jesu, Joy of Man’s Desiring bwv 147.
Enregistré live St-John’s Smith Square en 1986.
BBC. 2007. BBCL4228-2. 71m22s (Goldberg)
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Aria et Variations I à XII
Variation XIII à 2 Clav
Jesu bleibet meine Freude
Si je devais choisir une seule parmi la myriade des versions des Goldberg, c’est bien celle-ci. La pianiste russe a été imprégnée toute sa vie par cette oeuvre monumentale. Elle s’assoit au piano, et libérée de la partition, en réinvente à chaque fois le langage. Son instrument devient celui d’un orchestre aux multiples plans sonores, ou celui d’un orgue au plein jeu conquérant jusqu’à la plus infime nuance. L’Aria débute comme en suspension, avec ses légers retards, sa mouvance, son imprévisibilité. La pianiste prélude comme bon lui semble, comme si elle nous parlait librement. Le don de la parole. Le verbe et la musique. Sublime.
Posted in Bach J.S. with tags Les Sommets on 3 mars 2026 by René François Auclair
Partitas nos.1-6 bwv 825-830
Piano à tangeantes Spät&Schmahl 1790.
Restauration Georg Ott, Cöthen.
Enregistré à Haus Rundfunks, Berlin en 2022-23.
Ingénieur: Benjamin Ihnow/Philipp Reif.
Alpha Classics. 2024. Alpha 994. 2cds. 143m.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Martin Helmchen joue sur un authentique piano à tangeantes de 1790. À mi-chemin entre la sonorité délicate du clavicorde et l’éclat des pianofortes, l’instrument à cordes frappées par des languettes de bois suscite d’emblée une réelle curiosité. Malgré sa présence étrangère à la période de Bach, la musique qui s’en dégage lui sied à merveille. Carl Philippe Emmanuel, son deuxième fils, connaissait t’il cet instrument? On l’imagine volontiers à ce clavier en train de jouer la Toccata de la 6e partita de son illustre père. L’effet est stupéfiant, comme si cette pièce était déjà destinée à l’empfindsemkeit, période tardive du baroque sensible d’Emmanuel Bach.
Le jeu de Helmchen donne la belle part aux résonnances précieuses de cet instrument, en valorisant les silences, en allongeant subtilement les temps et contre-temps d’une manière admirable. En fait, il réussit à faire revivre et respirer cet ancêtre du piano. Ce dernier prend alors tous les visages émotifs possibles. Le prodige est là, car par ce médium bien modeste à première vue, la musique de Bach est traversée de frémissements, de langueurs sensibles, mais aussi d’une formidable motricité! Une révélation plus que bienvenue. Coup de coeur.
Posted in Bach J.S. with tags Les Sommets on 28 février 2026 by René François Auclair
Toccata et Fugue bwv 538, 540, 565
Fantaisie et Fugue bwv 542
Fantaisie bwv 572. Passacaille bwv 582
Prélude et Fugue bwv 532, 552 (Ste-Anne)
Sonate en trio bwv 527. Variations Vom Himmel hoch bwv 769.
Six Chorals Schübler. Enregistré entre 1956 et 1971. Orgues St-Laurent, Alkmaar / Silbermann, Strasbourg.
DG. 1997. 453064-2. 2cds. 144m.58s.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Toccata et Fugue bwv 540 en Fa majeur
Fugue bwv 542 en Sol mineur
Toccata et Fugue bwv 565 en Ré mineur
Helmut Walcha (1907-1991) est un organiste allemand fort connu pour ses interprétations des oeuvres de Bach. Il a complété deux intégrales sur disque qui sont demeurées des références. Déjà très doué dans sa jeunesse, son monde bascula à 16 ans quand il perdit complètement la vue, dû à un vaccin défectueux contre la variole. Il poursuivi quand même ses études et se consacra au grand orgue. Dans la revue The Diapason, son élève Paul Jordan a tracé un portrait du musicien avec quelques anecdotes intéressantes. On y apprend que Walcha ne pouvait lire ni les mots ni la musique en braille. Son épouse lui jouait les parties séparées qu’il mémorisait sur le champs. Il connaissait par coeur pratiquement tout l’oeuvre du Cantor! Son quotidien était très organisé, voué à la musique et à un mode de vie simple. Ses après-midi étaient toujours réservés à de longues siestes. Ce musicien, bien que handicapé visuellement, a développé une mémoire et une musicalité prodigieuse. L’amour de la musique de Bach fut au coeur de sa vie.
Pour moi, Helmut Walcha est l’un de ces prodiges de l’esprit humain. Jouer sur un grand orgue demande déjà une maîtrise exceptionnelle. En plus des claviers, des registres et du pédalier à gérer, le musicien doit s’exécuter sur une musique extrêmement complexe. Qui plus est, si l’on est non-voyant, comment est-ce possible? On ne peut qu’admirer le travail que Walcha a patiemment tenu toute sa vie. Le jeu de l’organiste est méthodique; son articulation est détachée, les rythmes pulsés avec régularité. Il donne à Bach une carrure imposante, structurée et parfaitement lisible. La prise de son, malgré son âge, est d’une clarté irréprochable. Walcha demeure le roc solide sur lequel on peut compter. Transcendant.
Posted in Bach J.S. with tags Les Sommets on 27 février 2026 by René François Auclair
Intégrale des oeuvres pour orgue.
Instruments historiques.
Enregistré entre 1985-1993.
Erato. 1994. 14 cds. 16h18m16s.
Appréciation: Sommet du Parnasse******
Marie-Claire Alain (1926-2013). Elle fut la plus grande. Sa connaissance profonde du répertoire, son travail de pédagogue et ses innombrables concerts (plus de 2500!) on fait d’elle une des plus respectées à travers la planète. Une somme colossale d’enregistrements. Pas une, mais trois intégrales Bach! Cette dernière est un projet qui lui tenait particulièrement à coeur. Enregistrer toute l’oeuvre sur des instruments historiques, la plupart datant du 18e siècle.
Prélude et Fugue bwv 547 en Do majeur
Chorals Schübler (extraits)
Chorals bwv 734,730,731,727
« L’interprète y apprend un grand respect de l’instrument. L’orgue historique ne peut être bousculé, il commande et l’artiste se plie à sa volonté. Les tempi sont modérés par la résistance du toucher, par l’instabilité de l’alimentation en vent. De tels orgues se méritent. Mais la difficulté de la performance se transforme en un remarquable enseignement, une source de sagesse, et la joie d’avoir su maîtriser un tel outil de travail pour un tel enchantement sonore. » Marie-Claire Alain.
En effet, l’enchantement sonore est là. Le choix judicieux des différents registres est d’une grande beauté. La musicienne fait preuve d’une limpidité continuelle, et refuse d’attaquer Bach avec violence ou grandiloquence. Le respect, l’aspect lisse de son interprétation, l’intériorité des chorals, et bien entendu le souffle puissant mais contrôlé des instruments procurent à cette intégrale un grand sentiment de satisfaction. Une vie consacrée à l’orgue, résumée dans un coffret magistral.