Archive for the Schubert Category

Schubert (1797-1828) Les Symphonies. Jan Willem de Vriend.

Posted in Schubert on 7 septembre 2024 by René François Auclair

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Residentie Orkest The Hague.

Jan Willem de Vriend, direction.

Enregistré entre 2017-2022 au Pays-Bas.

Ingénieur du son: Bert van der Wolf-Oude Avenhuis.

Challenge Classics. 2024. CC72997. 4 cds. Appréciation: Superbe*****

Allegro 5e Symphonie

Andante con moto 5e Symphonie

Cette nouvelle intégrale Schubert apparaît dans un catalogue déjà imposant qui comprend les interprétations classiques, et les approches historiquement bien informés sur instruments d’époque. Celle du chef néerlandais se situe dans la 2e catégorie, mais utilise pour son ensemble des instruments modernes, sauf pour les cors et les trompettes dites naturelles, c’est-à-dire sans piston.

On a ici le meilleur des deux mondes. Le son et la richesse d’un orchestre moderne d’une part, dynamisé et articulé à l’ancienne de l’autre côté. Le chant des cordes est particulièrement magnifique, celles-ci, d’une texture veloutée, résonnent dans un espace bien large. La petite harmonie est d’une belle présence, (flûte, hautbois, clarinettes) bien détachée et parfaitement lisible.

L’élan général est entraînant, l’articulation est souvent bondissante, révélant la musique de Schubert sous une impulsion particulièrement joyeuse. La direction d’ensemble reste tout de même prudente, sans jamais tomber dans l’extravagance. Mais on restera en deçà des grands classiques tragiques et transcendants des 8e et 9e Symphonies par Günter Wand, Harnoncourt, Blomstedt et autres légendes qui nous ont marqué pour toujours. Les tempos plutôt vifs de Vriend, même s’ils semblent tout à fait légitimes, nous interdisent un accès en profondeur dans ces chefs-d’oeuvre ultimes. Pour le reste, cette intégrale est tout à fait superbe.

Jean-Nicolas Diatkine. Chopin et Liszt.

Posted in Chopin, Schubert with tags on 27 juillet 2024 by René François Auclair

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Disque Chopin: Solo Musica. 2023. SM433. 72m18s. Piano Steinway D. Ingénieur du son: Sebastian Riederer von Paar. Enregistré à Listzentrum Raiding, Autriche.

Disque Liszt: Solo Musica. 2022. SM399. 75m13s. Piano Schiedmayer 1916. Ingénieur du son: Étienne Collard. Enregistré au Studio Riffx, Paris.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

Cinq Préludes op.28

Schubert Auf dem Wasser D774

Schubert Ständchen D957 

Jean-Nicolas Diatkine est considéré comme un pianiste atypique, puisqu’il n’a jamais fréquenté de conservatoires. Issu d’une famille de médecins, son père était un psychiatre reconnu. Très tôt, le petit Jean-Nicolas fut attiré par la musique, et c’est elle qui le décida à une carrière musicale. Il rencontra par la suite Ruth Neye, élève de Claudio Arrau, puis Narcis Bonet, formé auprès de la légendaire Nadia Boulanger. Pratiquant le bouddhisme depuis une trentaine d’années, Diatkine a su trouver, dans la méditation, la concentration nécessaire pour son travail au piano, mais également une ouverture spirituelle à la musique.

En découvrant cet artiste hors du commun, on perçoit un musicien généreux qui offre un jeu pianistique de grande qualité. Mouvant et somptueux, d’une belle chaleur humaine, son Chopin nous interpelle. Au-delà d’une indéniable réussite technique, il y a ce mystère de l’émotion qui réchauffe le coeur.

Les Préludes s’enchaînent comme de petits instants de vie, chacun s’ouvrant à des climats variés. Le geste du musicien est noble, s’épanchant librement au gré de l’inspiration du moment. Pour lui, ces  »préludes sont essentiellement des improvisations sans forme prédéfinie… »

La sonorité de l’instrument est magnifique, riche en textures soyeuses et en grandeur d’âme. Pendant l’écoute, mes yeux se sont tout simplement fermés. De temps à autre, je les ouvrais pour contempler les feuilles de cet arbre près de la maison. Celles-ci se balançaient doucement au gré du vent. L’impression du moment présent, l’expérience de la musique et de la vie. Chopin nous convie à ces instants précieux. Disque de chevet.

Le disque Liszt permet de découvrir un piano restauré Schiedmayer de 1916. À la personnalité franche, l’instrument est particulièrement clair, à la fois robuste et élégant. Les arrangements de Liszt sont joués avec un dynamisme conquérant, d’une grande plénitude sonore. Diatkine a évité toute forme d’excentricité et de grandiloquence. Il y a ici et là de grands moments de musique. Mais reste à nos coeurs Schubert, l’ami de toujours. Par son chant, son humanité, il restera notre préféré d’entre tous.

Chaudement recommandé.

Article pour connaître Jean-Nicolas Diatkine: https://www.bertrandferrier.fr/les-grands-entretiens-jean-nicolas-diatkine-lintegrale/

Schubert, Franz (1797-1828). Schubert revisited. Matthias Goerne. Deutsche Kammerphilharmonie Bremen.

Posted in Schubert with tags on 28 janvier 2023 by René François Auclair

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Lieders arrangés pour voix et orchestre par Alexander Schmalcz.

Matthias Goerne, baryton.

Deutsche Kammerphilharmonie Bremen.

Enregistré à Kammer-Philharmonie en 2019.

René Möller, ingénieur.

DG. 2023. 4839758. 75m.

Appréciation: Sommet du Parnasse******

An Silvia D 891 d’après Shakespeare

Ganymed D 544 de Goethe

Erlkönig D 328 de Goethe

Alinde D 904 de Rochlitz

C’est mon coup de coeur en ce début d’année 2023. La voix somptueuse de Matthias Goerne est ici accompagnée par l’orchestre de chambre de Brême. Les arrangements sont d’Alexandre Schmalcz, tous adaptés des partitions originales pour piano, qui redonnent aux oeuvres de Schubert un souffle nouveau. Schmalcz spécifie qu’il a préservé antant que possible le matériel d’origine, en n’ajoutant pratiquement aucune note. L’instrumentation est bien pensée et imaginée, suivant de près les ambiances distinctes des lieder.

Matthias Goerne, né en 1967, est aujourd’hui l’un des schubertiens les plus estimés. Il a eu comme pédagogue, nul autre que le grand Dietrich-Fisher Dieskau (1925-2012), dont le nom est associé à Schubert depuis toujours. Pour cet enregistrement particulier, Goerne a dû se placer devant l’orchestre, qui est sans chef, pour à la fois diriger et chanter, secondé par le concertmaster Florian Donderer.

Pour cette captation, on a accordé à la voix de Goerne une présence indéniable, dont on perçoit même les respirations entre les phrases. Ses qualités vocales sont entières, d’une belle variété de couleurs et d’expression. D’une sombre gravité jusqu’à de lumineux aigus parfaitement maîtrisés, l’artiste nous plonge autant dans l’action que dans la poésie aux multiples visages de Schubert. L’orchestre de Brême est superbement bien balancé, et ne vient jamais nuire aux déclamations du baryton.

Seule déception au disque, les traductions des poèmes ne sont qu’en anglais. Les textes, écrits par les plus grands poètes de l’époque, sont l’essence même de ces lieder. On peut toujours retrouver leurs équivalents français sur le net.

Ce disque est si beau, prenant et exaltant. Voix et orchestre se fusionnent au service de Schubert. Ses lieder pourraient se décrire par la simplicité de leur lyrisme, accompagnés d’un foisonnement d’idées musicales des plus surprenantes. Cette nouvelle orchestration leur donnent un aspect prophétique qui préfigure parfois Wagner ou Mahler. Sublime.

Schubert (1797-1828) Symphonies 8 et 9. Gewandhausorchester. Herbert Blomstedt.

Posted in Schubert on 23 décembre 2022 by René François Auclair

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Symphonie no.8 Inachevée en Si mineur D.759 (1822)

Symphonie no.9 La Grande en Do majeur D.944 (1825)

Orchestre du Gewandhaus de Leipzig. Herbert Blomstedt, direction.

Enregistré en novembre 2021. Ingénieur: Bernhard Guettler.

DG. 2022. 4863045. Cd1:26m.04s Cd2:61m.41s.

Appréciation: Superbe*****

Allegro moderato de la Symphonie no.8

Andante con moto de la Symphonie no.9

Herbert Blomstedt, figure légendaire de la direction d’orchestre, reprend à 94 ans les deux dernières symphonies de Schubert. Quarante ans auparavant, il avait gravé, avec la Staatskapelle de Dresde, l’intégralité de ces oeuvres. Pour ma part, cet album est resté un incontournable dans la catégorie des interprétations sur instruments modernes. Blomstedt fait partie de ces gardiens de la tradition qui n’a pas été encore touché par l’historiquement bien informé. Dans son cas, il ne faut pas chercher la nouveauté à tout prix, mais plutôt la valeur sûre des grandes interprétations romantiques qui ont marqué la discographie. Sa présence devant le Gewandhaus de Leipzig (fondé en 1743!) fait figure de moment historique, et peut se voir comme un ultime legs de la grande tradition musicale germanique.

La différence est appréciable entre les deux versions. La première était chargée d’émotions, la deuxième porte maintenant un regard placide sur ces oeuvres magistrales. La musique reste la même, mais l’impact dramatique est moindre. Au lieu de nous interpeller vivement, Blomstedt nous invite plutôt, une dernière fois, à contempler ces chefs-d’oeuvre. Évitant de s’engager dans les contrastes abruptes, il laisse la musique s’exprimer par elle-même.

La prise de son, d’une incomparable douceur, semble couvrir l’orchestre d’un voile invisible. Il y a des moments magnifiques où les cordes apparaissent comme dans un rêve, (Andante con moto de la 9e). Tous les autres instruments sont bien enrobés, en particulier les contrebasses, d’une étonnante profondeur.

Au final, la Deutsche Grammophon a produit un disque digne de leur réputation. En invitant un vénérable chef et le Gewandhaus à se joindre à Schubert, cet album fait figure d’exception. Chaudement recommandé.